DUCS DE BRETAGNE DE LA MAISON DE FRANCK
Philippe-Auguste , devenu l'arbitre de la Bretagne , après la triste fin d'Arthur et ses victoires sur Jean sans Terre, fit épouser Alix à un prince de la maison de France, Pierre de Dreux , surnommé Mauclerc, petitfils de Louis le Gros. Il imposa à son parent des conditions qui étaient de nature à placer, dans une étroite dépendance vis-à-vis la couronne de France , le duché dont il n'aurait pu s'emparer directement. Il lui fit jurer de le servir fidèlement envers et contre tous, et de recevoir les hommages des Bretons avec cette clause : sauf la fidélité du roi de France , notre sire. Le nouveau duc s'engagea à s'en rapporter, dans ses conflits avec ses propres vassaux , aux décisions de la cour du roi; son frère, Robert III, comte de Dreux, se rendit caution de ses engagements, et consentit à ce que le roi saisît ses domaines si le duc de Bretagne manquait à ce qu'il avait promis. Pierre de Dreux avait d'abord étudié pour entrer dans l'Église. Son savoir , sa dextérité lui avaient valu le surnom que l'histoire a consacré. Il était railleur , peu sincère, inconstant dans son amitié - re-
muant et n'écoutant que les conseils d'une ambition intéressée et jalouse. Sa vie se passa dans une agitation perpétuelle,en guerre avec Phi lippe- Auguste, avec ses propres sujets , ou avec les infidèles. D'abord , il eut à repousser les attaques de Jean sans Terre, et contribua au succès que le jeune Louis, fils du roi de France , remporta sur les Anglais , au combat de la Rocheau-Moine (1214). L'esprit entreprenant et inquiet de Pierre Mauclerc se tourna ensuite contre les privilèges ecclésiastiques ; la lutte qu'il engagea de oe côté lui valut une excommuuication (1217). Cette hostilité intéressée envers l'Église ne l'empêcha pas de prendre part pour elle contre les Albigeois. Cette lutte pouvait offrira son ambition plus d'un côté favorable.
Après avoir réprimé une révolte de quelques seigneurs bretons , il amena au roi Louis Vllî un renfort pour assiéger la Rochelle. L'autorité doot jouissait l'église en Bretagne était telle qu'il songea, pour v mettre un frein, à diriger eontre elfe l'esprit des nobles. Il tint à Nantes , à cet effet, une assemblée générale de la noblesse ( 1225) , et y rendit quelques ordonnances contre le clergé. La croisade contre les Albigeois , ranimée par le zèle emporté de Louis VIII, appela encore une fois le duc de Bretagne, qui suivit le roi au siège d'Avignon. Mais ses intrigues pour supplanter le comte de Flandre , le mirent bientôt en mésintelligence avec Louis, dont la mort suivit de près la prise de cette place. Un nouveau champ s'ouvrit alors aux projets ambitieux du duc. La couronne passait sur la tête d'un enfant, et le pouvoir tombait aux mains d'une femme ; c'était une occasion de rejeter les dures conditions de dépendance que Philippe-Auguste lui avait imposées. Il se ligua avec les comtes de la Marche et de Champagne, et ces trois seigneurs refusèrent d'assister au sacre du jeune roi. Mais la reine Blanche sut détacher de la ligue le comte de Champagne , et Pierre se vit contraint de consentir à un accommodement (1227). L'année
suivante, l'insurrection féodale recommença , et Pierre Mauclerc ne manqua pas d'y figurer; toutefois, la tentative échoua de nouveau , et il en fut quitte pour solliciter un second pardon (1228). Bientôt, pour se venger du comte de Champagne , dont l'attachement pour la régente avait fait avorter ses desseins , Pierre de Dreux se jeta sur les terres du comte; mais le jeune roi accourut en hâte, et le duc fut forcé de se retirer (1229). Après un nouveau traité, Pierre Mauclerc , irrité de tant d'efforts infructueux , se tourna du côté de l'Angleterre, se rendit dans ce pays, et s'engagea en secret à conduire Je roi en Bretagne. Mais cette nouvelle trahison fut découverte; le roi fît assigner le coupable , qui , n'ayant osé comparaître , fut condamné à perdre ses terres d'Anjou.
Le duc répondit à cette sentence en envoyant un chevalier déclarer qu'il ne se tenait plus pour homme du roi et qu'il Je déliait. Louis se mit en campagne, et fit, au cœur de l'hiver, le siège de plusieurs places de Bretagne; enfin, un nouveau jugement déclara Pierre déchu de son ducjié (1230).
Mais les secours qu'il avait sollicités de l'Angleterre lui arrivèrent à temps, et le roi Louis, dont l'armée était travaillée par des divisions et des mécontentements , fut contraint de rétrograder. Cependant, après l'expiration d'une trêve à laquelle il avait consenti, il assembla de nouvellesforces, et marcha résolument contre son vassal.
Mais Je duc jugea à propos de ne pas l'attendre; il se rendit a Paris, et se soumit haut et bas à tout ce qu'exigea son suzerain. Ce nouvel accord dura jusqu'en 1236; Pierre Mauclerc avaut marié son fils Jean avec l'héritière de Navarre , tenta une nouvelle coalition contre le roi ; mais l'ambitieux prince touchait au moment où il devait résigner la puissance dont il n'était que dépositaire durant la minorité de son fils. Le fils d'Alix de Bretagne fut reconnu duc , sous le nom de Jean /er, et le père fut réduit a se qualifier Pierre de Braine ,
chevalier. Dans la nouvelle situation où cet événement le plaça, il tourna toute son activité ailleurs , et se fit nommer chef de la croisade en 1238; mais la discorde se mit dans l'expédition; une partie seulement persista dans l'entreprise et aborda en Palestine. De ce nombre fut Pierre Mauclerc; les croisés sortirent de Ptolémaïs pour faire le sié<*e de Damas.
Pierre agit en homme décidé à courir les aventures et à se dédomma- • ger de la perte de son duché par la conquête de quelque province sur les ennemis du saint sépulcre. Matthieu Paris rapporte, qu'ayant été averti qu'un émir conduisait un grand convoi de bœufs à Damas, il sortit du , camp sans bruit et mit l'émir en fuite, après un choc assez rude; il entra avec les fuyards dans une place où ils se réfugièrent, la pilla, et passa au fil de l'épée toute la garnison. Mais ces prouesses aboutirent à une défaite complète , et à la captivité du plus grand nombre. De retour en France, l'ancien duc de Bretagne exerça son activité en se mêlant à diverses intrigues, s'immisça, autant qu'il put, dans les affaires de la Bretagne, et arma contre les Anglais de nombreux corsaires. Enfin, la croisade, dont le roi de France fut le chef (1249), offrit une nouvelle carrière à son esprit aventureux.
L'issue de cette expédition eût été peut-être bien différente si les avis de Mauclerc y eussent prévalu. Il avait ouvert le conseil de s'assurer d'abord d'Alexandrie. Son expérience de la guerre, la connaissance qu'il avait acquise précédemment du pays , du
§enre de guerre qui pouvait y réussir, onnaient de l'autorité à ses avis; mais l'impatiente valeur du comte d'Artois prévalut. Mauclerc, cependant , malgré la prudence de ses vues avant le combat, ne s'épargna pas dans l'attaque. Il suivit le comte d'Artois à la Massoure et exposa courageusement sa vie. Il sortit du combat blessé au visage et perdant le sang par la bouche en abondance; JoinvilTe cependant lui rend ce témoignage qu'il le trouva revenant de la Massoure bien se main*
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tenant et si était assez poursuivi et chassé de près. Il ajoute que toute sa bataille était composée de chevaliers de son lignage. Pierre Mauclerc partagea la captivité du roi , et mourut au moment de sa délivrance, près d'aborder aux côtes de France. Il eut deux femmes , Alix de Bretagne , qui mourut en 1221, et Marguerite de Montagu. Il laissa deux enfants : Jean Ier, qui devintducde Bretagne en 1237, et Yolande, mariée au (ils du comte de la Marche.
Jean Ier le Roux, fils de Pierre Mauclerc et d'Alix de Bretagne, naquit en 1217, et fut revêtu de la dignité ducale en 1237. Poussé par le même esprit que son père, il se refusa, lors de son avènement, à faire le serment d'usage, de conserver à l'Église ses libertés. Non moins désireux que son
f>rédécesseur, de s'agrandir et de briser es résistances qu'il éprouvait du côté de ses belliqueux vassaux, il fit la guerre aux plus redoutables d'entre eux et confisqua leurs terres. En 1240, il rendit un édit qui chassait les juifs de toute la Bretagne; mesure qui lui futarrachée par les plaintes des ecclésiastiques. Jean avait renouvelé au roi de France le serment de foi et hommage, et il ne tarda pas à répondre à l'appel de son suzerain; il lui conduisit un rëùfort considérable pour l'aider à réduire le comte de la Marche révolté contre lui. J La guerre avant ensuite éclaté de nouveau entre les rois de France et d'Angleterre, Jean le Roux donna la chasse aux vaisseaux anglais et servit efficacement la cause de la France. Les démêlés continuels du duc de Bretagne avec le clergé et avec Févéque de Nantes en particulier lui attirèrent, comme à son père, une sentence d'excommunication dont il se tourmenta peu. Il voulut cependant, après longues années, se réconcilier avec l'Eglise, et se rendit à Rome en 1256, où deux cardinaux, délégués parle pape, le rétablirent dans la communion des fidèles. Il acheta ce pardon en renonçant par serment à toute prétention * hostile au pouvoir ecclésiastique. Mais le zèle qu'il mit à exécuter ses engagements et ù
les imposer aux barons de son duché lui suscita de nouveaux embarras. La plupart de ses nobles prirent les armes pour sedéfendre contre lui et contre le clergé (1257). Toutefois, Jean vint à bout de les réduire, et l'un des seigneurs les plus maltraités dans cette lutte fut Olivier deClisson le Vieux. Le duc rasa la plupart de ses châteaux et se saisit de ses terres. La ferveur reliieuse dont Jean avait été saisi en evait faire l'un des plus chauds partisans d'une nouvelle croisade. Il s'embarqua en effet pour Tunis; mais il revint dans ses États après la mort du roi saint Louis (1270).
Jean le Roux, par son mariage avec Blanche de Champagne , avait obtenu de Thibaut , père de Blanche , l'héritage du royaume de Navarre, lors même ué Thibaut aurait des enfants mâles 'un troisième mariage. Ce prince eut en effet de sa troisième femme, Marguerite de Bourbon, un fils, auquel le roi, à la mort de Thibaut, força Jean le Roux de céder ses droits sur le royaume de Navarre.
Jean le Roux, après un règne de quarante-neuf ans, mourut en 1286.
Il avait eu de Blanche de Champagne, décédée trois ans avant lui : Jean II, qui hérita du duché de Bretagne, Pierre, Alix, Thibaut, Aliénor, et beaucoup d'autres enfants.
Jean II, comte de Richemont, succéda à son père en 1286. Il avaît épousé Béatrix d'Angleterre, fille de Henri III, et avait obtenu en dot le comté de Richemont, auquel son père avait prétendu sans succès. Il accompagna saint Louis à la croisade contre Tunis, et se rendit, après la mort du roi , dans diverses contrées de l'Orient, où il séjourna plusieurs années. De retour en Europe, il accompagna, en 1284, Philippe le Hardi à l'expédition de Catalogne. Deux ans après son avènement, il assembla les trois états de sa province et retira une partie des concessions que son père avait faites au clergé. La uerre s'étant allumée, en 1294, entre Angleterre et la France, le duc, en sa qualité de comte de Richemont, se crut obligé de prendre le parti du
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roi Edouard , qui le nomma son lieutenant et son capitaine général en Aquitaine. Mais tandis qu'il était occupé de ce côté, Charles d'Artois, sur Tordre du roi , fit une diversion en Bretagne, emporta Rions et SaintgSever, et contraignit le duc à songer avant tout à la sûreté de ses États. L'année suivante, Jean II changea de politique , rompit son alliance avec Édouard , et fit épouser à son petit-fils, Jean de Bretagne, Isabeau de Valois, nièce de Philippe le Bel. La guerre de Flandre (1297) fournit ensuite au duc l'occasion de joindre sa bannière à celle du roi de France. L'importance de son alliance engagea Philippe à lui concéder de nouvelles faveurs : le duché de Bretagne fut érigé en pairie, l'an 1297, avec les prérogatives dont jouissait le duc de Bourgogne. L'ordonnance porte que la pairie serait attachée au duché de Bretagne, et que le duc, qui n'avait été jusque-là nommé que comte dans les lettres royales, serait désormais appelé duc. La paix s'étant rétablie entre les deux couronnes , le duc de Bretagne fut chargé de conduire en Angleterre la princesse Marguerite de France, sœur de Philippe le Bel, destinée à Edouard Ier. Il profita de la paix pour reviser les coutumes de son duché.
Il reste encore quelques manuscrits des constitutions de Jean II , et le jurisconsulte Hevin a remarqué, dans ses commentaires sur les arrêts du parlement de Bretagne, que ces constitutions ne sont pour la plupart que des extraits des Établissements de saint Louis. (Voyez Établissements de saint Louis et Dboit coutumier.) La guerre de Flandre s'étant ranimée, le duc, pour aider le roi à en supporter les frais, imposa une contribution à ses sujets tant ecclésiastiques que laïques. Il se trouva à la fameuse bataille de Courtray (1303), et prit part, l'année suivante, à la victoire de Mons-en-Puelle. Peu de temps après, il accompagna le roi jusqu'à Lyon, où le pape Clément V était venu se faire sacrer. Les différends qu'il avait eus avec le clergé de Bretagne n'étaient point terminés; il avait
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voulu profiter du séjour du pape en France pour faire vider cette ancienne querelle. Ce voyage lui fut fatal : le souverain pontife revenait processionneilement de la cathédrale au palais; le roi de France tenait la bride de la haquenée, et plusieurs princes suivaient à pied le cortège; un pan de mur, surchargé de spectateurs, se détacha tout à coup; une foule de seigneurs furent écrasés sous les ruines; le pape faillit périr, et sa tiare fut brisée. Le duc lut retiré de dessous les décombres, grièvement blessé, et il mourut quatre jours après, le 18 novembre 1304. Il fut fort regretté de ses peuples, et laissa la réputation d'un prince courageux, ami de l'ordre et de l'équité.
Arthur II, son fils aîné, prit, après son décès, possession du gouvernement, et céda à son frère, Jean de Bretagne , le comté de Richemont. Le règne du nouveau duc fut assez pacifique, et ne fut guère troublé que par des procès. Le pape termina par une bulle le différend qui durait depuis longtemps relativement aux privilèges ecclésiastiques, dont les principaux étaient les droits de tierçage et de past nuptial. Le premier attribuait au curé le tiers des tiens meubles laissés par le père de famille décédé; le second consistait en une somme d'argent égale aux frais du repas de noce. Le droit de tierçage fut réduit au neuvième, et il fut réglé que, préalablement, les dettes du défunt seraient prélevées sur l'actif de la succession. Les nobles furent exemptés de ce droit. Quant au past nuptial , les nouveaux mariés qui n'avaient pas pour trente sous de mobilier en furent dispensés. Pour les autres, la redevance fut réduite à deux ou trois sous, suivant leurs facultés. Arthur avait marié son fils aîné, Jean de Bretagne, à Isabeau de Valois, qui mourut sans enfants. 11 lui fit épouser en secondes noces Isabeau de Castille. 11 laissa, en outre, plusieurs enfants d'Yolande de Dreux, sa deuxième femme, et mourut en 1312.
Jean III , dit le Bon , essaya de contester la légitimité du mariage qu'avait
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contracté son père avec Yolande de tagne ; Jean y avait envoyé soixante Dreux, et dont était né le prince qui vaisseaux (1340). Il mourut à Caen, joua depuis un si grand rôle sous le au retour d'une nouvelle expédition nom de Jean de Montfort. L'affaire , en Flandre , où jl s'était rendu après remise au pape dont la dispense avait le désastre de l'Écluse. Les deux prémanqué au mariage, se termina pour- tendants qui se disputèrent sonjhétant par un accommodement. Philippe ritage , interprétèrent ses dernières le Bel étant mort en 1314, son suc- dispositions chacun selon ses inté* cesseur, Louis le Hutin, porta la réts.
guerre en Flandre , et fit appel au duc Jean de Montfort, frère du précède Bretagne. Jean se mit eû marche; dent et fils d'Yolande de Dreux, était mais des pluies continuelles grossirent en Bretagne au moment de la mort de les rivières, rendirent les routes im- Jean III. Il se fit reconnaître à N impraticables, et Grent échouer l'expé- tes, s'empara des trésors de sonprédition (1315). Jean III, après la mort décesseur, et alla se rendre maître de de Louis, partagea les sentiments hos- la ville de Limoges. A son retour, tiles gue plusieurs des grands vassaux il trouva la Bretagne divisée. La manifestèrent contre Philippe le Long; crainte d'avoir le roi de France mais l'événement de Philippe de Va- pour ennemi avait donné à Charles de lois le trouva dans des dispositions Blois de nombreux partisans. Mais les plus favorables; il suivit ce prince en richesses dont Montfort disposait, et Flandre , et se comporta vaillamment le prix dont il payait les services renà la bataille de Cassel , où il fut blessé dus à sa cause , lui amenèrent des gens (1328) ; vers cette époque, il perdit sa de guerre de toute part. Il commença seconde femme , Isabeau de Castille , la lutte en s'emparant de Brest et de et se remaria l'année suivante (1329) Rennes, puis d'Hennebon, de Vannes à Jeanne , fille du comte de Savoie , à la et d'Auray. Charles de Blois , ainsi demort duquel il éleva , mais sans succès , variée, eut recours à la France, dont la des prétentionsà l'héritage de ce comté, politique était d'appuyer ses droits, Il perdit aussi dans le même temps son de même que l'Angleterre se croyait frère Gui de Bretagne, dont la fille obligée de seconder les prétentions épousa dans la suite Charles de Blois ; de son rival. Montfort se vit bienet son oncle le comte de Richemont , tôt cité à comparaître à la cour des qui fut fait prisonnier dans une ba- pairs de France pour y justifier sa taille contre les Écossais. Le comté conduite; un voyage qu'il avait fait en de Richemont revenait au duc de Bre- Angleterre, pour s'assurer des secours tagne ; mais le roi Édouard s'autorisa suffisants de ce côté , au cas où il aude l'attachement de ce prince à la rait à faire face à toutes les forces de France, et le déposséda. Leduc, en effet, la France, avait cimenté une étroite porta le dévouement à la couronne de alliance entre lui et Édouard IH. France jusqu'à tenter, se voyant sans II fît hommage à ce roi du duché enfants, de faire rentrer, à sa mort, de Bretagne, et obtint en échange le duché sous l'autorité royale ; mais une promesse de secours. Il osa néanle sentiment national de ses sujets y moins répondre à l'appel de la cour des mit obstacle. Pour écarter Jean de pairs, et se rendit à Paris avec une Montfort , son frère , il fit épouser à escorte de quatre cents chevaux. Les Charles de Blois sa nièce ; Jeanne de deux compétiteurs exposèrent leurs Penthièvre , qui devait être son héri- prétentions respectives devant le tritière. Lors de l'invasion d'Édouard III, bunal assemblé pour décider entre eux; en 1338, il marcha de nouveau à Pan- mais Montfort ne crut pas prudent pel du roi ; et la funeste bataille de l'E- d'attëndre l'arrêt ; les dispositions de cluse, où la flotte française fut dé- la cour ne lui semblant pas favotruite par Édouard , anéantit en même rables à sa cause , il s'évada et reteraps les forces navales de la Bre- gagna la Bretagne , malgré la parok
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qu'il avait donnée au roi de demeurer à Paris jusqu'au dénoûment. La sentence, dictée surtout par la politique, adjugea le duché de Bretagne à Charles de Blois ; celui-ci en fit hommage au roi de France , et un corps d'armée fut assemblé pour appuyer son entrée dans 1 ses Etats. L'expédition suivit la Loire , et marcha sur Nantes, dont elle s'empara et où Montfort fut fait prisonnier. La guerre n'en fut pas poussée avec moins de vigueur de part et d'autre.. La prise de Rennes par le parti français, malgré une vigoureuse résistance , donna à ce parti une supériorité décidée dans les engagements qui suivirent. Mais les secours de J'Angleterre arrivèrent, et Montfort trouva dans la comtesse Jeanne, sa.
femme, une héroîqne auxiliaire qui fit regagner à sa cause tout le terrain quelle avait perdu. Elle devint l'âme de son parti , et tous les efforts des troupes françaises tendirent alors à s'emparer de sa personne. JEn conséquence , elles vinrent assiéger Hennebon, où la comtesse était renfermée. Jeanne fit contre les assaillants de vigoureuses sorties où elle commandait en personne, ets'étant échappée de leurs mains, elle alla se retrancher dans la basse Bretagne, où elle attendit de nouveaux secours des Anglais.Comme ils tardaient à arriver, elle Be rendit elle-même auprès d'Edouard pour activer ses armements, et revint sur la flotte anglaise, qui rencontra celle de France sur les côtes de Bretagne , et engagea le combat près de i'/Je de Guernesey. La nuit seule sépara les deux Hottes. La tempête qui survint les força de s'éloigner, et la comtesse de Montfort alla prendre terre à Hennebon. Habile à s'emparer des places comme à les défendre, Jeanne alla mettre le siège devant plusieurs villes. Une trêve fut conclue en 1344 , à la faveur de laquelle le comte de Montfort obtint sa liberté , sous condition qu'il s'en rapporterait, pendant ce temps, à la décision des pairs; mais la France fut dupe de cette promesse. D'autres historiens assurent, du reste, qu'il s'en-
fuit de sa prison , déguisé en marchand. Quoi qu'il en puisse être de cette circonstance , le comte ne fut pas plutôt libre, qu'il recommença la guerre ; et après un deuxième voyage en Angleterre, entrepris dans le but de s'assurer de nouveaux secours, il revint mourir de maladie à Hennebon, en 1345. Ce prince avait montré, dans le peu d'occasions où il lui fut permis d'agir, de la décision et de la valeur : il ne manqua pas à sa fortune, a-t-on dit; mais sa fortune luf manqua toujours.
Jeanne de Montfort ne fut pas déconcertée par ce nouveau malheur.
Charles de Blois commit la faute de lui accorder une trêve , qu'elle sut mettre à profit pour rétablir ses affaires. Edouard III , son allié , venait de gagner sur le roi de France la désastreuse bataille de Crécy, dont le retentissement en Bretagne seconda les efforts de la comtesse. Cette guerre de sièges se poursuivait de part et d'autre avec des succès balancés, quand Charles de Blois voulut enfin tenter un effort pour reprendre un point important, Roche de Rieu, gui dominait la basse Bretagne. Il investit la place : mais la comtesse accourant avec ses Anglais pour la défendre, attaqua le camp ennemi à l'improviste et pendant la nuit. Charles de Blois, après une valeureuse résistance, reçut plusieurs blessures et fut fait prisonnier. Toutefois la lutte n'était point encore terminée , bien que les deux prétendants eussent disparu de la scène: la comtesse de Montfort trouva dans Jeanne de Penthièvre une rivale qui n'était point décidée à déposer les armes. L'enthousiasme chevaleresque ne fit que s'enflammer davantage, par le caractère nouveau que prit la guerre.On se provoquait en duel départ et d'autre ; c'était à qui se vanterait d'avoir la «lus belle maîtresse. Enfin Charles ae Blois recouvra sa liberté , en donnant pour otages deux de ses enfants (1356). Les hostilités recommencèrent. Les évêques tentèrent alors d'amener un accommodement, au moyen d'un partage ; Jeanne de Penthièvre s'y refusa. Après de nouveaux
événements amenés par la prolonga- teignit Bordeaux, à demi-détruite par tion de la guerre, Charles de fiiois la disette et les maladies. Le roi de résolut d'en finir, et hasarda impru- France déclara le duché de Bretagne demment, et contre l'avis de du Gues- réuni à la couronne, et cita le duc à clin, la sanglante bataille d'Âuray, où comparaître devant la cour des pairs, il fut tué, en 1364 (voyez Blois pour y répondre à une accusation de [Charles de]). félonie. Personne ne s'y présenta pour Jean /fou V , surnommé le Con- répondre en son nom, et la sentence ' guérant, fils de Jean de Montfort et de la cour le déclara déchu de tous ses de Jeanne de Flandre, né après la mort droits. Mais cette mesure , qui blessait de son père , avait été reconnu comme le sentiment d'indépendance nationale duc de Bretagne par l'Angleterre et des nobles bretons, rendit une armée par le parti qui avait embrassé la au jeune duc , et le connétable du cause de sa famille. La bataille d'Au- Guesclin décida le roi à traiter arec ray lui assura la possession du du- son vassal. Après la mort de Charché. On dit qu'après cette bataille , les V , un nouvel accommodement Chandos et ses chevaliers vinrent le eut lieu entre son successeur et le trouver et lui dirent: « Sire, louez duc, qui restait toujours suspect à « Dieu et faites bonne chère, car vous . la cour de France , et négligeait, sous « avez hier conquis l'héritage de Breta- divers prétextes , d'exécuter lesolau- « gne. » Le jeune prince avait épousé ses du traité. La haine qu'il portait une fille d'Edouard III. Sa politique au connétable de Clisson. le fit passer consista à donner aux rois de France pour l'instigateur du meurtre qui fut et d'Angleterre des assurances secrè- tenté par Craon sur la personne de tes de soumission , allant tour à tour cet officier. L'assassin chercha un rede l'un à l'autre, et s'efforçant, par fuge près de lui, et l'on prétend qu'il les gages ou les promesses qu'il pro- l'accueillit en lui adressant les paroles diguait des deux côtés, de se mena- suivantes : • Vous avez fait deux fauger un appui , quel que fût le dénû- « tes dans le même jour, la prenvire ment de la grande querelle qui avait « d'avoir attaqué le connétable, laseéctaté entre les deux couronnes. Le « conde de l'avoir manqué. » Le ducde roi de France se lassa enfin de ses Bretagne avait tenté lui-même prece tergiversations ; il le somma de lui demment une entreprise violente sur rendre hommage et de se préparer à Clisson, en l'attirant dans son château faire le service de guerre auquel il de l'Hermine; mais après avoir donne était tenu , comme vassal de la cou- l'ordre de le mettre à mort, il l'avait ronne. Le duc répondit à cette som- relâché moyennant une rançon de six mation en gagnant l'Angleterre ; puis mille livres'. Le traité conclu a Aucfer, il débarqua à Calais, à la téte d'une près de Redon, en 1395, mit fin à troupe d'archers anglais, et pénétra cette guerre et aux alternatives de en Picardie après avoir déclaré la succès et de revers au milieu desguerre au roi de France , dans une quelles s'écoula la vie de Jean IV. Il lettre où il lui disait : « Je vous fais mourut à Nantes en 1399, empoisonné, « sçavoir que , en votre deffaut, je me s'il faut en croire les bruits du temps. « tiens tout franc quitté et déchargé « Ce prince, dit un historien, était ex- « de la foi et hommage que faict avons tréme en tout : aimant jusqu'à la toit à la couronne de France...; et vous lie, haïssant jusqu'à la lureur, et ne « tiens et répute mon ennemi ; ne vous revenant jamais de ses préventions. » <« en debvez point merveiller, si je en 11 eut pour successeur son fils Jean, « fais dommaiges à vous et à vostre qu'il avait eu de. Jeanne de Navarre. « partie , pour moi revangier de très- Jean V ou / '/avait dix ans quand il « grands oustraiges, sorts, dominai- futreconnu ducde Bretagne, lleutpour « ges et vilainies devant dites, etc. » tutrice sa mère, la duchesse Jeanne, Cette armée traversa la France et at* jusqu'au moment où le duc de Bour-
jjogne s'immisça dans les affaires de la Bretagne, et parvint à se faire décerner la régence dans rassemblée des états de 1403. La duchesse Jeanne avait, Tannée précédente, épousé en secondes noces Henri IV, roi d'Angleterre; mais le jeune prince fut heureusement soustrait à l'influence de cette alliance. Il fut amené , avec ses jeunes frères , à la cour de France, et le séjour qu'ils y firent décida l'attachement cju'ils montrèrent plus tard aux intérêts français. Le renouvellement de la lutte acharnée qui se poursuivait entre les deux puissances rivales les trouva disposés à soutenir la cause nationale. Le jeune duc , avant de s'éloigner de Paris, obtint la main (le Jeanne de France, fille de Charles VI. Il lit hommage au roi pour son duché, en 1404, et tut, la même année, déclaré majeur. Il se réconcilia alors avec Ciisson, l'ennemi de son père , et s'entendit avec lui pour tenir téte aux Anglais. Il conduisit un corps de six mille ravaliers, qui, arrivé trop tard, joignit l'armée française à quatre lieues d'A- . zincourt. Lés progrès de la domination anglaise en France commencèrent alors à effraver le duc et ébranlèrent sa fidélité. Toutefois , il réussit, en inclinant tour à tour vers les deux partis, et en subissant , sanstrop de résistance, la loi de la nécessite , à se maintenir assez tranquille au milieu des orages qui grondaient autour de lui ; signant , d'une part , le traité de Troyes , qui dépouillait le dauphin de France, et de Vautre, autorisant son frère , le comte de Richement, à combattre sous les drapeaux de ce prince. La vieille inimitié qui existait entre la maison de Bretagne et les Penthièvres fut fatale au duc Jean. Il se laissa surprendre et renfermer par eux dans le château de Clisson , et n'obtint sa liberté qu'au bout de cinq mois , et moyennant d'onéreuses et bizarres conditions. Il fut forcé de promettre de donner son pesant d'or à l'église de Notre-Dame de Nantes , et son pesant d'argent à l'église de Saint-Ived, La somme s'éleva
à trois cent vingt-six mille livres. Le duc Jean mourut en 1442. C'était le plus beau prince de l'Europe. Magnifique dans ses vêtements , dans ses meubles , dans sa dépense , juste et charitable , il ne pécha que par trop de facilité et de bonté, fl avait eu trois IHs de son mariage avec Jeanne de France.
François V*r son fils , épousa , en 1442, et'au moment de son avènement nu duché de Bretagne , Isabeau , fille du roi d'Écosse, Jacques Ier. Il reconnut, en 1446, le roi Charles VII pour son suzerain, et secondant de tout son pouvoir l'œuvre d'affranchissement que ce prince poursuivait , il prit une part glorieuse à l'expulsion des Anglais de la province de Normandie , s'y jeta , en 1449 , à la téte de six mille nommes , sous le commandement de son oncle le connétable, comte de Richemont , et reprit sur l'ennemi les villes de Coutances, Saint- Lô , Avranches et Carentan.
Après la délivrance du Cotentin, il alla faire le sié^e de Fougères , dont les Anglais s'étaient rendus maîtres peu d'années auparavant. Les services mémorables qu'il rendit à la cause nationale dans ces grandes circonstances ne sauraient effacer la tache dont il couvrit son nom par la conduite barbare qu'il tint à l'égard de son frère, Gilles de Bretagne. Ce prince , mécontent de la part d'héritage qui lui était échue (il n'avait eu pour apanage que la terre de Chantocé) , se jeta dans le parti anglais ; son frère du moins l'en accusa. Il avait longtemps vécu en Angleterre, près de son aïeule la reine Jeanne, qui s'était efforcée de l'y retenir. « Comme l'exercice de l'arc était fort à la mode en Angleterre, dit un historien, et que les Anglais y excellaient, Gilles en avait amené plusieurs avec lui à son retour de Bretagne. Il les avait dans sa maison et prenait souvent avec eux ce divertissement. Cela même , et les grandes amitiés qu'on lui avait faites à la cour d'Angleterre, furent les prétextes que l'on prit pour le perdre. Le duc son frère l'accusa près du roi d'avoir k