‹ France. Dictionnaire encyclopédique (volume 4)Chapitre 51 sur 96 · BUE · texte numérisé non relu

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paix auquel il a donné son nom. Ce village est situé à 8 kil. de Chartres.

Bbétigny (traité de). — Ce traité, l'un des épisodes de cette longue guerre avec les Anglais qui remplit toute la durée du quatorzième siècle, fut la conséquence de la bataille de Poitiers et de la captivité du roi Jean. Cependant, il ne fut signé qu'en 1360, quatre ans après cette bataille, et seulement à la suite de nouvelles hostilités sans beaucoup d'importance, mais où l'avantage avait toujours été du côté des Anglais, commandés par le prince Noir , lils d'Édouard III. La France se trouvait alors dans la situation la plus malheureuse. Les troubles intérieurs qui agitèrent la régence du dauphin, depuis Charles V, surnommé le Sage, nous avaient enlevé le peu de forces qui nous était resté après le triomphe de l'étranger. Pour surcroît de malheur, le roi de Navarre et le duc de Bourgogne, alliés des Anglais, faisaient tous leurs efforts pour tirer parti de nos divisions. Ce fut a grand'peinc qu'en 1359 , le roi de Navarre consentit momentanément à mettre fin aux hostilités. Le délabrement des finances était tel que le gouvernement était réduit à l'altération des monnaies. La contagion , la misère et la famine venaient encore s'ajouter à tant de maux, et, de toute part , les esprits abattus demandaient la paix à grands cris.

Le roi d'Angleterre avait trop d'habileté pour ne pas mettre à profit ces dispositions générales ainsi que le besoin de liberté que commençait à éprouver le roi Jean. Il fit accepter à ce malheureux prince un traité de paix en vertu duquel le tiers de la France devait passer sous la souveraineté directe de l'Angleterre. Mais, si grande que fût la consternation, l'esprit national se révolta contre une proposition aussi injurieuse, et elle fut repoussée par les états généraux. Le prince Édouard étant revenu en France, on le laissa guerroyer contre les places fortes, car on avait l'intention bien arrêtée de ne pas risquer une nouvelle bataille. Il s'avança jusque sous les murs de Paris, et défia le régent

sans que ce dernier permit qu'on répondît à ses provocations. Dans l'état où se trouvaient nos finances et nos ressources militaires , ce système de défense était le plus sage ; il eut bientôt les conséquences que Ton s'en promettait. N'obtenant aucun résultat sérieux, et voyant ses troupes soulever tous les jours davantage la haine des populations françaises par leurs brigandages et leur cruauté', le roi d'Angleterre , qui manquait aussi d'argent, se décida enfin à entrer en arrangement et à accepter la médiation du pape Innocent VI, qui s'offrait en qualité de pacificateur.

Ce fut à Brétigny que les conférences commencèrent , le 1er mai 1360.

La France y était représentée par Jean de Dormans, chancelier de Normandie , élu évéque de Beauvais, Charles de Montmorency, le comte de Tancarville et le maréchal Boucicault; l'Angleterre, par le duc de Lancaster, les comtes de Northampton , de Warwick et de Stafford; le pape , par l'abbé de Cluny, le général des dominicains , et Hugues de Genève , seigneur d'Authon. Les négociateurs anglais, après avoir de nouveau mis en avant les vieilles prétentions du roi d'Angleterre sur la couronne de France, se bornèrent à réclamer la restitution de toutes les provinces qui avaient autrefois appartenu aux Plantagenets , et , entre autres, de h Normandie, de l'Anjou, du Maine et de la ïouraine. Mais , tout à coup, Édouard leur fit dire 'd'abandonner cette prétention , et d'accepter les offres des Français, assurant que, dans un orage, il venait faire vœu à Notre- Dame de Chartres* de rendre la paix au monde. En conséquence , le traité fut signé. « Édouard III y renonçait à ses prétentions sur la couronne de France, tandis qu'en retour, le duché d'Aquitaine, que ses prédécesseurs avaient tenu en fief de la France, était érigé pour lui en souveraineté indépendante , à laquelle étaient annexés le Poitou, la Saiutonge, l'Aunis , l'Agénois, le Périgord, le Limousin, le Quercy, leBigorre, la vallée de Gaure, 1 Angouroois et le llouergue. Les

comtes de Foix, d'Armagnac, de Lille- Jourdain, et de Périgord, les vicomtes de Carmaing, de Limoges , et les autres seigneurs qui possédaient des fiefs dans l'étendue des pays cédés, devaient transporter leur nommage du roi de France au roi d'Angleterre. Un petit territoire autour de Calais , composé des comtés de Ponthieu et de Gui nés , et de la vicomté de Mo n t re u il , était en même temps cédé en toute souveraineté au roi d'Angleterre ; le roi de France devant renoncer expressément à tout droit sur toutes ces provinces , à tout ressort et à toute souveraineté, et le roi d'Angleterre devant les posséder comme voisin, et non comme feudataire.

« A ces conditions, la paix devait être rétablie entre les deux royaumes.

Quant à la rançon du roi Jean, elle devait être acquittée en argent et non en terres ; elle fut fixée à trois millions d'écus d'or, dont six cent mille devaient être payés sous quatre mois, avant que le roi de France pût sortir de Calais , et quatre cent mille écus chaque année pendant les six années suivantes. Pour ces payements successifs , Jean devait laisser , au choix d'Edouard, un certain nombre d'otages, pris entre les plus nobles seigneurs et les plus riches bourgeois de son royaume. Relativement aux droits de Jean de Montfort et de Charles de Blois sur la Bretagne, il fut convenu que les deux rois les régleraient d'après la justice, mais seulement dans la nouvelle conférence qu'ils promettaient d'avoir à Calais au bout de quatre mois , époque fixée pour le premier payement de la rançon du roi Jean.

« Le traité fut juré à Paris, le 10 mai, par le régent, et a Louviers, le 16 mai, par le prince de Galles. Une trêve d'une année avait été conclue pour donner le temps d'exécuter les différentes cessions qui faisaient partie de la paix définitive; et l'armée anglaise, accompagnée par des guides français, devait se diriger en droite ligne sur Calais pour s'y rembarquer , toutes

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les villes et tous les marchés étant ouverts sur son passage, itdouard et ses enfants mirent tant de diligence à faire cette retraite , que le 18 mai, ils débarquèrent en Angleterre. Le 8 juillet, le roi Jean fut conduit par le prince de Galles et le duc de Lanças ter à Calais , où il attendit que l'argent fût prêt pour le premier payement de sa rançon.

«Les principaux otages livrés par la France pour la rançon du roi et pour l'accomplissement au traité de Brétigny, furent le duc d'Orléans , frère du roi ; le second et le troisième fils du roi, qui furent créés, à cette occasion, ducs d'Anjou et de Berri ; le duc de Bourbon; les comtes d'Alençon, de Saint-Pol, de Harcourt, d'Auvergne (comte Dauphin), de Porcien, de Braine ; les sires Jean d'Ktampes, Gui de Blois , de Coucy , de Ligny , de Montmorency , de Roye , de Préaux, de la Tour d'Auvergne , et plusieurs autres ; enfin , quatre bourgeois de Paris, et deux bourgeois de chacune des dix - huit premières villes du royaume.

«Tout étant enfin terminé, le traité signé, l'argent et les otages livrés , la liberté fut rendue au roi Jean , qui , pour accomplir un vœu fait pendant sa captivité, sortit à pied de Calais, le dimanche 25 octobre, pour se rendre en pèlerinage à Notre-Dame de Boulogne. Il n'arriva à Paris que le 13 décembre, s'étant arrêté de ville en ville, à .Mo/i treuil , à Hesdin , à Amiens, à Saint-Denis, pour recevoir les félicitations des habitants, et les fêtes qu'ils lui donnèrent à son passage (*). »

On sait que plus tard , un des otages , le duc d'Anjou , fils du roi , s'étant enfui , Jean retourna en Angleterre où il mourut en 1364. A ce sujet , on lui attribue cette belle parole : « Si la bonne foi était exilée de la terre, elle devrait trouver un asile dans le cœur des rois. » Au reste , c'est bien à tort qu'on a comparé la détermination de ce prince à

(*) Sismondi , Histoire de France, yoI. X, p. 570 et suivantes.

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