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teau. Ce rut seulement en 1645 que Louis XIV, sur les instances et d'après les perfectionnements du célèbre varin , rétablit le monnayage au balancier (voyez Castaing).
Bbue (André) a puissamment contribué à la prospérité de notre commerce dans le Sénégal, où il fut envoyé, en qualité de directeur et de commandant général pour la compagnie du Sénégal et d'Afrique. Les voyages qu'il fît dans toute l'étendue dès possessions de la compagnie , lui avaient permis d'acquérir des renseignements exacts sur leurs gouvernements et sur les peuples qui les habitent. C'est presque entièrement sur ses Mémoires qu'a été composée la Nouvelle relation de V Afrique occidentale , publiée en 1729 par le P. Labat, qui avait beaucoup voyagé dans le nouveau monde, mais n'avait jamais été en Afrique.
Par suite des changements fréquents qui avaient eu lieu dans l'administration , le commerce du Sénégal était dans un fort mauvais état, lorsque la compagnie d'Afrique , établie le 23 janvier 1696, y envoya André Brue avec de grands pouvoirs. Cet administrateur avait tout le talent nécessaire pour relever cet établissement. Il n'est personne qui ne connaisse l'importance de la colonie du Sénégal ; quant a son ancienneté , si elle ne remonte pas aussi haut que le croit le P. Labat , qui mentionne une compagnie de Normands de Rouen et de Dieppe possédant , de temps immémorial , un comptoir dans la rivière de Sénégambie , nous avons du moins la série des gouverneurs qui furent chargés des affaires d'une compagnie de négociants de ces deux villes, depuis 1626 jusqu'en 1664. A cette époque , cette compagnie céda son commerce et vendit ses établissements à la compagnie des Indes occidentales. Celle-ci , par ses tautes, obligea le gouvernement à lui retirer son privilège, et elle fut remplacée successivement par trois autres compagnies. C'était par la dernière que André Brue avait été envoyé au Sénégal , avec mission de régir fes établissemeuts des deux rivières du Sé-
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négal et de Gambie , qui étaient comprises dans la concession.
Le Sénégal fixa principalement l'attention du nouveau directeur , qui visita tous les comptoirs, mit un terme à de grands abus qui s'étaient glissés dans l'administration, traita avec tous les princes dont le territoire était traversé par le fleuve , et gagna leur amitié par ses prévenances , et leur respect par sa fermeté. Il essaya de pénétrer dans le lac Cayar , qui communique par un canal à la partie la plus septentrionale du cours du fleuve, et qui avoisine les forêts où l'on recueille la gomme ; mais des bancs couverts de joncs impénétrables étaient un obstacle invincibleà la navigation. Dans le but de se rapprocher des pays d'où l'on tire de l'or, il remonta le Sénégal , et atteignit deux fois le rocher Felou, près duquel se trouve un village où passent les caravanes qui viennent deïen- Boktou (Tombouctou\ avec de l'or et des esclaves. Il construisit un fort sur la rive sud du fleuve , à peu de distance de ce village , et à sept ou huit lieues du confluent de la rivière de Falemé, qui prend sa source près de la rivière de Gambie. Son but était de procurer ainsi à la France la plus grande partie des marchandises que les caravanes portaient aux Anglais établis sur cette dernière rivière. Il voulait surtout se rapprocher des mines du royaume de Bambouc, qu'il avait découvertes lui-même presque sur les bords de la rivière de Falemé; c'est ce qui le porta à faire construire le fort Saint-Pierre sur cette rivière, et à concevoir de nouvelles entreprises, que son rappel, motivé par le mauvais état des affaires de la compagnie, ne lui permit pas de réaliser.
Appelé de nouveau, en 1714, à la direction du Sénégal pour le compte de la nouvelle compagnie des Indes, il donna cette fois ses principaux soins au commerce de la rivière de Gambie , et c'est à lui que l'on doit le rétablissement du comptoir d'Albreda, situé sur la rive droite, vis-à-vis de James-Fort. Il alla jusqu'à Cachéo , gui appartient aux Portugais , contrac-
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tant partout sur son passage des alliances avec les princes indigènes , et il plaça un nouveau comptoir à la pointe nord-est de Pile Bissao. Brue retourna ensuite en France, après avoir rendu notre commerce dans ces contrées plus florissant que jamais. En 1723, il revint en Afrique, avec la (jualité de commissaire de la compagnie, sur une escadre qui , ayant echo&é dans une entreprise sur l'île d'Arguin, s'empara de Portendic. D'après le portrait qu'en a tracé le P. Labat, André Brue était plus qu'un administrateur distingue ; c'était un homme d'État, que la versatilité des différentes compagnies qu'il représenta a seule empêché de faire de plus grandes choses.
Bbué (Étienne-Rooert), né à Paris en 1786 , mort en 1830 , fut un des
f;éographes les plus distingués de 'Europe. Il avait fait partie de l'expédition célèbre du capitaine Baudin.
A son retour à Paris, il appliqua à la confection des cartes l'ingénieux procédé du dessin sur le cuivre même, ui assure plus d'exactitude, et permet e donner aux contours plus de finesse et de netteté. Ce fut après le succès des premières cartes de ce genre qu'il . conçut le plan d'un Atlas universel, destiné à reproduire sans cesse les progrès de la géographie par le remplacement successif des cartes , à mesure que de nouveaux documents viendraient en modifier le tracé. Cet Atlas , qui a été publié aux frais de l'auteur, se compose aujourd'hui de soixante-cinq cartes , et forme la réunion la plus complète et la plus satisfaisante que nous avons en France pour l'enseignement de la géographie.
On a également de lui un Atlas classique de trente-six cartes. Brué venait de terminer sa belle carte des États- Unis de l'Amérique du Nord, lorsque le délabrement de sa santé, naturellement délicate, le contraignit à interrompre ses travaux. Il s'occupait aussi à refaire, d'après de nouvelles découvertes, les deux Amériques, le Mexique, les Antilles, et d'autres cartes qui ont été terminées depuis sa mort. Parmi les travaux qu'il projetait , il ne faut pas
oublier une grande Carte £ Afrique , enrichie de toutes les nouvelles découvertes.
Son Atlas universel essuya , de la part du baron de Zach, des critiques sans fondement. Malte-Brun jugea aussi la Carte de la dispersion des peuples jusqu'à Moise avec une trop grande sévérité, ainsi que le prouva la réponse de Brué. Voici , au reste , comment s'exprime un juge compétent, M. Eyriès , sur l'Atlas universel de Brue :
« On remarque dans cet Atlas une grande supériorité sur celui qui l'avait précédé, un emploi judicieux de matériaux bien choisis, un dessin pur et net , une manière très-heureuse d'indiquer les reliefs de terrain. S'il n'est pas exempt de fautes dans l'orthographe des noms , en revanche , on ne peut qu'applaudir à sa sagacité. Un voyageur , qui a récemment parcouru l'Amérique méridionale, a jugé que la physionomie du terrain est rendue plus fidèlement dans l'Atlas de Brué (1830) que sur la carte de plus grande dimension pour laquelle il s'était servi de documents qui lui avaient été fournis par divers observateurs. »
Bruet (François-Xavier-Ignace) , naquit à Arbois (Jura) en 1727, d'une famille considérée. Ayant embrassé l'état ecclésiastique, il tut appelé, par le choix de ses concitoyens, aux fonctions de curé, le 29 juin 1771, et remplissait ce respectable ministère avec un désintéressement et une charité exemplaires, lorsque le clergé réuni à Lonsle-Saulnier le nomma député à l'Assemblée constituante. La conduite de Bruet y fut celle d'un homme sage et d'un bon Français. Il revint au milieu de ses paroissiens chéris ; et bientôt, proscrit, on le vit prendre tour à tour divers travestissements , pour continuer près d'eux ses fonctions de prêtre, de père des pauvres et d'ami des malheureux. La vie de Bruet, pendant cinquante annéest^le fonctions pastorales, fut le modèle de toutes les vertus évangéliques. Ce saint vieillard mourut le 17 février 1821. Huit jours étaient à peine écoulés , qu'un missionnaire arriva à Ar-
bois, revêtu du titre d'administrateur, pour desservir la paroisse. Le premier acte de son autorité (24 février 1821) fut d'envoyer, aux trois vénérables suppléants du défunt, des lettres d'interdit! et, chose inouïe! il fut mis en doute, pendant neuf mois, s'il était permis de prier le Dieu de miséricorde et d'offrir le sacrifice
Sropitiatoire en faveur du vénérable irueU Ne fallait il pas lui faire expier le crime d'avoir siégé à l'Assemblée constituante ?
Brueys (David, Augustin de), théologien et auteur dramatique, naquit en 1640, à Aix , d'une famille de protestants appartenant à la noblesse. Le zèle qu'il montra de bonne heure pour la défense de sa religion le fit choisir par le consistoire de Montpellier pour répondre à l'exposition de la doctrine catholique de Bossuet. Mais la lutte était trop inégale; Bossuet le réfuta si bien qu'il le convertit. Devenu catholique , Brueys se fit prêtre peu de temps après , et combattit son ancienne religion avec autant de zèle qu'il l'avait défendue d'abord. Mais malgré le nombre de ses écrits de controverse, qui ne forment pas moins de dix volumes, il serait oublié si, mêlant au sacré le profane, il n'avait pas fait jouer des comédies. Ce fut un ecclésiastique qui transporta sur notre scène V Eunuque de Térence, en supprimant , il est vrai , les détails trop libres de cette pièce, et en substituant un muet au personnage qui lui donne son nom. Brueys n'imita personne dans le Grondeur y qui est le meilleur de ses ouvrages : mais il eut un collaborateur qui avait aussi pris part à la composition du Muet, Palaprat, qui fut en même temps son ami.
Toutefois, ils ne s'entendirent pas toujours sur la part qui revenait à chacun dans les pièces qu'ils signaient tous deux. Palaprat souffrait qu'on le louât sur des passages qui étaient de son ami. Brueys écrivait au sujet du Grondeur : « Le premier acte est en- « tièrement de moi, et il est excellent; « le second a été gâté par quelques scè- « nés de farce de Palaprat, et il est mé-
« diocre ; le troisième est entièrement « de lui, et il est détestable. «Bruevs en parlant ainsi , ne se vantait pas, 'et la Harpe a raison d'applaudir au comique que répand dans les deux premiers actes le personnage de M.Grichard , dont l'esprit grondeur est naturellement peint. Brueys écrivit seul VAvocat patelin , ou , quoi qu'en dise Voltaire, l'ouvrage des Clercs de la Basoche n'a pas été surpassé. Quelquefois même, en l'habillant d'un langage moderne et en le rapprochant de nos usages, Brueys l'affaiblit; et il y a des scènes où la supériorité appartient à ce vieux monument de la gaieté française. Parmi les autres comédies de Brueys, il n'y en a point à remarquer, sf ce n'est celle du Sot toujours sot, à cause du singulier débat auquel elle donna lieu. La troupe des Italiens allait la représenter, lorsqu'elle apprit que la même pièce, trouvée dans les papiers de Palaprat , mort à cette époque , se répétait aux Français. De là une contestation que termina le lieutenant civil en décidant que la pièce appartiendrait au théâtre où elle aurait le mieux réussi. Les Italiens l'emportèrent. Brueys mourut en
Brueys (François - Paul , comte de ). — L'amiral Brueys s'est fait , par sa bravoure et par sa mort glorieuse , une part distinguée dans l'histoire. Il était lieutenant de la marine royale lorsque la révolution éclata. Quoique noble , il n'émigra point, et en 1792, il eut le commandement d'un vaisseau qui lit partie de l'escadre conduite par l'amiral Truguet sur les côtes de Naples et deSardaigne. Forcé comme noble de quitter sa place, il ne fut rappelé que sous le ministère de Truguet , qui , connaissant son courage, lui donna l'ordre d'aller croiser dans l'Adriatique. La paix était conclue lorsqu'il arriva à Venise; il fit voile pour les îles Ioniennes, et fut obligé, pour y vivre pendant une longue station , d'avoir recours à Ali-Pacha. La campagne d'Égypte ayant été résolue, Brueys reçut le commandement de la flotte qui de-
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vait porter l'armée; il réussit à tromper les Anglais qui voulaient lui disputer le passage, et arriva heureusement dans la rade d'Aboukir.Aussitôt après le débarquement des troupes , il aurait du , ou entrer dans le port d'Alexandrie, ou retourner sans perte de temps en France, à Malte ou a Corfou. Il n'en fit rien, et s'embossa pour attendre les Anglais. Cette faute causa la perte de la flotte (*). Nelson jugea du premier coup d'œil qu'il pouvait séparer les vaisseaux français; il passa audacieusement entre le rivage et la flotte, et plaça ainsi l'avant-garue entre deux feux. Le combat fut terrible; mais bientôt la victoire se décida pour les Anglais. Dès lors Brueys ne chercha plus que la mort; atteint de deux blessures , il ne voulut pas descendre pour se faire panser : Un amiral français, dit-il , doit mourir saison banc de quart. Bientôt après , un boulet ennemi vint le frapper , et il
(*) «Napoléon fut accusé d'avoir, par les ordres qull avait donnés à Brueys , amené la perle de la bataille et celle de l'amiral, "Voici un fragment d'une lettre écrite par l'amiral Brueys au général en chef de 1 armée d'Egypte , peu de temps avant le désastre, le 14 messidor an vi (9 juillet 1798), et qui semble justifier Napoléon:
« La position où je suis n'est pas tenable « par la qualité du fond qui est parsemé « de roches, et je ne peux pas y attendre « l'ennemi, qui, avec des forces égales, « détruirait toute l'armée, en la prenant en « détail, si j'avais la maladresse de l'attendre « au mouillage
« Je suis extrêmement contrarie par ce « défaut de mouillage , et mon chagrin serait « au comble si cela devait élre une raison « de me séparer de vous, n'ayant d'aulre « désir que de suivre votre sort en quelque « qualité que ce soit. Je vous prie d'être « assuré que je serai toujours bien placé, « pourvu que je sois placé auprès de vous ; « personne , j'ose vous l'assurer, ne vous " étant plus sincèrement attaché. Ce senti- « ment est dû à l'homme qui a rendu d'aussi « grands services à la France , et vous y « avez ajouté par vos bontés celui de la re- « connaissance. » Correspondance inédite , chée dans les Opinions de Napoléon, t. I , p. 172.
expira au moment où son vaisseau,
F Orient , sautait avec une explosion terrible. (Voyez Aboukir [bataille navale d'].)
Bruges (prises de). — Le général la Bourdonnaye s'empara de Bruges, avec un faiblé détachement, dans le moment où Dumouriez , victorieux à Jemmapes, poursuivait les Autrichiens vers la Meuse.
— La division 'du général Moreau s'en empara avec non moins de facilité, le 29 juin 1794.
Bruguier (Jean), né à Nîmes, au commencement du dix-septième siècle , fut l'un des pasteurs de PÉatlise réformée de cette ville. Avant même que l'édit de Nantes eût été révoqué, il avait été défendu aux calvinistes de chanter les psaumes. Bruguier publia, pour prouver l'innocence de cette pratique , un Discours sur le chant des psaumes , 16G3 , in- 12. Le livre fut condamné au feu , l'auteur suspendu de ses fonctions et exilé de la province. Bruguier s'étant retiré à Genève, publia, en 1673, sa Réponse sommaire au livre de M. Arnauld, intitulé : Renversement de la morale de J. C. par les calvinistes, Quevilly, 1673. Il a encore écrit un autre ouvrage sous ce titre : Jdea totius philosophé, 1676, in-8°. Il mourut à Genève, en 1684.
Bruuier d'Ablaïncourt (J. J.), médecin, né à Beauvais, et mort à Paris, en 1756, a traduit ou édité un grand nombre d'ouvrages, mais a surtout mérité le souvenir de la postérité par ses divers ouvrages sur les signes de la mort, et par la démonstration publique qu'il fit de la nécessité de différer les enterrements.
BRUIX (Eustache). — La marine française a donné, sous l'empire, de nombreux exemples de courage; et si elle ne rendit pas tous les services qu'on pouvait en attendre, la faute doit en être imputée surtout à l'inhabileté qu à la mauvaise fortune de quelques officiers supérieurs. L'amiral Bru ix fut un des marins les plus remarquables de cette glorieuse époque. Né à Saint-Domingue, eji 1769, il s'embarqua co .imc
volontaire sur un vaisseau marchand.
Deux ans après il fut nommé garde de la marine , fit sa première campagne sur la frégate le Fox , et sa seconde sur la Concorde. Il servit dans les diverses escadres qui vinrent au secours des États - Unis , et fut fait ensuite enseigne de vaisseau. Nommé plus tard commandant du Pivert, il fut associé à M. de Puységur pour la confection des cartes destinées à retracer les côtes et les débouquements de Saint-Domingue. Nommé lieutenant de vaisseau et membre de l'Académie de marine , il fut envoyé, en 1791, dans la Manche avec le brick le Fanfaron ; en 1792 , aux îles du Vent , avec la frégate la Sémillante.
L'année suivante il monta à bord de l'Indomptable; mais, renvoyé comme noble, il ne fut employé dé nouveau que sous le ministère de Truguet, qui lui confia l'Éole, jusqu'au moment où il fut envoyé sur l'escadre de l'amiral F illaret- Joyeuse, en qualité de major général. Il fit partie de l'expédition d'Irlande, et fut nommécontre-amiral, pu Î8 ministre de la marine. Masséna assiégé dans Gênes avait besoin de secours ; Bruix court à Brest, où notre flotte était bloquée par les Anglais, profite d'un coup cle vent qui disperse les vaisseaux ennemis , va en toute hâte ravitailler Gênes, rallie à son retour les Espagnols, et rentre avec eux dans le port de Brest. Ce coup de main était hardi; mais Bruix aurait pu rendre un bien plus grand service à la France s'il eut été au secours de Napoléon , dont l'armée faisait de si grandes choses en Egypte. Après cette expédition , Bruix rendit le portefeuille de la marine et prit le commandement de la flotte assemblée à l'île d'Aix , et qui devait faire voile pour l'Espagne. Mais l'ennemi renforça la croisière, l'amiral tomba malade , et In paix d'Amiens vint empêcher la flotte de sortir. La guerre ayant de nouveau éclaté , Napoléon conçut le projet d'une nouvelle descente en Angleterre, et confia à Bruix le commandement de la flottille qui devait transporter l'armée; mais les
forces de ce brave officier l'abandonnèrent , et il fut obligé de revenir à Paris, où il mourut a peine âgé de quarante-cinq ans. Ses restes avaient été déposés dans l'un des quartiers du cimetière, de l'Est , que l'on consacrait alors aux sépultures provisoires. Le ministre de la marine , M. Rosamel, lui a fait élever en 1838, un monument durable, avec une inscription qui retrace les services qu'il a rendus au pays.
Brumaire (coup d'Etat du 18). — Tant qu'il ne s'agissait que de détruire, le patriotisme et le courage ont été des vertus suffisantes pour assurer le triomphe de la révolution; et, grâce à Dieu, ni l'un ni l'autre n'ont manqué aux hommes qui ont prêté le serment du jeu de paume, ou à ceux qui ont répondu aux menaces de l'Europe absolutiste en redoublant de sévérité envers un roi que sa faiblesse et ses malheurs n'excuseront jamais d'avoir correspondu secrètement avec l'étranger et conspiré contre son peuple.
(Voyez Louis XVI , Armoire de feh, Beunswick (manifeste de),ÉMigbation, Condé (armée de), Vendée (guerre de la) et Chouans). Mais quand la révolution eut fait table rase, et que le temps fut venu de se mettre à l'œuvre pour élever un nouvel édifice sur les ruines de l'ancien, il fallut aux acteurs du grand drame des principes plus arrêtés et des idées mieux définies, un ensemble de croyances enfin que l'amour de la patrie lui-même, quelque puissant que soit un pareil lien sur une nation généreuse, ne pouvait qu'imparfaitement remplacer. Ce n'était plus assez de savoir mourir pour ses opinions, il y avait urgence de mettre quelque chose à la place du passé-, si l'on voulait que la vieille organisation disparût sans retour, il était nécessaire non-seulement de vaincre la coalition des rois et des nobles , mais encore de jeter les véritables bases de l'organisation de l'avenir.
Bien des tentatives ont été faites dans ce but par les différentes classes de la société; mais aucune ne parvint à faire prévaloir son système; etk de-
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puis les girondins jusqu'aux babouvistes, tous les partis tombèrent les uns après les autres. Ce n'est pas ici le lieu de rechercher la cause de tant de chutes, il convient seulement de constater le résultat. Or, il est incontestable que jusqu'à la fin du Directoire, le gouvernement révolutionnaire fut toujours plus heureux contre ses ennemis du dehors que contre les obstacles intérieurs. Le problème que la t révolution avait à résoudre était double; elle devait organiser la politique en même temps que la victoire. Une pareille tdche dépassait peut-être les bornes de la puissance humaine. Aussi la Convention sut-elle mieux vaincre que fonder; et l'on ne saurait, sans une cruelle injustice, oublier ses victoires, pour ne tenir compte que de ce qu'elle n'a pas accompli.
La mort du roi, particulièrement, avait fait un grand vide. Emportée par les élans d'une juste indignation, la Convention avait détrôné et envoyé au supplice le chef de l'État; mais ne commit-elle pas une faute grave, en ne choisissant pas à l'instant même un nouveau chef pour représenter l'unité nationale? N'eût-elle pas agi avec plus de sagesse en remplaçant le représentant héréditaire de l'unité monarchique par un représentant électif de l'unité démocratique? N'eut-elle pas tort de croire que, de la presque unanimité de ses suffrages, allait sortir une homogénéité, parfaite, qui lui permettrait d'agir comme un seul homme? Ce qui prouve qu'elle tentait l'impossible, ce sont les sacrifices constants qu'elle dut accomplir pour maintenir l'indivisibilitédelarépublique.Laplusdouloureuse expérience ne put changer les illusions de la France à cet égard : elle s'entêta longtemps à ne voir que la résurrection de la tyrannie dans tout essai de réorganisation du pouvoirexécutif. L'horreur de l'esclavage ne lui permettait de se soumettre aux bienfaits d'aucune direction , dès que cette direction paraissait vouloir se concentrer dans un seul homme. Qu'arriva-t-il? Sentant l'impossibilité de mouvoir tous ses membres avecasse2 de promptitude, l'assem-
blée se partagea en plusieurs comités.
Ces comités eux-mêmes, assemblées encore trop nombreuses quoique déjà très-restreintes, se divisèrent en une certaine quantité de fractions, subissant tantôt l'influence d'un chef, tantôt celle des municipalités. Dans les deux cas, on n'eut presque toujours qu'un gouvernement aux mille têtes, ou la perspective d'un dictateur tout
itrét à s'imposer. Peu à peu. les trou- >les renaissant toujours, la force des choses diminua presque d'elle-même le nombre des chefs influents; et, après avoir traversé les plus violents orages, la Convention finit par créer le Directoire, c'est-à-dire, un pouvoir exécutif a cinq têtes, que le dix-huit brumaire réduisit d'abord à trois, pour revenir bientôt au point de départ, à l'unité, à la monarchie, en un mot.
Alors, après les excès de l'empereur, devant qui s'éclipsèrent insensiblement les grands corps de l'État , on fut réduit à recommencer l'œuvre de 89 sur de nouveaux frais, au prix d'un sang nouveau.
Avec quelques idées préconçues que l'on juge les événements, on "ne peut pas nier qu'il n'y ait eu quelque chose de fatal et d irrésistible dans cette décroissance progressive du nombre des chefs de la révolution. Il faudrait une grande ténacité d'esprit pour n'attribuer qu'aux mauvaises passions ce qui provenait au moins autant des conséquences d'une loi générale et jusqu'à ce jour sans exception, puisque, soit dans l'antiquité, soit dans les temps modernes, aucune république n'a existé longtemps sans un chef pour en représenter l'unité. Il n'y a que les aristocraties qui dérogent à cette loi, et encore ne tardent-elles pas à passer à la dictature et à la monarchie, comme on peut en juger par l'exemple de la république romaine.
Si les considérations qui précèdent sont aussi justes que nous le croyons, le 18 brumaire est un événement peu difficile à comprendre. Les deux principales classes de la natiou, la bourgeoisie et le peuple, avaient inutilement lait l'essai du pouvoir. Après elles
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tous les partis importants gui s'étaient formés dans leur sein avaient successivement saisi les rênes de l'État, tous, excepté un seul... l'armée. Tous avaient succombé sans retour; et si le Directoire subsistait encore, c'était parce que, dans la journée du 18 fructidor, la force militaire avait daigné lui prêter l'appui des baïonnettes. La Convention elle-même avait eu besoin des troupes pour empêcher la faction royaliste de prendre le dessus; et ainsi, dès le 13 vendémiaire, l'armée avait préparé son propre avènement à la domination.
Comment n'y serait-elle pas arrivée?
Seul corps sérieusement organisé dans l'État, elle savait par expérience quelle force, quelle unité d'action imprime aux masses la direction , d'un chef, lorsque ce chef est véritablement digne de confiance. Seul instrument de la révolution qui eût accompli le plus difûcile de sa tâche, elle avait été initiée par de nombreuses victoires au secret de sa puissance. Non-seulement elle avait consolidé au dehors le succès de la révolution, elle était encore devenue la seule sauvegarde contre le retour de l'ancien régime, et puis quelque chose l'avertissait qu'à son tour elle allait s'élancer sur la vieille Europe. D'un autre coté, épuisée par des secousses inévitables sans doute, mais dont le nombre aurait été moins grand avec un peu moins de haine contre toute autorité supérieure, la nation commençait à soupirer après le repos; elle était disposée à faire quelques sacrifices pour avoir un peu d'ordre. Et qui pouvait mieux ramener le règne de l'ordre que le parti militaire, qui n'avait jamais complètement oublié ses vieilles traditions d'obéissance passive, et dans Jes rangs duquel s'étaient réfugiés presque tous ceux à qui l'anarchie faisait horreur? Il est vrai que sous sa tutelle, la France révolutionnaire courait le risque de n'être délivrée de l'anarchie qu'aux dépens de la liberté; mais c'était la conséquence et peut-être la punition de tout ce qui avait précédé. Pour n'avoir pas voulu donner un successeur à l'ancien chef politique, on était menacé d'avoir
un dictateur militaire; on n'avait pas su créer une nouvelle hiérarchie, on allait subir le régime de la discipline.
A partir du 13 vendémiaire , le triomphe définitif de l'armée était évident. S'il tarda un peu, c'est qu'aucun de ses généraux n'avait encore acquis une prépondérance assez marquée.
Toute la durée du gouvernement directorial peut être considérée comme une époque préparatoire, pendant laquelle l'armée était pour ainsi dire en travail d'enfantement. Tandis que l'on discutait à Paris , elle culbutait les étrangers, et se demandait, en portant les regards sur ses généraux, lequel était vraiment le plus digne. Il ne se fit pas longtemps attendre; le héros de Toulon , l'homme de vendémiaire, gagna bientôt ses sufirages par les immortelles campagnes d'Italie. Les seuls rivaux que l'on pût lui opposer étaient des militaires aussi :
tant il est vrai que le cours des événements livrait le maniement des affaires à l'armée. C'étaient les Bernadotte , les Hoche , les Moreau , les M asséna, les Joubert, en l'absence de Kléber et de Desaix , partis en Égypte avec Bonaparte; c'étaient encore Pichegru, Jourdan , Augereau, Brune, et une foule d'autres noms célèbres...
Les clubs , les grands corps de l'État eux-mêmes , choisissaient des militaires pour présidents ; chaque parti politique voulait avoir son général : les royalistes comptaient sur Pichegru , sur Moreau peut-être ; les républicains, surtout après la mort du général Hoche , avaient espoir en Bernadotte. Talleyrand, ministre des relations extérieures, plus clairvoyant que les autres, conspirait pour le général Bonaparte. Tel membre du Directoire préférait Joubert ; tel autre caressait Masséna ; Barras avait un faible pour Hédouville ; il n'était pas jusqu'à Sieyès, le grand faiseur de constitutions , qui ne comprît que, pour devenir un nouveau Lycurgue , l'appui d'un gagneur de batailles était désormais indispensable. Le gouvernement enfin usait le peu de force qui lui restait, tantôt à opposer les uns aux autres tous ces concurrents armés , tan-
tôt, et c'était le plus souvent, à persuader à celui-ci ou à celui-là qu'il était de taille à se mesurer avec le pacificateur de Campo-Formio et le vainqueur des Pyramides. Sous une forme ou sous une autre , c'était toujours le même spectacle : le citoyen s'effaçant de plus en plus devant l'homme de guerre, la pensée réduite à implorer la protection du sabre.
TJne nouvelle coalition de rois profitant de Péloignement de Bonaparte et de son armée, pour venir fondre Sur la république, nous avait fait éprouver des revers en Italie : tous les yeux alors se tournèrent instinctivement vers PÉgypte. Après les victoires de Berghen et de Zurich, on n'oublia pas que Brune et Masséna , de concert avec Bernadotte, venaient de mettre la France à l'abri d'une invasion ; mais Ja défaite et la mort de Joubert avaient rappelé que Napoléon seul savait prendre l'offensive. Aussi, lorsque, inspiré par l'ambition au moins autant que par le patriotisme , il débarqua en France, l'enthousiasme fut universel.
Le Directoire eut beau lui faire sentir que l'armée savait encore vaincre sans lui , il se consola en pensant que si la coalition était battue, on rten pouvait pas dire autant de l'anarchie gouvernementale. Et puis, cette fois, il se sentait moins timide qu'à son retour d*Italie; il lui semblait que , pendant sa campagne d'Egypte , la poire avait eu le temps de mûrir.
Dès le jour de son arrivée à Fréjus , 9 octobre 1799 , il fut aisé de voir qu'il pensait ainsi; et lorsqu'il fut à Paris, sa conduite ne tarda pas à en fournir la preuve. Ému, mais ne laissant rien paraître de son émotion , absorbé dans des méditations profondes , réservé plus encore que d'habitude, froid à tous les éloges et à toutes les fêtes données en son honneur, comme un homme qui aspire à une
f»lus haute récompense ; agissant peu ui-méme , mais laissant remuer ciel et terre à une foule de créatures dévouées, qui l'avaient déjà servi pendant son absence , il affecta de ne point paraître en public ; et , pour mieux voir sans être vu, il resta d'abord enfermé
dans sa maison de la rue de la Victoire. S'il sortait , c'était en costume d'académicien , et pour aller assister aux séances de i" Institut , dont il était membre. De peur de réveiller les craintes qu'inspirait à tous la dictature militaire , le soldat se cachait sous l'habit du savant , et habituait ainsi la France à voir en lui autre chose et plus qu'un général , prétention d'ailleurs oien naturelle, et qui ne l'abandonna jamais dans tout le cours de sa vie. Toutes ses pensées , tous ses actes, tendirent constamment vers le même but ; enfin , il joua avec un merveilleux talent un rôle qu'il avait bien appris d'avance.
Le temps de cette retraite apparente était employé à pressentir l'opinion publique et a sonder les partis. En effet , il ne suffisait pas de vouloir s'élever à la première place, il importait encore de savoir par quels degrés on ouvait y monter. Républicains, royastes, modérés, ou plutôt hommes du milieu, tous avaient besoin d'un chef, tous lui faisaient des avances, comme il l'a dit dans ses mémoires; mais tous ne lui promettaient pas la même part , ne lui offraient pas les mêmes garanties. Quelques-uns exigeaient des conditions trop rigoureuses, on qu'il ne voulait pas tenir. Il avait besoin de réfléchir avant de fixer son choix. Le difficile, ce n'était pas de prendre son parti à l'égard des royalistes : les champions de la légitimité avaient besoin d'un nouveau Monck; mais Napoléon ne pouvait s'entendre avec eux que lorsque lui-même aurait besoin de courtisans. A qui donner la préférence,des républicains sincères,ou de Ces prétendus modérés, qui acceptent tous les régimes par amour du repos, bien moins encore que dans l'espoir de s'enrichir? Là était le point délicat. Avec les' républicains , il fallait s'attendre à des susceptibilités souvent excessives , à des résistances toujours énergiques; avec les modérés, au contraire, pas de chicanes, pas d'entraves ; quelle séduction pour un grand homme, trop confiant dans son propre génie! Deux années auparavant, à son retour d'Italie, Napoléon
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n'aurait peut-être pas hésité, son cœur l'aurait entraîné vers les hommes sincèrement patriotes, convaincu qu'on ne s'appuie solidement que sur ce qui résiste; mais, depuis, l'Orient avait habitué ses yeux au spectacle du despotisme, et développé en lui une tendance naturelle vers le côté matériel, mais poétique cependant, des choses de la vie.
Cependant il hésite encore , et résis* tant aux avances réitérées de Sieyès, dont il méprise le caractère, il cherche à entrer légalement au pouvoir,en se faisant nommer directeurà sa place. Mallieu reusement il n'a aue trente ans, et la constitution en exige quarante pour être admis au gouvernement de l'État.
Gohier et Moulins, les deux hommes les plus estimables du Directoire, et à qui il s'est ouvert de préférence , le repoussent au nom de la loi et ajournent à dix ans son ambition qui ne peut plus attendre. Voyant alors qu'il n'a plus rien à espérer *de la légalité, il se décide à briser une constitution qui le déclare inhabile à gouverner, lui qui a déjà deux fois fait I apprentissage du commandement suprême , d'abord en Italie, puis en Égvpte; lui qui dispose de l'armée; lui , enfin, que les encouragements de la France et les applaudissements d'une multitude de flatteurs ont confirmé dans le sentiment de sa supériorité. Poussé à bout par de mesquines jalousies, traité comme un être dangereux, parce qu'il a triomphé de l'ennemi plus souvent que les autres, il se rappelle que c'est lui oui a sauvé la Convention au 13 vendémiaire, en mitraillant les sections de Paris, et le Directoire au 18 fructidor, en lui envoyant Augereau , l'un de ses lieutenants. Dans sa passion , aucun scrupule ne peut plus l'arrêter; il oublie que cette constitution qu'il va violer, c'est lui-même qui en a assuré le triomphe contre les royalistes. Ce Sieyès qu'il déteste et qu'il méprise, il va le trouver, lui tendre la main et faire un pacte avec lui.
Dès ce moment, Napoléon n'eut plus le choix de sa conduite; il fut condamné à réunir autour de lui tous les ambitieux subalternes. Talleyrand et
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Fouché devinrent les dépositaires de ses pensées secrètes , et mirent les tristes ressources de leur habileté à son service. Sa maison fut le foyer d'une vaste conspiration , pour le succès de laquelle on employa tour à tour l'intrigue et la corruption, jusqu'à .ce que l'heure de la violence fut arrivée. Il serait trop long d'entrer dans le détail de tous les moyens auxquels les instruments de ses projets eurent recours , et dont la responsabilité pèse sur son caractère, qu'il y ait pris ou non une part directe ; il suffira de montrer les principaux fils de cette singulière comédie qui modifia si profondément la marche de la révolution.
Si quelque chose peut excuser Napoléon , c est que , mieux due personne, il connaissait le côté défectueux de la constitution de l'an m ; c'est que le but auquel il tendait, était évidemment louable, et que, lui personnellement, se proposait sincèrement le bien et la gloire de la France. Même encore à Sainte-Hélène , il ne voyait que le beau côté de son entreprise; comme Scipion , il disait pour toute réponse à ses accusateurs : « Nous protestons que nous avons sauvé notre pays; venez avec nous en rendre grâce aux dieux; » justification plus fière que juste, pour ceux qui croient qu'il aurait pu sauver la France par de meilleurs moyens et aussi d'une manière plus durable. Mais, dira-t-on , le Directoire lui avait fait une nécessité de la révolte. Et quand cela serait! Il fallait en appeler du Directoire à la nation , non pas par l'intrigue et par les armes, mais ouvertement et avec noblesse.
Jamais la France ne fut jalouse et parcimonieuse envers lui, et, s'il ne s'était refusé à fournir des garanties raisonnables, elle l'aurait certainement mis au-dessus d'une loi aveugle.
Son impatience l'a fait monter plus tôt; mais son impatience aussi a précipité la fin de son règne.
Une fois résolu à la lutte, il eut bientôt fait son plan de bataille ; et saisissant Tà-propos avec son tact ordinaire, ses intrigues et ses avocats à l'avant-garde , ses grenadiers en réserve, i l donna le signal de l'attaque.
Un grand nombre de voix lui étant gagnées dans le Conseil des Anciens que présidait Lucien, son frère, ce fut avec le secours de cette assemblée qu'il entreprit de porter les premiers coups au Conseil des Cinq-Cents , où la corruption avait eu moins de prise, parce qu'on y avait encore foi dans la démocratie. Le Directoire était ce qui l'embarrassait le moins. Des cinq membres
3ui le composaient , trois étaient à sa évotion : Sieyès et Roger-Ducos agissaient d'intelligence avec lui; Barras r après avoir essayé de travailler pour lui-même ou pour les Bourbons, avait fini par lui promettre son assistance ; quant à Moulins et à Gohier, qui persistaient à ne pas vouloir trahir leur mandat, outre qu'ils ne formaient qu'une minorité, l'inexpérience du premier et la bonhomie du second laissaient pour ainsi dire carte blanche.
Ce aui se préparait, allait leur montrer quel fond il faut faire sur un gouvernement à cinq têtes, et combien il est facile de le renverser. Afin de mieux endormir Gohier, le général Bonaparte s'invita à dîner chez lui avec sa famille pour le 18 brumaire; il voulut même ravoir à déjeuner pour le même jour avec sa femme.
Dès le 15, Napoléon et Sieyès avaient arrêté toutes leurs dispositions. Il fut convenu que le Conseil des Anciens, s'autorisant de l'article 102 de la constitution, décréterait la translation du Corps législatif à Saint-Cloud , et nommerait le général Bonaparte commandant en chef de la garde du Corps législatif, des troupes de la division militaire de Paris et de la garde nationale.
Le 18, en effet, après avoir entendu des discours virulents dans lesquels Cornudet, le Brun et Fargues peignirent sous de vives couleurs les dangers dont la république était menacée, et la conspiration permanente des coryphées au manège pour rétablir te règne delà terreur, le Conseil des Anciens rendit à huit heures du matin le décret en question. Il est vrai qu'un grand nombre de membres étaient absents : les douteux, parce qu'ils n'avaient été convoqués que pour plus
tard; les patriotes, parce qu'ils ne l'a* vaient pas été du tout. A huit heures et demie , le messager d'État qui en était porteur arriva au logement de Napoléon. Il en trouva les avenues remplies d'officiers de la garnison, d'adjudants de la garde nationale, de généraux, et de trois régiments de cavalerie. C'est que, la veille, Napoléon avait eu le soin de faire prévenir les officiers de la garnison et les quarante adjudants de la garde nationale, qu'il les recevrait le 18 , à six heures du matin. Tous les généraux de l'armée, présents à Paris, avaient reçu la même invitation. Chacun d'eux", ou du moins chacun de ceux qui n'étaient pas dans le secret de la conspiration, crut que l'invitation était pour lui seul. Augereau et Bernadotte seuls ne furent pas prévenus ; mais Joseph amena Bernadotte qui , après une honorable protestation au nom de la liberté^), refusa formellement son concours et se retira. A la réception du message, Napoléon fit ouvrir les battants des portes ; et sa maison étant trop petite pour contenir tant de monde, il s'avança sur le perron, reçut les compliments des officiers , les harangua, et leur dit qu'il comptait sur eux tous pour sauver la France. En même temps, il leur apprit que le Conseil des Anciens, autorisé par la constitution ( ce qui n'était pas parfaitement exact), venait de le revêtir du commandement de toutes les troupes; qu'il s'agissait de prendre de grandes mesures, pour tirer la patrie de la position affreuse où elle se trouvait; qu'il comptait sur leurs bras et leur volonté; qu'il allait monter à cheval, pour se rendre aux Tuileries. L'enthousiasme fut extrême: tous les officiers tirèrent leurs épées, et promirent assistance et fidélité. Alors Napoléon se tourna vers Lefèvre , qui avait le commandement de la division militaire , lui demandant s'il voulait rester près de lui , ou retourner près du Directoire. Lefèvre, fortement ému,
(*) Voyez l'article Berkadottb dans la Biographie des hommes du jour par MM.
Sarrut et Saint-Edme , et dans l'Encyclopédie des geru du monde , t. III , p. 367.
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ne balança pas. Napoléon se mit aussitôt à cheval, et partit, à la tête dVs généraux, des officiers et des quinze cents chevaux auxquels il avait fait faire halte sur le boulevard , au coin de la rue du Mont-Blanc. Il donna ordre aux adjudants de la garde nationale de retourner dans leurs quartiers, d'y faire battre la générale , de faire connaître le décret qu'ils venaient d'entendre , et d'annoncer au1 on ne devait plus reconnaître que les ordres émanes de lui.
Il se rendit ensuite à la barre du Conseil des Anciens, environné de son brillant cortège. Il dit : «Vous êtes la sagesse « de la nation ; c'est à vous d'indiquer, « dans cette circonstance, les mesures « qui peuvent sauver la patrie : je « viens, environné de tous les géné- « raux , vous promettre l'appui de « leurs bras. Je nomme le général * Lefèvre mon lieutenant. Je rem- « pli rai fidèlement la mission que vous « m'avez confiée : qu'on ne chercbe « pas dans le passé des exemples sur « ce qui se passe. Rien dans l'histoire « ne ressemble à la fin du dix-hui- « tième siècle; rien dans le dix-hui- « tième siècle ne ressemble au mo- « ment actuel. »
Toutes les troupes étaient réunies aux Tuileries; il en passa la revue aux acclamations unanimes des citoyens et des soldats. Il donna le commandement des troupes chargées de la garde du Corps législatif au général Lannes, et au général Murât le commandement de celles qui devaient être envoyées à Saint-Cloud. Moreau fut chargé de la garde du Luxembourg, où Moulins et Gohier, qui n'avaient voulu entendre à aucun accommodement , furent retenus prisonniers , quoique les mémoires de Napoléon , auquel ce récit est emprunté presque textuellement, n'en conviennent pas, et disent même le contraire. Deux proclamations, l'une au peuple, l'autre à l'armée, apprirent à tout Paris ce qui venait d'avoir lieu. Le Conseil des Cinq- Cents, forcé par le texte de la loi d'obéir au décret du conseil des Anciens en ce qui concernait la translation
du Corps législatif, et menacé de périr sous les coups des grenadiers s'il réclamait contre l'illégalité flagrante de la nomination de Bonaparte au commandement général des troupes, céda à la force et ajourna >a séance au lendemain 19, en convenant de se réunir à Saint-Cloud. Cambacérès , ministre de la justice, Fouché, ministre de la police , et tous les ministres qui ne demandaient qu'une occasion pour adorer le soleil levant, se hâtèrent de courir aux Tuileries.
Après s'être ainsi rendu maître de Paris, Napoléon songea à la journée du lendemain. C'était peu d'avoir renversé le gouvernement existant , il fallait faire reconnaître, par le Corps législatif, le gouvernement nouveau , qui devait se composer de Napoléon, Sieyès et Roger- Ducos, prenant le titre de consuls. Pour détruire , la connivence d'une partie du Conseil des Anciens avait suffi ; pour édifier, avec quelque apparence de légalité du moins, le concours du Conseil des Cinq-Cents devenait indispensable. La tentative était audacieuse; aussi avait-or; eu la précaution d'éloigner le Corps législatif de Paris, dont la population aurait nu faire contre-* poids à l'armée, et où les directeurs opposants auraient pu être délivrés de leur prison par un mouvement insurrectionnel. A Saint-Cloud , au contraire , toutes les fraudes , tous les mensonges seraient permis, et, au pis aller , si le Conseil des Cinq-Cents restait inexorable, le Conseil des Anciens était déjà trop compromis pour reculer.
Le 19, Saint-Cloudfutlethéâtred'une seconde scène militaire qui , comme celle de la veille, se termina encore à l'avantage de Napoléon, mais où le système comminatoi re fut impuissant et où il fallut recourir à la violence. Le Conseil des Cinq-Cents , auquel on ne pouvait cette fois enlever la parole, fit craindre un instant que cette arme, mise au service de la loi, ne balançât la puissance des baïonnettes. Vainement avant l'ouverture de la séance, les partisans de Napoléon essayèrent
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de lui gagner ou de lui acheter des suffrages; dès le début de la délibération, l'Assemblée rejeta avec indignation la proposition que fit Émile Godin de nommer une commission de sept membres pour faire un rapport sur la situation de la république.
En revanche , elle accueillit avec un enthousiasme indicible la motion de Delbrel et de Grand-Maison , qui , malgré les efforts du président Lucien, deBoulay*de la Meurthe et de leurs amis pour les en empêcher, demandèrent que l'assemblée prêtât de nouveau serinent à la constitution de l'an m. Après l'appel nominal qui dura plus de deux heures, tous les députés, et Lucien lui-même, renouvelèrent leur premier serment.
Voyant la mauvaise tournure que* prenaient les choses , apercevant déjà des signes d'hésitation dans les rangs de ses soldats, et craignant que le Conseil des Anciens lui-même , électrisé par cet exemple de patriotisme, ne prit une résolution analogue, Napoléon se présenta devant cette assemblée, à qui une lettre de Lagarde, secrétaire général du gouvernement, venait d'annoncer que quatre membres du Directoire ayant donné leur démission (*{, et le cinquième ayant été mis en surveillance (**), il n'y avait plus de Directoire. Se remettant peu à peu, après quelques instants de trouble, Napoléon adjura , dans les termes les plus pressants, le Conseil des Anciens de prendre un parti et de pourvoir au salut de la république; mais son éloquence un peu novice ne toucha guère que les grenadiers, dont les bonnets s'apercevaient aux portes de
(*) Cela était complètement faux , puisque, comme on vient de le voir, Moulins et Gohier étaient retenus prisonniers au Luxembourg, pour n'avoir pas voulu donner leur démission.
(**) C'était encore là une supercherie. Ce cinquième membre était Sieyes, l'un des instigateurs du complot, et qui, pour dissimuler sa trahison et faire croire qu'il était effectivement eu surveillance, resta constainmeut enfermé dans une voilure à la suite des troupes du général Bonaparte.
la salle, et auxquels l'orateur avait fait une invocation. Linguet , se levant tout à coup, lui dit d'une voix forte : « Général, nous applaudissons « à ce que vous dites; jurez donc avec « nous obéissance à la constitution « de l'an ni , qui seule peut mainte- « nir la république. » Le piège était habilement tendu, Napoléon en parut un moment accablé; mais recueillant toutes ses forces , et démasquant enfin son ambition , il s'écria : « La « constitution de l'an m ! vous n'en « avez plus ! Vous l'avez violée au « 18 fructidor, quand le gouverne- « ment a attenté a l'indépendance du « Corps législatif ! Vous l'avez violée « au 30 prairial an vu , quand le « Corps législatif a attenté a l'indé- « pendance du gouvernement! Voos « l'avez violée au 22 floréal , quand , « par un décret sacrilège, le gouver- « nement et le Corps législatif ont at- « tenté à la souveraineté du peuple, « en cassant les élections faites "par « lui ! La constitution violée , il faut « un nouveau pacte, de nouvelles ga- « ranties. »
Telles sont du moins les paroles dont il accepta la responsabilité. On ne peut disconvenir qu'elles avaient beaucoup de sens, et qu'après de si flagrantes violations de la loi, Gohier, Moulins et le parti national furent coupables en lui refusant une dis- t pense d'âge, qui lui aurait permis d'entrer d'une manière moins brusque au pouvoir, et qui ne l'y aurait pas laissé sans contre-poids. En admettant même qu'un homme de cette nature serait toujours parvenu à son idéal, au commandement suprême, il n'y serait arrivé que par transitions, à mesure qu'il aurait fait ses preuves, et qu'il aurait perfectionné son éducation politique, véritablement supérieure sous quelques rapports , mais encore si défectueuse sous quelques autres.
Quoi qu'il en soit, la sortie de Napoléon rendit le courage à ses nombreux partisans dans l'Assemblée; elle fut chaleureusement appuyée par Cornudet et par Régnier. Cependant, comme
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il parlait d'intrigues dont il était entouré , de prétendus patriotes qui lui avaient proposé, pour purifier les Conseils, d'en exclure les plus sincères amis de la patrie, on le somma de nommer les coupables. Il prononça les noms de Barras et de Moulins , qu'il accusa de lui avoir proposé de le mettre à la téte d'un parti tendant à renverser tous les nommes qui avaient des idées libérales ; mais lorsqu'on le pressa de révéler des faits plus graves, il fut très-empêché de le Faire. Cependant, d'Alphonse avant demandé que l'assemblée réitérât le serment de fidélité à la constitution de l'an in , cette motion excjta des murmures. Rien qu'une grande partie de l'assemblée penchtft en faveur de Napoléon , le Conseil des Anciens ne
{>ouvait ou n'osait agir. Le succès de a journée dépendait évidemment du Conseil des Cinq-Cents , à qui appartenait l'initiative; là était le nœud du problème; Napoléon ne craignit pas de s'y présenter.
C'était risquer son dernier enjeu.
L'exaltation du Conseil des Cinq- Cents était portée au comble. Bigonnet , comparant le serment unanime de l'assemblée à celui du Jeu de Paume, avait dit : u Le premier a fondé la liberté, le secànd la consolidera. »
On délibérait sur la lettre dans laquelle Barras annonçait sa démission, lorsque parut le général Bonaparte, suivi de grenadiers qui s'établirent à la porte de la salle des séances. L'agitation qui a lieu alors ne peut se décrire , toute l'assemblée se lève comme un seui homme; de toutes parts on crie : Vive larépublique! . . . A bas le tyran!. . . Vive la constitution de fan m ! . . . Hors fa loi le dictateur!... A bas le Cromwell !
Que faites-vous , téméraire? lui dit Bigonnet. Retirez-vous ; vous violez le sanctuaire des lois, ajoute un autre. Est-ce donc pour cela , général,
2ue tu as vaincu? s'écrie Destrem.
m l'entoure , on le repousse , et il tombe dans les bras de ses soldats qui l'emportent.
Est^il vrai, comme on l'a prétendu,
que parmi les représentants qui se précipitèrent sur lui , il y avait des mains armées de poignards? N'est-ce
fias plutôt une de ces fables comme es conspirateurs en inventèrent tant, pendant les deux journées de brumaire? Ce qui le prouve, c'est que, si l'on avait réellement attenté aux jours de son frère , Lucien n'eut pas continué de présider, et n'eOt pas fait des instances pour que Napoléon fût rappelé dans l'assemblée et entendu.
« Le mouvement qui vient d'avoir « lieu au sein du Conseil ,») dit-il aussitôt qu'il lui fut possible de se faire entendre, « prouve ce que tout le « monde a dans le cœur , ce que moi- « même j'ai dans le mien. Il était ce- « pendant naturel de croire que la « démarche du général n'avait pour « objet que de rendre compte de la « situation des affaires , de quelque « objet intéressant la chose publique; « mais je crois que, en tout cas, nul « de vous ne peut lui supposer des « projets liberticides.» — «Que le géné- « ral soit traduit à la barre nour rendre « compte de sa conduite! » ait une voix. Dans l'espoir qu'on donnerait suite à cette demande , Lucien cède le fauteuil de la présidence à Chasal. Mais Bertrand du Calvados demande que l'on commence par décréter que le général Bonaparte n'est pas le. commandant des grenadiers qui composent la garde du Conseil. Blin propose de déclarer que les six mille nommes
3ui entourent l'Assemblée font nartie e la garde du Corps législatif. « Je « ne m'oppose pas, répond Lucien , à « la proposition; mais je dois faire « observer que les soupçons paraissent « s'élever avec bien de la rapidité et « peu de fondement. Un mouvement, « même irrégulier, aurait-il déjafaitou- « blier tant de services rendus a là liber- « té! Je demande qu'avant de prendre « aucune mesure vous appeliez le gé- « néral. » Les cris Hors la loi ! Aux voix! La mise hors la loi contre te général Bonaparte ! furent les seules réponses qu'obtint Lucien, qui venait de reprendre sa place au fauteuil.
On le somma lui-même de mettre
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aux voix la mise hors la loi contre son frère. Indigné, il quitte une seconde fois le fauteuil , monte à la tribune, abdique la présidence, et en dépose les insignes. A peine est-il descendu de la tribune, que des grenadiers entrent brusquement, se saisissent de sa personne , et l'enlèvent par ordre de sou frère. C'en est fait de la république : César a passé le Rubicon.
Tous les movens indirects étnnt épuisés , Napoléon venait de se décider à la violence ; mais pour faire marcher les troupes contre l'Assemblée nationale, la présence de son président n'était pas de trop. Lucien ne se fit pas prier ; montant aussitôt à cheval , mais oubliant qu'il vient de se démettre de la présidence, il dit aux troupes : « Citoyens soldats , le « président du Conseil des Cinq-Cents « vous déclare que l'immense majorité « de ce conseil est dans ce moment « sous la terreur de quelques repré- « sentants du peuple à stylet, qui as- « siègent la tribune , présentent la « mort à leurs collègues , et enlèvent « les délibérations les plus affreuses.
« Il vous requiert d'empl >\ er la
« force contre ces brigands , qui ne « sont plus les représentants du peu- « pie, mais les représentants du poi- « gnard. » Voyant que les troupes hésitent encore, il se retourne vers son frère, l'épée à la main, et jure de la lui plonger dans le cœur, s'il trompait jamais l'espérance âês républicains , s'il attentait un jour à la liberté des Français. Aussitôt le tambour bat la charge, et, au commandement de Murat , une colonne de grenadiers entre dans l'enceinte des délibérations, et en expulse les représentants du peuple , enlevant de vive force ceux qui osent braver la mort.
Le Conseil des Cinq-Cents dissous, il ne s'agissait plus que de prouver au Conseil des Anciens la légalité de tout ce qui venait d'avoir lieu. Ce ne fut pas très-difficile; ce conseil s'étant formé en comité général; la minorité, aussi active que la majorité était indolente , après avoir déclaré gue , jdes deux conseils qui compo-
saient le Corps législatif, lui seul se trouvait existant, attendu la retraite de celui des Cinq-CenU , s'empressa de décréter que quatre des membres du Directoire exécutif avant donné leur démission, et le cinquième étant mis en surveillance, il serait nommé une commission executive provisoire composée de trois memores. On allait procéder à la nomination des membres de cette commission exécutive, lorsque Lucien fit annoncer
3ue le Conseil des Cinq-Cents venait e se recomposer. La vérité, c'est qu'il avait rassemblé à grand 'peine vingt-cinq ou trente députés du Conseil des Cinq-Cents, qui erraient çà et là dans les appartements de Saint- Cloud, dans les corridors , daîis les couj%s ; de vrais expectants enfin, qui avaient le secret de la tentative, et voulaient en tirer parti : ce sont les propres expressions de Cornet, l'un des apologistes du 18 brumaire.
A cette nouvelle , le Conseil des Anciens rapporta son décret, et approuva la réinstallation du Conseil des Cinq- Cents. Celui-ci , ou plutôt ce conseil des Trente , considérant que le général Bonaparte, les généraux et l'armée sous ses ordres, avaient sauvé la majorité du Corps législatif et la république, attaqués par une minorité composée d'assassins , etc. , etc. , déclara que le général Bonaparte, les généraux Lefévre , MUrat , Gardane , les grenadiers du Corps législatif et du Directoire, etc., etc., avaient bien mérité de la patrie.
A onze heures du soir, les deux conseils se réunirent de nouveau, et décrétèrent enfin la loi du 19 brumaire, qui ajournait les deux conseils au 1er ventôse suivant, créait deux commissions, de vingt-cinq membres chacune, pour les remplacer provisoirement. Une commission consulaire , composée de Napoléon, Sieyès et Roger-Ducos, fut provisoirement chargée du pouvoir exécutif. Soixante et un députés furent déclarés exclus du Corps législatif, et un décret condamna à la déportation cinquante-neuf des principaux opposants : trente-sept à
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la Guyane , et vingt-deux à Me d'Oléron ; mais , hautement flétri par l'opinion publique , ce décret ne fut pas mis à exécution.
Lorsque des proclamations éloquentes vinrent apprendre à Paris leVau côté des événements, le contentement fit place à l'agitation extrême qui avait d'abord régne, et que l'habileté seule d'un ministre de la police comme Fouché avait pu empêcher d'avoir des suites dangereuses.
Telles furent les journées des 18 et 19 brumaire. Le nouveau chef de la république débuta par où l'ancienne monarchie n'avait pas osé finir. La révolution fut comprimée au dedans, il est vrai; mais elle ne tarda pas à faire explosion au dehors. Par une fatalité déplorable, Napoléon empereur abusa de la gloire, comme la France républicaine avait abusé de la liberté; et, en 1814, en 1815, les mêmes hommes dont il s'était servi dans l'intérêt de ses passions ambitieuses le trahirent pour les Bourbons , après avoir trahi pour lui le Directoire. Ces deux années furent pour l'empire ce qu'avaient été pour la république les deux journées des 18 et 19 brumaire.
Voici, d'après Je Mémorial de Sainte-Hélène , comment Napoléon luimême parlait du 18 brumaire : «» II y a loin de là à la conspiration de Saint- Réal, qui offre bien plus d'intrigues et bien moins de résultats : la nôtre ne fut que r affaire d'un tour de main.
Il est sûr que jamais plus grande révolution ne causa moins d'embarras, tant elle était désirée; aussi se trouva-t-elle couverte des applaudissements universels.
«Pour mon propre compte, toute ma part dans le complot d'exécution se borna à réunir à une heure fixée la foule de mes visiteurs, et à marcher à leur tête pour saisir la puissance. Ce fut du seuil de ma porte, du haut de mon perron, et sans qu'ils en eussent été prévenus d'avance, que je les conduisis à cette conquête; ce fut au milieu de leur brillant cortège, de leur vive allégresse , de leur ardeur unanime que je rae présentai à la barre des An-
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ciens pour les remercier de la dictature dont ils m'investissaient.
« On a discuté méta physiquement , et l'on discutera longtemps encore si nous ne violâmes pas les lois, si nous ne fûmes pas criminels; mais ce sont autant d'abstractions bonnes tout au plus pour les livres et les tribunes, et qui doivent disparaître devant l'impérieuse nécessité; autant vaudrait accuser de dégât le marin qui coupe ses mâts pour ne pas sombrer. Le fait est que la patrie sans nous était perdue, et que nous la sauvâmes. Aussi les auteurs, les grands acteurs de ce mémorable coup d'État, au lieu de dénégations et de justifications, doivent-ils, à l'exemple de ce Romain , se contenter de répondre avec fierté à leurs accusateurs : « Nous protestons que nous « avons sauvé notre pays ; venez avec « nous èn rendre grâce aux dieux. »
« Et certes, tous ceux qui dans le temps faisaient partie du tourbillon politique ont pu d'autant moins se récrier avec justice, que tous convenaient qu'un changement était indispensable, que tous le voulaient, et que chacun cherchait à l'opérer de son côté. Je fis le mien à l'aide des modérés; la fin subite de l'anarchie , le retour immédiat de l'ordre, de l'union, de la force , de la gloire , furent ses résultats. Ceux des jacobins ou ceux des immoraux auraient-ils été supérieurs?
Il est permis de croire que non. Toutefois, il n'est pas moins très-naturel qu'ils en soient demeurés mécontents, et en aient jeté les hauts cris. Aussi n'est-ce qu'à des temps plus éloignés, à des hommes plus désintéressés qu'il appartient de prononcer sainement sur cette grande affaire. »
Ces temps éloignés sont venus, et aujourd'hui le 18 brumaire est jugé par l'histoire. Il eut des résultats heureux, parce qu'il rendit au pouvoir l'unité qu'il avait perdue depuis la mort de Louis XVI. En ce sens, Napoléon avait bien droit d'en être fier; mais il n'est pas autorisé à dire qu'il accomplit sa révolution avec le secours du parti modéré; le parti militaire a été le véritable instrument de son
triomphe. Ces prétendus modérés, ce sont les Sieyès, les Fouché, les Talleyrand , les Cambacérès , tous hommes sur le compte desquels Napoléon s'exprime avec assez peu de ménagements :
Barras lui-même, le coryphée des immoraux , a été pris pour complice.
Ceux qui sont qualifiés si dédaigneusement du nom de jacobins, c'étaient les chefs du parti national, et Napoléon, avant de les insulter, avait essayé de les attacher à sa cause. Si son ambition, moins impatiente, avait consenti à donner quelques gages de désintéressement à la liberté, une transaction aurait fini par avoir lieu, un peu plus tôt, un peu plus tard; la .France y aurait gagué , Napoléon aussi , et nous ne serions pas, à l'heure qu'il est, sous le coup des traités de 1815.
Brumath , Breucomagus , petite ville de l'ancienne Alsace, aujourd'hui chef-lieu de canton du département du Bas-Rhin, à dix-huit kilomètres de Strasbourg.
L'origine de cette ville est très-ancienne; Ptolémée la nomme comme la capitale des Triboques. Elle devint, sous les Romains, une place considérable, fut ravagée par les barbares et réduite à n'être plus qu'un faible village au cinquième siècle. Relevée en 1336, par Louis de Bavière, elle fut ruinée de nouveau en 1674. Elle compte maintenant quatre mille soixante-deux habitants. C'était, avant la révolution, le chef-lieu d'un bailliage considérable.
A un kilomètre deBrumath se trouve le bel établissement de Stephansfelden , fondé vers l'an 1220, par les comtes de Werd , pour servir d'hospice aux enfants abandonnés.
Bbumoy (Pierre), né à Rouen en 1 704 , est un des plus habi les professeu rs et des littérateurs les plus savants que les jésuites s'honorent d'avoir produits. Ce qui a surtout fait vivre son nom c'est son ouvrage sur le théâtre grec.
Au dix-septième siècle, le théâtre grec n'avait été justement apprécié que par les grands génies qlii l'imitaient ou s'en inspiraient. La société et la plus grande partie des hommes de lettres ne le connaissaient que d'après de
plates et informes traductions, et se
faisaient une médiocre idée de l'art dramatique des anciens, qu'ils mettaient bien au-dessous de celui des modernes. Des érudits étudiaient et commentaient les textes de Sophocle et d'Euripide sans juger ni chercher à faire apprécier leur génie. Le travail du P. Brumoy eut le mérite de détruire ou d'affaiblir dans le public des préventions dont la principale source était l'ignorance : plus accessible et plus agréable qu'un ouvrage d'érudition, conçu de manière à faire ressortir les plus belles parties des tragiques grecs, il popularisa des chefs-aœuvre trop longtemps méconnus , et donna a beaucoup de lecteurs du goût pour la scène antique. Sans doute, on a fait après lui des traductions plus exactes et pour le sens et pour la couleur; sans doute, les analyses qu'il donne, quand il ne traduit pas, offrent plus d'un anachronisme de langage; sans doute, dans son introduction, quand il aborde la théorie de l'art dramatique, les principes qu'il établit ne sont pas toujours justes , et plus d'une confusion peut être reprochée à sa critique. Mais rien de tout cela ne doit faire méconnaître la salutaire influence exercée par ce livre et son mérite réel. Le stvle de la traduction est ordinairement 'facile, naturel, intéressant. Dans les remarques, on -est bien aise de voir adopté un grand principe de critique que le dix-septième siècle n'avait pas assez connu, savoir, la nécessité de tenir compte, dans la comparaison des ouvrages littéraires, de ces différences
3ue produit la diversité des époques, es mœurs et des usages. Le P. Brumoy a le mérite d'avoir senti qu'il fallait souvent se faire Athénien pour juger le théâtre d'Athènes. Seulement, au moyen de cette excellente règle de critique, il se dispense trop souvent d'avoir un avis sur les questions difficiles qui se présentent. Souvent, au lieu d'examiner ce qui fait la beauté de certains passages entièrement éloignés de nos habitudes et qui paraissent même étrangers et bizarres au-premier abord, il dit : « Tel était l'esprit des
anciens; » et cela dit, ne cherche pas autre chose, et ne paraît pas songer qu'il y ait une critique plus intéressante et plus profonde qui se rend compte des variétés du beau, et s'explique l'inépuisable diversité de l'art. En somme, le Théâtre des Grecs fut un service rendu aux lettres. Les autres ouvrages du P. Brumoy, qui contribuèrent à sa réputation de sbn vivant, sont beaucoup moins connus. Les principaux sont : unecontinifation«le VHistoire de t Église gallicane; des Pensées sur la décadence de la poésie laline; l'histoire de plusieurs saintsvet des tragédies latines.
Brun (Charles le), voy. Le Brun.
Epun (Jean-Louis), né à Aoust (Dréme), partit, en 1J91, comme soldat dans le 4l bataillon de la Drôme.
A la bataille de Friedland , il était adjudar t-nr.ajor dans les grenadiers réunis, lorsque, apercevant deux caissons près d étrt enveloppés par un fort parti de Cosaques, e ne pouvant se défendre contre des forces dix fois supérieures, il met le feu à une assez grande quantité de bottes de foin attachées sur les caissons, ordonne à ses vingt-cinq grenadiers de s'éioigner et de mettre ventre à terre, et engage la fusillade. Tout réussit selon son attente; à la vue des caissons embrasés, les Cosaques prennent la fuite; Brun, voyant gue le feu n'a pas encore gagné le' coffre, fait alors ouvrir les caissons, distribue les cartouches à ses grenadiers et rejoint son corps. Après la malheureuse journée de Culm, le 31 août 1813, Brun, alors lieutenant-colonel au 57e régiment de ligne, cerné avec son bataillon par trois mille hommes d'infanterie, soutenus par deux pièces d'artillerie et par une nuée de Cosaques, fit si bonne contenance qu'il parvint à se réunir au premier corps d'armée, en se frayant un passage à la baïonnette, à travers des forces dix fois plus considérables.
Brun (Louis-Ignace), capitaine au 75e régiment de ligne, né à Aubénas (Ardècne), se distingua au siège de Dantzig à la tète de sa compagnie, dans l'attaque de la redoute de Kalkschauts,
défendue par plus de trois cents grenadiers prussiens. Quoiqu'il eût reçu un coup de feu à la jambe droite, il refusa de se retirer, et continua à marcher en s'appuyant sur son épée. Arrivé à peu de distance de la palissade , un biscaïen l'atteignit au pied gauche et le renversa ; les braves qu'il commandait l'entourèrent alors et voulurent l'enlever ; mais il s'y opposa courageusement. « Vous ne pouvez me « secourir sans vous exposer, leur dit- « il ; courez à l'assaut et emportez la « redoute ; c'est là le seul moyen de me « sauver. » Les soldats s'en emparèrent, en effet, à la baïonnette. A la bataille de Mont-Saint- Jean, on vit le capitaine Brun, soutenant la retraite, tenir en échec une colonne de l'armée coalisée, avec une seule compagnie du 75e régiment. Le 20 juin 1815, à la défense de Namur, cet officier, placé en avant de la porte de fer, fit éprouver,aux Anglais et aux Prussiens réunis , une perte de plus de trois mille hommes, et les empêcha de s'emparer de cette position.
Brun (N.), constructeur de vaisseaux, naquit vers l'an 1760. Au commencement de la révolution, il quitta la France pour passer à Constantinople,où il construisit trente-huit vaisseaux de ligne d'une grande beauté, mais qui, pour la plupart, ont été détruits à la bataille de Navarin. Plus tard, Brun alla enBussie, où il parvint au grade de général major. Alexandre lui accorda sa confiance et le décora de l'ordre de Sainte-Anne. Ce fut d'après les observations de Brun que l'empereur prit la détermination de ne plus faire construire de vaisseaux armés de cent canons, ces bâtiments étant trop lourds pour une mer aussi dangereuse que la mer Baltique.
Brunck ( Richard - François - Philippe (*)), l'un des philologues les plus
(*) On trouve dans la Biographie universelle une savante notice sur Brunck. Cette notice, l'une des plus remarquables qui soient sorties de la plume de noire célèbre helléniste, M. Boissonade , nous a beaucoup servi pour la rédaction de cet article.
célèbres du siècle dernier, naquit à Strasbourg en 1729. Destiné par sa famille à la carrière de l'administration, il y entra au sortir du collège , et devint en peu de temps commissaire des guerres. Il Ot, en cette qualité, les campagnes du Hanovre, et c'est alors <jue les conseils et l'exemple d'un professeur, chez lequel il se trouva logé à Giessen , éveillèrent chez lui cette passion de l'antiquité qui le rendit depuis si célèbre. Revenu à Strasbourg, il consacra à l'étude du grec tous les moments dont il pouvait disposer. On le vit, à l'âge de trente ans et revêtu de fonctions publiques, aller, ses livres sous le bras, aux leçons particulières du professeur de grec de l'université.
Il fit dans l'étude de cette langue des progrès rapides , et l'enthousiasme qui la lui avait fait entreprendre s'augmenta tellement, par le plaisir d'en avoir surmonté les difficultés, qu'il en vint à se persuader que toutes les négligences qu'il remarquait dans les poètes grecs n'étaient que des négligences de copistes. Dominé par cette idée, il corrigeait les vers, les déplaçait, les bouleversait avec une audace quelquefois heureuse sous le rapport du goût et du sentiment poétiqiie , mais condamnable sous celui de la critique.
Presque tous les livres qui lui ont appartenu sont couverts de notes marginales, dans lesquelles il se livre sans contrainte à toute la hardiesse de ses corrections. Malheureusement on retrouve aussi dans les éditions qu'il a publiées, des traces de cette manie capricieuse de refaire les textes. Néanmoins, malgré ce défaut, assez grave pour un éditeur, il serait injuste de méconnaître les services que Brunck a rendus à la littérature grecque; peu d'hommes, depuis la renaissance des lettres, ont aussi efficacement contribué à ses progrès. Il a fait imprimer, dans l'espace de vingt ans seulement, un nombre étonnant d'ouvrages, dont un seul, l'Anthologie par exemple, aurait demandé a un autre savant la moitié du temps que Brunck a mis à les faire tous. Son premier ouvrage est l'Anthologie grecque , qu'il publia sous
le titre de Anakcta veterum poêlarum grœcorum, 3 vol. in-8°, Strasbourg, 1776. C'est celle de ses éditions où l'on remarque le plus de corrections arbitraires; elle a été réimprimée à Leipzig, 5 vol. in-8°, 1794 à 1795, par M. Jacobs, qui y a ajouté depuis un savant commentaire. On lui doit en outre, Anacreontis carmina cui accedunt giuedam e lyricorum reliqviis, Strasbourg, 1778, in- 16, réimprimé dans 1^ même ville en 1786, in-24 et in- 18; Sophoclis Electra, QEdipus, Tyrannus; Euripidis, Andromacha, Orestesy grœce, 2 vol. in- 12, Strasbourg, 1779; sEschyli Promettiez, Persœ Septem duces ad Thebas; Euripidis Medea, 1 vol. in-12, Strasbourg, 1779. Dans ces différentes éditions , Brunck montra une critique sage et réservée; Appollonii Hhodii Jrgonautica emendata, gr. et lat. , Strasbourg, 1 780, i n-8" ;Aristopha7iisComœdise XI, gr. et lat. Strasbourg, 1781-83, 4 vol. ^rand in-4° et in-8° : Cette édition , ou l'on trouve quelques marques de précipitation , était de beaucoup supérieure, pour la critique, à toutes celles qui avaient paru précédemment; Gnomici poetx graeci, Strasbourg, 1784, in-8°; f irgilii Opéra, Strasbourg, 1785, in-8°, et 1789, in«4°, éditions fort estimées pour la correction du texte ; Sophoclis quœ extant omnia, cum schoiiis gr. recensuit, versioneet notis illustravit, etc., Strasbourg, 1786, 2 vol. in-43, reproduite en 1788, 3 vol. in-8°, et en 1786-89, 4 vol. in-8*: c'est le chef-d'œuvre de Brunck. Le roi» à qui il en avaitoffert un exemplaire in-4°, imprimé sur peau de vélin, lui accorda en récompense de ses travaux une pension annuelle de 2,000 francs, qu'il perdit à la révolution; Plauticomœdiœomnes, Deux-Ponts, 3 vol. in-8*; Terentii comœdiœ , adjidem optimar.
édition, recensitœ, Bûle, 1797, in-4°.
Les travaux de Brunck furent interrom-
{)us par la révolution, dont il embrassa es principes avec chaleur ; il fut un des premiers membres de la société populaire de Strasbourg. Après avoir été riche pendant la plus grande partie le sa vie, il se vit, en 1791, réduit à vendre une
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portion de sa bibliothèque, et fut encore obligé, en 1801, d'avoir recours à cette ressource. Ce sacriflce lui fut très-pénible, et les larmes lui venaient aux yeux lorsqu'on parlait devant lui de quelque auteur qu'il avait possédé. Dès ce moment, les lettres grecques lui devinrent odieuses, et il ne conserva quelque goût que pour les poètes latins. Après avoir donné sa Délie édition de Térence , en 1797, il se proposait de faire paraître Plaute dans le même format, et son travail était tout
f>rét pour l'impression, lorsqu'il mourut e 12 juin 1803. Brunck,qui a publié tant de poètes grecs, ne remit jamais à l'imprimeur un exemplaire imprimé d'une édition antérieure; il donnaittoujours un texte écrit de sa propre main. Lorsque, après avoir fait une copie bien nette d un auteur qu'il destinait à l'impression , il trouvait nécessaire d'y faire de nombreux changements, il la transcrivait de nouveau d'un bout a l'autre. C'est ainsi qu'il copia deux fois tout Aristophane, et Apollonius au moins cinq lois. Plusieurs de ces copies et beaucoup d'autres papiers de la main de Brunck sont conservés à la Bibliothèque du roi. On v remarque, entre autres pièces , une lettre sur le Longus de Villoison, dans laquelle ce critique est traité avec fort peu de ménagement.
Bruihdstadt, ancienne seigneurie de l'Alsace (aujourd'hui département du Haut-Rhin), acquise, au commencement du dix-septième siècle, par Martin de Bezenval , aïeul de Jean- Victor de Bezenval , lieutenant général des armées du roi, en faveur duquel elle fut érigée en baronnie en 1726.
Bruke (Guillaume-Marie-Anne), maréchal de France, naquit à Brives, en 1763. Il étudia d'abord le droit, puis se fit imprimeur, et s'enrôla ensuite comme simple soldat dans le deuxième bataillon de Seine- et-Oise.
Bientôt après, il prit, en qualité d'adjudant général , une grande part aux succès deDumouriezetdeKellermann; puis on le vit, comme chef d'étatmajor, repousser l'armée des insurgés du Calvados, Noimné ensuite général
de brigade , il se trouva à la bataille deHondschoote ; puis il rétablit la tranquillité dans plusieurs villes du Midi, à Bordeaux, à Nice, à Marseille, et dans cette même ville d'Avignon , où plus tard il devait périr sous les coups des assassins. Pendant la campagne d'Italie, sous le général Bonaparte, Brune se distingua à Rivoli, à Saint-Michel, à Feltre, à Bellune, dans les gorges de la Carinthie, sur les sommités des A Ipes noriques. Après le traité de Léoben , Masséna lui laissa le commandement de sa division , et Brune fut peu de temps après nommé général de division. Ayant depuis remplacé Augereau dans la' deuxième division active , il établit son quartier général à Brescia et à Vérone, et sut, par sa justice et son humanité, mériter le respect et l'amour de ceux qu'il avait soumis par la force des armes. Après la paix de Campo-Formio, Brune fut nommé commandant en chef des troupes d iri-
§ées contre la Suisse. La prise de Friourg, celle de Soleure et le combat de Neuenheek, suivis de la pacification entière du pays, valurent à Brune de grands éloges , ainsi que le commandement de l'armée d'Italie, en remplacement de Berthier et de M assena.
Brune battit les insurgés à Perugia, à Città-di-Castello, à Ferentino, sauva plusieurs villes de l'insurrection , détendit les frontières avec vigueur, étouffa plusieurs révoltes , fit respecter la France sur tous les points , et se fit remettre la citadelle de Turin.
Quand, après la nouvelle de l'incendie de la flotte française à Aboukir, l'Italie se fut soulevée', Brune fut obligé de quitter Milan, etserenditen Hollande, où il fut revêtu du commandement en chef de l'armée batave. La victoire de Bergen sur les Russes; l'admirable retraite de Beverwyck ; la reprise de Hoorn, de Luckhuysen, de Hedemblick; l'évacuation de la Hollande , la défaite complète des alliés, la capitulation imposée au duc d'York , l'occupation du Helder, tels furent les brillants et heureux résultats de cette campagne, nui valut à Brune le gouvernement de la Hollande et une
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armure complète, présent de Bonaparte. Bientôt il fut envoyé dans la Vendée, pacifia les départements insurgés, et laissa dans tout le pays la réputation d'un homme juste et humain, nommé général en chef de l'armée de réserve, dite des Grisons, il la commanda pendant trois mois, au bout desquels il passa à l'armée d'Italie. Brune se signala dans toutes les affaires qui eurent lieu durant cette campagne; il prit VicenceetMontebello, passa la Brenta, se rendit maître d'un grand nombre de places, soumit la basse et la haute Italie, et prépara la paix de Lunéville. A la suite decette campagne, il rentra au conseil d'État dont il était membre, et fut nommé président de la section de la guerre. Envoyé comme ambassadeur à Constantinople, il recueillit des notions politiques et géographiques fort intéressantes, fit connaître dans le Levant les beaux produits des fabriques françaises, et fonda les premières relations de la Perse avec la France. A son retour, en 1805 ,il fut nommé maréchal de France et grandcroix de la Légion d'honneur; il commanda l'armée des côtes de l'Océan à Boulogne, ainsi que la flottille. En 1807, il fut nommé gouverneur des villes anséatiques; bientôt après il reçut le commandement du corps de réserve de la grande armée, battit l'ennemi à Martenshagen , prit Stralsund , place très-importante, et signa une convention avec M. de Toll, général en chef de l'armée suédoise, par laquelle l'île de Rugen et les îles adjacentes étaient livrées à la France.
L'oubli de quelques titres de l'empereur Napoléon dans le texte de cette convention indisposa Napoléon contre Brune , qui fut privé de son commandement et se retira dans ses foyers.
Sous la première restauration, il reçut lacroix de Saint-Louis. Pendant lescent jours, Napoléon lui confia le commandement du corps d'observation sur le Var.
Sur la finde millet 1815, après avoir fait arborer le drapeau blanc à Toulon et s'être démis du commandement, Brune se rendait directement à Paris. Mais dans toute la Provence, où les opinions
royalistes étaient si ardentes qu'elles tenaient du fanatisme , on était irrité contre le maréchal , parce qu'il n'avait reconnu le gouvernement royal que trois semaines après la rentrée de Louis XVIII dans la capitale. Parvenu à Avignon sans accident (2 août), il descend à l'hôtel du Palais-Royal, près de la porte du Rhône. Bientôt la nouvelle ne son arrivée se répand dans la ville; des attroupements se forment en tumulte ; des vociférations de mort se font entendre ; l'hôtel est entouré d'une multitude furieuse. Cependant le maire d'Avignon et le préfet de Vauclnse accourent, accompagnés de la gendarmerie ; leurs efforts sont impuissants pour calmer et dissiper cette populace altérée de sang. Le maréchal s'est barricadé dans l'hôtel; les portes sont enfoncées, et Brune est assassiné.
Mais sa mort n'a pas assouvi la rage de ses bourreaux : ils s'attachent à ses restes inanimés. Ils outragent son cadavre, ils le percent de coups, ils le foulent aux pieds, ils le traînent dans les rues, et, pour comble d'ignominie, ils le jettent dans le Rhône. Le neuve le repousse sur la grève, et on le laisse deux jours sans sépulture; on veut qu'il serve de pâture aux plus vils animaux. Ainsi périt cet illustre guerrier, pendant trente ans l'honneur des armées françaises. Ce ne fut que trois ans après sa mort que l'on songea à poursuivre ses meurtriers ! L'un d'eux fut condamné à mort , mais par contumace; de sorte qn'en définitive ce crime affreux est resté impuni.
Brunkau (Antoine), avocat au parlement de Paris , dont on a un Traité des criées, ouvrage estimé , publié en 1608 et réimprimé en 1704; des Observations et maximes sur les matières criminelles , 1705, in-4°, et une Histoire abrégée de l'institution des ringt et une universités de France, 1686, in-12.
Bruneau (Mathurin). — Il ne manquait à la famille des Bourbons que d'être attaquée par des imposteurs qui vinssent, au nom de la légitimité, lui disputer letrône ; ellefut plus d'une fois exposée à cette sorte de ridicule. Un
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des plus niais parmi les faux Louis XVII fut Mathurjn Bruneau,fils d'un sabotier de Vezins. Après avoir été arrêté comme vagabond, cet homme s'engagea dans le 4e régiment d'artillerie'de marine, fut embarqué pour les États- Unis, déserta, et revint, quelques années après, à Saint- Malo, muni d'un passe-port sur lequel il s'était fait donner le nom de Charles de Navarre. Il courut le département de Maine-et- Loire, en se disant Louis XVII, et parvint à escroquer 800 francs à une vieille femme, qui, désabusée, le fit incarcérer. Alors il adressa une lettre au gouverneur de Guernesey, pour le prier d'informer son gouvernement de ''arrestation du fils de Louis XVI.
Traduit en février 1818 devant la police correctionnelle, il fut condamné a cinq années de détention pour usurpation de nom, vagabondage et escroquerie, et à être renvoyé à l'expiration ne sa peine devant l'autorité militaire pour le fait de désertion.
Brunehaut était fille d'Athanagilde , roi des Wisigoths. Elle devint femme de Sigebert, roi d'Austrasie, l'un des fils de Clotaire Ier. Fortunat, évéque de Poitiers, a célébré, dans un poème, l'union de Brunehaut et de Sigebert, et ses vers sont parvenus jusqu'à nous. Chilpéric, roi deNeustrie, voulut alors suivre l'exemple de son frère et s'allier à la puissante famille qui commandait en Espagne, et il épousa Galswinthe , Ja plus jeune des filles d'Athanagilde. Mais bientôt il eut regret d'avoir contracté ce mariage, et , à l'instigation de Frédégonde qu'il aimait, il fit périr la fille du roi des Wisigoths. Brunehaut se sentit dès lors animée d'une haine violente contre l'assassin de sa sœur, et elle engagea Sigebert, son époux, à poursuivre par les armes le roi de Neustrie. D'ailleurs celui-ci , pendant l'absence de Sigebert , qui repoussait les barbares au delà du Rhin, avait envahi une portion de PAustrasie. La guerre entre les deux frères commença, et ce fut en vain que Je saint évéque de Paris , Germain, essaya de rétablir la paix.
Sigebert, accompagné de Brunehaut,
poursuivit Chilpéric, et l'assiégea dans la ville de Tournai où il s'était réfugié. Déjà Brunehaut se préparait à tirer de ses deux ennemis, Chilpéric et Frédégonde, une éclatante vengeance, lorsque des assassins, envoyés par la reine de Neustrie , vinrent tuer Sigebert au milieu de son camp. L'armée austrasienne se dissipa aussitôt, et Brunehaut tomba au pouvoir de Chilpéric. Elle était prisonnière à Rouen, lorsqu'elle séduisit Mérovée, l'un des fils du roi de Neustrie. Elle l'épousa , et , quelque temps après ce mariage , qui avait été favorisé par l'évéque de Rouen Prétextât , elle parvint à se sauver et à gagner l'Austrasie où gouvernait son fils Childebert. Repoussée d'abord par les seigneurs austrasiens, elle reprit bientôt son autorité, et exerça un grand ascendant sur le jeune roi. Cependant elle eut plus d'une fois encore à se défendre contre les embûches secrètes de Frédégonde, qui avait fait tuer Prétextât et son second mari Mérovée. En 587, Brunehaut, qui gouvernait pour son fils , conclut avec Gontran le traité d'Andelot , qui fixe les limites de l'Austrasie et de la Bourgogne , et qui renferme les premières traces de l'hérédité des nefs.
Quand Childebert II mourut, elle conserva son autorité et son influence sous le règne de ses petits-fils Thierry et Théodebert. Elle résidait en Austrasie auprès de Théodebert , lorsque les grands la chassèrent et la forcèrent de se. réfugier dans la Bourgogne, qui était le royaume de Thierry. Elle parvint alors à allumer la guerre entre les deux frères. Au commencement de la lutte, les succès furent partagés; mais enfin les Bourguignons obtinrent l'avantage. Thierry ayant réuni une armée considérable, battit son frère près de Toul et de Tolbiac, et bientôt le fit mettre à mort avec ses enfants ( 612 ). Maître de l'Austrasie, Thierry se préparait à attaquer Clotaire quanî il mourut à Metz (613 ) presque subitement. Encouragé par cet événement inattendu, et appelé par les grands qui craignaient de voir Brunehaut ressaisir encore une fois le pouvoir durant
la minorité des lils de Thierry , Clotaire prit les armes; les Bourguignons et les Austro-siens, sous les ordres de Varnachaire, maire de Bourgogne, et de Pépin, chef d'une puissante famille austrasienne, marchèrent à sa rencontre jusque sur les bords de l'Aisne. Quand Brunehaut Gt .donner le signal du combat, ses troupes, que les grands avaient séduites, tournèrent le dos, et la vieille reine , âgée de plus de quatre-vingts ans, tomba aux mains du fils de Frédégonde. Celui-ci lui reprocha la mort de dix rois ou fils de rois, et , après l'avoir livrée pendant trois jours aux outrages de ses soldats , il la fit lier par les cheveux à la queue d'un cheval indompté. Les lambeaux de son corps furent brûlés et les cendres jetées au vent (614). Ainsi mourut cette reine cétèbre, qui a été jugée diversement parjes historiens. Sa mémoire a été livrée à l'opprobre par quelques chroniqueurs; mais il faut remarquer que ceux qui ont poursuivi Brunehaut avec tantde haine lui étaient postérieurs au moins d'un siècle. Les contemporains , au contraire , dans leurs écrits, la comblèrent souvent de louanges. Parmi eux nous devons compter Fortunat, Grégoire de Tours et le pape saint Grégoire. Au reste, quelque chose de grand s'attacha au nom de Brunehaut dans les traditions populaires. Dans la Flandre, la Picardie et la Bourgogne, on lui attribua pendant longtemps les chaussées et les grands édihces dont on contemplait les imposants vestiges.
Bki/nkl (Marc-Isambert), né à Hacqueville, près les Andelys , en 1769, servait dans la marine au moment de la révolution. Forcé alors de s'expatrier, il se réfugia en Amérique, où il se livra à sa véritable vocation , celle d'ingénieur. Il s'y fit d'abord connaître par la construction du théâtre de New-York. Il fut ensuite chargé d'importantes entreprises de canalisation , et de plusieurs autres travaux.
Il passa en Angleterre, après un séjour de cinq ans et demi en Amérique , et y mit bientôt à exécution le projet d'une ingénieuse machine à
poulies qu'il proposa plus tard à l'amirauté anglaise , et qui fut établie dans l'arsenal de Portsmouth. A cette occasion, M. Brunei reçut cinq cent mille francs, à titre de recompense et d'indemnité. Plus tard il établit, dans l'arsenal de Chatam, d'immenses scieries pour les bois de construction. On admira la hardiesse et la précision de l'ingénieux appareil par lequel M. Brunei amenait au chantier les bois enlevés à cinquante-six pieds de hauteur , d'où ils étaient repris pour alimenter l'atelier des scies. Il fonda ericore un magnifique établissement pour scier l'acajou et le bois de placage. Enfin , c'est à cet ingénieur, désormais illustre , que les Anglais doivent l'idée et l'exécution du passage souterrain sous la Tamise. Cette entreprise colossale, sur laquelle les journaux et une foule de mémoires ont donné des détails connus de tout le monde, est aujourd'hui presque arrivée à son terme, et son succès n'est plus douteux, malgré les nombreux obstacles, les dangers même que M. Brunei a toujours heureusement vaincus.
Il est à regretter qu'un homme que nous citons avec orgueil parmi nos concitoyens , consacre exclusivement ses talents à une nation rivale, où d'ailleurs son génie est justement apprécié. En 1833 , M. Brunei a été nommé vice-président de la Société royale de Londres. Il est le premier étranger qui ait eu la gloire de siéger comme professeur dans la chaire de Newton.
Bbunel (N.), maire de Béziers au commencement de la révolution , dé-
{>uté suppléant du département de 'Hérault à l'Assemblée législative, puis membre de la Convention en 1792.
Il siégea constamment dans la Plaine, et vota pour la détention perpétuelle, dans le procès de Louis XVI. Envoyé en mission à Lyon, après le 31 mai. il y fut arrêté par les autorités insurgées. Rendu à la liberté, il fut plus tard accusé d'avoir correspondu avec les fédéralistes. Incarcéré de nouveau, il ne recouvra la liberté qu'a( >rès le 9 thermidor. Envoyé alors dans les dé-
partements du Midi , et forcé à Toulon , par le peuple insurgé , de signer l'élargissement des détenus, de désespoir il se brûla la cervelle. La Convention adopta , au nom de la nation , sa veuve et ses enfanté.
Bru net aîné , architecte et ingénieur, né à Paris en 1735, mort dans cette ville en 1818, fut chargé, en 1794, par le ministre Bouchotte, de la construction des premiers télégraphes (*).
(Y oyez les articles Chàppe et Télégraphe.)
Brunet (Barthélémy), fusilier à la 44e de ligne. A la bataille de Marengo, il occupait un poste des plus périlleux , où il arrêta seul une colonne ennemie.
Mais , après avoir longtemps protégé par sa résistance la retraite de sa brigade , il fut victime de son courage.
Brunet (François-Florentin), religieux lazariste, né à Vitel, en Lorraine, vers 1770, accompagna à Rome, pendant la révolution , le dernier supérieur de la mission , Cayla de la Garde. Il revint à Paris en 1804 , et mourut le 15 septembre 1806. Il s'est fait connaître par une savante compilation intitulée Parallèle des religions, Paris, 1792, 3 tomes en 5 volumes in-4°.
Brunet (Gaspard-Jean-Baptiste) , général des armées républicaines, né a Valensol, en Dauphiné , obtint le grade de maréchal de camp en 1791 , fît partie de l'armée du Var , et fut promu, le 20 mars 1793, au commandement en chef de l'armée d'Italie. Il éprouva quelques revers, et fut bientôt accusé d'intelligence avec les aristocrates, qui venaient de livrer Toulon aux Anglais. Mis en arrestation , et conduit à Paris, il y fut incarcéré à l'Abbaye, condamné à mort, et exécuté , le 6 novembre 1793.
Brunet (Hugues) , troubadour, né à Hbodez , mort en 1223 , est auteur de quelques poésies dans lesguelles il se plaint de la rigueur des dames et de la dépravation des mœurs. Trahi par sa belle , il se retira de désespoir dans un monastère de chartreux, où il passa le reste de ses jours.
(*) Voyez Encyclopédie nouvelle, article Art trmgranhoue , par M. U Pussieux,
Bbunet (Jacques-Charles), l'un de nos plus savants bibliographes, a publié : 1° le quatrième volume du Dictionnaire bibliographique, historique et critique des livres rares , de Cailleau et Duclos, 1802, in-8°; 2° le Manuel du libraire et de t amateur de livres, 1820, 4 vol. in-8°, troisième édition. Cet ouvrage , le plus complet et le mieux fait de ce genre qui existe dans notre langue , a fait oublier la Bibliographie instructive de Debure, et jusqu'au Dictionnaire bibliographique de Caiileau, que M. Brunet luimême avait pris la peine de compléter.
Bbunet (J. B.), général, né à Reims en 1765, passa rapidement par les grades subalternes, fit, en qualité de colonel, la campagne de 1794, à l'armée de Sambre-et-Meuse, où il se distingua dans plusieurs affaires ; devint général de brigade à l'armée du Rhin, en 1798, et se signala en 1800 dans la campagne d Italie. Chargé, en 1801 , du commandement de l'avant -garde de la division Rochambeau, dans l'expédition de Saint-Domingue, il remporta plusieurs avantages sur les insurgés , et s'empara de la personne de Toussaint Louverture. Il fut nommé général de division en 1803. Forcé ensuite de quitter Saint-Domingue , il fut pris dans la traversée par les Anglais, qui le retinrent prisounier pendant plusieurs années. Il reprit du service au mois de juin 1815, fut mis à la retraite par les Bourbons, et mourut en 1824.
Bbunet (Jean-Joseph). — Ce comique célèbre, dont le nom de famille était Mira , est né en 1766 , à Paris , où son père tenait un bureau de loterie dans le quartier de la Halle.
Après avoir joué quelque temps sur le théâtre de la Cité , il parut au théâtre Montansier , et y attira la foule pendant près de neuf ans. C'est que Jocrisse, Innocentin, Cadet-Roussel, etc. , étaient des types rendus avec un naturel et un laisser-aller inimitables.
La foule le suivit encore lorsqu'il revint au théâtre de la Cité, pour passer plus tard au théâtre deç Variétés , \
BRU
L'UNIVERS
où Ton ne connaissait pas encore le vaudeville sentimental. Brunet a pris sa retraite en 1833, après avoir fait rire le public pendant près de trentecinq ans.
Brunet (Pierre), médecin et voyageur, né à Nantes, vers 1778, s'embarqua, le 4 janvier 1803, comme chirurgien , sur un navire marchand , qui arriva le 28 mai à Ptle de France. La
fuerre s'étant alors rallumée entre la rance et l'Angleterre, il prit un emploi de second lieutenant sur un corsaire , qui tomba peu de temps après au pouvoir des Anglais. Après un séjour de quatorze mois dans les possessions anglaises de l'Inde, il fut ramené en Angleterre, où il demeura jusqu'à la paix. Depuis il est venu se fixer à Paris, où il a publié la relation de son voyage sous ce titre : Voyage à Vile de France , dans Vlnde et en Angleterre, suivi de mémoires sur les Indiens, sur les vents des mers de Vlnde, et d'une notice (traduite de l'anglais) sur le général Benoit de Joignes, commandant l'armée navale de Scindia, Paris, 1825, in-8w. Ce livre contient peu de faits nouveaux , mais il rectifie quelques erreurs.
Brunette (attaque et prise de la).
— Le général russe prince de Bagration s'était emparé, en 1799, du fort de la Brunette, en Piémont. Aussitôt l'alarme se répandit dans le Dauphiné, où l'on crut que Souwarow voulait faire une invasion. Mais , le 22 avril 1800 , la division du général Thureau tourne le fort Saint-François, et force l'ennemi à évacuer le village de Gravières. Bientôt les troupes s'élancent au pas de charge ; toutes les positions sont forcées , la Brunette capitule , et le succès est couronné par la prise de quinze cents hommes et d'une grande quantité de munitions.
Bruni (Jean-Baptiste, baron), né à Lyon en 1769 , s'enrôla en 1783 comme soldat, fut fait sergent en 1788 et chef de demi-brigade en 1792.
Il se signala pendant les guerres de la révolution et suivit Leclerc à Saint-Domingue. A l'époque du vote pour le consulat à vie, et pour l'élévation de
Napoléon à l'empire, il manifesta une opposition qui nuisit à son avancement, et ne fut nommé général de brigade qu'en 1811 seulement. Pendant la campagne de Russie il fut attaché au corps d'armée du maréchal Ney, et fit avec distinction les campagnes de 1813 et 1814. Il donna, en 1814, son adhésion au gouvernement du roi, et fut employé en Corse, où il soutint vivement les intérêts des Bourbons; mais , se voyant à la fin hors d'état d'empêcher que le drapeau tricolore fïït arboré , il se retira. Destitué par Napoléon, il fut réintégré et remis en activité par Louis XVIII.
Bruniquel , petite ville du département de Lot-et-Garonne , à vingthuit kilomètres de Montauban, où l'on remarque les ruines d'un château fort construit par Brunehaut.
Brunn (prise de). Napoléon, mar« chant de victoire en victoire, avait pénétré dans la Moravie après l'occupation devienne; il poursuivait son ennemi sans lui donner de relâche.
L'empereur d'Allemagne s'étant retiré à Brunn, Napoléon vint camper près de cette ville; mais il voulut donnera François II le temps de chercher un autre asile, et défendit à son avantgarde d'entrer dans la ville. Le lendemain, le général Sébastiani atteignit les Russes à la hauteur de Porlitz, coupa dans leur retraite plusieurs corps, et fit deux mille prisonniers, tandis que, d'un autre côté, le prince Murât entrait dans Brunn, dont l'ennemi avait évacué même la citadelle, garnie de soixante pièces de canon, munie de trois cent milliers de poudre, et de magasins considérables de blé, de farine et d'habillement.
Bruno (Saint). Voyez Chabtbecx.
Brunoy (marquis de). Voy. Paris