‹ France. Dictionnaire encyclopédique (volume 4)Chapitre 86 sur 96 · CAF · texte numérisé non relu

CAF

L'UNIVERS. CAF

Toutefois , lorsqu'on eut imaginé de mêler le café avec du lait , on la voit encore, sous l'influence de son ancienne prévention, recommander, en 1680 , a sa fille d'en user ainsi , pour tempérer le danger qu'offrait I l'infusion toute pure. Dix ans après , elle lui écrivait de sa terre des Rochers , en Bretagne : « Nous avons ici de bon « lait et de bonnes vaches. Nous som- « mes eu fantaisie de faire bien écré- « mer de ce bon lait , et de le mêler « avec du sucre et du bon café. Ma « chère enfant , c'est une très-jolie « chose, et dont je recevrai une grande « consolation ce carême. »

Dans les premiers temps , tout le café qui se consommait en France arrivait du Levant à Marseille en trèspetite quantité; aussi était-il fort cher. Le P. La bat {f'oyage aux Antilles) dit que la livre se vendit alors jusgu'à

Quarante écus. De fortes importations rent rapidement baisser ce prix , et trois ans après , la tasse de café tout fait ne se vendait que deux sous. Mais, comme il était à craindre que la consommation, croissant en Europe, n'amenât bientôt un renchérissement, on chercha si l'on ne pourrait pas se procurer ailleurs qu'en Orient cette pré-

{:ieuse denrée. Les Hollandais furent es premiers en Europe qui essayèrent de cultiver le café dans leurs colonies, d'où ils envoyèrent de jeunes plants à Amsterdam, en 1690. En 1713, M. Ressons , lieutenant général d'artillerie, en donna au jardin du roi un pied venu de Hollande. Enfin, en 1720, un autre pied, élevé dans les serres de ce jardin, fut transporté aux Antilles

{)ar le capitaine Decheux, qui, pendant a traversée, où l'on souffrit de la soif, partagea chaque jour avec le jeune cafeyer sa faible ration d'eau. De ce pied sont venus tous ceux qu'on cultiva ensuite à Cavenne, à la Martinique, à la Guadeloupe, à St-Domingue, et dans les îles adjacentes. On demanda aussi du café à l'Afrique , et l'île de France, l'île Bourbon, ainsi que les côtes maritimes, en produisirent une quantité assez grande pour faire face aux besoins de la France et

fournir matière à un commerce avec l'étranger. Cependant l'accroissement prodigieux qu'a pris la consommation du café , la perte de Saint-Domingue , qui, en 1789, en fournissait annueJlemen soixante à quatre-vingts millions de livres ; enfin , la défaveur où est tombée cette culture à la Martinique et à la Guadeloupe , qui ensemble en expédiaient seize à dix-sept millions de livres, sont cause que la France est aujourd'hui tributaire de l'étranger pour une très-grande partie des cafés dont elle a besoin; chose fâcheuse, sans doute , mais à laquelle il n'y a guère de remède.

Cafés publics. — Ce fut trois ans après l'ambassade de Soliman -Aga que s'ouvrit à Paris le premier café a public. Cet établissement fut formé, "en 1672, à la foire Saint-Germain, par un Arménien nommé Pascal.

Après la foire, cet homme transporta sa boutique dans la rue de Bussy.

D'autres Levantins suivirent cet exemple, et il y eut même de ces étrangers qui, au lieu d'attendre le consommateur à leur comptoir, allèrent le chercher dans les rues. Ceints d'une serviette blanche, portant devant eux un éventaire en fer-blanc, où se trouvaient tous les ustensiles nécessaires à la confection du café; tenaut, de la main droite, un petit réchaud avec la cafetière, et de la gauche une fontaine pleine d'eau, ils parcouraient ia ville, annonçant à grands cris leur marchandise. Mais , quoiqu'ils ne vendissent leur café que deux sous la tasse, ce qui, pour une nouveauté , était un prix fort modique, ils ne réussirent point, parce que le café , quoique fort recherché des personnes de bonne compagnie , n'était pas encore entré dans les goûts des bourgeois et do peuple.

Les cafetiers en boutique ne réussirent pas davantage ; mais ce fut leur faute, car ils n'avaient que de vraies tavernes où l'on fumait et où l'on buvait de la bière , deux choses alors de mauvais ton. Deux garçons, emplovés par les Arméniens, Grégoire et Ptocope, instruits par leur exemple, éta-

FRAN CE. (XIVe S;

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