‹ France. Dictionnaire encyclopédique (volume 4)Chapitre 88 sur 96 · CAF FR · texte numérisé non relu

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mission dans le Midi, et fut créé pair pendant les cent jours.

J.-B.-M. Caffabelli , né en 1763, fut nommé, en 1802, évêque de Saint- Brieux , et mourut dans cette ville en

Caffé (Pierre) , né à Saumur vers 1778, ancien chirurgien-major des armées, fut impliqué dans la malheureuse tentative du général Berton, et traduit avec lui devant la cour d'assises de Poitiers. Condamné à la peine capitale, et apprenant le rejet de son pourvoi, Caffe s'ouvrit l'artère crurale, et l'infortuné Berton monta seul sur l'échafaud , le 5 novembre 1822.

Caffiaux (Dom Ph. Jos.), bénédictin de la congrégation de Saint- Maur, naquit à Valenciennes en 1712, et mourut subitement à l'abbaye de Saint-Germain des Prés, en 1777. On a de lui : Trésor généalogique , ou Extrait des titres anciens qui concernent les maisons et fam Mes de France, Paris, 1777, in-4° : le deuxième volume n'a pas paru; Essai sur l'histoire de la musique , resté manuscrit, et qui se trouve à la bibliothèque royale, où il fait partie du fonds de Corbie, n° 16: c'est un excellent ouvrage. On lui attribue Défense du beau sexe, Amsterdam, 1753, in-12, quatre parties. CafQaux était historiographe de Picardie.

Caffieri (Philippe), sculpteur, né à Rome en 1634. Ce fut Mazarin qui le lit venir en France en 1660. Coibort lui confia des travaux importants pour les maisons royales. Plus tard , il fut nommé sculpteur, ingénieur et dessinateur des vaisseaux du roi, et inspecteur de la marine à Dunkerque. Il mourut en 1716.

De ses quatre fils, deux furent sculpteurs comme leur père : François- Chartes, nommé, en 1695, sculpteur des vaisseaux du roi à Brest; et Jacques, né à Paris en 1678, mort en 1755. Ce dernier, sculpteur et foudeur, travailla beaucoup pour les maisons royales, et laissa plusieurs bustes en bronze, entre autres celui du baron de Bezenval.

Jean-Jacques, fils de Jacques, né à

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Paris en 1724, fut élève de J. B. Lemoyne, et obtint, en 1748, le grand prix de sculpture sur le sujet d1 Abraham qui renvoie sa servante Agar.

Reçu à l'Académie en 1759, il fut nommé professeur en 1773. Nous citerons parmi ses ouvrages une sainte Trinité exécutée à l'église de Saint- Louis des Français à Rome; une / estaie qui entretient le feu sacré (1757); C Innocence; la vestale Tarpeia{l767).

Deux ans après, il exposa un groupe en marbre représentant le Pacte de famille. Il nous paraît curieux de décrire ce monument, appelé à consacrer le souvenir d'un événement de notre histoire, à une époque où l'art était peu employé à ce noble usage. Nous transcrivons la description qu'en donne le livret de l'exposition de 1769: «Le

§énie de la France inspire au roi le essein d'unir par un lien solide les différentes branches de la maison de Bourbon, et lui présente le Pacte de famille. Le roi exprime par son geste qu'il adopte une entreprise si intéressante et si glorieuse. Un autre génie est assis aux pieds du monarque, tenant d'une main une corne d'abondance et de l'autre l'olive et le laurier, pour montrer que l'alliance de ces augustes princes va procurer aux différentes nations soumises à leur empire les fruits de la paix et de la concorde. » Ce groupe fut commandé par le duc de Choiseul. Eu 1771, Caflieri fit une Naiade et la statue de VAir pour la façade de l'hôtel des Monnaies, du côté de*la rue Guéuégaud. En 1773, il exposa uu groupe représentant l'Amitié surprise par l'Amour. 11 lit ensuite pour les Invalides les statues de sainte Sylvie, de sai?ite Alype et de saint Satyre. Il exécuta, en 1779, une statue de Pierre Corneille; en 1785, celle de Thomas Corneille, et en 1787, celle de Molière. L'âge ne ralentissait pas son activité. Il exposa, en 1791 , plusieurs morceaux, parmi lesquels une Léda poursuivie par Jupiter, une Naïade et plusieurs bustes. Les ouvrages de Caffieri sont lâchement dessinés, mais expressifs; son Molière observe bien ces ridicules qu'il doit traduire avec

«:ag

L'UNIVERS

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tant de vérité sur la scène. Mais ce qui a rendu Caflleri célèbre, c'est sa belle collection des bustes des hommes célèbres de son temps. Ces bustes, qui sont d'une ressemblance parfaite, se trouvent, pour la plupart, dans les foyers des théâtres de Paris, à la bibliothèque Sainte-Geneviève (*) et à Versailles. Cet habile sculpteur est mort à Paris, le 21 juin 1792. Caustique, misanthrope et jaloux , il ne mettait jamais que des lèves noires dans les scrutins, à l'Académie. Lorsqu'on n'en trouvait qu'une seule, on la nommait en plaisantant la part de Caffieri. On peut citer Foucou et Petitot parmi les élèves qu'il a formés.

Cages db feb. — Plusieurs de nos rois ont mis en usage l'infâme traitement infligé par Alexandre à Anaximène , par Timour-Leng à Bajazet et par les Anglais à Jeanne d'Arc. Louis XI plus qu'aucun autre se vengea de ses ennemis par cet odieux raffinement de cruauté qui ravalait l'homme au-dessous de la béte. La Balue coucha, comme on le sait, quatorze ans à Loches dans une de ces cages « couvertes de pattes « de fer par le dehors et par le dedans, « avec terribles fermures de quelque « huit pieds de large, de la hauteur « d'un homme et un pied plus(**). »

Comines lui-même, qui les a si bien décrites, en tàta sous le successeur de Louis XI, et y fut laissé huit mois.

Louis XII ayant fait prisonnier Louis Sforza, duc de Milan, l'enferma aussi dans une cage de fer, où ce duc mourut après dix ans d'un supplice continu (***). A l'abbaye du mont Saint- Michel, il y eut toujours, dit-on, une cage de fer destinée aux prisonniers d'Etat.

Cagliabi (attaque de). — Au mois de janvier 1793, l'amiral Truguet, chargé

(*) Les galeries de cette bibliothèque renferment les modèles de onze de ces bustes.

(•*) Mémoires de Ph. de Comines, liv. II, chap. ia.

(***)On a néanmoins contesté l'authenticité de ce fait et prétendu que sa prisou n'était qu'une chambre ténébreuse où il dut rester longtemps sans livres , sans papier, ni encre. Voyez Carranti, Ludovici Sfortiœ captivitas.

par le gouvernement républicain de faire une descente dans la Sardaigne, parait devant Cap lia ri, capitale de cette île, avec vingt-deux bâtiments de guerre. La ville est sommée de se rendre; mais le parlementaire ayant été renversé d'un coup de fusil , Truguet, furieux , ordonna , le 27, de commencer le bombardement. Les Sardes résistent vigoureusement, et nous font éprouver de grandes pertes. Cependant Truguet veut tenter la descente-, mais le désordre se met dans ses troupes, composées de nouvelles recrues, et Truguet retourne à Toulon. Il y prend d'autres troupes et d'antres vaisseaux , et, dès le 3 février, il reparait devant Cagliari. Nouvelle tentative de descente, nouvel échec. Trois jours après, une horrible tempête vient assaillir la flotte. Un vaisseau de quatre-vingts canons sombre sous voiles; d'autres bâtiments échouent et sont pris. Enfin l'amiral est forcé d'abandonner une entreprise trop légèrement conçue. H lève Fanere le 21 janvier, et fait voile vers Toulon.

Cagliostbo. — La célébrité qu'obtint chez nous ce mvstérieux étranger, célébrité qu'il dut en grande partie à son implication dans l'affaire du collier, lui assigne naturellement une place dans notre recueil. Ce fut le 19 septembre 1780 qu'il fit sa première apparition en France , et c'est à Strasbourg que commence pour nous son histoire. La Borde, dans ses Lettres sur la Suisse, nous a conservé le souvenir de l'étonnante sensation produite par cet homme sur des populations entières. « On ne savait , ait-il , qui il était, d'où il était, où il allait; » mais tout le pays retentissait du bruit de ses cures merveilleuses et de ses nombreuses largesses. Cet empirique grand seigneur, qui se parait du titre de comte et donnait d'un ton d'oracle des prescriptions médicales, ne captivait pas seulement la multitude avec le pompeux étalage de grandes phrases et de grands sentiments , il parvenait encore à en imposer à des hommes placés dans une sphère ordinairement a l'abri de ces sortes de fascinations.

CAG FRANCE.

CAG &4t

On ne comprend pas par quel charme il pouvait dominer ainsi les esprits.

• On croyait s'enrichir en se dépouillant pour lui, » lisons-nous dans les Mémoires de l'abbé Georgel. Un prince du monde et de l'Eglise, le cardinal Louis de Rohan, evêque de Strasbourg, grand aumônier de France, céda des premiers à l'entraînement général. Il se Ht traiter d'un asthme par l'homme du miracle, et bientôt s'établit entre le prélat et son Esculape une intimité qui ne s'explique que par une incroyable faiblesse d'esprit cliez le premier, qui, du reste, à ce qu'il

[)araît, avait toute sa vie couru après es secrets de la chimie et de la botanique. Il semblait avoir abjuré entre les mains de Cagliostro jusqu'aux plus modestes prérogatives du sens commun. L'avertissait-on du scandale des orgies de son protégé au palais épiscopal : « Je le sais, répondait-il, et je « lui ai même donné le droit d'abuser « s'il le juge à propos. » En toute rencontre, le prince se déclarait son champion, et, si quelque voix indiscrète perçait à travers le concert de louanges de fa multitude, il employait le peu de crédit qui lui restait près des ministres à solliciter leur protection pour le noble étranger. Celui-ci pourtant finit par penser qu'il était temps pour lui de quitter Strasbourg. Un moment, nous le perdons de vue, soit, comme on l'a dit, qu'il ait été se cacher en Suisse, soit, comme il le prétend luimême, qu'il ait dd se rendre à JNaples. Kn 1783, nous le retrouvons à Bordeaux. Ce n'est qu'à grand' peine qu'on !'a décidé à reprendre la médecine; mais à peine l'a-t-il fait, que la foule est telle chez lui , qu'il lui faut requérir l'intervention des troupes pour y maintenir l'ordre. La médisance n'en ré-

Pandait pas moins qu'en réglant avec apothicaire chargé du débit de ses drogues, le docteur se dédommageait du désintéressement de ses consultations. Après onze mois passés à Bordeaux, Cagliostro prend la route de Lyon, ne fait dans cette ville qu'un court séjour, et arrive à Paris le 30 janvier 1785. Il descend au palais du

cardinal , mais se fait bientôt disposer un hôtel rue Saint-Claude au Marais.

Il est, dès son arrivée, assailli des invitations de la cour et de la ville. Il a la prudence de se dérober à un éclat qui pourrait cette fois être trop vif, et va même jusqu'à résister aux instances du comte d Artois et du duc de Chartres. Une maison pourtant partageait avec celle du cardinal l'honneur de recevoir un hôte aussi illustre : c'était celle de la comtesse de la Motte, de cette petite-fille d'un bâtard de Henri II, qui, de la misère la plus profonde, était parvenue à une position apparentede fortune que n'expliquaient suffisamment ni les profusions du

Srand aumônier ni la prétendue faveur e la reine. Ces deux personnages exploitaient-ils de concert ou séparément M. de Rohan? C'est ce qu'il sçrait difficile de décider. Quoi qu'il en soit, tandis que Cagliostro, qui avait à peu

f»rès quitté la science des simples pour 'art des évocations, le ravissait dans les extases les moins simulées avec de .misérables scènes de soi-disant magnétisme animal, la dame de la Motte, de son côté, par l'emploi de charmes d'une nature différente, mais d'un égal pouvoir, achevait de maîtriser les facultés du prince. Quand elle vint dire au prélat que c'était lui que la reine avait choisi pour négocier l'acquisition d'un collier de diamants de seize cent* mille livres, Cagliostro fut consulté. Il déclara la négociation digne du prince, et lui prédit un plein succès. Les cartes avaient été mal tirées, et l'astrologue suivit à la Bastille son crédule disciple. Arrêté ainsi que sa femme le 22 août, il subit le 30 janvier suivant son premier interrogatoire. Un mois après, il lança dans le public, avec l'assistance de ïhilorier, son conseil, un mémoire justificatif, où l'on trouve un récit de sa vie qui semble un chapitre des contes arabes. Il prétend ne connaître ni le lieu ni les auteurs de sa naissance. Il qe rappelle cependant avoir passé sa première enfance à Médine, où on lui donnait le nom d'Acharat. Après de longs voyages dans diverses parties de l'Asie et de l'Afrique, notamment en

644 CAG LUîSIVERS. i±G

fyjypte, il est arrivé à Malte, où il a pris, avec l'habit européen, le nom d'Alexandre de Cagliostro. Il a ensuite visité l'Italie, s'est marié à Rome, puis a parcouru le reste de l'Europe, faisant profiter la souffrance et l'infortune des trésors de la science qu'il avait acquise dans ses premières pérégrinations, et de ceux de sa bourse, que remplissaient, on ne sait à quel titre, les banquiers qu'il avait sur toutes les places. Cagliostro avoue avoir successivement caché sous divers noms sa brillante renommée; mais il repousse de toutes ses forces les bruits plus ou moins défavorables qui ont couru sur son compte, et les imputations qui l'ont conduit à la Bastille. La dame de la Motte, à qui le cardinal déclarait avoir remis, pour le faire parvenir à la reine, le précieux bijou, accusait, au contraire, Cagliostro de l'avoir reçu et de l'avoir dépecé pour en vendre les riches matériaux. Elle donnait la description d'effrayantes cérémonies, au milieu desquelles, en lui faisant jurer le plus inviolable secret, Cagliostro lui aurait fait remettre par le cardinal une boîte contenant une partie des pierres démontées , avec injonction pour son mari de les aller vendre à Londres. A ces charges présentées, il faut le dire, d'une manière assez ridicule, notre homme opposait ses dénégations, et terminait son mémoire sur ce ton passablement ridicule aussi: «N'interrogez pas, disait-il, « mais écoutez et aimez celui qui est « venu parmi vous faisant le bien, qui « se laissa attaquer avec patience et se « défendit avec modération.» Enfin, le 31 mai 1786, il y eut arrêt du parlement condamnant les époux la Motte comme seuls auteurs de l'escroquerie, et ordonnant, avec l'élargissement de Cagliostro, la suppression des mémoires où il était attaqué. Malheureusement pour notre héros, la police lui enjoignit en même temps de quitter Paris dans les vingt-quatre heures et la France sous trois mois. A Londres, où il se retira, il paraît avoir fait sa principale occupation apparente de la îranc-maçonnerie et de 1 organisation

de loges d'un prétendu rite égyptien.

Cependant de gênantes révélations et surtout les attaques de Morand dans le Courrier de l Europe lui laissaient peu de repos. Une Lettre au peuple anglais, dans laquelle Cagliostro dénonçait une nuée d'ennemis, trouva assez froids les juges auxquels il en appelait. Au bout de deux ans , il quitta l'Angleterre pour se rendre d'abord à Bâle, puis à Rome. C'est )h que devait se terminer son aventureuse carrière. Le gouvernement pontifical apprit que le franc-maçon Cagliostro osait faire de la propagande dans la ville sainte.

Le 27 décembre 1789, le nouveau missionnaire fut mis au château de Saint- Ange, sous la prévention d'avoir reçu deux adeptes. L'instruction de l'affaire, confiée au saint- office, jeta une nouvelle mais douteuse lumière sur les premières années de l'accusé. On crut reconnaître en lui un certain Joseph Balsamo, né à Païenne en 1748. et que divers méfaits avaient de bonne heure forcé à s'expatrier. 11 reniait de toutes ses forces une telle origine.

Quant à son affiliation aux sociétés maçonniques, il la confessait avec une sorte d'ostentation de franchise qui ne l'empêcha pas d'être, sur ce terrible chef, condamné, le 7 avril 1791 , à la peine de mort. Cet arrêt barbare fut pourtant adouci par le saint-père, et Cagliostro alla subir la détention perpétuelle au château de Saint-Léon, où il mourut en 1795.

On a fait passer sous le nom de cet homme bien des prophéties fabriquées avec plus ou moins d'adresse après l'événement. C'est ainsi qu'on lui a fait prédire plusieurs des circonstances de la première révolution dans une Lettre au peuple français, écrit apocryphe que quelques biographes ont confondu avec la lettre à nos voisins d'outre-mer, dont nous avons parlé plus haut.

Cagnes, seigneurie de l'ancienne Provence, à huit kilomètres d'Antibes.

Ce lieu , qui fait aujourd'hui partie du département du Var, présente une population de deux mille trois cent dixneuf habitants.

cag FRANCE. <:ah 645

Cagnazzoli (N.), chef de bataillon, Pendant tout le moyen âge, les cadéfendit, le 4 juin 1815, avecquelques gots furent l'objet de persécutions de soldats et vingt citoyens, commandés toute espèce; on alla jusqu'à les assipar le chef d'escadron Ropert, les rues miler aux lépreux. Dès le dixième siède la ville de Redon contre cinq mille cle, les cagots du Béarn formaient insurgés du Morbihan. Ces braves, une corporation obligée de porter des forcés à la fin de céder au nombre, se vêtements particuliers , et dont la réfugièrent dans une tour qu'ils avaient casaque rouge devait être marquée préparée d'avance pour leur servir de de la patte d'oie ou de canard, flétrisretraite. Là ils soutinrent un combat sure réservée aux Albigeois. Ces de douze heures, et repoussèrent les malheureux étaient relégués loin efforts des Vendéens, qui, après une des villes, et vivaient dans des perte de deux cents hommes, se reti- lieux particuliers appelés cagoterèrent en désordre, abandonnant leur ries. Séparés du reste des hommes, commandant, Desol de Grisolles, dans la vie civile, ils n'étaient même blessé pendant l'action. pas admis dans la société religieuse :

Cagny, seigneurie de l'ancien Beau- quand on leur permettait d'assister à

vaisis, à douze kilomètres de Beau- l'office divin, on avait soin de les relé-

vais, érigée en duché en 1695, et en guer dans un coin de l'église. Toute

pairie en 1708, en faveur du maréchal profession leur était interdite; ils ne

de Boufflers, dont Cagny prit alors le vivaient que du produit de quelques

nom. (Voyez Boufflebs.) terres qu on leur laissait par chanté;

Cagots. Il existe en France, dans ils étaient soumis à toutes sortes de

plusieurs localités, des populations fié- corvées ; c'étaient eux qui coupaient le

tries et réprouvées, que l'on désigne bois dans les forêts; il leur était dé*

sous les divers noms de cagots, colli- fendu de parler à d'autres hommes;

berts, caqueuœ, caquins, cacoux, gé- il leur était interdit de marcher nu-

situins,capots,agots,gaffoz,gahètes, pieds, de peur qu'ils n'infectassent la

chrétiens, crétins, etc. On ne sait terre. On punissait toute infraction à

rien sur l'origine de ces populations; cette dernière défense, en les perçant

on ne peut dire d'où elles sont venues, avec un fer rouge.

Les uns y voient des Sarrasins : pour Ces effroyables rigueurs duraient

d'autres, ce sont des Goths; quelques- encore au seizième siècle ; la coutume

uns en font des restes d'Albigeois, de Béarn, réformée en 1561, les main-

Quoi qu'il en soit de ces différentes tint presque toutes; c'est seulement

opinions, il faut sans doute voir dans depuis la révolution que la raison et

ces malheureux des débris, des restes la philosophie ont triomphé de cespré-

de sectes ou de races vaincues; et au- jugés et ont rendu à ces parias leurs

cune des traditions populaires qui les titres d'hommes et de Français,

regardent comme des Goths, des Sar- Cahagnes (Jacques), docteur en

rasins ou des Albigeois, ne peut être médecine, né à Caen, en 1548, mort

absolument taxée d'erreur. dans cette ville, en 1612, rédigea les

Le nomdeco//t6er/«esttrès-répandu statuts de la faculté de médecine de

dans le Maine, le Poitou, l'Anjou et Caen, où il professa longtemps. Il a

J'Aunis; dans la Bretagne, ce nom est laissé plusieurs ouvrages, dont le prin-

rem place par ceux ûecaqueux, caevas, cipal est Elogiorum civium cadomen-

cacoux, caquins. Les caliets sont as- sium centuria prima, Caen, 1609,

sez nombreux en Guyenne; chez les in-4°.

Basques et les Béarnais, dans la Gas- Cahieb de Gebville (B.-C), avo-

cogne et le Bigorre, cette race pros- cat au parlement de Paris , se mon-

crîte est appelée cagots, agots, agotas, tra, en 1780. partisan de toutes les

capots, caffos, crétins; dans l'Auver- réformes, devint procureur syndic ad-

gne, on les désigne sous le nom de joint de la commune de Pans, et fut

marrons. chargé de faire, à Nancy, une enquête

T. m. 35e Liv. (Dict. encycl. , etc/) 35

646 CAH L'UNIVERS. CAH

sur l'insurrection qui avait désolé cette « cahiers ne présentent, d'une époque à

ville. Il vit la cause du mal dans le peu de « l'autre, que des contradictions sur

patriotisme des officiers et fit mettre « l'ordre constitutionnel. D'ailleurs ,

en liberté les soldats. Il fut porté au « chaque bailliage s'isolant dans IV-

ministere de l'intérieur, en novembre « tendue de son ressort, et ne s'occu-

1791 . Louis XVI, qu'on avait mal dis- « pant que de ses intérêts particuliers,

posé en sa faveur, lui dit, avec une « négligeait d'embrasser du même

brusque franchise : « Vous vous char- « coup d'œil la France entière. L'ex-

« gez là, monsieur, d'une tâche difli- « périence du passé doit nous eelai-

« cile. » — «Sire, il n'y a rien d'im- « rer. . . .Après deux cents ans d'in-

« possible à un ministre populaire, « terruption , la nation est appelée à

« auprès d'un roi patriote.» Louis XVI « se ressaisir de ses droits naturels;

avait raison, et Cahier, qui se trouva « elle va régénérer et constituer irre-

en opposition, dans le ministère, avec « vocahlement des lois fondamentales,

Bertrand de Molleville , fut bientôt « dignes de la France et de ce siècle

remplacé par le girondin Roland. C'est « éclairé. »

là que s'est terminée sa carrière poli- Malgré l'inégalité de lumière et de tique. civilisation, les provinces , dit M. Tis- Cahiebs des bailliages. Aux sot , instruites à la liberté par d'anétats généraux de 1355, on trouve éta- ciennes traditions et par des leçons bli, pour la première fois, l'usage des nouvelles , s'accordèrent dans leurs cahiers, qui alors étaient appelés ce- vœux pour la réforme de l'État, mais dule$i et qui prirent le nom de cahiers chacune mêla ses doléances particule doléances^ aux états de 1363. Km lières aux plaintes générales de la naréalité, ces cahiers étaient les mandats tion. Les cahiers des bailliages sont donnés aux députés; ils exprimaient les donc des documents trop précieux, besoins et la volonté des électeurs. Ce pour que nous ne les mettions pas n'est qu'en 1789 qu'ils furent appelés sous les yeux du public. Ils contieocahiers des bailliages. Ces cahiers nent la révolution, l'expliquent , et la étaient réunis par provinces et par justifient par les besoins qu'ils révèordres, et remis au roi après la tenue lent.

des états. Il est impossible d'entrer ici Observations préliminaires. — dans des détails qui trouveront mieux «Nous prescrivons à nos représenleur place dans 1 article États gêné- tants de se refuser invinciblement à baux; cependant, les cahiers des tout ce qui pourrait offenser la dibailliages de 1789 ont une si grande gnité de citoyens libres qui viennent importance dans l'histoire de notre exercer les "droits souverains de la régénération sociale, que nous croyons nation. L'opinion publique paraît avoir devoir en donner ici l'analyse qu'en a reconnu la nécessité de la délibération faite M. Tissot, dans son Histoire de par tête , pour corriger les inconvéla révolution française. Le lecteur y nients de la distinction desordres, pour trouvera l'état réel des idées de la faire prédominer l'esprit publie, pour France à cette époque mémorable, et rendre plus facile l'adoption des boncet article servira à compléter ce que nés lois. Il leur est enjoint de ne connous avons déjà dit, à ce sujet, dans sentir à aucun subside, à aucun em« les Annales. prunt , que la déclaration des droits « On s'étonne quelquefois , » disait la de la nation i\e soit passée en loi , rt noblesse de Ponthieu, dans ses cahiers, que les premières bases de la consti- « du peu d'utilité des précédents états tution ne soient convenues etfixéesC). a généraux; qu'on lise les anciens ca- «Ils se souviendront que c'est la « niers des bailliages, on y reconnaîtra nation entière qui fait les lois , et oue « la cause du peu de fruit de ces assem- c'est elle qui a , de sa propre autorité, « blées nationales. Les véritables prin- « cipes n'étaient point alors connus ; les (*) Tiers. Paris.

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disposé de la couronne en assujettissant le monarque à des devoirs (')•»

Déclaration des droits. — « Nos députés déclareront que toute autorité réside dans la nation , que c'est d'elle qu'émanent tous les pouvoirs, que c'est d'elle qu'ils doivent dépendre, que tout est fait par elle et pour elle , et a son bonheur pour objet ; qu'elle a le pouvoir de créer, de détruire et Je changer tout ce qui est relatif à ce but (»).

« La volonté générale fait la loi ; la force publique en assure l'exécution (3).

« Tout Français est libre de faire ce qui ne nuit à personne.

« Les lois seules peuvent priver un citoyen de la liberté de sa personne.

« Toute propriété est inviolable ; nul ne pourra en être privé, même à raison de l'intérêt public, qu'il n'en soit préalablement dédommagé au plus haut prix (*).

« Nul ne peut être distrait de sa juridiction , et la confiscation des biens est abolie comme injuste, et tendant à punir les familles d'un crime qui n'est que personnel (5).

« En conséquence de ces principes, les représentants demanderont expressément l'abolition de la servitude personnelle, sans aucune indemnité:

delà servitude réelle , en indemnisant les propriétaires; de la milice forcée, de toutes commissions extraordinaires ; de la violation de la foi publique dans les lettres confiées à la poste , et de tous privilèges exclusifs, si ce n'est pour les inventeurs , à qui ils seront accordés pour un temps déterminé (6).

• Ils demanderont que tout homme jouisse de la plus parfaite liberté de conscience , et qu'il ne puisse être ni troublé ni puni, à moins que sous

(') Tiers. Normandie.

(T) Tiers. Marsan.

(3) Tiers. Paris.

(4) Noblesse. Artois.

(*) Tiers. Charonne.

(6) Tiers. Paris.

prétexte de religion il ne trouble luimême la paix ou la sécurité de l'État (•). »

Constitution. — « Le gouvernement monarchique est le seul admissible en

« La couronne est héréditaire , de mâle en mâle, dans la maison régnante, et suivant l'ordre de primogéniture , à l'exclusion des femelles et de leurs descendants.

« En cas de défaillance de la race royale , la nation rentre dans le droit d'élire son roi.

«Dans la monarchie française, la puissance législative appartient à la nation, conjointement avec le roi; au roi appartient la puissance exécutive.

« Les états généraux s'assembleront tous les trois ans, à jour et lieu fixes, et les habitants des colonies y seront appelés comme les autres sujets français. Tous les ordres y délibéreront réunis, et y opineront par tête (3).

« Le roi ne pouvant jamais vouloir ni ordonner une chose injuste, les ministres seront responsables, à l'Assemblée nationale , de toute infraction aux * lois (4)."

« La loi est l'expression de la volonté

{générale de la nation , sanctionnée par a volonté du roi , ou l'expression de la volonté royale, approuvée et con- .

sentie par la volonté générale de la nation (5).

« Aucune loi ne sera établie à l'avenir qu'au sein des états généraux, et par le concours de l'autorité royale et le consentement de la nation. Les lois porteront dans le préambule ces mots : « Les états libres et aénéraux de la France déclarent que la volonté générale est de »; et l'acte de promulgation se terminera par ces mots :

« Car tel est le résultat de la volonté générale, qui a reçu le sceau de no* tre autorité royale (6). »

(*) Tiers. Marsan, r») Tiers. Bourbonnais.

Tiers. Clermont-Ferrand.

Noblesse. Ponthieu.

(à) Tiers. Lyon.

(6) Noblesse. Dourdan.

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L'UNIVERS

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« A chaque renouvellement de règne, les députés aux derniers états généraux se rassembleront de droit et sans aucune convocation. La régence, dans tous les cas , ne pourra être conférée que par eux (»).

« Si le nouveau roi est mineur, celui à qui la régence sera déférée prêtera" pour lui le serment national ; mais ce serment sera renouvelé par le roi au moment de sa majorité (a).

« La responsabilité des ministres et de tous les dépositaires de pouvoirs sera établie par une loi constitutionnelle qui fixera d'une manière irrévocable le cas et le mode légal de cette responsabilité. Toutes prisons d'État seront supprimées (3) et interdites (4).

« Les lettres de cachet et tous ordres qui attenteraient à la liberté individuelle sont à jamais proscrits (5).

« Considérant que la France a été de tout temps l'asile des rois et la protectrice des nations opprimées, que l'esclave lui-même devient libre en respirant l'air de ces heureux climats et retrouve sa liberté, la nation réclame contre l'attentat que la traite et la servitude des nègres portent à l'honneur français (6).

« La charte de la constitution sera

f avée sur un monument public élevé cet effet ; la lecture en sera faite au roi à son avènement au trône, sera suivie de son serment, et la copie insérée dans le procès-verbal de la prestation de ce serment. Tous les dépositaires du pouvoir exécutif, soit civil, soit militaire, les magistrats des tribunaux supérieurs et inférieurs, les officiers de toutes les municipalités du royaume, avant d'entrer dans l'exercice des fonctions qui leur sont confiées jureront l'observation de la charte nationale.

« Chaque année, et au jour anniver-

(>) Tiers. Paris.

(») Tiers. Paris, extra muros.

(3) Noblesse. Paris.

(4) Tiers. Rennes, Bigorre.

(5) Unanimité des Irois ordres dans le royaume.

(6) Tiers. Châleau-Tnieny.

saire de sa sanction, elle sera lue et

Eubliée dans les églises , dans les triunaux , dans les écoles , à la tête de chaque corps militaire et sur les vaisseaux ; et ce jour sera un jour de fête solennelle dans tous les pays de la domination française (*)• w

Finances.—* Nous commençons par déclarer formellement que, sans l'amour dont nous sommes pénétrés pour la personne de Louis XVI, sans la considération respectueuse que nous portons à l'auguste sang des Bourbons, l'édifice monstrueux de la dette amoncelée par la cupidité et la profusion des ministres croulerait en entier, sans qu'il fût de notre devoir d'en prévenir la chute. Que cet aveu soit une leçon mémorable, et que les rois apprennent enfin que leurs sujets leur offriront toujours plus de ressources que les intrigues et les agiotages de leurs ministres (2).

« Pour parvenir à la libération de l'État, que les états généraux s'occupent d'abord de réduire les dépenses nationales, en portant l'économie la plus sévère 1° sur les grâces accordées par le souverain; 2° sur les frais des départements; 3° sur les récompenses et sur les retraites (3).

« Toute imposition distinctive quelconque, soft réelle ou personnelle, telle que taille, franc-fief, capitation, milice, corvée, logement de gens de guerre, et autres, sera supprimée et remplacée , suivant le besoin , en impôts généraux, supportés également par les citoyens de toutes les classes.

« Tous les droits de contrôle, de centième denier, insinuation , tant laïques qu'ecclésiastiques , sur les successions et conventions , droits de trois ou quatre deniers pour livre sur les ventes mobilières, seront supprimés le plus tôt possible.

« Les abus, exactions et vieilles recherches qui en résultent, seront réprimés dès à présent (4).

(») Tiers. Paris.

(») Noblesse. Périgord.

(3) Tiers. Nîvernois.

(4) Tiers. Paris.

CAH FRANCE. CAU 549

« Qu'on remplace les anciens droits et répartis, dans tout le royaume, par par un nouvel impôt qui soit assis l'autorité, des états provinciaux , des d'une manière conforme sur tout le assemblées de district et des assemsol , sans exception de biens nobles , blées de paroisse ou de succursale , ecclésiastiques ou autres (*). et par les soins de leurs commis- « La nation seule a le droit de s'im- saires intermédiaires qui seront en acposer (»)• tivité. Les deniers seront versés de la « Qu'il soit porté une loi qui inflige caisse de succursale dans celle des rela peine de haute trahison contre qui- ceveurs établis dans les -districts qui conque oserait faire ou proposer un seront ûxés , et ces receveurs compteemprunt, dans quelque forme ou dans ront au trésorier de la province , qui quelque circonstance que ce soit ; et fera le versement au trésor public du qui déclare ledit emprunt nul, à moins royaume, et sera responsable des rccequ'il n'ait été consenti et déterminé veurs généraux, parce qu'ils seront, préalablement par les états généraux, sujets a sa domination. Tous les rôles et qu'il n'ait été pris des mesures cer- d'impositions seront imprimés, et en tainespour son remboursement (3). téte de chaque rôle se trouvera le tait Les députés demanderont que l'é- bleau de la répartition sur les districts tat des pensions et traitements soit re- et paroisses ou succursales (')• présenté aux états généraux , qui sup- « Les lois fiscales devront être si

f)lieront Sa Majesté de considérer que claires et si précises que chaque citoyen

'état actuel du royaume ne lui per- puisse connaître le taux véritable de

met pas de suivre sans ménagement l'impôt , les cas de contravention et les

la bonté de son cœur pour l'avenir, punitions y attachées (»).

et que ses fidèles sujets espèrent que , « La répartition des impôts entre les

sur l'examen qu'elle voudra bien taire généralités sera réglée par les états

des pensions et traitements ci-devant généraux ; celle entre les paroisses, par

accordés, elle se décidera dans sa jus- Tes états provinciaux; ld répartition

tice à supprimer ceux qui auraient été entre les individus, par les municipa-

surpris à sa religion , restreindre ceux lités (3).

âui seraient trop considérables, et con- « Il ne sera fait par l'administrateur rmer ceux accordés au mérite et à la des finances aucune anticipation ni asvaleur (4). signation , sans encourir le crime de « Les domaines du roi seront aliénés lèse-patrie, et les prêteurs déchus de pour rembourser les dettes les plus toute réclamation (4). onéreuses de l'État (5). « Les états généraux s'occuperont r « Le titre et la valeur numéraire des d'accélérer la comptabilité et d'en asmonnaies ne peuvent être changés que surer et simplifier les règles; que les du consentement de la nation (<>). états et les comptes des différents dé- « On publiera chaque année les partements, ainsi que ceux de la caisse comptes de chaque département, ainsi ou des caisses nationales, soient renque celui des finances, afin que le ju- dus publics par la voie de l'impression; gement et la censure de l'opinion pu- que tout ordonnateur soit comptable blique puissent en précéder et en éclair- aux états généraux, et qu'aucun accir l'examen (7). » quit ne soit admis dans les comptes (5). Impôts.— «Les impôts seront levés «II faut examiner si, sans réduire

brusquement les impôts, ce qui serait

(0 Unanimité dans le tiers. impraticable, on peut simplifier la re-

(a) Tiers. Saumur.

(3) Tiers. Château-Thierry. (') Tiers. Rennes.

(4) Noblesse. Haut Vivarais. (*) Noblesse. Touraine.

(5) Tiers. Marsan. (3) Tiers. Lyon.

C6) Tiers. Vicomté de Paris. (4) Noblesse. Dourdan.

(7) Tiers. Paris. (5) Noblesse. Paris.

CAH

L'UNIVERS

CAH

cette , et par là , la rendre plus productive de toute l'économie des frais ; et, en second lieu , jusqu'à quel point on peut, c'est-à-dire, on doit réduire les dépenses ; car le déficit ne peut être que dans la différence rigoureusement calculée entre la recette la plus économique et la dépense la plus indispensable (').

« Sa Majesté voudra bien faire connaîtra aux états la vraie situation des finances de la dette publique et du déficit , pour que l'on puisse concerter les plans d'administration capables de libérer la nation et de prévenir les abus (>).

« Les états généraux publieront un compte exact et détaillé des dettes dont la nation va se charger ; ils détermineront la quotité de l'impôt qui sera affecté à la liquidation , et fixeront l'époque consolante où la nation , enfin libérée, verra diminuer les contribua tions (3). »

Législation et justice. *— « L'objet des lois est d'assurer la liberté et la

Propriété. Leur perfection est d'être umaines et justes , claires et générales ; d'être assorties aux mœurs et au caractère national ; de protéger égale* ment les citoyens de toutes les classes et de tous les ordres , et de frapper sans distinction de personne , sur quiconque viole l'ordre public ou les droits des individus (4).

« Il sera fait une révision exacte de toutes les lois et ordonnances rendues sur quelque matière que ce soit, depuis le temps des états de 1614, pour, les unes, être consenties ou modifiées, et les autres abrogées , attendu que les simples enregistrements des cours souveraines n'ont pu suppléer au consentement de la nation comme elles osaient le prétendre, et par conséquent leur imposer le caractère sacré de la loi (5).

« Les états généraux demanderont

[*) Tiers.

r*) Tiers.

A ut un .

Auxerre.

p) Tiers. Dourdan.

(4) Tiers. Paris.

(5) Ne

que le jugement par jurés soit institué («).

« L'inamovibilité des juges sera confirmée par une loi constitutionnelle , et il sera établi , par la même loi, que le cours de la justice pe pourra être suspendu en aucun cas , par l'autorité du gouvernement , à peine de responsabilité , ni par la délibération des tribunaux, à peine, tic forfai, ture(a).

« Que nul ne puisse rendre la justice avant vin^t-cinq ans accomplis, et que chacun puisse être admis dans la magistrature avec son mérite (3).

« Les causes plaidées publiquement et les jugements motivés, les juges serontobligés d'opiner à haute et intelligible voix en matière civile, les portes ouvertes , en présence du peu-»

pie et des parties (4).

« Les juges supérieurs ne pourront ni modifier ni interpréter la loi. Ils seront responsables a la nation de l'exercice de leurs fonctions (*).

« La proscription absolue des commissions en matière criminelle (<»),

« La législation, en établissant des peines contre le coupable qui aura violé la loi , doit aussi établir une re% paration pour l'innocence injustement accusée. Ainsi , tout accusé déchargé des accusations intentées contre lui ,

Sourra réclamer la publication et l'affilié du jugement , et des indemnités proportionnées au dommage qu'il aura souffert dans son honneur , sa santé, et sa fortune. Cette indemnité sera prise sur les biens des dénonciateurs ou accusateurs, et subsidiairement sur les fonds publics assignés pour cet obr jet (7).

« Il sera fait une loi pour supprimer toute torture préalable à l'exécution , et tout supplice qui ajoute à la

(') Noblesse. Ponthîeu. Tiers. Paris.

(*) Noblesse. Vieomté de Paris.

(3) Tiers. Marsan.

(4) Noblesse. Bas Vivarais.

(5) Clergé. Ponthieu.

(6) Noblesse. Vieomté de Paris.

(7) Tiers. Paris.

cau FRj

perte de la vie des souffrances cruelles ou prolongées (").

« Un condamné ne pourra être exécuté qu'après que l'arrêt aura été signé par le roi (')•

« La sellette, la question préalable, et le bannissement sont supprimés (3).

« Seront abolis les tribunaux d'exception , tels que capitaineries, maîtrises des eaux et forets, etc. ; d'attribution, tels gue conseils, requêtes de l'hôtel , prévotés , etc. , parce que ces tribunaux ruinent les citoyens, entraînent presque toujours l'oppression du faible, et ne servent que l'injustice. »

Commerce et agriculture. — « La liberté étant l'âme du commerce , on doit d'autant plus s'occuper de la lui procurer , que c'est à lui que nous devons nos jouissances et les richesses qui donnent à un État la supériorité sur un autre (4).

« Il y aura un code pour le commerce, simple, noble, protecteur de la bonne foi, et digne de la loyauté des négociants français

a Tout citoyen, de quelque ordre et de quelque classe qu'il soit, peut exercer librement telle professiou, art, métier et commerce qu'il jugera à propos (6).

« Les maîtrises et jurandes , oui étouffent l'émulation et enchaînent les talents, seront supprimées (7).

« Il sera avisé aux moyens les plus sûrs de faire que les gens appelés agioteurs et négociateurs de papiers publics soient obligés d'ouvrir leur portefeuille, devenu un fléau du commerce et un répertoire de pièges tendus aux pères de famille (8).

« Qu'il n'y ait qu'un poids , qu'une mesure et qu'un aunage (9).

(«) Tiers. Pari».

(») Tiers. Élampes.

(*) Noblesse. Montargis.

(4) Noblesse. Angoumois.

(4) Tiers. Lyon.

(6) Tiers. Paris, extra muros.

(7) Tiers. Vaunes. Rouen. Aix.

(8) Mantes et Meulan.

(9) Vicomté de Paris. Tiers. Troyes.

BaïUeuL

MCE. CAH 551

« Les commerçants et manufacturiers ne dérogeront point à la noblesse: on distinguera , dans la distribution des grades et des honneurs , ceux qui auront suivi le commerce de leurs pères, et les états généraux seront invités à déclarer ennemis de la nation, et indignes du nom de négociants , les hommes assez vils pour le prostituer au jeu de l'agiotage (*).

« La marine marchande sera honorée et procurera l'entrée de la marine royale (a).

« L'agriculture est le premier des arts et le principe de toutes les richesses (3).

« On demande la suppression complète des dîmes, et leur conversion en prestations pécuniaires (4).

« Qu'aucun bail à ferme ne puisse être résilié par les nouveaux acquéreurs (5).

« La suppression des haras royaux et l'établissement, dans chaque arrondissement, d'un ou plusieurs étalons chez les laboureurs choisis par les assemblées provinciales (6).

« Que les colombiers soient fermés un mois avant les récoltes et un mois après les semences (7).

« Que chacun puisse détruire les animaux qui ravagent ses propriétés (*).

« Il y aura exemption de tous droits et contributions pour les marais desséchés et pour les bois nouvellement plantés , pendant vingt ans , et pour les terres défrichées pendant quinze ans (9).

a Qu'on réforme les abus des gardes-chasse et des gardes-bois, auxquels on ne devrait pas permettre de porter des armes à feu , et de faire condam-

(*) Tiers. Lyon, (*) Tiers. Lyon, p) Tiers. Paris.

(') Unanimité.

(s) Tiers. Paris.

(«) Tiers. Paris.

(7) Unanimité des tien

(8) Idem. Idem.

(9) Tiers. Paris.

552 CAH L'Ufl

ner les délinquants sur leur seul témoignage (•).

« Il faut solliciter une loi qui assure aux cultivateurs le fruit de la terre, en faisant détruire la trop grande quantité de gibier mie les seigneurs se plaisent à multiplier sur leurs terres (a).

« L'exportation des grains ne sera permise que sur l'avis des états provinciaux. Dans les temps de disette, les grains ne seront vendus que dans les marchés. Il sera fait, dans les villes, des greniers d'approvisionnement, dorft les grains seront renouvelés au moins tous les deux ans (3). »

Armées.—* Le tirage au sort des soldats provinciaux , connus ci-devant sous le nom de milice, est un impôt cruel. Pour un objet auquel tout le monde a un égal intérêt, tout le monde doit concourir ; car, nulle classe de citovens ne doit être défendue et protégée aux dépens d'une seule classe.

« Quand le service militaire sera bien constitué; que la pave du soldat ne sera point absorbée par le luxe des grades supérieurs, qui est tel que la dépense des soldats de l'armée du roi n'est que de quarante-quatre millions et celle des officiers de qUarante-six; quand cette disproportion aura cesse, on aura des volontaires (4).

« Que les enrôlements forcés soient supprimés; que l'ordonnance militaire gui exige des preuves de noblesse pour être officier soit supprimée (5).

« Les ordres continueront d'être adressés et parviendront aux troupes par le ministre de la guerre ; mais , dans aucun cas, elles ne pourront être employées contre les citovens que sur la réquisition des états généraux , des états provinciaux ou des tribunaux (6).

« Le serment de l'armée sera fait à la nation et au roi (7).

« Aucun officier de terre et de mer

(•) Tiers. Dourdan.

(*) Tiers. Douai.

(3) Tiers. Troyes.

(4) Tiers. Toul.

(5) Tiers. Charonne.

(6) Noblesse. Pouthieu.

(7) Noblesse. Aval en Franche Comté.

VERS. CAH

ne pourra être destitué sans un jugement légal ('). »

Religion , mœurs et éducation publique.—* La religion catholique est la religion dominante en France; elle n'y a été reçue que suivant la pureté de ses maximes primitives; cest le fondement des libertés de l'Église gallicane (»)•

* L'éducation publique sera réformée , ou plutôt , établie de manière à former des citoyens utiles de toutes les professions; on rédigera et on mettra au nombre des livres classiques ceux qui contiendront les principes élémentaires de la morale et de la constitution fondamentale du royaume; ils seront lus dans toutes les écoles et paroisses des campagnes ; il sera établi dans les villes des maîtres de dessin, de géométrie pratique et de matbéma- • tiques pour les enfants du peuple. Les laboureurs, artistes et artisans qui excelleront dans leur art , qui perfectionneront les machines et ustensiles de l'agriculture et du commerce, recevront des distinctions et des récompenses publiques (3).

« Les loteries et jeux de hasard seront abolis (4).

« Le haut clergé sera tenu à la résidence, et le sort des curés et vicaires amélioré (5).

« Que les fêtes soient réduites ou remises au dimanche; que, conformément aux règlements, il soit sévèrement défendu de travailler publiquement et extérieurement le dimanche, si ce n'est dans le temps des récoltes et dans les nécessités publiques (6). »

Dans l'ensemble de ces demandes, ajoute M. Tissot, nous avons eu soinde placer celles de la noblesse et du clergé. Lorsque leurs vœux étaient raisonnables et justes , nous les avons même cités de préférence à ceux du tiers état. Mais il nous reste à faire voir

(') Noblesse. Orléans.

(>) Tiers. Paris.

(3) Riom en Auvergne,

(4) Tiers. Marsan.

(5) Unanimité.

(«) Tiers. Paris.

CAH FRANCE. CAH 553

combien ces deux ordres étaient loin de se trouver en harmonie complète avec les lumières, les besoins, les volontés de la nation. Ils voyaient avec peine* disparaître un régime où , pour obtenir soit une place , soit une abbaye, des preuves de noblesse valaient mieux que des preuves de capacité. Leur orgueil se révoltait contre tout ce gui pouvait tendre à détruire des privilèges honorifiques si insultants pour le peuple, et protestait d'avance contre des réformes attendues par toute la France. Le clergé, encore plus exigeant et plus hardi, voulait conserver, accroître même son influence dans l'Etat, et mettre son veto sur la liberté de la presse. Enfin, les cahiers rédigés par les nobles et les

fnrétres prouvent que, dès l'origine de a révolution , ils conçurent des espérances et formèrent des projets contraires à la révolution. Du reste, une partie des concessions, selon eux, n'étaient que temporaires, et devaient cesser dès que l'État ne serait plus dans la position critique où de folles dépenses l'avaient réduit.

Prétentions de la noblesse. — « Le droit de posséder des fiefs étant essentiellement réservé à la noblesse, la taxe de franc-fief, à laquelle est assujetti le non noble qui en possède, sera conservée, pour marquer la différence des deux ordres (•)•

« Le maintien de la propriété étant l'objet direct de tous les gouvernements , et étant , en particulier, celui des lois fondamentales de la monarchie, on conservera aux seigneurs la propriété des justices inhérentes à la glèbe de leurs fiefs (et patrimoniales comme eux), ainsi que le droit de commettre des officiers pour les desservir en leur nom, et celui d'en recueillir les profits; on les maintiendra encore dans la jouissance pleine et entière de toutes les perceptions et droits utiles , fixes ou casueis, autorisés soit par les coutumes, soit par des titres authentiques, soit .par une possession légale ; en conséquence , on proscrira

(") Évreux , page 3a.

toute demande tendante à les dépouiller d'aucun desdits droits, même à en faire le rachat sans leur consentement; ce qui est d'autant plus nécessaire, que ces droits sont le prix de Pinféodation ou de l'encensement des fonds qui y sont soumis, et qu'ils dérivent d'un contrat synallagmatique (').

« L'imposition que devront paver les nobles sera portée sur les rôles sous le nom de taille noble , afin de distinguer et conserver la ligne de démarcation si nécessaire dans une monarchie (»).

« La noblesse, considérant que toute propriété est inviolable, déclare ne jamais consentir à l'extinction des droits qui jusqu'ici ont caractérisé l'ordre noble , et qu'elle tient de ses ancêtres; croyant avoir satisfait au vœu de la noblesse du royaume de contribuer à supporter avec égalité le fardeau des charges publiques, à l'exception seulement de la milice et du logement des gens de guerre, elle prescrit formellement à ses députés de s'opposer à tout ce qui pourrait porter atteinte aux propriétés utiles et honorifiques de ses terres, et entend qu'ils ne puissent se prêter à aucune modification ou remboursement, de quelque nature que ce puisse être , lesquels ne pourront jamais s'effectuer que de son aveu et de son consentement libre et individuel (3).

<• Que le roi soit supplié de vouloir bien maintenir la noblesse dans le droit exclusif de porter l'épée comme la marque distinctive qui lui appartient; l'épée étant l'emblème du courage et des vertus, un gentilhomme ne peut manquer ni à l'un ni à l'autre , sans se rendre indigne de l'être (4).

« Toutes les places de sous-lieutenant seront nommées par le roi sur la présentation des états provinciaux.

Elles demeureront réservées aux nobles, aux anoblis , aux enfants des chevaliers de Saint-Louis et des officiers

M Lille, page ai. , (a) Limoges, fol. 33.

(3) Montargis , page 7.

(4) Bas-sur-Seioe , page 6.

CAH L'UNIVERS. CAS

# morts au service ; cette réserve est nécessaire , parce que , d'après l'esprit national , la profession des armes est essentiellement l'apanage de la noblesse («)•

« La noblesse, déterminée, par les malheurs du temps, au sacrifice qu'elle fait de ses droits, se réserve d'y rentrer quand l'administration sage et économique que les états généraux peuvent établir, aura guéri les plaies de l'État (»).

« Que Sa Majesté daigne accorder à la noblesse une distinction exclusive et honorifique , comme croix , cordon ou écharpe; que cette distinction soit portée également par les femmes et par les filles nobles , quels que soient leur père et leur époux, distinguant pourtant les uns des autres ; que les femmes portent également les marques des grades militaires de leurs époux, ainsi que tous les ordres dont ils sont décorés (3).»

Prétentions du clergé.—* Le clergé regarde comme une loi fondamentale du royaume, que la religion apostolique et romaine, la seule véritable , soit la seule reçue en France (4).

« La licence de la presse sera réprimée ; en conséquence , conformément aux ordonnances concernant la librairie, aucun ouvrage ne pourra être débité ou imprimé dans le royaume , à moins que, au préalable, il n'ait été examiné, et que l'impression ou la distribution n'en ait été permise (5).

« Il -sera établi , surtout dans la capitale , un comité ecclésiastique chargé de veiller à l'exécution de ces lois , et autorisé à dénoncer légalement ces sortes d'ouvrages. Sur cette dénonciation, le ministère public sera tenu d'en faire son rapport au tribunal qui doit en connaître

« C'était une loi toujours observée dans le royaume, que les protestants

(■) Ponthieu, page 27.

h) Gicn , page 1a.

(3) Alençon, art. i3,

(4) Évreux, fol. 4.

(5) Vicomté de Paris, page 99.

(6) Mantes et Meulan.

fissent baptiser leurs enfants dans les églises paroissiales; les députés insisteront sur le rétablissement de cette loi (•).

■ La chambre du clergé "ne s'élève pas contre l'état légal et civil accordé aux non catholiques par le dernier édit ; mais ses députés insisteront avec force sur la prohibition des mariages mixtes, dont ils ont exposé les abus de la manière la plus lumineuse (')•

« Aucune personne ne sera admise à enseigner les premiers éléments, sans faire profession de la religion catholique; l'enseignement général des diocèses sera soumis à l'autorisation des évéques , et l'enseignement de chaque canton, à l'inspection des curés, de peur que, dans le mélanee que va introduire la concession de l'état civil donné aux protestants, il se glisse des instituteurs non catholiques (3).

Les collèges d'exercices publics et gratuits, comme aussi les établissements d'éduc3tion que formeront les particuliers, seront soumis à l'autorité ecclésiastique (4).

« Les députés demanderont qu'il plaise au roi de multiplier les évéchés dans le royaume, et notamment d'en établir un dans la ville de Provins

« Parmi les propriétés qui forment le patrimoine des églises de France , la dîme est celle que le souverain et la nation ont le plus solennellement assurée. L'établissement de ce droit remonte aux capitulaires de nos rois, qui ont affecté à la dlme tous les fruits de la terre et imposé aux cultivateurs l'obligation civile de la payer; ces lois, qui portent la double sanction du souverain et de la nation, au milieu de laquelle elles ont été proclamées, auraient dû préserver de toute entreprise une propriété aussi ancienne et appuyée sur une possession aussi recommandable

(*) Rouen, art. 3.

(A Rouen , art. a.

?3) Montargis , page 8.

(4) Lyon , page a5.

(5) Provins el Montereau , page 37.

(6) Meaux, page a5.

GAH

« Le clergé entend conserver, comme un précieux dépôt qui lui a été transmis par quatorze siècles de possession non interrompue, les immunités, rangs, séance, ordre et prééminence, qui n'ont jamais reçu la moindre altération , et qui ont été formellement reconnus par une déclaration de Henri III de 1580 : laisser entamer ces droits constitutionnels , ce serait se rendre coupable aux yeux de la religion et de la postérité («).

« Le clergé regarde comme une des

8 lus importantes lois fondamentales e la monarchie la distinction et l'indépendance respective des trois ordres , du clergé, de la noblesse, du tiers état, dont aucun ne peut être lié par les délibérations des deux autres, le consentement des trois ordres étant essentiellement requis pour donner à un acte le caractère national. Il défend expressément à ses députés de consentir qu'il soit porté aucune atteinte à l'antique constitution qui est de délibérer par ordre; il leur défend aussi qu'on introduise le mode d'opiner par téte, qui insensiblement produirait la confusion des rangs et des conditions , et qui ferait dépendre la durée des lois les plus essentielles de la mobilité des opinions de la multitude (a). Les dîmes seront regardées comme de droit inviolable et de fondation nationale : de sages lois préviendront tous débats sur le mode de perception (3). Tous privilèges ou exemptions relativement aux dîmes seront supprimés (4). »

Le lecteur a pu voir, par ce qui précède, que la réforme, une réforme radicale , atteignant non-seulement le

gouvernement, mais même les bases e l'état social au milieu duquel on vivait, était alors réclamée par les vœux unanimes de la nation. Le clergé, la noblesse elle-même, étaient d'accord avec le tiers état pour demander l'abolition des privilèges. Si quelques exceptions se font remarquer dans les vœux

(*) Provins et Montereau, page 3a.

ia) "Vicomte de Paris, page a.

f3) Tulle , page ^.

(4) Troyea, page 17.

exprimés par ces deux derniers ordres dans quelques bailliages , les prétentions des dissidents étaient tellement ridicules qu'elles sont une preuve de plus de l'impossibilité où tout le monde se trouvait arrivé, de soutenir un ordre de choses qui s'écroulait de lui-même.

D'une autre part, si l'on parcourt l'histoire de nos assemblées législatives depuis cette époque jusqu'en 1804, on verra qu'il n'est aucune mesure libérale, adoptée pendant cette période, qui n'ait été appelée, avant l'ouverture des états généraux, par les vœux des électeurs, c'est-à-dire, par ceux de l'universalité de la nation, car on lit alors une application du système du suffrage universel. Enfin, si l'on compare le résumé de ces vœux avec la législation qui nous régit aujourd'hui , on verra combien ont été grands les pas que nous avons faits en arrière, et à quelle distance nous sommes encore de ce qui fut notre point de départ en 1789.

Cahors, Divona, Cadurcl, Cadurcum, ancienne capitale du Quercy, est aujourd'hui le chef-lieu du département du Lot , et le siège d'un évéché , d'une académie universitaire , et de tribunaux de première instance et de commerce.

L'origine de Cahors est très-ancienne. Il est à peu près démontré qu'elle était, avant la conquête romaine, la capitale des Cadurci. Quelques auteurs ont même cru y reconnaître la ville qui , sous le nom u'Uxellodunum, eut à soutenir Un long siège contre César ; mais M. Champollion aîné a facilement démontré que ce n'est point là qu'on peut trouver la ville qui, d'après les Commentaires, fut le dernier boulevard de la liberté des Gaules. Dans la description faite sous Théodose et sous Honorius , elle est désignée sous le nom de Civitas cudurcorum, et l'on doit admettre avec Scaliger et Vinet, contre l'opinion de Juste Lipse , qu'elle est la ville que Ptolémée appelle Divona. Les Romains l'ornèrent d'un théâtre , de temples et d'un forum. On attribue à Agrippa la construction des belles

CAH

L'UNIVERS

CAH

routes dont on voit encore de nombreux vestiges dans le Quercy, et qui semblent se diriger de Cahors vers le Limousin, le Rouergue et le bas Languedoc. Cahors dut beaucoup souffrir des invasions nombreuses des barbares qui eurent lieu dans le cinquième siècle. Les Goths s'y établirent , et y firent frapper monnaie , amsi que l'attestent des médailles d'or où l'on voit une téte gothique , avec la légende : Cadurca. Théodebert, fils de Chilpéric, la saccagea, fit piller ses édifices sacrés , et détruisit ses remparts , que l'évêque saint Géry fit reconstruire en 675. Pépin la prit et la dévasta , en 763. Les Normands la ravagèrent en 824 , et pillèrent les monastères des environs. Henri II , roi d'Angleterre, s'en empara peu après son mariage avec Éléonore d'Aquitaine. Le honteux traité de Brétigny la livra aux Anglais , ainsi que tout le Quercy. Mais bientôt les habitants de Cahors, de Figeac, de Capdenac, et de soixante-dix autres villes ou châteaux forts, s'armèrent presque au même instant , et firent prisonnières leurs garnisons. Les Anglais rassemblèrent aussitôtdes forces considérables, et vinrent, à la téte de trois mille hommes, assiéger Cahors; mais ils rencontrèrent une si vigoureuse résistance, qu'ils furent obligés de se retirer après avoir éprouvé des pertes considérables. Le massacre de la Saint- Barthélémy ne s'étendit pas sur cette ville, les religionnaires s'y trouvant assez forts pour empêcher l'exécution des ordres envoyés par Catherine de Médicis. Toutefois, Cahors refusa de reconnaître Henri IV, alors roi de Navarre, qui fut obligé d'en faire le siège , et ne put s'en rendre maître, en 1680, qu'après plusieurs jours de combats meurtriers.

Avant la révolution, cette ville était le chef-lieu d'une élection et d'un présidial ; elle possédait en outre une juridiction déjuges consuls.

Le pape Jean XXII y avait établi , en 1332, une université composée de quatre facultés. Celle de droit fut illustrée par le mérite de ses professeurs , parmi lesquels on peut citer

Cujas , qui y enseigna peu de temps , et alla ensuite à Bourges; François Roaldez, Dartis, .Mer i Ile, et Jean de la Coste , en latin , Janus ou Joannes a Costa. Cette université, en 1751, fut réunie à celle de Toulouse.

L'évêque prenait le titre de comte de Cahors , et faisait placer à côté de l'autel , quand il officiait , une épée et des gantelets. Il recevait de l'un de ses vassaux , le vicomte de Cessac, le jour où il prenait possession de son évéché, un singulier hommage : ce vicomte était obligé d'aller l'attendre à la porte de la ville , téte nue , sans manteau , la jambe droite nue , et le pied droit chaussé d'une pantoufle seulement. Ainsi vêtu, il devait prendre et conduire par la bride, jusqu'au palais épiscopal , la mule sur laquelle était monté le prélat , qu'il était ensuite obligé de servir pendant tout le repas. Il recevait pour salaire la mule et le buffet de l'évêque, ou une somme de trois mille livres.

Parmi les monuments de Cahors, on ne peut guère citer que la cathédrale , dont quelques parties remontent, dit-on, au septième siècle. Mais cette ville possède des ruines romaines assez intéressantes, entre autres, un portique que l'on croit avoir fait partie d'un édifice consacré à des bains publics ; un théâtre de grande dimension , et un aqueduc qui allait chercher l'eau à plus de 24 kilom. La bibliothèque de Cahors contient douze mille volumes. Cette ville est la patrie de Jacques d'Ossat, depuis pape, sous le nom de Clément XXII , de Clément Marot, de la Calprenède, etc.

Sa population est aujurd'hui de 12,050 habitants.

Cahobs (prise de). — Henri IV, encore roi de Navarre , résolut , en 1680, de s'emparer de la ville de Cahors, défendue par trois mille arquebusiers et par son gouverneur Vézins. Le 5 mai , à minuit , par un orage furieux , il envoie des artificiers attacher des pétards à la première porte. II en fallait ainsi forcer trois. Elles sont successivement brisées et occupées. Enfin les habitants et les

FRANCE {XIVe S )

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soldats s'éveillent et courent aux armes , et pendant cinq jours , Vézins force le roi de Navarre à faire le siège de chaque maison, de chaque rue. On reçoit des renforts de part et d'autre. Enfin les défenseurs vaincus s'échappent de la ville par-dessus les murs , tandis que les assaillants épuisés restent dans la ville pour piller , briller et massacrer. Le brave Vézins avait péri dès le commencement de l'attaque.

Cahobs (monnaies de). — Dès l'époque mérovingienne , la ville de Cahors avait le droit de battre monnaie. Nous possédons un grand nombre de tiers de sou d'or , et quelques deniers d'argent sortis des ateliers de cette ville. Ces monnaies sont fort remarquables sous le rapport du type. Elles présentent le plus souvent , au revers , deux oiseaux buvant dans une coupe, ou bien un oiseau perché sur une branche, et becquetant une grappe de raisin. Cette empreinte, qu'on ne retrouve nulle part dans la numismatique mérovingienne, a ses analogues dans les sujets antiques . Estce une simple réminiscence, ou cette empreinte avait-elle une signification particulière? C'est une question que nous ne pouvons résoudre. Mais, quoi qu'il en soit, les triens, ainsi marqués, sont dus aux monétaires Chagnus et Le... \ et, d'après la beauté relative du travail, on serait tenté de les rapporter, ainsi qu'un autre triens de Corbolenus . à l'époque la plus florissante de l'art mérovingien, c'est-àdire au règne de Dagobert. Il n'en est pas de même d'un denier à la double léçepde catyrcafit, qui doit être rejeté à l'époque des rois fainéants.

Nous en dirons autant du denier qui est dû au monétaire Francoulf, Fbancvlfvs. Parunebizarreriequ'on a souvent lieu de remarquer dans l'histoire de notre numismatique, on ne trouve aucun denier fabriqué à Cahors sous la seconde race. Suivant dom Vaissette, le droit de battre monnaie à Cahors aurait appartenu , dans l'origine, aux comtes de Toulouse, qui le cédèrent, en 1090, à l'évéque, le

quel, depuis lors, en conserva la possession. Cette propriété fut cependant l'occasion de sérieux démêlés entre ce prélat et les bourgeois , auxquels le droit de battre monnaie fut mêmequelquefois cédé, notamment en 1212 et en 1224. Les principaux griefs des bourgeois contre leur évéque étaient que celui-ci altérait de temps en temps la monnaie. Les chartes nous font connaître pour certaines époques la valeur de la monnaie de Cahors. Ainsi, elle avait été affaiblie par Géraud de Barase , dans le courant du treizième siècle ; l'évéque Barthélémy, son successeur, la porta au taux de trois deniers de fin , et à la taille de vingt et un sous quatre deniers par marc ; puis, cédant aux remontrances des bourgeois , il la remit à la loi de deux deniers une obole et un grain , argent de Montpellier, et à la taille de vingttrois sous moins deux deniers par marc. Dans l'ordonnance royale rendue à Laçny en 1315, pour apprécier la monnaie des prélats et barons et en régler le cours, les deniers de Cahors sont évalués au titre de trois deniers seize grains, argent le roi, et à la taille de vingt et un sous dix deniers au marc de Paris. Il fallait alors vingt deniers de Cahors pour faire un sou tournois.

Ces monnaies étaient d'ailleurs anonymes. Leur type fut d'abord , d'un côté , trois croisettes et un A , avec la légende civitas, et de l'autre, le nom catvbcis autour d'une croix grecque. La lettre A fut ensuite remplacée par une quatrième croisette; puis, l'une de ces croisettes se couronna d'une crosse, et le mot civitas fut remplacé par episcopvs.

La monnaie de Cahors disparaît après Tannée 1315 ; nous ignorons à quelle époque elle cessa tout à fait d'avoir cours.

Cahusac (Louis de), écuyer et secrétaire des commandements du comte de Clermont, fut tout juste assez bon versificateur pour composer d'agréables Ubretti dont Rameau lit la musique, sans compter quelques tragédies et quelques comédies médiocres, telles que le Comte de ff 'arwkk, Zé-

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neide, t Algérien, Pkaramond, et nége,où il défendit les anarchistes

une Histoire de la danse ancienne et poursuivis par le Directoire , et pro-

modeme. Parmi ses opéras on cite posa de substituer au serment de:

surtout : les Fêtes de t Hymen et de Haine à la royauté et à l'anarchie ,

V Amour , 1747 ; Zoroastre , 1749 ; celui de : Haine à la royauté , et at-

Anacréon , 1754, etc. Cahusac est lâchement inviolable à ta république

mort en 1759. * une, indivisible et démocratique ;

Càïc et CaÏque. — Ces deux mots, cette motion fut ensuite décrétée par

dont l'un dérive probablement de Pau- le Corps législatif. Après le 18 bru-

tre, désignent chacun une espèce de maire, Caignart perdit son emploi, et

petit bâtiment. A l'époque où il exis- suivit la carrière des tribunaux comme

tait encore des galères dans la marine avocat. Il mourut à Paris en 1823.

française , on appelait caic l'esquif M. Barbier {Dictionnaire des anony-

d'une galère. C'était une embarcation mes) lui attribue les tomes 16' et 17f

de vingt-cinq pieds de long , six de (édition in-8°) de VHistoire de la Ré-

large, et deux pieds et demi de creux, volution, par deux amis de la H-

Nous avons probablement tiré ce mot berté.

de l'italien caicco , qui signifie une Cailhava (Jean- François), auteur

barque à douze rames. Dans la flottille dramatique, naquit, le 11 avril 1731,

de Boulogne , en 1805 , on vit figurer à l'Estendoux , près de Toulouse. Son

des calques , ou chaloupes à l'espa- penchant pour le théâtre se manifesta

gnole. Ces bateaux avaient les dimen- île bonne neure par des essais que sa

sions des chaloupes des vaisseaux de province applauuit. Il débuta par IV/-

Sremier rang , et portaient un canon tégresse champêtre , pièce mêlée de e 24 sur l'avant. chants et de danses, qui avait pour Caîffa (prise de). — L'armée d'O- objet de célébrer la convalescence de rient se présenta, le 17 mars 1798, Louis XV, échappé au fer de Damiens. devant le bourg fortifié de Caîffa. Ce II se produisit ensuite à Paris , et fut bourg, situé au pied du mont Carmel, assez bien accueilli du public; mais, à cinq lieues d'Acre, ouvrit ses portes, s'annonçant comme le restaurateur de quoiqu'une escadre anglaise fût mouil- la scène antique, comme un admirateur lée dans sa rade. passionné de Molière, il dut s'attendre — Cinq jours après , les Anglais vin- a tout le mauvais vouloir de l'école qui rent attaquer Caîffa , que défendait le répudiait les traditions du grand art, et chef d'escadron Lambert. Ce brave of* mettait au-dessus de tout le papillolicier alla se mettre en embuscade au tage sentimental de Marivaux. En eflieu où le débarquement devait avoir fet, si Préville, ce grand comédien, lieu. Au moment où les ennemis tou- lui fit remporter les succès les plus chent la terr», il se jette sur eux à la brillants; d'un autre côté, il n'y eut téte de ses braves, leur prend une cha- pas d'entraves que Molé ne lui susciloupe et une pièce de 32, leur fait dix- tât. Celui-ci, après, avoir retardé la sept prisonniers, et force les autres à représentation de VÊgoîsme, pièce en fuir précipitamment, après avoir eu cinq actes et en vers, contribua, ditcent nommes tués ou blessés. on , à la faire tomber par la négligence Caignaht de Mailly, avocat, l'un avec laquelle il s'acquitta du rôle qu'il des administrateurs du département y remplissait. En guerre avec certains de l'Aisne au commencement de la auteurs , Cailhava eut à lutter contre révolution , fut poursuivi après le 9 les critiques , surtout contre la Harpe thermidor , et se réfugia à Paris , où qui le maltraitait fort dans le Mercure il fut l'un des rédacteurs du journal de France. Pour tirer vengeance des intitulé Y Ami de la patrie. Il devint articles oui le déchiraient, Cailhara ensuite chef du bureau des émigrés, composa les Journalistes anglais, coati ministère de la police. En thermi- médie représentée en 1782 et applaudor an vu, il parut au club du Ma- die par le public. La Harpe ne la lui

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paraonna jamais. En 1772, Cailhava avait déjà Fait paraître un ouvrage en quatre volumes sous ce titre : V Art de la comédie , ou Détail raisonné des diverses parties de ta comédie et de ses différents genres, suivi du Traité de limitation. Cet ouvrage, plein d'excellents principes, prouve que l'auteur . s'étaitfamiliariséaveclesbons modèles, et la lecture en est encore recommandée aujourd'hui à tous ceux qui travaillent pour le théâtre. En 1802, Cailhava publia des Études sur Molière, ou Observations sur le génie, les mœurs, les ouvrages de cet auteur, et sur la manière de jouer ses pièces. En général, dans ce livre, Molière est dignement apprécié. Cailhava mourut à Sceaux en 1813, et y fut enterré près de Florian. Il avait remplacé de Fontanes à l'Institut, en 1797. Ses prin* oipaies comédies sont, avec YÉgoïsme, Crispin gouvernante; le Tuteur dupé ; la Fille supposée , le Nouveau marié,

Caillabd (Abraham-Jacques ) . né en 1734, mort en 1776, fut l'élevé, l'ami du célèbre Pothier, et l'un des avocats les plus renommés de la fin du dix-huitième siècle. Doué d'une" mémoire prodigieuse et de tous les talents de l'orateur, ayant une connaissance approfondie des lois, il paraissait dans son cabinet, froid, taciturne, inhabile sur presque toutes les matières. Mais tout changeait dès qu'il commençait «à plaider. Personne n égalait sa vive intelïigencexles affaires, sa manière claire et nette de les présenter ; aussi l'appelait-on un moule à affaires. On prétend que, quelquefois, il lui est arrivé de dicter en même temps à trois secrétaires à la fois trois mémoires relatifs à des causes différentes. Il fut au nombre des quatre mendiants, c'est-à-dire , des quatre avocats qui , poussés dit-on, par l'intérêt, ne refusèrent pas de plaider devant le parlement Maupeou. Linguet, qui était 6on ennemi particulier, l'a plusieurs fois attaqué dans ses ouvrages.

Caillabd (Antoine-Bernard), né à Aignay en Bourgogne, en 1737, devint, en 1769, secrétaire délégation

à Parme; il passa ensuite à Cassel, et suivit M. de Verac à Copenhague, en 1774; et à Pétersbourg, en 1780. Il était, avant la révolution, chargé d'affaires de France en Hollande; il fut envoyé, en 1792, à la diète de Ratisbonne , en qualité de ministre plénipotentiaire de la république , et passa, deux ans après, à Berlin, avec le même titre. Il rentra ensuite en France pour y diriger/Jes archives des relations extérieures, négocia avec la Bavière, en 1801, et sur" la demande de M. de Talleyrand , tint le portefeuille des affaires étrangères en l'absence de ce ministre. On lui 6o'i% un Mémoire sut la révolution de Hollande, inséré dans le Tableau politique de f Europe de M. de Ségur. Il est mort le 6 mai 1807.

Caille. Voy. Lacaillb.

Cailliaud (Frédéric), savant voyageur, naquit à Nantes, en 1787. Après avoir parcouru la Hollande, l'Italie, la Sicile, une partie de la Grèce, les côtes de l'Asie Mineure et de la Turquie d'Europe, il partit de Constant!*nople en 1815, pour se rendre en Égypte, pays qu'il étudia avec un soin tout particulier. Il commença par visiter, avec M. Drovetti, toute la haute Égypte , et arriva jusqu'à la cataracte de Ouâdy-Halfah en Nubie. Il reçut ensuite de Méhémet - Ali la mission de parcourir les déserts situés à l'orient et à l'occident du fleuve, afin d'y découvrir des mines. Il partit de la hauteur d'Edfou, dans la haute Egypte, pour se rendre à la mer Rouge, et trouva , dans le désert , un petit temple égyptien , riche en peintures et en sculptures hiéroglyphiques; il découvrit aussi , à sept heures de la mer, d'immenses carrières qui avaient été anciennement exploitées pour la recherche des émeraudes , et où se trouvaient encore, dans des excavations creusées à quatre cents pieds dans la montagne, d antiques instruments d'exploitation, des lampes, des leviers, des paniers et des cordages en feuilles de palmier. Non loin de ces carrières étaient les ruines d'une petite ville , dont les temples portaient des inscriptions grecques, et que M. Cailliaud

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croit avoir été la résidence des principaux mineurs. Continuant son voyage dans les déserts, il retrouva l'ancienne route de Coptos à Bérénice pour le commerce de l'Inde. Ces succès le déterminèrent, au mois de juin 1818, malgré la rigueur de la saison, à prendre le désert à Esné pour se rendre à la grande oasis. Il v vit les restes de sept temples de style gréco-égyptien , où se trouvent des voûtes en pierre de taille, les premières que Von ait encore rencontrées en Égypte. L'un de ces temples , orné de colonnes et de sculptures peintes, est long de cent quatre-vingt-onze pieds, sans tenir compte de son triple portail. M. Cailliaud copia différentes inscriptions grecques très-curieuses , entre autres deux décrets romains relatifs à l'administration de l'Égypte. De retour en France, il publia ses découvertes, et repartit pour l'Égypte, le 7 septembre 1819. Cette fois, il s'avança dans le désert de la Libye, et parvint à l'oasis de Svouah et au temple de Jupiter Ammon, dont il détermina la latitude et dont il leva le plan. Il visita ensuite El-Ouâh; Falafré, que n'avait encore exploré aucun voyageur européen; l'oasis de Dakel ; et enlin , Khargh , chef-lieu de l'oasis de ïhèbes. En 1821 , lorsque Méhémet-Ali chargea son fils Ismaèl-Pacha du soin de soumettre les peuples les plus reculés de la Nubie , M. Cailliaud fut le seul Européen qui obtint la faveur de faire partie de l'expédition. Il dépassa de beaucoup les traces de l'ancienne civilisation , découvrit les ruines de Méroé, et pénétra jusqu'au dixième degré de latitude, où il ne trouva plus que des peuples idolâtres et féroces, dans un pays rendu inaccessible par ses hautes montagnes et par les bois dont elles sont couvertes. Toutefois, M. Caillaud put faire des observations astronomiques , noter la direction des routes, tenir compte des distances, prendre des vues, dessiner des monuments, lever des plans, copier des inscriptions; et, comme il s'était préparé par des études spéciales à ce second voyage, les résultats qu'il en a lires

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