‹ France. Dictionnaire encyclopédique (volume 5)Chapitre 27 sur 86 · CAR L'UN · texte numérisé non relu

CAR L'UN

anciens oppresseurs , et ils détruisirent les cinq hameaux habités par les Grées. C'était à la France qu*il appartenait de relever ces ruines ; en effet, M. de i>larbeuf ne fut pas plutôt gouverneur de la Corse, qu'il s'occupa de réunir les débris dispersés de la colonie maniote. Il fit construire, au milieu du territoire qu'elle avait défriché, le beau village de Carghèse , et le roi lui en donna la seigneurie , qui fut érigée en marquisat.

Carghèse possède aujourd'hui six cent quatre-vingt*dix-sept habitants, qui conservent encore la langue , les rites religieux et les principaux usages de leur première patrie.

Càbhaix, petite ville de Tancienoe Bretagne (aujourd'hui du département du Finistère), à six myriamètres de Cliâteaulin , située sur une montagne élevée et d'un accès difUcile. C'est la

Ratrie de la Tour d'Auvergne. Karaix , Kéraês ou Ker-Ahès est un des . lieux sur lesquels l'érudition bretonne s'est le plus essayée. On a prétendu que cette ville tenait son nom de la princesse Abès, fille de Gonan Mériadec, ou du roi Grallon, qui la fit bâtir et l'enrichit de deux beaux chemins, dont l'un allait & Brest et l'autre à Nantes. On en voit encore des fragments nommés , en lan;?ue du pays, hent Ahès (chemin d'Ahès). On a pris Kéraês pour le Keris des anciens , pour la ville dis; mais , suivant Corzet, il paraît qu'Aétius en est le fondateur. Albert le Grand dit qu'en 878 les Normands, joints aux Danois , ruinèrent Carhaix. En 1197, Richard II, roi d'Angleterre , fut défait par les barons de la Bretagne , près de cette ville , qui était alors une place trèsforte. En 1341, elle se rendit au comte de ^lontfort. Charles de Blois la prit en 1342, et en rétablit les fortifications. Le comte de Northampton , chef des Anglais, du parti de Montfort, s'en empara en l'an 1345. Reprise par les Français, les Anglais s'en rendirent maîtres une seconde fois après la fameuse journée de la Rocbe- P^rien, en 1347. Bertrand du Guesi^ya s'en rendit ipoitjreep ^363 , après

VERS. CAR

six semaines d'une vigoureuse résistance. Du temps de la ligue, un parti de royalistes, commandé par le capitaine Duliscoët, la surprit deux heures avant le jour, en 1590. Carhaix ne put résister, en 1592 , à la fureur de Guy de Fontenelle , aidé des troupes espagnoles , qui marchaient sous les ordresdu duc de Mercœur; Duliscoët s'en ressaisit deux ans après.

Cavibebt ou Habibest, l'afné des fils de Clotaire I", eut le royaume de Paris pour son lot dans le partage qui suivit la mort de ce prince éu 563. Caribert obtint, en outre, ua certain nombre d'autres villes , entre autres Avrauches et Marseille. Pendant son règne, qui ne dura guère plus de cinq ans , il se montra ami de la paix et de la justice. Doué d^une éloquence naturelle, il protégeait la culture des lettres, et la sagesse des instruetions . qu'il donnait a ses ambassadeurs, lui attirait le respect des autres princes. « Au lieu d'avoir l'air rude et guerrier de ses ancêtres, dit M. Augustin Thierry dans ses ilecKt mérovingiens f le roi Haribert affec* tait de prendre la contenance calme et un peu lourde des magistrats qui, dans les villes gauloises , rendaient la justice d'après les lois romaines. Il avait même la prétention d'être savant en jurisprudence , et aucun genre de flatterie ne loi était plus agréable que l'éloge de son habileté comme juge dans les causes embrouillées , et de la facilité avec laquelle, quoique Germain d'origine et de langage , il s'exprimait et discourait en latin. » Le P. Daniel fait observer « qu'un roi de ce caractère était en ce temps-là une chose plus rare qu'un roi guerrier, les vertus militaires ayant beaucoup moins d'opposition avec quelque barbarie qui restait encore dans l'esprit des Français , que toutes ces qualités et toutes ces vertus civiles et politiques. « Ce qu'il y a de srtr, c'est que des dispositions moins pacifiques auraient valu à Caribert une plus grande popularité. Sous son règne commença la puissance des maires du palais, qui devaient bientôt devenir les maîtres

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de TEtat pour avoir su d^abord devenir les chefs de l'armée.

Une autre particularitfi remarquable, c'est que Caribert est le .nremier roi de France qur ait été excommunié, non pas par le pape ( sa puissance ne s'étendait pas encore aussi loin), mais par revê(jue de l*aris. l^'incontinence du roi, incontinence d'ailleurs commune à tous les princes francs de l'époque, fut la cause de cette excomniunicalion , qui du reste n'eut pas de suites fort graves; mais laissons encore parler réiéganl narrateur des temps mcrovinîîiens.

« Le roi Ilaribert prit en même temps pour maîtresses deux sœurs d*une grande beauté, qui étaient an nombre des suivantes de sa femme Ingobergbe. L'une s'appelait iMarkow efe et portait Tbabit de religieuse , Tnutre avait nom MérofTède; elles étaient filles d'un ouvrier en laine, barbare d*origine, et iUe du domaine royal.

« Ingobergbe , jalouse de Tamonr

Î|ue son mari avait pour ces deux animes, lit tout ce qu'elle put potjr Ten détourner , et n'y réussit pas.

ITosant cependant maltraiter ses ri* vales, ni les cbasser, elle imagina une sorte de stratagème qu'elle croyait propre à dégoûter le roi d'une liaison indigne de lui. Elle fit Tenir le père des deux jeunes filles , et lui donna des laines à carder dans la rour du

J)alais. Pendant que cet bonnne était I Touvrage , travaillant de son mieux pour montrer du zèle , la reine , qui sç tenait à une fenêtre , appela son mari : « Venez, lui dit-elle, venez ici voir quelque cbose de nouveau. «Xe roi vint, regarda de tous ses yeux , et ne voyant rien qu'un cardeur de laine, il se mit en colère , trouvant la plaisanterie fort mauvaise. Ij*explicatron qui suivit entre les deux époux fut violente, et produisit un effet tout contraire à celui qu'en attendait In-

Soberghe ; ce fbt elle que le roi répuia pour épouser Méroflède.

« Bientôt, trouvant qu'une seule femme légitime ne lui suffisait pas, Haribert donna solennellement le titre

'd*épouse et de reine a une fille nommée Théodehilde , dont le père était

gardeur de troupeaux. Quelques années après , Méroflède mourut , et le roi se iiAta d'épouser sa soeur Markovèfe. Il se trouva ainsi, d'après les lois de rK::li.se , coupable d'un <louble sacriiége , comme bigame, et connue mari d'une femme qui avait reçu le voile de religieuse. Sommé de rompre son second mariage par saint (iermain, évêque de Paris, i! refusa obstinément, et fut excouununié. Mais le temps n'était pas venu où l'I^glise devait faire plier sous sa discipline l'orgueil brutal des héritiers de la conquête; Haribert ne s'émut point d'une pareille sentence, et garda près de lui ses deux femmes. »

Caribert mourut subitement peu de temps après , Tannée 567 , dans un de ses domaines , situé non loin de Bordeaux.

Cahibert ou Charibërt, qu'il ne faut pas confondre avec le précédent, était fils de Ciothaire II, et par conséquent frère de Dagobert , oui avait (juelques années de plus que lui. Sans doute pour assurer la bonne intelli- ^nce entre ses deux fils , Ciothaire fit épouser à Dagobert une tante encore assez jeune de CariDert. Mais, à sa mon, comme il n'avait pris aucune mesure pour assurer le partage de son héritage entre ses deux fils, Dagobert s'empressa de s'emparer de tout le royaume. Cependant, il se forma un parti autour de Caribert dans une' portion de la Neustrie , et Dagobert voulant éviter la gjierre civile, consentit à traiter avec lui , et lui abandonna, le royaume d*Aquitaine, Tannée 628. Caribert II fit de Toulouse sa capitale; il y bal)ita les palais des anciens rois visigoths, et il étendit sa domination de la Loire aux Pyrénées, au pied desquelles il remporta quelques victoires sur les Gascons. Caribert étant mort peu de temus après, en 681, Dagobcart fit aussitôt saisir son trésor et égorger son fils Chilpéric, encore en bas âge, et engloba l'Aquitaine dans sa vaste monarcbie.

Cabibkbt (monnaie de). — On con-

tSê m L*UNIY£ES. 4:Aa

naît plusieurs triens mérovingiens qui nous montre même Sigebert T' y fai-

portent en légende le nom du roi Cha- sant acte d'autorité; et l'on sait que

ribert. Ces triens ont été frappés dans Jes divisions établies çar les fils de

une petite ville du Géyaudan, nommée Clovis furent assez rigoureusement

Banoassac, ou à Marseille. Les plus observées dans les partages posté-

rP!T)nrqual)le.s de tous sont ceux qui rieurs des Gaules. Au contraire, Da-

Sortent d'un cuté le uoin du roi, et, gobert conserva pour lui le royaume

e l'autre , celui de TofOcier monétaiie tout entier, et n'abandonna à son frère

préposé à leur confection : chàbibbh* que quélques villes mériaionales, telles

Tvs BEx autour d'une tête couronriée qu'Agen, Caliors, et d'autres, toutes

de perles, haximinv:>mo ou L£v- situées dans les environs de ceiieà-l<î.

DEVSYSHO autour d'un calice sur- On peut donc croire que le Gévaudan

monté d'une croix. Il est fort rare, en faisait partie de cette donation. D'aiU

effet, de rencontrer un nom royal et le leurs Bouteroue a publié une monnaie

nom d'un monétaire ainsi accolés en- deDagobert,àlalégendeGA.i«TOViA?iO

semble. Ordinairement oo ne trouve (pour gayalstano, le Gévaudan),

sur le même triens que le nom de la ville toute semblable aux nôtres, et qui a

et celui du monétaire, ou celui du roi et dû être frappée dans le m^me lieu

celui de la ville. Tels sont les triens après la mort de son frère. Quant aux

du même roi , qui portent pour lé- monnaies de Marseille, comme la lé-

gende bahntaguco fut autour d'un gende victobià atgg (Augustorum)

calice, et charibertvs rex autour qu'on retrouve sur les sous de Clo-

d'un buste. La similitude de style , de taire, et les chiffres vu des mêmes

fabrique et de ^ype, a fait penser avec pièces ne S'y voient pas , nous préfé-

raison que les monnaies dont nous rons les rapprocher le plus possiolb de

avons parlé en premier lieu avaient nous. En conséquence , nous les attri-

été frappées à Bannassac comme les buons au second Caribert, de préfér

dernières. L.es tiers de sou d'or, fabri- rence au premier,

qués à Marseille au nom de Caribert, Gabicatubb. — L'histoire de la ca-

ne présentent rien de bien remarqua- rîcature en France se lie d'une manière

bie; on y lit d'un côté, CH.UilBEBTVs immédiate à l'histoire politicfue du pays,

^£x , et de l'autre, hassilia. Celte et, au besoin, prouverait a elle seule

légende est placée indifféremment au* que la France, en employant sans

tour du buste -royal, ou au revers, cesse l'art à répandre des idées, a com-

dans le champ duquel on observe le pris plus qu'aucun autre pays le veri-

ty|)e mérovingien ordinaire de Mar- table but de l'art. Qu'est-ce en effet

teille , c'est4-dire, une croix accostée que la caricature , qu'elle soit sculptée

d'une M et d'un a, et haussée sur un aux murs des cathéardies, peinte dans

globe. Comme deux princes mérovin- les niiniatures des manuscrits, gravée

giens du nom deCMirii>ert ont régné chez ou lilhographiée pour être répandue

les Francs , il est assez difficile de déter- par milliers dans les masses, si ce n'est

minerauqueldecesprincesies monnaies une représentation satirique d'un fait

en question appartiennent; et ce qui quelconque, qu'on veut combattre à

rend encore la question plus obscure, laide du ridicule, nioyen tout-puis-

c'est que l'histoire ne dit pas que le sant chez une nation aussi spirituelle,

Gévaudan et Marseille aient appartenu aussi gaie, et tout à la fois aussi pleine

à l'un ou à Tatitre. Leblanc se pro- de bon sens que la notre Dès lors

nonce sans hésiter pour Cliaribert I' % l'importance de la caricature se com-

roais il ne motive pas son opinion, prend sans peine, c'est une arme po-

Pournous, nous préferons Charibert II, fitique redoutable. On a dit que la ca-

parce que Charibert I**" n'a jamais pos- ricature était d'origine italienne, et on

sédé le royaume d'Austrasie; or, le la regarde comme inventée par les Gévaudan était enclavé dans ce royau- , gran£ mattres du seizième siècle. De ne. Ua teste de Gr^ire de Tours . rltalie, le mot caricature se terait

r^ndo chêE nom avee fart <fa*ïi âé-

signe ; cependant, à cette opinion, .issez généralement répandue , il y a des objections à faire. JDès le douzième siècle, la France prodalstt des cari* catures nombreuses; à Notre-Dame*' de Rouen, à ÎVotre-Dame d'Amiens, à Saint-Guenault d'Essone, à la cathédrale de Chartres , oo voit un grand noinbrt de sculptures satiriques, de charsîfis, en un mot, dont le clergé est l'objet; et ces caricatures, on les trouve jusque sur les stalles du chaar. Ici , c'est un évéque qui tient une marotte ; là , c'est une représentation cyipique empruntée à Thistoire de Sbdome , et faisant allusion aoK mœurs dissolues des moines. Saint Bernard , en 112.3, se plaignait de la multiplicité de ces représentations. Le démon, objet de la terreur universelle , jouait mi grand rôle dans ces ^rges grotesques, et les scènes oi^i il figure sont si fréquentes qu'il serait impossible de les énumérer.

€ Si des représentations de la sculpture nous passons à celles de la peinture , dit M. P. Paris H , nous retrouvons dans les anciens manaserits , indépendamment des mêmes motifs de caricatures , les métaniorplioses satiriques; et leur premier type semble avoir mé eréé sous l'inspiration do roman du Renard.

« Maître Renard est en particulier l'expression de la méchanceté et de la fraude. Il n'alfocte pas un costume , nn caraetère; il les saisit tous, et il en change suivant les circonstances.

Tantôt ii prend la peau du lion, tantôt la voix bruyante de Bernard Aliboron , Porebiprétre , ou bien les plumes du paon , la fourrure de la brebis , la robe de dame Uersent la louve. C est l'image ingénieuse et admirablement dessinée de tous les désordres et de tous les vices qui ont fait de la société leur immense tliéâtre. »

Du quatorzième au seizième siècle, la caricature eut un caractèra attégo« rique , et des figures de démons ne cessèrent d'y remplacer la charge des figures humaines.

(*) Mnièe de k caïkaton «a lïanee.

D'après ce qui précède, il nous paraît oifUdle d'aoBipter rof^inion que nous avons mentionnée plus haut, et qui attribue à la caricature une origine italienne. Si ebose est indtoène en fVance , ce doit être eelle-là. jQniant ad nom lui-même, nous en conviendrons, il paraît venir en effet du mot caricU' tura, ou charge, des Italiens.

La découverte de la gravure devait fournir à la caricature un moyen de se propager au loin, lorsque les événements Texigeraient. Les guerres de religion et les troubles de la ligue donnèrent naissance à un nombre immense de caricatures ; dans cette lutte entre deux partis, ravantage reste aux catholiques; car, c'est criose remarquable, celui qui a tort n'a pas l'esprit nécessaire pour faire de bonnes plaisanteries. A partir des guerres de la Fronde, 1^ caricatore, restée longtemps paisible, reprend un nouvel essor; et Mazarin est l'objet, le but d'un débordement inouï de plaisanteries , écrites,

{>einte8 et gravées, dont il s'amusait )eaucoup, et qu'il rassemblait précieusement pour en former collection.

(7e8t Aire Pélog» de ees productions, et, certes, celui du spirituel cardinal , qui arrêta ainsi la persrrution dont il était l'objet. Sous Louis Xi V , la crainte de la Bastille paralysa le génie des caricaturistes français; mais la Hollande était devenue un foyer d'où partait sans cesse une foule de traits lances contre le grand roi. On sait qo*è une médaille n'appée par Louis XIV, vainqueur de Ruvter, et dont l'exergue était : « çuos ego » , les Hollandais répondirent par ces mots : « MaturalB « fugamet régi dicite vestro : Non ilH « imperîum pelagi. » C'était de la caricature érudite et digne de la patrie de Grotios.

Dans le siècle suivant, la régence, ses désordres, les ronés, I.nw, ou mesàire de Quincampoix, furent le sujet det atteqqes de la caricatore; mais c*est surtout en 1789 qu'elle reprend son rôle , et rentre au service des idées politiques. Dire le nombre de caricatures publiées alors* en indi* qutr les si^ett, serait impoiiible; la

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