GIENS
Cabolins (livres).— On appelleainsf les quatre livres qui, dit-on, furent composés par l'ordre de Cbarlemagne pour réfuter le deuxième concile de Nicée, contre lequel ils contiennent cent vingt chefs d'accusation exprimés en termes véhéments.
Quelques auteurs ont douté de l'authenticité de ces livres^ que les uns attribuent à Angilran , évéque de Metz , les autres à Alcuin. Suivant d'autres, le pape Adrien ayant fait remettre à Cbarlemagne les actes du deuxième concile de Mcée, celui-ci les fit examiner par les évéques de France, qui y répondirent, par l'envoi des livres carolins.
Cabolus. — On frappa en France, sous le règne de Charles VIII , une pièce de billon nommée Carolus , ou plutôt Karolus , parce qu'on y avait gravé dans le champ la première lettre du nom royal, un K couronné. Cette monnaie valait dix deniers : c'était, par conséquent, un blanc. La seule différence qu'elle offrait avec les espèces ainsi nommées, c'est que l'écu de France avait été remplacé par ce K, mais les légendes ordinaires et la croix du revers cantonnée de couronnes et de fleurs de lis y avaient éxé religieusement conservées ; ainsi , on lisait
d'un côté KABOLVS FBANCOBVH BBX,
et de l'autre, sit nomen domim be- IVEDICTVM. On ne frappa plus de Carolus après la mort de Charles VIII; mais le peuple continua pendant lonf^temps à se servir de ce nom pour désigner une pièce de dix deniers; et le' Karolus finit même à la longue par devenir une moauaiede compte repr^*^
CAE
CJOL
sentant cette valeur. Il faut âe ganler de confondre les Carolus avec un gros tournois frappé par Charles V, et dont te type était aussi un R couronné; cette monnaie était d'argent et valait douze deniers. Du reste, ces deux espèces diffèrent tellement d'aspect que Deraoïuie ne peut les confondre (Vby.
Ghablbs V (nioonaies de).
Caboivib, petite ville et ancienne seigneurie du comtat Venaissin (aujourd'hui département de Vauduse), à nuit Itilomètres de Carpentras. On y compte deux mille cinq cent doquante* deux habitants.
CAJiOM (Augustin- Joseph) n'avait que seize ans quand il entra au service en 1789. Après un lent et pénible avancement, il fut nommé lieutenantcolonel à la suite d'une brillante action à Bar-sur-Omaiii (1814), où, à la téte de deux cent soixante-douze cavaliers, il prit deux cents chevaux et fit mettre bas les armes à un corps de deux mille hommes. Retiré après 1815 en Alsace, avec une mince demi-solde , Caron conserva dans son cœur le culte de l'empereur et l'espoir de faire encore triompher sa cause. Ainsi il se trouvât impliqué , en 1820, dans la conspiration d'aoOt qui lut déférée à la chambre des pairs. Défendu par M. Bartlte, alors carbonaro, il fut acquitté et se retira à Colmar. Les infâmes délations dont il avait failli alors devenir victijne , auraient dû le mettre en garde désormais contre les manœuvres de la police. Néanmoins, quand la conspiration de Béfort eut échoué , il forma le projet de délivrer les prévenus qu'on allait juger à Colmar. Il fit à ce sujet d^imprudentes propositions à quatre sous-officiers qui le dénoncèrent, et qui reçurent Vordre de leurs chefs de se prêter à ces tentatives pour arrêter Tentrepriae quandUmêeraU tempt.
Caron conçut quelques soupçons sur la loyautés de ces affidés , et parut disposé à rompre tout à fait avec eux. Les traîtres redoublèrent de protestations, lui fournirent même des fonds dont on devine la source. Enfin, le malheureux se décida. Le 2 juillet iS22 , les sous-ofiiciers dont voici les noms :
Gérard 1 Tkiers, Magnien, Delzaive, lui amènent deux escadrons , dans les rangs desquels se trouvaient des officiera déguisés en simples chasseurs. D*après ravea du SuopUmeni de la Biographie universelle, qui'., bien que favorable à la restauration, ne peut s'empêcher de flétrir ce guetapens infâme, <* les soldats en montant « à cheval avaient été avertis qu*ils « allaient agir pour le roi, et que, «jusqu'à nouvel ordre, ils devaient «exécuter toutjee que leur coniman* « deraient leurs sous-offieiers. La con- « signe fut suivie à la lettre, et sur « trois cents hommes, il ne s'en trouva « pas un qui dit à Caron : Commaa- « dant, on vous trahit ! » Caron ayant revêtu son uniforme à l'approche du premier escadron, Magnien,qui avait reçu ses habits biourgeois avec ordre de les jeter dans les vignes, se hâte de les porter au préfet. Pendant ce temps, la petite troupe, qui avait répondu à sa harangue par le cri de vire V Empereur! continue sa marche. Arrivée devant Ensisheim, elle refuse d'y entrer. Alors le colonel conçoit de nouveaux soupçons, et lorsqu^on est parvenu au village de Battenheim , il se rend immédiatement chez le maire pour préparer des locements à ses compagnons, avec la terme intention de les disséminer. Le flagrant délit allait échapper aux délateurs... T/ heure était venue... A l'instant, on l'entoure, on lui enlève ses papiers et ses armes. Un autre ancien militaire, nommé Roger, son complice , subit le même sort, et tous deux sont ramenés à Colmar garrottés sur une charrette. Il fallait k tout prix une condamnation.
Une décision ministérielle, soutenue par deux arrêts de la cour de cassation, enleva les deux coaccusés aux tribunaux ordinaires , qui , en vertu du principe d'adjonction (*), persis* taient à les retenir, et ils parurent à Strasbourg devant le conseil de guerre.
En vain , Caron déclina la cohipétenee de ce tribunal d'exception. Les sous-' officiers, devenus officiers, vinrent
O Roger n'était pas militaire. * *
GAE
déposer; et le S9 septembre, Caron fut condamné à mort. Il se h.^ta de se pourvoir en cassation : on garda son pourvoi dans les bureaux du ministre de laJusHee Peyronnet. Il demanda à embrasser une dernière fois son fils* sa femme : on lui refusa cette grâce; bien plus, on frappa madame Caron elle-roéine d*un mandat d'arrêt pour l'empêcher de faire les moindres démarches en faveur de son mari. Il était à table quand on lui lut son arrêt.
Après ravoir entendu, il continoa tranquillement son repas. Puis il écrivit à sa femme et à son défenseur, Téloquent et patriotique M. Lichtemberger, deux billets, modèles de ealmeetderermeté.
Le l*''^ octobre, à deux heures et demie après-midi, il partit pour le lirn de l'exécution. La voiture s'arrêta sur la plaine de la Fioeiuiiatt. Il descendit seul, refusa de se laisser bander les yeux, mesura lui-même la distance, et debout, d'une voix ferme, commanda le roulement et le feu. Depuis trois jouis il n'était plus, et la cour suprême délibérait encore sur son pourvoi (*). De toutes parts s'élevèrent des cris d'indignation. L'honorable H. Koecblin, député du Haut-Rhin, pour avoir, dans une Relation circonstanciée, dévoilé tant d'infâmes manœuvres, fut poursuivi, ainsi que les journalistes qui avaient rendu compte de l'ouvrage, et l'imprimeur qui l'avait publié. L'auteur subit la prison et l'amende, l'imprimeur perdit son brevet. Mais de tels seuvemrs ne s'effacent pas si aisément. On n'oubliera jamais le procès de Caron , pas plus que les procès de Ney, de Didier, de Berton et des sous*omeiers de la Rochelle.
Gabon (Charles) , colonel d'infanterie et ancien aide de camp du maféchal I9ey. Partageant les convictions de son homonyme, il s'engagea dans la conspiration de Valée ; et , quand elle eut échoué, il échappa aux inves-
(*) Roger, renvoyé devant la cour de Mets pifce qae ses juges allaient rabsoadre, fut aussi condamné à mort. Cet arrér fut commué en ao ans de Uvvaux forcés , et peu de temps aprèi il reeoavra m Uborlé. ^
T. lY. 13" Ud, (Dict. niCTCi..|
tigations de la police , et franchit les
Pyrénées pour joindre l'armée constitutionnelle d'Fspagne. Caron, uni an colonel Fabvier, organisa cette petite phalange de braves qui, sur les rives de la Bidassoa , déploya et défendit si bien le drapeau tricolore en face du drapeau blanc ( Voy. Bidassoa et Cabuxl). Frappé de plusieurs condamnations à mort par contumace , il se retira, après la dissolution de ce corps, à Lisbonne, puis en Angleterre.
Il ne rentra en France qu'après la révolution de juillet, et y reprit son rang dans l'armée. Le colonel Caron est mort dans ces dernières années. Son iBls ^servait en Afrique , et l'on vient d'apprendre qu'il a péri glorieusement sur un de ces champs de bataille où lutte depuis dix ans notre jeune armée« f Gabon (François), né en Hollande, de parents français , alla dans sa* jeunesse au Japon , où il apprit la langue du pays , et devint ensuite directeur du commerce au Japon et membre du conseil des Indes. Ayant demandé un poste plus éminent, il éprouva un refus et résolut de quitter la Compagnie hollandaise. Colbert, qui voulait que la France prît part au commerce des Indes , profita du mécontentement de Caron, depuis peu arrivé en France, et lui confia l'exécution de son projet. En 1666, Caron fut nommé directeur généra) du commerce des Indes ; on lui associa quatre autres Hollandais, sous le titre de marchands , et cinq Français ayant le même titre, mais devant, avec le même grade, avoir le pas sur les étrangers.
A son arrivée à Madaga.scar, en 1667, Caron ayant trouvé la colonie en mauvais état, et s'iétant inutilement efforcé de la relever, partit pour Surate, qui lui paraissait un centre préférable. Peu de temps après s'y être installé, il expédia une riche cargaison à Madagascar. En 1671, le gouvernement français lui envoya le cordon de Saint^Michel , récompense d'autant plus |^nde qu'il était protestant. L'année suivante, Caron s embarqua avec l'amiral Delabaie pour Trinquemalé, où on essaya vainement
ne) 18
194 GAH LUMiYË^S. lUm
d'établir un comptoir. Il accompagna Carouoe ( Bertrand -Aug.), né à
encore Delahaie à la prise de Mafia- Dol en Bretagiie, se livra à l'étude de
pour. L'ile de Ceylan lui paraissait rastronomie. Étant venu à Paris, il se
ineilteur chef - lieu pour nos établisBe* lia aveei^laDde , pour lequfll il fit plu *
ments de rinde , et depuis longtemps sieurs calculs que ce savant inséra
il engageait le gouvernement à portôv dans les deux dernières éditions de son
^es efforts de ce côté. Astronomie. On a de lui plusieurs mé-
Opendant les oombreim fUMili niotraB daot la Connatismuê dm
qu'il sYiait attifés le firent rappeler en Hmps, pour 1T81, 1789 et 1798. Il a
France. Ce ne fut qu'après avoir passé laissé de petites tables pour calculer ,
le détroit de Gibraltar pour jse reivlr« îi un quiifi d'heure près, les phases de
* à Marseille qu'il appnt sa diieiâee} la lu«e peiidant soixante ans ; Laland*
jusque-là il avait cru que le besoia les publia dans la ConncUssance des
que l'on avait de ses conseils était la temps, pour 1801. Carouge mourut à
seule cause de son rapyel. Un de ses Paris eo 179â. 11 est parlé de lui avec
amis Payant prévenu dtt méoonteDter éloge dm la JSfbHographie mtrm9^
ment qui existait coatis liui à la cour, mttiia de liilande.
il fit virer de bord pour aller à Lis- Cabpenedolo (combat de). — L'in-
bonne ; mais ie vaisseau toucha contra fatkable activité de Boaaparte et de
une roche an mpfnaftt oiiii on aUail ses lieiitenanta ne laissait auomreiftclie
prendre terre, et Caron fat anglouti aux Autrichiens après les journées
(1G74) avec les immenses richesses d'Arcole et de la Favorite. Les Inipé-
au'il rapportait de l'Inde. Un de ses riaux étaient repoussés du Trentin ;
Is, qui était avec lui, parvint à se mais il n'était pas moins important de
sauver. Caroo a laissé une Descrip% ehasser également ce qui restait de
Uqu du Japon , écrite en l|0UaiMiaiS| troupes autrichiennes sur la Brenta.
la Haye, 1G36, in-4°. Instruit, le 26 janvier 1797, que les
Le caractère impérieux de Caron et Impériaux avaient évacué fiassano, et
son avarice oontribnèrent beaucoup à s^étaient portés pendant la nuit , par
sa chute ; mais ce qui empêcha l'expé- les deux bords de cette rivière , à Car-
dition de faire d'aussi grandes choses })eue(io!o et Crespo. Masséna se mit à
qu'on lavait d'abord espéré, ce tut leur noursuile, et l&s atteignit tout
surtout le mauvais système qui prési-* près ae Carpenedoio; un combat très-
- dait à l'organisation de son personnel, vif s'engagea sur le pont. Les Inipé-
Des attributions mal définies entretin- riaux , iorcés par les baïonnettes fran-
rcnt la jalousie parmi les directeurs « çai^ies, se retirèrent, laissant deux cents*
et les empêchèrent constamment d*agi4 «lorte aw le champ de bataille, el nent
avec ensemble. ecnts prisonniers.
Cabon (J.-C.-FO, né en 1745, dans Cabpetstier (Antoine-Michel), on
le diocèse d'Amiens , vint a Paris , et XiECABFiiHxiEB , architecte , naquit à
fut, en 1789, nommé AbWKÎen en l^ouen en étndîa la sculpture,
chef de l'hôpital Cochin. Il s occupa puis Tarcbitecture ; il vint à Paris eiv
avec ardeur des moyens de guérir le 1728, et son talent s'étant développé ^
croup ; et , eu 181S , ii déposa chez un il devint , eu 1765» membre de l' Acadé-
notaire une somme <le. mille franc* mied^arcbiteetafet'arebilectederAi^
pour être donnée eo pvix à l'auteur senal , des domaines et des fermes ^
du meilleur mémoire sur cette mala- nérales du roi. On peut citer, parmi
die. 11 mourut à Paris ie 19 août 1824. les édifices élevés par cet ardjtitecte.
Il a laissé plusieurs ouvrages , entre les obâteaox de Gouncilles, de la Elerléi
autres : 1° Dissertation starf^etmé' dans le Perche, de Ballinvilliersi les
canique de fuir dans les poumons bâtiments de l'Arsenal, les intérieure
^eiidaut la respiration , Paris, 1798, de l'hôtel de Beuvron. 11 bit chargé
w-a" ; 2» JtaHli^ du croup cUgu,. 1808, par le prince de Gondé de oentimierle
In-A". PaJais«JBeiivbon , deeen» ai;joiuN|i*bai s '
CAft FRANCE. CAR m
apès bien des changéments politiqans et architectoniques , le palais de la diambre des députés. Carpentier est meria» f77f«
. Cabpentier ( Jean) , historiographe et généalogiste, naquit dans le aixaeptième siècle, à Abeoen, près de fimi. n étaM r«Nf»0UX à mfetjw Ssilll>>AQbert de Cambrai , lorsqu'il s'enftift en Hollande avec une femme qu'il épousa peu de temps après, il tut BOinné' hiitoriograpbe êt Leyde, et ■HNnrut dans cette ville en 1670. On kii doit : l* Histoire de Cambray et du Cambrém, Leyde, 1664-1668, în-4«, 4 parties, ouvrage rare et re-* cherché; 2«> les Généalogies des /amiiles nobles de Flandre, in-f<>iio, ouvrage peu estimé; 3** une tradiirtion dea voyages du Hollaodais iNieuhofF.
Cabpentier (Louis), fusilier au 41* de ligne, né à Noyalle (Aisne). Blessé mortellement à la bataille de Fleuni!;, il dit à ses camarades qui voulaient le porter à Tambalanoe: «Laissez -moi « du moins expirer an champ d'hon- « neuF ; aRcz combattre , et soyez « vainqueurs assez tôt pour que j aie • le tampa de l'apprandre. »
Cabpentieb (P.), religieux bénédictin do la congrégation de Saint- Miiur, naquit a Charîeville le 2 février MOV. Gêst à lui prmeipalenMiit më l'on est redevable de l'édition du GÏossarium medix et infimx latinitatiSj ëe du Cange, 6 vol. in-folio , publiée daimà f7g«. n e»FMige»fo préface , m surveilla rimpressioR, et y fit les additions les plus importantes.
Les nombreuses recherches auxquelles il avait été oMigé de se livrer m foer» nirent l'idée d'un nouveau travail.
Ayant trouvé aux archives de la couronne des lettres de Louis le Déboo- ■aire , en enrdclèraa iàtQitiem% H (Hkh db longtemps c» genre ^éeàtojm^ et publia les résultats auxquels il était parvenu daos l'ouvrage suivant :
phabetum iffroniamtin. sêUMtOê ronis eacpltcandi methodtti, 9lffiB< 1747, in-folio. CarjKîntier, nommé prieur de Donchery, ne conti nua qu'avec plus d'ardeur sea études favorites, et, in S96a, U it finiliis Chmwkm
novîcm seu supplementum ad atéùUO' • i-eïn Glossarii Cangiani ediHoTiem, Paris , 4 vol. in-folio. Ce supplément ait defena beaucoup plu» lere et plut cher que le Glossaire lui-ntéme. Le quatrième volume renferme un glossaire du vieux français, et les disser« tttiOM d« dii*GaMi ior hm omumAm du Bas-Empire; dlsseitaHotti trouvaient omises dans l'édition en si% volumet Cette dernière publication atlffa de grand» déaMnfoMMs à Car^ pentier, et pluaieurade ses colifrèrti kii reprochèrent vivement d'avoir mis son nom seul à un livre auquel ils avaient eoéfëré en aiaaz grand nom- We. Cette querelle s'envenima au point que Carpentier demanda et obtint sa sécularisation. Il mourut à Paris « au BBois de décembre 1767,
Caspeittibb (N.>, neinrf minéral de brigade en récompense de ses services dans la Vendée, battit Charette devant Machecoul , dans deux actions consécutives , où il déploya beaucoup de talents militaires. Mais, peu docile aux inspirations de Thureau , il encou* rut la disgrâce de ce général , et reçut itdat de cesser aaa fiMatioM.
Carpepïtbas, Carpentoracte y ancienne capitale du comtat Venaissin f aujourd'hui chef4ieu de sous-préfec-»
tore-ds département de Vaucluse.
Cette ville est très-ancienne ; déjà , pendant l'époque romaine , elle était considérable. Pline , qui lui donne le Mn-de ûif'jMJilufuefe Memisuirvm , lui assigne un rang distingué parmi les cités de la Gaule narbonnaise. Les Romains y élevèrent un grand nombre d'édiiaaa 9 HMii à répoque do tai grande invasion des barbares, elle fot successivement ravagée par les Gotbs, les Vandales et les Lombards. Les Smiiina a^n empseèrent eoiuite, êt achevèrent de ruiner ce que lenn d** vanciers avaient épargné.
pape Clément V vint y fixer, en
Dans la nouvelle édition du Lexiqne êe m Cange, publiée par MM. Didot, M.
Hensohel t nuoréà la suite des articles auxquels elles se rapportent toute» les additions eonfenue» dans le supplément de dom Car* pentier.
CAE LUNIVERS. CAm
1313 , la résidence du saint-siége. Un tel honneur coûta cher à Carpentras.
Les cardinaui étaient depuis plut de trois mois en conclave, pour rélectton du successeur de ce pape , lorsque les habitants, fatigués d'attendre le résultat de leurs déHbéiations, mirent le fèa à rédifice où le conëlave était assemblé, et ce feu consuma une partie de la ville ; cependant les maisons brûlées faxeat promptement reconstraîles , et cinquante ans après cet événement, le pape Innocent VI tit entourer la nouvelle ville des murs qui subsistent encore aojoard'hoi.
Le baron des Adrets vint, en 1562, mettre le siéf^e devant Carpentras , et campa auprès de l'aqueduc , dans un
Kste qu'il croyait à Tabri de Tartille de la ville. Ceux des habitants qui avaient été bannis pour leurs opinions religieuses, et qui se trouvaient dans son camp, lui avaient promis qu'il n'éprouverait aucune résistance.
Mais la ville était bien fortifiée , et l'on avait fait poursadéfensede grands préparatifs. La garnison se composait de sept compagnies de troupes réglées ; et d'ailleurs tous les habitants étaient disposés à se battre comme des soldats. Us firent de nombreuses sorties , tuèrent beaucoup de monde aux ennemis , les forcèrent enfin à lever le siège, les poursuivirent, et leur enlevèrent une partie de leurs bagages.
Nous avons dit ipie. Carpentras était autrefois la capitale du comtat Venaissin ; cette ville, par conséquent, appartenait au saint-siége, et ne tiaisait pas partie du territoire du royaume.
Elle était administrée, depuis le douzième siècle , par trois consuls , dont l'élection était réservée aux habitants.
Cette ville était la résidence du recteur, ou gouverneur du comtat pour le pape. La justice y était rendue par un juge de première instance, qu'on appelait Juge mayeur et ordinaire ; par un juge des premièies appellations du comtat Venaissin , et par la chambre apostolique de la province , qui connaissait privativement de toutes les causes fiscsiss et qui concernaient le patrimoine de Saint-Pierre.
- Carpentras est aujourd'hui le cheflieu judiciaire du département ; elle possède une société d'économie ra> raie et un collège communal. Sa population est de neuf mille huit cent dix-sept habitants. Ses principaux monuments sont la cathédrale, dont quelques parties remontent au dixième siècle ; le palais dé justice , qui occupe les bâtiments de l'ancien évécbé, et dont l'une des cours renferme im bel arc de triomphe antique , autre* fois enseveli dans une cuisine (voyez planche 86); et l'Hôtel-Dieu , dans la chapelle duquel on voit le mausolée du vertueux évéque dloguimbert.
Cette ville possède une des bibliothèques publiques les plus précieuses des départements : cette collection, formée dans le principe par le fameui Peiresc, et augmentée par les Thomassin-Mazangue , fut achetée en 1745 par M. d'Inguimbert, qui l'enrichit de tous les livres qu'il avait lui-même rapportés d'Italie, et en fit don a la ville. Elle se compose de vingt-deux mille volumes imprimes , et d environ deux mille manuscrits , dont les plus précieux ont appartenu à Peiresc. Lb littérateur Arnaud et le savant Raspail sont nés a Carpentras.
Gaapi (combat de).— Laguerra s'était allumée en 1701 entre la France et l'Empereur, et Catinat, réduit à l'impuissance par les ordres de la cour de Versailles , par les résistances de ses lieutenants généraux, et par la trahison secrète du généralissime, le duc de Savoie, attendait sur la rive droite de l'Adige le prince Eugène « qui suivait l'autre bord. Informé que le poste de Carpi n'est défendu que par sept régiments de dragons et trois cents hommes d'infanterie, le prince fait passer sur ce point la moitié de son armée. Accablé par le nombre, le détachement fran<;ais fait retraite. Au bruit du canon , le maréchal de Catinat arrive ; les Français chargent plu* sieurs fois les ennemis malgré leur petit nombre. I-e prince Eugèue est nlessé ; mais ses troupes grossissant à chaque moment , les Français se re* plient sur le gros de l'armée 9 et les
«A» .FlU
Impériaux sont maltMt du paysttllrtt
VAdda et l'Adige.
Cabbà (Jean-Louis) , député à la Convention nationale, né à Pont-de- Veyie en Bresse, en 1743. Ses parents, malgré leur peu de fortune, taisaient tous leurs efforts pour lui procurer une éducation honnête, lorsqu'un inçident imprévu vint décider de son sort : il lut vaguement accusé d'un vol , et prit la fuite , moins , dit-on , pour se soustraire aux recherches de la justice, que pour échappera la honte des soupçons qui planaient sur lui. Il se rendit d'abord en Allemagne, puis en Moldavie, où il entra au service de rhospodar. Après la mort de ce souverain, Carra revint en France , et, par un singulier hasar d , il trouva à se placer chez un prince de l'Église, le cardinal de Rohan. Le cardinal de Brienne , qui l'avait connu chez l'archevêque de Strasbourg, lui accorda sa protection, et lui procura un emploi a la bibiiotlièque du roi ; c*est , à ce qu'on assure, à ce dernier prélat qu'il dut l'idée âe. son Petif mot de réponse a la requête de M. de Colonne. Quoi qu'il en soit , Carra vit avec enthousiasme les premiers symptômes de la révolution, où il ne tarda pas à jouer un rôle. j>iommé électeur du district des Filies-Saint-Thomas, il provoqua rétablissement de la commune, celui de la garde bourgeoise , et , de concert avec Mercier, l'auteur du Tableau de Paris, fit paraître un journal sous le titre û'yinnales patriotiqttes. A la tribune des jacobins, il fut un des plus énergiques orateurs , et contribua à rendre populaire l'idée d'une déclara* tion de guerre à Léopold. Il créa aussi un journal appelé Journal de VÉtat et au citoyen, dans lequel il développa les principes les plus démocratiques, et attaqua les intrigants ou les contre-révolutionnaires qui entravaient les efforts des réformateurs. Ce fut lui qui proposa d*armer le peuple de pieues. Il fit partie du comité central aes fédérés, et fut l'un des chefs de l'insurrection du 10 aodt, dont il avait tracé le plan. Nommé par deux dél>artements à la Convention nationale.
C£. CAE 197
il optapockr le département de Sadneet -Loire , et siégea d'abord au côté gauche ; il dénonj^a les opérations du général Montesquiou, qui, chargé d'occuper la Savoie, ne terminait pas la campagne aussi promptement qu'il le désirait. Peu de temps après , il fut envoyé au camp de Cbâions pour surveiller Duroouriez, et rendit compte à la Convention des succès de Kellermann.A son retour, en novembre, il fut élu secrétairé , et proposa un projet de propagande révolutionnaire.
Dans le procès de Louis XVI, il opina pour la mort , sans appel ni sursis.
Mais il abandonna bientôt la Montagne pour s'unir aux girondins, et devint justement suspect, pour ses liaisons avec Roland , qui l'avait établi gardien d^e la bibliothèque nationale , et pour ses relations avee le inince de Brunswick et avec Dumouriez. Dénoncé successivement par Marat, Robespierre et Bentabolle, il fut rappelé deBlois, où il était en mission, et compris au nombre des quarante-six députés accusés par Arnar. Condamné à mort, le 31 octobre 1793, il fut exécuté le lendemain. Carra a rendu de nombreux services à la liberté: la postérité doit lui en tenir compte ; niais il fut coupable de s'être jeté dans le parti des hmimê$ éTÉtat de la Gironde (voyez Girondins). Cette faute doit être attribuée bien plus à son caractère irascible et changeant qu'à la corruption et à la perwile. Carra a publié divers ouvrages, dont les principaux sont : Système de la raison, ou le Prophète philosophe , Londres , 1775; BUMre de ta Holdaoie ^ de la yalachie , avec une dissertation sur l'état actuel de ces deux provinces , 1776; Histoire de l'ancienîie Criée y de ses coloides et dese$ conquêtes, traduite de Fànglais, 1787. Un petit mot de réponse à M. de Calonne, n%l \ Mémoires Jnstoriques et .auihenUgvee eut la BastiUe , 1790; plusieurs pamphlets littéraires et po* litiques.
Cabba-Sàini-Cyb (Jean-François,, comte de) était ofBcier au eommencement de la révolution. Après avoir.
198 CAB Vm.
servi comme général de brigade sous Moreau et Pichegru, il accompagna Aiib«rt du Bayetà Cooètantinoplet où eelui-ci avait été nommé ambassadeur du Directoire. De retour en France , il rentra sous les drapeaux, et reprit, en 1795 « la ville de Deux-Ponts sur rarmée de Clairfayt. U M figiiaia A Ettinghen , à Marengo , s^empara de Friboiirg , et contrimia à la victoire Ue Uohenlindea. £a 1805, il corn* mania Farniét xToompation dans \ê royaume de Naples , fit au prince Cliarles de nombreux prisonniers , et fut nommé, après la bataille d'Eylau,
frand olllcier de la I^éeloo d'honneur.
In 1813, après la fatale campagne de Moscou, il prit le commandement de la 32° division militaire, et fiit chargé en 1814 du commandement ^périeof des places de Bouchain , de Condé et de Valenciennes, qu'il conserva jusqu'après l'abdication de rempereur< Soui la restauration , 11 ftit fMt ebe* talier de Saint- Louis, nommé ensuite gouverneur de la Guyane française , mis à la retraite par l'ordonnance de l8Mt ^ M Mtîn i Vély, près d« Soiiaoïii.
Cabbabas , sorte d'omnibus en osier , qui exploitait les environs de Paris, mais surtout les rootte de Ter« sailles et de Saiut-Germain , dans cé bon vieux temps où l'on mettait plug de six heures à faire quatre petites lieues. Pour définir le carrabas en un mot, il suffira de dire que oe plébéieir équipage était encore bien au-dessous des ignobles coucous, qui eux-mêmes disparaissent aujourd'hui, vaincus par les oélérifères , les accélérées , et sor^ tout par les chemins de fer.
Cabbe (G. L. J.), né à Rennes vers 1778 , doyen de la faculté de droit dans eette ville, où 11 est mort en 1832 , a publié : V Introduction à Cétucle du droit français , avec des toMeaux synopiiqttès , Rennes; T fMa et quemom 4b proeêdwe civile^ ibid., 1818 à t819, 2 vol. in-4''; 3° Introduction à Vétvde des lois relatives aux domaines eongéables , iMd.« 1M9,' ia-lS ; 4« HYaM du goufmfmmêdgêparctins, ibid., 1891,
rERS. CAR
jn-8' ; 6° Les lois de la procédure ci* vile^ ibid. , 1824,. 3 vol. in-4*> ; 6* Les ItÂs dê Foimmisaihn et de la compétence des juirtdMIiam eMIee, Paris,
Cabbé (Jean-Baptiste) , cavalier au 18* régiment, né à Martin (Pas-de- €aiais)k Après avoir chargé devant Véronesurdeux bataillons autrichiens, le 6 germinal an vn , il se plaça avéc quelques cavaliers à l'entrée d'un défilé , arrêta les anMmis , et tomba percé de plusieurs coups de feu.
Cabbé (J. B. Louis) naquit en 1749 à Yarennes , duché de Bar. Élève distingué de l'éoote du génie de Mézières, il possédait des connaissances profondes en physique, en chimie et en mécanique. Successivement avocat, juge de paix, knpeeieor des fortto, il mourut a Varennes en 1835. Carré mérite surtout une place dans nos colonnes comme auteur de la Panoplie, nu Riimttm 4e Unit eequia trait à te guerre t depuis Parimie delano' Uon française jusqu*a nos jours , Châlons-sur-Marae, 1795, in-4 . avec atlag. L*aisietir nous apprena luimême que cet ouvrage , fruit de longues recherches , était achevé dès 1783, mais qu'il avait gardé son maâuscrit, parce que la censure avait eiigé qii*il retranchât ses réflexions sur l'oppression et l'avilissement du peuple. A l'époque des querelles des
Earlements, Carré avait publié, sous I voile de l'anônyme , un pamphlet très-mordant contre la nouvelle magistrature, et intitulé : Triyaudin le renard, ou le Procès des bêtes.
Cabbé (Louis), géomètre français, fils d'un laboureur au village de Brie, naquit en 1663, fut secrétaire et élève de Malebranche, entra en 1697 à TAeadémie des sciences, et mourut en 171!. Le plus important de ses ouvrages est sa Méthode pour la me' sure des surfaces, etc., 1710, in-4'*.
CAtBii (pierre-Laurent), profesÉeur de belles-lettres, né à Paris, en 1758. A quatorze ans , il remporta le premier prix de discours français, et fut vainqueur dans un brillant concoora pour Tagr^tion. Gtâtie à Ddllle,
dont il était élève , il fut nommé pro* fiMMttr dfl rhétorique à Toulouse, où
l'Académie des jeux floraux couronna trois de ses productions. Carré com-
Êosa un grand nombre d'hymnes pour » fStes répoblfoiines, et le plus re^ marquable est celui qu'il tit pour I& féte de la Vieillesse. Il fonda en l'an VI la société littéraire, connue à Tou" louse tout lè nom de Lyéêe, AprèK le 18 brumailre, il fut nommé mainteneur des jeux floraux, et M. de Fontanes l'appela à la chaire de littérature de la fhculté des lettres. Il mourut h Paris en 1825. Outre un ^rand nombre d'odes et d'hymnes publiés en 1820, in-8°, on lui doit plusieurs poèmes ^ entre autres : Le Bouclier d'Herctdei traduit du grec d^Hésiode.
Carre (Remi), bénédic'în, prieur de Beceleuf, ex-sncristaiu de la Celle, né à Saint-Fal, le 20 lévrier 1706, a laiMé i f les PsaumBs tians Forâre historique, nouvclletnmt traduits sur r hébreu, 1772, in-8'; T le Maitre des novices dans Cart de chanter^ 1744, ib^. Ou trouve dans oe livre Un éloge du fin. L'auteur, après l'avoif conseillé pour toutes les maladies , ajoute : « Le vin fait presuue autant *« que tous les autres remèdes ensenl* «ble. » T la Cl^ des psaumes , 1755, în l2; 4** Recueil curieux et éc^fian$ sur les cloches, 1767, in-8*.
Cabbé (N. ), voyageur, fut d'abord chargé de visiter la côte de Barbarie et divers ports de l'Océan. Les mémoires adressés par lui à Coibert lixèrent l'attention de ce ministre qui projetait de grands établissements dans les îndes orientales. Bientôt Carré fut désigné pour faire partie de rexfiédition dont Caron était le chef. La Hotte partit le 10 juillet 1666. Après avoir touché à Madagascar et à l'île Bourbon , Caron se pcrsuaria que Surate serait un chef-lieu préférable pour les établissemertts de la compagnie, et mit à la voîle pour cette ville. Carré, dans la relation de son voyage, donne une description de Surate' et des pays environuatits. En 1668, lorsque tesTures '{irirent Bassora sur les Arabrs , il s'y trouvait pour les affaires de la com-
Sagnie, et fut obligé de se réftagier veeaoïiiiafln ftmAïKaneck, dain
le golfe Persique.
De retour a Sutate , il fut envoyé en France par Garoa qu'il n'aimait pas et qui voulait se débarrasser tie sa sui^ veillance. Carré s*embarqua , en 1671, pour Bender-Abassi ; de là il se rendit a Bagdad, et traversa le désert. Durant ce traiet II eut beaucoup à souffrir. Ennn il arHvàllAlep, se rendit à Tripoli de Syrie, parcourut le Liban, s'embarqua à Seide, et arriva à Marseille. Peu de temps après, 11 fut renvové aux Indes par la route de terre.
îl a publié une relation avec ce titre : Foyage des Indes orientales, mêlé de plusieurs histoires curieuses, Paris, 1699, 2 vol. in-l>. Le premier Volume, qui contient le récit de son premier voyai^e, est beaucoup plus intéressant que le second, qui parle peu de sa dernière tournée et n'est guère rempli que d'histoires galantes^ Uétait à Visa*
pour en 1G73.
Cabbeau.— On appelait ainsi, avant l'adoption des armes à fto« une sorte de flèche dont le fer carré se trouve figuré dans les jeux de cartes, pour signifier avec les piques ^ selon l'explication qu'en donnent communément ceux
qui veulent voir dans des morceaux de carton peints des leçons de politique et de morale , les armes dont un roi prudent doit toujours leiiir ses ar8e<^ naux amplement iburnii.
On nommait encore C\riREAUi un coussin carré de velours que les femmes de qualité se faisaient porter à l'église, •pour se mettre commodément à ge« noiix pendant l'office. Les femmes des nobles d'épée avaient des carreaux garnis de galons d'or et d'argent; celles des liommes de robe en avaient seul^ ment avec des broderies en snic. Au* jourd'hni, personne ne fait porter des carreaux à l'église, parce que ce n'est plus une distinction. Quand les évé^ ques et les hauts dignitaires ecclésiastiques oflicient, ils ont des carreaux pour s'agenouiller. Dans les mariages de personnes riches, on en donne aux époux, à qui on en fait payer l'usage.
On appelait aussi G^abeau le pavé
900 Càà
des nus ; de là les expressions proYer-
bi aies , jeter sur le carreau^ rester sur le carreau. On dit encore le carreau de la Halle, pour le pavé de la Ualle.
Cabbsl (Nioolas-Armand). Ce nom réveille le souvenir d*un publiciste célèbre qui possédait plusieurs des qualités émînentesde rbomme d'État. Homme d'aetion et de pensée, ayant queloue chose de chevaleresque qu'il tenait ae sa nature, et qui n'avait hiit que se développer dans les camus où il avait passé les premières années de sa jeunesse ; imbu des plus nobles sentiments de patriotisme et partisan d'une sage démocratie ; âpre a la résistance , impétueux à l'attaoue; toujours au premier rang dans les moments de danger, mais généreux après la victoire, et ne voulant voir que des Français jdans les vaincus , Armand Carrel s'était concilié 1 estime de tous les partis. Son talent d'écrivain , sa bravoure militaire, et une grande fermeté de caractère, unie à beaucoup de grandeur d'âme, en ayaient fait un homme
Solitique de premier ordre et l'avaient ésigné pour chef au parti démocratique. Il entrait à peine dans i'â^e mur, lorsque le cours de sa vie fut brusquement interrompu par une déplorable catastrophe. Qui peut prévoir ce qu'il serait devenu, s'il n'eût pas sDceombé, dans sa trente-sixième année, victime de cette générosité qui lui faisait sans cesse prodiguer ses jours ! Toutefois, les actes et les écrits qui ont si bien rempli sa trop oourte existence suffiront pour lui assurer une place exceptionnelle. Sa réputation est au nombre de celles qui vont toujours en grandissant, [)arce qu'il a sincèrement aimé la patrie, parce qu*ii a mis à son service des lumières peu communes , et , ce qui n'est pas moins rare , un dévouement à toute épreuve.
Armand Carrel naquit à Rouen, le 8 mai 1800, de parents honora hlcment connus dans le commerce. Apres avoir terminé ses études au collège de sa ville natale , il décida , non sans peine, son père à permettre qu'il satisfit son goût pour la profession des armes.
Partisan du régime de la restauration.
GÂB
le père d'Armand Carrel violait ftirto
de son fils un négociant , comme lui ami de l'ordre de choses existant et plus soucieux de sa fortune personnelle
?ue de la fortune de la France; mais âme fortement trempée du jemie Carrel ne pouvait descendre à ces mes-
auins calculs. Bercé au son des chants e triomphe de Tempire , sa première doaleor avait été cdle qu'éprouva la France après les revers de 1814 et de 181â; et c'est sans doute à ce début dans la vie qu'il faut attribuer ce qu'il y avait de belliqueux dans son caractère. Convaincu que le jour ne pouvait tarder où nous prendrions notre revanche sur la coalition des rois, il persista dans sa vocation militaire pour avoir le droit de marcher un des premiers à l'ennemi. A force de supplications , il obtint d'entrer à l'école de Saint-Cyr. Il n*y fut pas plutôt qu'il se distingua par sa dextérité dans les exercices et son intelligence des manœuvres; mais il ne tarda pas non plus à mécontenter ses supérieurs par l'indépendance de ses principes et une hardiesse de patriotisme
âui n'était pas de mise dans un étalissement où, aujourd*hni encore, malgré la révolution de juillet, une aveugle obéissance est regardée conune le premier des devoirs et où toute opinion qui n'est pas celle du pouvoir suprême est rigoureusement proscrite.
TJn jour, dit F. Littré (*), le général d'Albignac qui commandait l'école, lui ayant dit qvrwec des opinions comme les siennes il ferait mieux détenir Faune dans le comptoir de son père : « Mon général y répondit Carrel avec un accent énergique, si Jamais je reprend»
tourne de mon père, ce ne sera pa$ pour mesurer de la toile. « Cette réponse audacieuse tit mettre l'élève aux arrêts, et il fut question de fexpulser. Mats Carrel écrivit directement au ministre de la guerre, lui exposa les faits et gagna complètement sa cause. »
Admis dans les rangs de Tarmée avec
(*) Dans la notice remarquable qu'il a publiée sur Carrel yojrez le Ifational du 19 octobre iS'iQ,
L*UNIV£RS
CAB FBANCE* «à»
le grade de sous-lieutenant, Gairel ne oena pas d'être animé des mêmes eenti-
ment de dédain pour des princes revenus à la suite de l'étranger; mais il affecta des allures insouciantes pour ne pas attirer les soupçons sur lui et rester plus libre d'agir* lorsque Toccasion lui paraîtrait opportune. Il fit une première tentative en 1821, et trempa dans la conspiration de Béfort qui À^oua j comme on sait. De Neuf- Brisach où il était en garnison avec le 29* de ligne , il se rendit secrètement à Béfort. Le complot Tenait d'y être découvert, et il n*eut que le temps de retourner en toute hâte à Neuf-Brisach pour ne pas être pris en flagrant dâitparaoD colonel qui épiait aa conduite, cependant ses principes politiques se prononçaient de jour en jour davantage. Le succès de la révolution d'Espagne, qui venait d'éclater, lui paraissait d'autant plus désirable , qu'il ne pourrait manquer de servir d'exemple à la France. De Marseille, où était venu son régiment, il écrivit une lettre d'assentiment aux oortès espagnoles , lettre qui fut saisie et portée a M. le baron de Damas , commandant de la dixième division militaire. Celui-ci fit de vains efforts pour obtenir du souslieutenant un désaveu de ce qu'il avait écrit, et la promesse de renoncer à ses liaisons politiques ; mais Carrel resta Inébranlable, quoique toudié des procédés bienveillants de M. de Damas à son égard. liOrsque le pouvernement français, cédant aux injonctions de la sainte alliance, se prépara à envoyer des troupes en Espagne pour v étouffer la liberté naissante, Carrel résolut de donner sa démission, et d'aller défendre en Espagne la cause de la ré* volution. C'était un acte extrêmement grave. Il s'agissait de porter les armes, non pas contre la France , comme l'ont prétendu les accusateurs de Carrel , mais enfin contre le gouvernement français. Convaincu que la cause de la France était la même que celle de l'Espagne, peu effrayé de perdre son avenir militaire, il n*hésita pas, et, après une renonciation officielle à une carrière qui ne lui semblait plus celle de
rhonneiir, il s'embarqua, dans le courant de Tannée 1823, sur un bateau pêcheur espagnol, qui le conduisit à Barcelone. On connaît l'issue de cette guerre. A la suite de privations infinies et d'une foule d'actes de bravoure et de dévouement, la légùm libérale étrangère, dans les rangs de laquelle servait Carrel en qualité de sous-lieutenant, fut obligée de déposer les ar»
mes en rase campagne , sous le fort de Figuières , mais seulement après avoir obtenu une capitulation honorable, pour éviter une plus long;iie effusion de sang entre des ennemis qui se portaient une commune estime. Devenu, par un singulier hasard, prisonnier du général Damas, Armand Carrel fut traduit, au mépris de cette capitulation, et bien qu'il eât cessé d'être militaire, devant un conseil de guerre, qui reconnut lui-même son incompétenee; mais , à la demande du procureur général, !a cotir de cassation cassa l'arrêt d'incomfx'tence, et, assimilant le prévenu et ses compagnons à des militaires , les renvoya devant le premier conseil de guerre des Pyrénées-Orientales. Cette fois, il fut condamné à mort. L'omission de quelques formalités légales empêcha seule que la sentence fut mise à exécution.
Renvoyé devant le conseil de guerre de la dixième division militaire , siégeant à Toulouse, il fut acquitté, aui applaudissements de Tauditoire. « Six VOIX sur sept ont été pour moi, dit-il, dans une lettre à M. Isambert ; jamais victoire ne fut plus complète. «Il faut lire , dans la notice de M. Littré , les souffrances que Carrel eut à endurer
Sendant toute la durée de cette procéure, le cruel régime de réclusion auquel il fut réduit, et la fermeté avec laquelle il se refusa constamment à implorer la clémence du roi , dont on lui offrait les gages les plus certains. Dans le cours de l'interrogatoire devant le conseil de guerre qui le condamna à mort, Carrel ayant opposé à l'accusation le témoignage de son honneur, le président du conseil osa lui dire: « Dans votre position , vous ne « pouvez invoquer 1 honneur. » A ces
lùùU , Carrel , ne suivant que Tinspi- comme Uni d'autres, des feintes dont Mitféll-d'iinè juste indignation, saisit FoppositiiMi dm quinte afts M eolK
" èhàise, et allait la jeter à la tête dn trait, il conçut le projet de fonder un
président, lorsqu'il fut entraîné hors de la salle par les soldats qui le gardaient.
Att ftoltir de la prtMn û» Tdttlousé, Carrel, pour qui la carrière militaire était complètement fermée, se trouva dénué de toute ressource. Bientôt 80D ttl«Dt d*feHvaln allait 1« tirar:
d^embarras, et lui fournir le moyen de prouver qu'on peut servir son pays
nouveau journal qui eût une allure plus hardie, un langage plus franc. Ce rot lui qui eut la première fdëi du National; le titre fut donné par lui; il faisait, dès ce moment, un pas en avant de la presse de la restauration.
La rédaction da Nmttmai iiit temiae à MM. Thiers, Mignet et Armand Car« rel, avec cet arrangement que chacun.
a^ec une plume aussi bien, et quelque- à son tour, aurait pendant un an la ditolu mieux ^ c^i'avee Ude e|»ée. Il com* reetit>B«iprédiedelaf6uiUe« M. Hiian,
ifiertça par 6tre le secrétaire de INI. Au-' oonmie le plus âgé , coiMnen^t et, à gustin Thierry, qu'il appelait Son premier maître , et qui l'occupa à ses travaux historique», k II ne resta qu'u» tempe très-court auprès de Thietorieii de la conquête de l'Angleterre par les
vrai dire, il n'y avait pas accord entre ses opinions et celles d'Armand Carrel.
Le national était évidemment fondé dans un but d'hoiUUté à la branche
aînée (les Rourbons; mais cette hosti-
Normands. Sa position était extrême- lite était ditïéremnient conçiie par les ment gênée; mais la campagne de Ca- deux rédacteurs en chef du National i talogne et la prison du Castillet Ta** je dis les deux, oar liL Mignet n'était
valent accoutumé à de rudes épreuves, et ni son courage, ni même son insouciance, n'étaient altérés par la vie qu'il menait II composa alors deux rémimét, l'un sur V Histoire ^ Ecosse , l'nutre sur VHistoire de la Giéce moderne.
Il rédigea la Revue américaine, recueil ^i contient de bons matérianxt «t où on retrouve l'esprit politique qui pré»
sida plus tard à la rédaction du National, et il Commença à écrire dans les Jottimaax : dans le CMiUMim^ nei, dans le Globe, dans la Revue française, dans le Producteur. Il publia son Histoire de la contre-révolu- Hon en Angleterre j début très-remarquable, où il avait évité à dessein de* ftiire des rapprochements entre les Stuarts et les Bourbons, mais où ces rapprochements éclatent malgré lui, et oh ses tendances politiques sont déjà toutes manifestes. C'est des travaux entrepris par lui à cette épo(|ue que date, sa prédiieclion pour l'histolreoonstitutioiinelle de l'Angleterre;, ce fut un sujet qu'il roula souvent dans sa tête , et qu'il n'avait jamais al)aadonné. »
Mais, ainsi que lé dit encore M.
Littré, la grande œuvre d* Armand * €arrel, o'est le National, « Fatigué r
qu'un représentant de M. Thiers. Celui-ci pensait qu'il fallait une révolution semblable a la révolution anglaise de 1688 : un prince du sang et one chambre des pairs pour sanctionner le mouvement. Cette politique est indiquée par les démarches de M. Thiers auprès du duc d'Orléans , et par un singulier article de cet écrivain, où , au inilien même de la révolution flagrante, il engageait la chambre des pain à prendre nnitiatire de l'insUrreotion contre là foywaté.
« Dès cette époque , les pensées de Carrel allaient plus loin ; aussi sa collaboration au National fut-elle rare, et il se borna presque à y insérer quelques articles de critique littéraire. 11 attendait le moment où il pourrait donner au National une physionomie plus démocratique, lorsque la- révolu* tion de juillet éclatant, amena son tour pins lot qu'on ne l'avait prévu. MM.
Thiers et Mignet entrèrent dans l'administration, et abandonnèrent le Ntt* tional. Carrel était alors absent* L'existence du National, en conséquence , fut remise en question.
M< Thiers songea à en fiiire un jour« nal ministériel; mais les actionnaires s'y refusèrent, et, dans rintérim.
' CAB FRAUCE. CAB m
M. Passy, l'ex-ministro du commerce, électif et responsable, la seconde cham-
iu% charge de le rédiger. Cependant bre éiectÏTO, le suffrage universel, la
rOiml rSnMéê n mMm (*)f MMé UMnédelt pre«e tnvfoMbllè tout Mi
àûire valoir les droits qu*il avait è partii. Avec ces réformes politi(]ué«,
devenir le rédacteur en chef du iVo^l<^- il croyait que les réformes sociales,
noL II éprouva quelques difficultés, dont Vimminence s'approche de ino-
gui lui furent suscitées, disait-il, par -BMiit tn Mumeiiti defimlfllit liéî^
•MéTbi*»; mais il en triompha , et il cables (*). »
•entra en possession du poste qui lui Quand Id branche atnée se crut
uippartenaiti La pensée révolutionnaire assez forte pour renverser par un coup
ri*oo Mfait tfoir présidé à la oféa- d'Stit la oeastilution qui ^nait ses
i du journal, le rôle honorable qu'il allarst rétrogrades , Armand Garrel fin
avait joué dans la révolution de juillet, le preniez à protester contre les or-
rarrivée de Tancien rédacteur en chef «lonnances de juillet. Elles parurent le
à des fonctions importantes dtns rad>> 16, et le même jour, avant midi, il
ministratiOo , tout osià avait rapide» fntblia un soppMmêDt an NtMmal qui
ment accru le nombre des abonnés; contenait ces ordonnances, et appelait
mais c'étaient des abonnés qui tous ne les citoyens à s'armer pour la défense
4ievaient pas être acquis aux opinions des lois. Le lendemain, il signa la uro-
qu'Armand Carrel allait incessam*- testation dos JotirMlisteSi Mais il ne
mvnt développer. Il fallut ménager les s'en tint pas \h , et, joignant l'exemple
•transitions; mais, de quelque pru- au précepte, il prit une part très-active
dence que le rédacteur en chef eih à ces mille combats dont les rues de
boIb do m couvrir, il ne put empêcher Paris devinrent le glorleuic théâtre. La
une grande portion du public qui était révolution avnit à peine triomphé dans
accouru au National de ral>nndonner. la capitale, qu'il partit pour Rouen,
Armand Carre! eut donc un nouveau allant chercher des auxiliaires qu'il
public à se créer, ot cfest là nue brilla devait ramener sur Rambouillet. Re-
flon talent. Le seul organe de ropinion venu aussitôt après, il reçut dans les
proscrite par les lois de septembre qui premiers jours d'août une mission pour
dit pu résister à la destruction est ce- les départements de l'Ouest. Il les vi-
lui qu'il a fondé. H obtint dm cette tita , raanged ou conserva les maires et
lutte un double succès: car, tandis les sous-préféts , et adressa au eouvei^
qu'il assurait à son journal un nombre nement un mémoire qui fixa ratten*"
suffisant d'abonnés pour le faire sub» tion. De retour de cette mission, il
«ister par ses propres foroes, il lui nAifla la pi#Mtur^ dd Cantal, à la*
donnait, par la grandeur du talent quelle il avait été nommé pendant son
qu'il y déployait, une autorité même absence, et, bien qu'on eilt inséré sa
aupréÎB de ceux qui en étaient les en* nomination dans le Moniteur, il alla
tiemis. repfsndre son posta au NtMoMd. Cé-
« Pénétré de Topinion que la dlstri- tait ce (]ue le nouveau gouvernement
bution des droits politiques, dans la craignait le plus, et il ne tarda pas à
constitution actuelle des sociétés, est se convaincre que ses inquiétudes
ce qui inOue le plus direotement sut étaient fondées. Vers le commencement
la distribution des biens matériels et de Tannée 1813, le ministère Périar,
moraux, il pensa que In France était be pouvant venir à bout de la presse
arrivée au point de franchir un degré opposante, imagina d'arrêter préven-
sur lequel elle hésite depuis quarante tivement les écrivains^ Si ce nouveau
ana , c*eBMHJire, de se passsr d'un fffstème avait prévalu, o*en était fait
gouvernement héréditaire. Suivant de la liberté de la presse. Peti effrayé
lui, le suprême magistrat devait être du succès (ju'avaient déjà obtenu plusieurs tentatives , et décidé à ne pas se
- (*) Le eoiMrmneiNi rattit envoyé en
- * Wft. ' (t)lLB.UBré,
L'UNIVERS
CAft
laisser ÎJicarcérer aussi facilement que qqetqaes-m» de ws confrères, CanMl
on porter un défi au pouvoir. Dans un article du 24 janvier 1832, article signé de sa niain, il déclara çue l'ar- .restation préventive des écrivains, hors le cas de flagrant déHt, était une illégalité; qu'il ne s'y soumettrait pas, et que, si on essayait de l'arrêter, il repousserait la force par la force. « U « faut, disait-il en terminant, il fitot « que le ministère sache qu'un seul « homme de cœur, ayant la loi pour « lui, peut jouer, à chances égales, sa « vie contre celle non-seulement de wpt « ou huit ministres, mais contre tous « les intérêts grands ou petits qui se « seraient attachés imprudemment à « la destinée d'un tel ministère. C'est « peu que la vie d'un homme tué furti- « vement au coin de la rue, dans le u désordre d'une émeute; mais c'est «beaucoup que la vie <run- homme « d'honneur, qui serait massacré chez « lui par les soires de M. Périer, en « résistant au nom de la loi : sou sang « crierait vengeance! Que le ministère « ose risquer œl enjeu , et peut-être il « ne gagnera pa<; la partie.
. « Le mandat de dépôt , sous prétexte « de flagrant délit, ne peut être dé- « cerné légalement contre les écrivains « de la presse périodique; et tout écri- « vain, pénétré de sa dignité de citoyen, « opposera la loi à rillégalitié, et la « force à la forée : c'est un devoir, ad- « vienne que pourra. »
Carrel se tint chez lui prêt à résister; mais on n'osa pas essayer de l'arrêter : on se borna à lui intenter on procès devant les tribunaux, qui reconnurent son droit par ua acquittement.
Dans une autre circonstance , Carrel déploya non moins d'audace devant la chambre des pairs. Le National avait été cité à la barre de ce tribunal exceptionnel pour un article qui était qualifié d'injurieux ; M. Rouen , gérant, était en cause, et Carrel plaidait pour lui.
Ayant nommé le maréchal Ney, il ajouta : « A ce nom , je m'arrête par « resi^ potir une glorieuse et lamen*
« table mémoire. Je n'ai pas mission « de dire s'il était plus ùdk de légaliser « la sentence de mort que larevisioii
« d'une procédure inique, les temps « ont prononcé. Aujourd'hui, le juge « a plus besoin de réhabilitation que la « victime. »
M. le président se lève et dit : « Dé- « fenseur, vous parlez devant la cham- « bre des pairs. Il y a ici des juges du « maréchal Ney ; dire que ces juges ont « plus besoin de réhabilitation que la « victime, c'est une expression, prenez- « y garde, qui pourrait être considérée « comme une offense. Je vous rappel* « lerai que le texte de loi dont j'ai eu « l'honneur de vous donner lecture, « serait aussi bien applicable à vos pa- « rôles qu*à Particle [dont M. Rouen « est ici responsable. »
Carrel, avec un geste et un accent iuexprimabies : « Si parmi les membres « qui ont voté la mort du maréchal Nejr, « et qui siègent dans cette enceinte, il « en est un qui se trouve blessé de mes « paroles, ^u'ii fasse une proposition « contre moi , qu*il me dénonce à cette « barre, j'y comparaîtrai; ie serai fier « d'être le premier homme de la généra- « tion de 1 830 qui viendra protester ici, « au nom de la France indignée, conte tre cet abominable assassinat. »
M. le général Excelmans se lève, et, emporté par une conviction profonde, s'écrie : « Je partage l'opinion du dé- « fenseur. Oui. la condamnation du ma- « réchal Ney a été im assassinat juridi- « que;jeledis,tnoi ! «Cette noble sortie du général Excelmans sauva seule Carrel du péril imminent auquel l'avait exposé le besoin de réhabiliter une des plus illustres victimes de la restauration, et de flétrir le crime avec d'autant plus de force, que ses auteurs sont plus puissants et plus haut placés.
C'était de la prison de Sainte-Pélagie
2ue Carrel était ailé défendre M . Rouen la barre de la chambre des pairs.
Pour avoir sa part des emprisonnements que subissait M. Pauhn, en sa qualité de gérant du National, il avait voulu signer le journal oomine ténttt et courir la même diance. MM. Scfaef* fer et Conseil ayant suivi son exiemple^
Câft
CAR
ils furent condamnés tous les trois, non pas par le jury, mais par la cour
I'ugeant sans jurés, pour un article que *on assimila à un compte rendu d'audiences. MM. Carrel et Scheffer subirent seuls leur emprisonnement, le nalheareux Conseil mot péri de la mort des naufragés, dans un Toyage qu'il fit sur la Seme.
lie caractère entier de Carrel et son r61e de défenseur du parti démocratique l'exposaient à des dangers incessants, et plus qu'à tout autre il lui était (lifiicile d'éviter les combats singuliers. Mais on aurait tort de croire qu'il lea recherebait; il a prononcé au ht de mort une parole qui montre ce qu'il y a de fatal et d'irrésistible dans la position de quelques chefs de parti : « Le porte-drapeau du régiment est le « plus exposé. » Dépendait-il de lui qu'alors la phalange démocratique fût autre chose qu'un régiment? INous ne le croyons pas. Dans tous les duels où Carrel était témoin, il s'efforçait toujours de terminer la querelle" par un arrangement à l'amiable, et il y réus- •issait le plus souvent, parce qu'il
{>ossédait Part de ménager exactement 'honneur des deux adversaires, tout en les amenant à une transaction. Mais quand il s'agissait de lui , il était moins traitable. Il a eu dans sa carrière de journaliste trois duels politiques. Dès les premiers jours de l'existence du Natumal, M. Tliiers eut, avec le Dra^ peauhlanCy une discussion qui amena une explication et un duel. Ce fut Carrel qui se battit contre un des rédacteurs du Drapeau Maw. Gelul-d fut l^fèrement blessé à la main d'un coup de pistolet. En 1833, la duchesse de Berri ayant été enfermée au château de Blaye, des journaux, le Corsaire entre autres, lancèrent quelques plaisanteries à ce sujet; les carlistes s'en offensèrent ; un rédacteur du Corsaire fut blessé dans une rencontre. Les carlistes ayant, après oetle afiEaire, renouvelé leurs menaces, Carrel annonça que ces messieurs trouveraient nu National tout autant d'adversairesqu'ils en pourjrsâent désirer. Ils envoyèrent aussitôt une liste de dix noms, parmi lesquels
Carrel choisit celui de M. Boux-Laborie, dont la personne lui était complètement ineonnue. Dans le duel à l'epée qui s'ensuivit, les deux adversaires fu* rent blessés , M. Roux-Laborie de deux coups dans le bras et dans la main, Carrel d'un eoup dans le ventre qui mit sa vie en péril.
« La blessure de Carrel montra que, dès cette époque, un grand intérêt s'attachait à lui. Ce ne fut pas seulement de son parti qu'il en reçut des témoignages; mais les hommes les plus éloignés de lui par leurs opinions politiques saisirent cette occasion de luj prouver qu'ils ne méconnaissaient ni son talent ni son caractère, et que son avenir leur importait.» Cependant malgré les remontrances de ses amis et de tant de personnes étrangères , malgré la promesse qu'il fit de ne plus compromettre une existence dont chacun reconnaissait le prix, Armand Carrel mourut en 1886, éèt suites d'un nouveau duel. Cette fois encore , ce n'était pas pour lui qu'il se battait, c'était pour un autre, c'était surtout pour apprendre aux détracteurs du parti démocratique à le respecter. Mais la fortune favorisa M. Emile de Girardin, et la France eut à pleurer la perte d'un . beau génie.
Il nous serait impossible d'entrer dans un examen détaillé des opinions, on pourrait dire du système d'Armand Carrel. Quelques traits généraux suffiront pour le rappeler au souvenir du lecteur.
L'anéantissementdestraitésde 1815, e'est-à-dire la réhabilitation de la France en Europe, tel devait être, suivant lui, l'objet constant de notre politique extérieure. L'alliance anglaise, aux conditions du moins où M. de Talleyrand avait été autorisé à la conclure, lui paraissait un mauvais moyen de
f>arvenir à ce résultat. iVul mieux que ui n'a prévu et prédit les tristes mé-
f irises que nous réservait l'égoïsme lypocrite du pouvernement anglais. Il redoutait également l'alliance russe.
Dans ses belles discussions sur la question d'Orient, il combattit un engouement aveugle* et il pensait qu*entie
M «Ali vwm
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raiabitmmsseel rambtcioo tuftlatse^ U B*y a ite place que p^itr mit oeotralité. 8a mnièN d*9HUmlxû k polt^
tique intérieure est trop connue et trop nationale pour que nous insiiitions sur çe sujet. RÎâis nous ne pouvons résister m béioin de citer quelques f ra^mesta empruntés à une brochure publiée par )ui en 1835 sous ce titre : Extrait du dossier d'ut^ prévenu de comuliciU VMToU éBO» fMMtat duWàjulMi, On y trouvera un jugement remarqua^ ble sur la réforme sociale, ou, pour mieux dire, sur ce qui lui semulait pnM^iiienMiit pratioam
« Ceux qui aiment les tâches toutes faites auraient voulu, peut-être, qu'on n'ajoutât pas aux difliciUtés de la ré^ Ibmie politiqua «b jetant dans la dis« eussioB des théories de réforme so-* cîale; mais la liberté appelle chacun à apporter le tribut de ses lumières et de tes inspirations, ddt cette sainta toa* eurrence susciter quelquefois au pro* grès lui-même des difficultés inatten"»
dues. Si réellement une révolution dans Tordre politique ne pouvait être heu* reuse et assurée qii*aB s*appuyant su* de profondes réformes sociales, ne serait-ce pas nous rendre service que de nous indiquer jusqu'où peuvent être poussées certaines exigences? Ga B*aiië pas nous retarder, auoi qu'en puissent dire quelques-uns de nos amis; c'est nous éclairer, c'est nous forcer à nie- Nous aYoas donc besoin de connattré d'avance les intérêts, les tendances, les passions même et les ressentiments de toutes ks pavtiaagui coaiposent fa majorité nationale. Si Ton aat» féièla des besoins et des prétentions que nous oe connaissions pas et avec lesquels il ftttdratt eompter têt oa tard, humi»
Uona MCra orgueil : nous noua étions crus, sans doute avant le temps, maîtres d'une besogne qui passait encore notre science et nos forces (p. 4). »
« Le but da lavégénératiOB moraledu riche et du pauvre est celui auquel tend aujourd'hui la société, par les voies de la liberté, quelque contrariée qu'elle soit dans son défaloppemant par la léslatam éê friacîpe monaiablqaa;
;i0tt8 en attealOBl le haut intérêt, Téiridante sympathie avec lesquels tons Jaa organes de la publicité, ceux même qui représentent des débris d'idées aristocratiques, se livrent à la discussion de toutes ces vues économiques qui tendent à efiacer» antra la richesse et la pauvreté, entre la propriété et la non-propriété, l'inégalité de fait consacrée par le monopole politique. A cet égndf les idées aant ém dsn^iède en avant du couvernement. Qu'aujourd'hui, dans celte France célèbre, qui a brisé dix coalitions par la valeur et Hntellifienoe dB sa déimeretie , la tnk vailleur à la journée rencontre pour tout établissement de crédit le montde-pieté, pour toute retraite l'bépital, ponr tonte ehanee dn Coptune la Iota» rie, pour tout erKoumgSflunt à la moralité la caisse d'épartrne; c'est une bonté à la nation éclairée qui 1^ sou^ fire (p. 25). »
• « il faut se rattacher à notre pria* cipe de liberté et de représentation nationale de 89, comme à un point dedépart à jamais consacré et inattaquable. Lee iKBua généraux de bonlieuv commun empruntés à la déclaration des droits, de Maximilien Robespierre , sont légitimes i niais la réaiisation de ees vœux ne pewt ttra atteinte que par les légitimes voies qu'une représentation réelle du pays, débattant contra- * dictoirement les'intéréts de tous, est seule en peeseesion de fonrniv. R finit çue notre démocratie de 1830 s'avoue à elle-même qu'elle n'est plus la démocratie de 89, qu'elle a gramti en Éptitode de tonte espèca La lutté qu'elle ne povfait pas soutenir, il 3^ a quarante ans, contre la supériorité intellectuelle du riche, elle est en état de ^accepter aujourd'hui , et oe n'est plus pour elle que le soiifraga wnivenef ae> rait un leurre (p. 28). »
« Les réformes politiques sont le seul moyen logique, régulier, sûr et légitime) de décider lea améMoratteng sociales (p. 57). »
« Les opinions de Carre! , dit M. Lit> tré, à qui nous avons emprunté cea èstraits, rassortent évidemmenl dnt fipagnienlB ^ je viens ^mltniné^
CAR FAi
son écrit sur la déclaration de ïlobeS'^ pierre. Ce qui lui semblait le plus proi cbainemeut praticable, c'était une re<* foQt9 dos leit de douane et d'impôt, de telle sorte que le pauvre fût niénnp;é et le riche mis à contribution; c'était uo renianiemeot des institutions qui «HWtiellefnent deetinées à fMroi téger le fort tt à «oimirinMr le faible; et, connue moyen d'ontenfr et de con- ^oiid^r cet. qrdre de cboses , il voyait le SQfNgft nBîfeniet. Mai» teiit eeta> n'était que transitoire : Garrel avouait n'avoir sur ce qu'il y avait à faire au delà, quç des vœux , des es{ieraooee, dea presaentioienti, et point de convictions scientifiques; il pensait que, le terrain étant ainsi déblayé, on
3irerrait plus clair. En ce moment, et. ans l'étal actuel d^ choses, rborizon* pour lui s'arrêtait là; et û pensait çu'ik .allait passer par ces ninéliorationsi nréliininaires pour atteindre à un autre horizon, et pour reconnaître la possibilité de ce qui paraît actuellement impossible. 11 était resté persuadé de ce qu'il avait écrit plusieurs années auparavant dans le Producteur :
« Le travail , dont l'ingénieux Fran* klin fit toute la science du bonhomme Richard, sera le dernier réformateur de la vieille l:^uropQ. Les progrès des lumières et du bien-être faront germer des vertus publiques là où il n'y a que trop longtemps eu que des vertus privées. Le sanctuaire des sciences, des arts et de l'ioduatiie , redevieadra peat nous le Panthéon national , dont db* guère fut déshéritée notre gloire militaire; c'est ^iiisi que nous prétendons matérîaliaer la sooiéli »
« Quel Que iiàlie cbemtn que Ganral avait parcouru en considération, en influence, en renommée, depuis 1830 jusqu'en 1836, cependant ce ne sera riea exagérer qued avancer que l'avenir qui se préparait pour lui était bien autrement grand , et que Carrel était loin du terme où une noble ambition doit aspirer. Il entrait dans cette période de. la vie où le talent n'a rien perdu de sa vigueur, mais où il est plus sùr, plus., maître de soi, plus puissant et plus uar^ A tmlMilL.aas, ^e «e jbMfak
NCE*. OàM lOf
pas espérer Thomme qui déjà avait tant tenu; l'écrivain politique que nul n'é-* galait dans sa polémique ardente et colorée; le publiciste gui afaîl traité les questions le.s plus diverses avec tant de supériorité et d'un point de vue qui toujours lui appartenait; l'homme po-^ litique que. Bien n.*avait fait dévier d« ses principes; l'homme de vi^^ueur et de décision qui desi^endait dans le journalisme comme dans, un diainp closl.
Aux proehaiMS êieelieM gèMtalea,.
Garrel aurait été élu député. Ses plu*, doyers devant les tribunaux montrent que le talent de la parole ne lui aurait»
tjas manqué, et il aurait tfeufé dam- 'éoefgÎB de son caractère, dans Tih.
propos qui ne l'abandonnait jamais, dans ses antécédents qui le rendaient redoutable à certains homraea du pouvuir actuel, de quoi se faire une place grande et singulière dans l'assemblée.
Connu déjà par quelques paçes bis>toriques que M. de Cliateaubriand ad-> mirait, il allait par un ouvrage le pluai approprié à son talent éleviiwigraad; monument littéraire.
«Une tombe solitaire, dans un ci-mctière de i411age, a reçu les vesiee< d'Armand Carrel; mais sa mémoire demeurera dans le cœur de ceux qui l'ont connu ; et lorsqu'à leur tour ils se* rontdesoeadualàoùU Ieaapiréeédé8,la France, oonune il le disait sur son lit dec mort , se souviendra encore de lui (*), » Carbèbb, nom d'une famille de mé< decins, tooanêa àPerpigna». F^. Cas*' ■iim, né en 1692, lut nommé, eu i or>7, premier méderindesaitnéeedu roi d'Es«.
po^ie, et mourut en 16Sê.JEM. Cas- BÈBB, son neveu, né enl68ê,futrecteuv> de la lacuM de niédeeine de sa viHe natale, et y mourut en 1737. Th. Car- RKRE, fils de .loseph , né en 1714, fut doyen du collège de médecine, et mourut en 1794. Oin a de lui, entre autrea opuscules, un Traité des eaux mincrales^uJiouasiUon, 1756, in -8°, le premier ouvrs^e qui ait paru sur les eaux minéralfla moette poviace./.^^-M»'»
CABBÈBB,filsdn (^récédent,néenl740, fut d'abord protesseur de médeeine
0Em.Iiii«é,ibi4.
CAE
L*imnERS.
CAR
dans sa patrfe , reçut en fief les eaux minérales d'Escaldas, et devint ensuite inspecteur général de celles du Roussillon. Smnt alors fixé à Paris, il fut nommé membre de la société de médecine , passa ensuite en Espagne et eu Portugal, et mourut à ^roelODe en 1803. On a de lui un grand nombre d*oavrages, parmi lesquels nous citerons : liibliothèque littéraire, historique et critique de La médecine ancienne et moderne, dont il n'a paru que deux Tolumes; Catalogue raisonné des ouvrages qui ont été publiés sur les eaux minérales en général* et sur celles de France en particmer, 1786, in-^*"; Tableau de Lisbonne en 1796, suivi de lettres écrites en Portugal sur l'état ancien et moderne de ce royaume, Paris, 1797, in-8**, ouvrage anonyme , où Fauteur, devenu éloquent à force d'indignation , trace un tableau animé de ce peuple et de ce gouvernement tombés au dernier état de dégradation politique. Pendant son séjour en Espagne, Carrère avait recueilli, sur ce royaume, un grand nombre de notes dont M. Alexandre de la Borde s'est servi dans son Itinéraire dneriptif
Cabbbt (Michel), chirurgien de Lvon , né vers 1753, se montra d'abord aelé partisan de la liberté, et fut nommé en 1798 au Conseil des Cinq-Cents, où Ton fut surpris de lui voir émettre des opinions antinationales; il passa au tribunat après le 18 brumaire et fut placé à la cour des comptes pour prix de ses complaisances; il mourut a Paris, en 1820.
Cabubb (Jean -Baptiste), fun des hommes qui , par leurs crimes , ont fait le plus de tort à la cause de la révolution , naquit à Yolai, près d'Aurillac, en 1756. Il entra, en 1792, à la Convention nationale, contribua, le 10 mars 1793, à la formation du tribunal révolutionnaire , vota la mort de Louis XYI , demanda l'arrestation du duc d'Orléans, et prit une part trèsactiveà la journée du 31 mai. Envoyé d'abord en JSormandie, où il se signala par son exaltation , mais ne oommit
aucun acte repréhensible , Carrier parut a Nantes le 8 octobre 1793. La guerre civile embrasait les départements de l'Ouest : il avait ordre de réprimer la révolte par les mesiires les plus sévères ; mais il dépassa bientôt tout ce que ses iustructions renfermaient de rigoureux. Il s'entoura d*bommes féroces , encombra les prisons, et envoya impitoyablement a la guillotine ceux qui lui étaient signalés comme suspects. La déroute des Vendéens, battus à Savenay, donna un nouvel essor à sa rage. Les cachots regorgeaient de détenus , les juges ne pouvaient sufQre aux condamnations ; il suspendit les procédures , et envoya indistinctement à la mort les malheureux qu'il avait privés de la liberté. Ce moyen même lui parut trop lent, il voulut que les prisonniers fussent exécutés en masse , sans formes , ni procès. Quatre-vingt-quatorze prêtres furent, par ses ordres, Jetés sur un bateau à soupape, et coulés à fond dans la nuit du 15 au 16 novembre 1793. Peu de jours après , une seconde exécution pareille de cinquante -huit prêtres eut encore lieu, et elle fut suivie de plusieurs autses. Mais Carrier ne rendit compte à la Convention que de la première; et, dans son rapport , il raconta la mort de ses victimes comme un naufrage heureux et fortuit. Bientfjt i'infiîme proconsul ne connut plus de frein ; une compagnie formée de tout ce que Nantes et la Bretagne renfermaient d'hommes flétris par les lois, fut chargée, sous les ordres de deux scélérats, nommés Fouquet et Lambertye, d'exterminer sans jugement,tous les malheureux que Ton faisait incarcérer. Un vaste édifice, nommé Ventrepôt, servait à entasser les victimes dévouées à la mort.
On y jetait péle-méie des hommes, des femmes , des enfants et des vieillards. Chaque soir, on venait les prendre pour les mettre sur les bateaux ; là , on les liait deux à deux, et on les précipitait dans l'eau en les poussant à coups de sabre et de baïonnette, car on ne se donnait plus le temps de préparer des bateaux à soupapes.
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Ces moyens ne suffisaient point à .la fureur de Carrier; chaque jour, des centaines de prisonniers étaient encore fusillés dans les carrières du 'Gigan. Toutes œs expéditions étaient faites par ses ordres ; les débats de son procès l'ont prouvé jusqu'à l'évidence; mais pour en dérober ^la connaissance à la Convention, il avait soin de les déguiser 4 dans ses ordres écrits , par l'expression de translation de détenus y expression oui, dans le langage de ses compilées, était devenue synonyme de noyade et de fusillade; enfin, le tribunal révolutionnaire de JSantes n'en continuait pas moins ses procédures, et faisait également le procès aux morts et aux vivants. Lonj^temps la terreur qu'inspiraient toutes ces horreurs, et la cropnce où l'on était à Nantes qu'elles étaient approuvées par la Convention , empêchèrent toutes les dénonciations.
Cependant les membres du comité de salut public finirent par en être informés, et ils se hâtèrent de rappeler Carrier. Déjà ils se préparaient à sévir contre lui , lorsque la révolution du 9 thermidor vint le sauver , pour quel-
3ues jours du moins , en le délivrant e ses juges. Mais la clameur publique s'élevait contre lui avec trop d'énergie; les auteurs de cette révolution, malgré leur sympathie pour un homme qui venait de courir les mêmes dangers qu'eux , furent forcés de l'abandonner à la rigueur des lois. Décrété d*aocosation le 38 novembre 1794,- Carrier fut traduit au tribunal révolutionnaire le 25 novembre, et condamné à mort le 16 décembre. On doit consulter, sur ses crimes et sur son pro* ces, l'ouvrage intitulé : le Système de dépopulation, ou la vie et les crimes de Carrier, son procès et celui du commué réoobOUmnalre de Nantes, par Graccbus Babeuf, Paris, an m, in-8".
Cabbièbes. Voyez Fjuncs (productions de la).
CABBiiBBCS (le p. Louis de) , oratorien , auteur d'un Commentaire littéral (le la Bible^ qui a été inséré dans les Bibles de Sacy et de Vence ; né en 1662, mort en 1717.
Carron (Didier), maréchal des logis chef au 16" régiment de dragons, né à Saint-Genis-Laval (Rhône), contribua, par son audace, lors de l'affaire de Nonencourt, le to vendémiaire an ly, à arrêter les Vendéens, qui , malgré la supériorité de leurs forces, furent obligés d'évacuer. la ville ; mais il perdit la vie dans cette action.
Cabron (Gui -Toussaint- Julien), un des prêtres les plus vertueux dont
Suisse s*bonorer la Elance , naquit à lennesen 1760. Nommé vicaire delà
paroisse de Saint-Germain de Rennes, dès 1785, il créa une manufacture de toile à voile , de mouchoirs et de cotonnades , où deux mille pauvres étaient employés. Kn 1792, il fut déporté a Jersey, comme prêtre non assermenté, fonda dans cette lie des écoles, une bibliothèque et une pharmacie pour les émigrés, et transporta, en 1796, ses établissements à Londres où, jusqu'en 1814, il se consacra entièrement à des oeuvres de charité. A cette époque il revint en France et fonda, a Paris, V Institut royal de Marie-Thérèse y établi près du Val de Grâce. Il mourut le 15 mars 1831, ayant continué , jusqu'à son dernier moment , sa vie d'abnégation et de.
dévouement. L'abbé Carron a laissé un très-grand nombre d*ouvrages de piété, dont nous citerons seulement le plus remarquable : les Confesseurs de la foi en France à la fin du dix-hui' mme siècle, 1890, 4 vol. in-8*.
Cabbosses. Voyez Voitubes.
Carbodsels. — Les carrousels étaient des courses de chariots et de chevaux, ou des fétès magnifiques que se donnaient entre eux des princes ou de grands seigneurs vêtus et équi-
f>és à la manière des anciens chevaiers, et divisés en quadrilles.
Cz mot, suivant quelques écrivains, vient de l'italien carosello, diminutif de carro, ciiariot j d'autres font remonter rorigine des carrousels au temps de la déesse Circé , laquelle, disent-ils, institua , en l'honneur du soleil dont elle était fille , des jeux qui consistaient principalement en des
T. lY. 14" Livraison, (DiCT. £NCYCL., etc.)
(tlO CâE L'UNIVERS. ' CAB
•counas dé chariots : ees demiort font bague, lei têtw {*) ; où ils ftiMieiit la
dérjvar carrousel de curnu soUi, foule (*') , etc. Ces jeux aTaiant ram-
Les quadrilles étaient en grand placé les joutes et les tournois où nvnît
usage chez les Gotbs, chez les Maures péri un roi de France. Mais depu^
et Qhai lés Italians. Us na forent îih Louis XIV, at mêma depuis la viail-
troduits en France que sous Henri IV; lesse de ce prinoa , cas diTertfsaamaiita
le premier carrousel eut lieu, en 1605, cessèrent aussi d*être de mode, à rhdtel de Bourgogne ; le second , en Gabs ( Laurent ), graveur , naquit 4606, dans la cour du Louvre. Il y en à Lyon, en 1708, et fat envoyé par son eut plusieurs très-brillants sous Ltoui* pcrè à Paria pour étudier la peinture XIV. Un manuscrit précieux , con- chez Lemoyne. Ce fut par les leçons serve à la bibliothèque de Versailles , et d'après les tableaux de ce peintre représente les principales scènes de que Cars forma sa manière. En effet, ees damiers ; on y voit, dans leur cos- cet artiste est h la gravure ce que Letume de circonstance, tous les spi- moyne est à la peinture. Ce fut lui qui gnours de la cour qui prirent part à commença à introduire dans Tart de ces fêtes. graver cette facilité de dessin dont On distinguait phiaiaors parties Lemoyneavaitdonnérexênnpledans la dans les carrousels: l*la lice, c'est-à- peinture. Cependant, maigre ce défaut, dire le lieu où se donnait le carrousel, qtii eut de fticheuscs conséquences entouré d'amphithéâtres pour les da- pour l'école en général, Cars est Tuu mes et les principaux spectateurs; 3^ de nos plus grands graveurs. Il con-. le sujet qui était une représentation al- sacra son talent à reproduire les œulégorique de quelque événement pris vres de Lemoyne , et ses gravures dans la fable ou dans l'histoire : le d'Hercule et Onwhale, de l'Allégorie carrousel de 1606 reprâientait les qua- Mr la féeondidé de la reine ^ de la tre élénients, l'Kau, le Feu, l'Air et la Thèse de renittdoWy sont vraiment Terre. T.es chevaliers étaient habillés des chefs-d'œuvre, bien que la mode en T^aïades, en Faunes, en Mercure, en les ait fait un peu oublier. Cars était Neptune, en Orphée, etc.; celui qui membre de PÂeadémie de peinture de-' se donna devant les Tuileries, sous puis 1733, et conseiller de cette as- Louis XIV, représentait quatre na- semblée depuis 1757. Il mourut en tions : les Romains commaiidés par le 1771. Il fut le chef d'une nombreuse roi lui-même , les Persans par Mon- école. Parmi ses élèves on doit citer sieur, les Turcs par M. le prince, Beauvarlet, Flipart, Saint- Aubin, et les IMoscovites par M. le duc; 3" on Jardinier, etc. donnait le nom de quadrilles aux dif- Cabteaux (Jean -François), né à férentes troupes de combattants, qui AUevan, dans le Forez, en' 1751, était se distinguaient par la forme des habits fils d'un drajzon du régiment de Thianet la diversité des couleurs. Outre les ges. Il fut élevé dans les garnisons , chevaliers qui composaient les qua- et suivit aux Invalides son père blessé drilles, il ^ avait une foule d ofliciers dans les guerres de Hanovre. Après qui prenaient part aox carrousels, avoir voyagé dans les diverses ooncomme le maître de camp et ses aides, , , . les hérauts , les pages , les estafiers, V > ^. """"t^'^ ^ H"* cxeicice les parrains et les juges ; 4" la corn- ÎLTPÎÏÏÎ parse était le nom par l<»uel on dé. ^S;!!"*^* tooie bnde m». ^ assignait rentrée d(» quadrilles dans Hchui. & course de têtes on cherchait à enla carrière au son des instruments ; j^,^^ t^te de carton av«e la Imee, oa 6» enlin , il v avait diverses espèces de à la frapper d'im dard, combats ou les combattants rom- ou anpeiail faire la fouU counr paient des lances, soit les uns contre «ans interrupiion les oos après la autres, les autres , soit contre la quintane en forounl aiÔèreDles figures charégraplii' ou figure de bois; où ils couraient la ques.
.4$ém4$ TEurope pour se perfeotion-
. UCT dans l'étude de la peinture, qui occupa sa jeunesse, il revint à Paris à l'époque de la révolution, et sedistingua à raffaire du lO août comme officier de la cavalerie de la garde nationale parisienne. Nommé adjudant commandant à la suite de cette journée, il futCBToyéà Tannée des Alpes, puis promu au grade de général, et chargé de dissiper les Marseillais révoltes qui jnarcbaieot au secours des Lyonuais.
Il 8*avaiiçi contre eux , les battit , et entra dans leurs murs au mois d'août 1793. De là , il s'avança sur Toulon,
..dont il commença le siéjçe. Mais une
Îiareille tflebe ébit au-dessus de ses orces. Carteauy , révoqué , remit ses troupes à Dugommier, parut un moment aux armées dltalie et des Alpes, fut ensuite arrêté par ordre du comité de salut public , et enfermé à la Conciergerie, le 2 janvier 17D4. Rendu à la liberté après le 9 thermidor, il lut mis, Tannée «uivante, à la téte de Tun des corps de- l*armée de TOuest.
Destitué de nouveau an bout de quelques moi&, il se plaignit yï veinent à la Convention, lui rappela ses seirvieesi et la défendit, en eSéi , avec intrépidité au 13 vendémiaire. Il fut réintéi^rv. à la suite de cette journée, et employé jusqu'en 1801 , ou il devint Tun des admmistrateurs de la loterie.
Après trois ans d'exercice , il fut nommé, en 1804, au commandement de la principauté de Piombino, revint en France en 1805, reçut alors une pension de l'ancien ofGcier d'artillerie qui avait servi sous lui à l'armée de Toulon , et mourut en 1813-
Cabtei.. — On appelait ainsi, une mesure de capacité pour les grains, usitée à Rocroy , à Mézières, et dans d'autres lieux. Ëlle variait suivant les localités.
Cartel. Voysff ComMkX nVOîh XlEB et Duel.
Caaiellieh (Pierre), qui partage «vee Cbaodet Thonneur d'être TunuleB 4)befs de notre école moderne de sculpture , naquit à Paris , le 2 décembre 1757. Son ^re. pauvre ouvrier mécanicien, le laissa mm à^màm une car-
rière bien difIQefle , mais vers laquelle il était attiré par une force irrésistible. Le jeune Carteliier étudia d'abord à l'école gratuite de dessin, et fut ensuite admis dans l'atelier de Charles- Antoine Bridan. Il commençait à peine à faire quelques progrès dans son art , lorsqu'il perdit son père ; et , à Tâge de dlix^sept ans, il fiit obligé de travailler pour vivre et soutenir sa mere. Loin de se dérouraser , il redoubla d'elïort^, et travailla, comme on dit, profame ei/hnuL Des modèles de pendules, des ornements d'orfèvrerie et de bronzerie , étaient son occupation ordinaire. On conçoit qu'obligé de donner un temps précieui à un travail nécessaire , mais peu instructif, Carteliier , malgré ses efforts et ceux de Bridan , n'ait nu obtenir le grand prbc. Beui fuis li ooncoHmi sans succès ; il lui fallut venonoer au voyage de Rome.
. La 1792 , Carteliier produisit son premier ouvrage : c'étnt un groupe
représentant la Nature appuyée sur la Liberté et F Égalité. L'artiste était de son temps; jeune et pauvre, il s'en* tfaousiasma pour les ioées nouvelles , et c'est à elles qu'il dut sa première inspiration. Il fut charpé par le gouvernement de faire pour le Panthéon nn bas-relief (aujourd'hui détruit) représentant'Ai FoiTe et la f^idoêrêm Carteliier commençait à se faire connaître, lorsqu'il exposa, en 1796, une figure en terre cuite represeuUmt l'yim iiié arrosantun arbmte (tune main, ( t le pressant de rautrc sur son cœur. Cette ligure, dont la pensée délicate et l'attitude gracieuse lurent geiiéraleraent admirées , valut à son auteur un prix d'encouragement. Des lors, connu et apprécié , Carteliier fut chargé eu ISUQ par Chalgrin , gui restaurait le Luxembourg , de faire deux statues, la Fiailance ei la Guerre , pour la façade méridionale de ce palais (cette façade n'existe plus (*) : la statue de la guerre est sur-
(*) Le ministre de rinfrrîciir voulant f;oaserver ces deux ouvrages qui ne pouvaient plus figurfr «ir .lu anavolle (açidfli,
CAR
CàM
tout ranaïquaUe. « Elle offre un ca- jeune fille timide à cacher les beao* ractère simple et grindinsp, nn style tés dont la nature l'a douée; l'extout à la fois monuiiiental tt vrai, pression de la physionomie est pure et dont la sculpture n'avait point pré- gracieuse, parfaitement d'accord avec - tenté d*exeniple depuis longtemps. La * le sentiment dont elle parait émue; déesse , en levant vivement les deux on peut, il est vrai, reprocher un peu bras, manifeste par là son activité, et de maisireur à quelques parties de ses bras s'unissent avec le mur qui cette statue ; mais ces mêmes parties sert de fond , d*une manike oui pa- sont d*un dessin si délicat , quVn ne raît naturelle; de la main gauche elle s'arrête point aux défauts. » tient un foudre, de la droite une épée; L'année suivante, Cartellier exposa par terre, sur le devant, est une corne le bas-relief représentant les Jeunes d*abonâance que la guerre foule aux JlUes de Sparte dansant devatU un pieds ; une tunique courte forme sur autel de Diane. Ce bas-relief , qu^on ses chairs, par des plis larges et élé- voit au musée des antiques, dans la gants, une riciiesse sans embarras. Il salle du candélabre, soutient la comya dans cette ligure autant de grfloeque paraison avec les chefs-d'oeuvre de d'élévation et d'énergie (*). » En 1801, il l'antiquité auprès desquels il est placé, exposa le modèle en plâtre de l'un de II exécuta, en 1804, la Statue (W-irisses meilleurs ouvrages, c'est-à-dire, de tide, placée au Luxembourg. CarteU la sXâtue ûe la Pudeur. Cette statue, lier a choisi le moment où Aristide exécutée en marbre en 1 808, fotd'abord remet au paysan la coquille sur laplarée h la Malmaison ; depuis la mort quelle il a écrit son nom. « L'antide Joséphine, elle a été transportée en quite, dit M. Q. deQuincy (*), n'aurait Angleterre! N'est-ce pas un faitdéplo- pas mieux , dans la patrie du person- 'raole, que la plupart des diefs-d^oeuvre nage , fait ressortir cet héroïsme de de nos artistes soient , par l'incurie simplicité qui caractérise l'honime des gouvernements ou l'insouciance juste en butte à l'ignorante prévenues citoyens , vendus à l'étranger , et tion de la multitude : naïveté de pose cela si fréquemment, que notre sol, et d*action, vérité de style, justesse de privé de ces ornements, passe, apfès costume, on dirait une statue retrouces spoliations, pour ne rien produire vee on restituée. » Cartellier exécuta de comparable à ces œuvres étrange- ensuite la Statue de fergniaud, son res qui renoombrent ? Ils ne prendront chef-d*œuvre,destinéeà être plaoéedans pas ces lignes pour une exagération , l'escalier du Luxembourg. « Pour don- Ceax. qui ont visité notre musée de ner à cette figure le mouvement propre sculpture, et qui savent combien de àcaractéri.ser l'orateur dont il modelait morceaux qui devraient s'y trouver l'image, Cartellier supposa qu'ai^ité la sont aujourd'hui hors de mnce ! nuit par le sujet qu'il devait traiter le La statue de la Pudeur , que d'au- lendemaiïi à la tribune , Vergniaud très ont pu admirer, fixa la réputation est tout à coup sorti de son lit , et de Cartellier. Ne connaissant pas ce que, enveloppe seulement d'un man-
idée : <« La Pudeur est une magnifique cette pensée. Une lampe allumée près
ligure de grandeur naturelle; son a^ de l'orateur indique l'heure et le lieu
titude exprime parfaitement le senti- de la scène ; la poitrine , une jambe et
ment d'inquiétude qui engage une un bras nus, traités avec autant de fermeté que de naturel; la vigueur des
let a fait placer à droite et a gaudie des ««ains, les plis abondants et Simples du
deux panllons située du eété de la me da manteau, semblèrent imiter l'éloquence
Tburnon. uervcttse et grandiose du girondin.
(*) Article Cartellier de la Biographie
bel ouvrage, nous citerons le rapport
du jury décennal, pour en donner une
4uuver$eUe, par M. Em. David.
(*) Notioe sur Cartellier.
CAR
CAS
L'exécution futsoignée autant que mâle Pt savante Jamais peut-être Cartellier ne s'était montré si habile dans cette prtie de l'art : cette statue , disait-il lui-même , est le moins faible de mes ouvrages (*). » Cependant cette statue est restée exécutée seulement en plâtre (**). En 1808, il exposa le modèle en plâtre de la statue de Louis Bonaparie, roi de Hollande; cette belle Statue, exécutée en marbre en 1810, est aujourd'hui au musée de Versailles. Louis est représenté en costume de connétable de France. Cartellier aborda franchement la difficulté du costume moderne , et il prouva que ce costume était noble et beau quand on savait le traiter convenablement; c'est en fffet à cela que se réduit la question. £n 1810, Cartellier sculpta audessus de la porte principale du Lou* vre un grand bas-relief représentant la Gloire debout dans un quadrige vu de face. La déesse sortant de son palais, parcourt un champ de trophées, et distribue des couronnes ; ses chevaux , conduits par deux génies , s'élancent dans la carrière. Ce bas-relief, l'une des plus belles productions de notre sculpture monumentale, a été critiqué cependant , à cause de la disposition des chevaux. Il est tellement impossible de les placer autrement, que les aneiens, nos maîtres en sculpture , les ont toujours ainsi représentés en pareille occasion (***}.
Après ce bas-relief, Cartellier lit pour Tare de triomphe du Carrousel un autre bas-reliet représentant la Capitulation d'Llm. Cette sculpture, où la dignité du style égale le mouvement et la vie, est une preuve que Part national , traité par d*habiles mains, est aussi beau que tout autre, et devrait, indépendamment de beau-
(*) Ein. David, loc. ciU
(**) Sons la restauration die fut oilevée
de la plare qu'elle occupait dans le grand escalier du Luxembourg et reléguée au foud d*on magasin. Elle pst aujourd'hui dans l'atelier de l'un des élèves de Carlellier et dé8«»r' mais à l'abri de la destruction,
(•*•; Cf. Mioonet, Descr. de méd. ant., t. IV, p. iJ3, n^'jSff.
coup d'autres raisons, dédder nos ar*
listes à traiter plus souvent des sujets empruntés à notre histoire. En 1811 , Cartellier exposa la Statue de Napoléon législateur. Plaoée d'abord à PÊcole de droit, cette belle figure est aujourd'hui au musée de Versailles. En 1614, il acheva la Statue colosseUedu général Falkubert, placée à Avrandies ; en 1819, la Statue du général Piche»
gruy également à Versailles. La statue du maréchal Lannes devait aussi être exécutée par Cartellier, mais elle n'a pas été terminée. Cartellier fit pour la porte de l'hôtel des Invalides le basrelief représentant Louis Xlf a cheval; pour Reims la Statue de Louis Xf^;\û statue colossale Miner»e frappant la ferre de sa lance, et m /aisant sortir l'olivier (1822). Ka 1835, il exécuta le Mausolée de José»
phine, dans TéglisedeRuel. La bonne m)pératrice est à genoux devant un prie -Dieu, en grand costume impérial : la erâce, la finesse, la bonté de cette femme si intéressante, ont été rendues par Cartellier avec un grand succès; et, outre l'expression de la figure, la pose, l'exécution de la draperie , l'harmonie de Tensemble , tout fait de ce monument un des mausolées les plus remarquables. Cartellier lit aussi pour la cathédrale de Paris le MausoléedeM, deJuignéy archevéquede Paris. Enfin sa dernière œuvre fut la statue en bronze de Denon, placée en 1 827 sur le tombeau de ce savant : cette statue, en costume français, est aussi digne de Cartellier que le reste de ses ouvrages. Il était oecupé à travailler au Mausolée du duc de Berri et à une Statue équestre de LonOs XV, lorsque la révolution de 1830, et enfin • la mort, vinrent arrêter ses travaux. Le cheval destiné à Louis XV a servi pour la statue équestre de Louis XIV, de Petitot, qui orne la cour du palais de Versailles. Deux statues et deux bas-reliefs eji marbre du mausolée sont exécutés. Il serait à désirer qu'on les exposât quelque part. Nous croyons qu'il serait su-
fjerflu d'ajouter aucune réflexion à la iste des œuvres de Cartellier ; cette
nste tnéme est wn plus gtorieuk éloge. Ce grand artiste mouinit lé 19
juin 1831.
Cartellier était membre de l'Académie des beaux-arts depuis 1810; il avait été nommé professeur à l*Éoolte d PS beaux-arts en 1815. Nous avons dit que Cartellier était l'un des chefs de notre école moderne de sculpture ; nous citerons parmi ses élèves : MM. Rude, Roman , Petitot , Nanteuil , Sfurre ainé, T)imier, Lemaire, Seurre jeune, Dumont, Lannot, Jalley, Desbœufs, qui tous ont obtenu le grand prix , et qui tous, avec "plus on moins de supériorité, continuent la gloire du maître. Cartellier repose au cimetière du Père-Lachaise , ou ses élèves , s'uni»santà sa famille, lui ont fait élever un mausolée dont cinq d'entre eux ont exécuté Içs bas-reliefs. Cettedette de cœur, acquittée |Hir la reconnaissance, est Iç plus bel éloge des vertus privées de Cartellier, de même que le monument dû à ce noble mouvement de sympathie filiale sijflBrait seul pour prouver que celui auquel il est consacré fut un grand artiste; car c'est vraiment un chef-d'œuvre, où l'on retrouve toutes les qualités du maître , et que le maître lui-même n*aurait pas désavoué.
CA.RTET10N , volontaire du I" bataillon de Saôoe-et-Loire , fut blessé d'un coup de sabre sur la tîBte au siège de Bltche; un de ses camarades vole à son sernnrs : « Rends-moi un dernier service , lui dit Carteron , eiiarge mon arme. » A peine a-t-il prononcé ces mots , quMI expire.
Cartes a JOiiEn. — Les cartes ont, par rapport h nous , une origine •italienne. C'est à Venise ou à Florence que les Grecs réfugiés de Gonstantinople, après la prise de cette ville par Mahomet II , les ont fait d'abord connaître. Selon M. Duchcsne aîné {^Annuaire historique pour 1837), elles ont été introduites en France entre les années 13G9 et 1397. Le premier monument écrit qui fasse mention des cartes comme existant ehes nous, est un article d'un comptederar»
gciilKM- l\)U[):ird, et dans lequel on lit ce qui suit : « Donné à Jacquemiu Grin-
gonneur , peintre , pour trois Jeux ét cartes à or et à diverses eottleors, ornés de plusieurs devises , pour porter devers le seigneur roi , pour son esbattement, cinquante-six sols parîsîs.»
Dm auteurs ont conclu de ce passage , nue les cartes avaient été inventées à 1 occasion de la démence de Charles VI, et pour distraire ce prince malheureux, dans les rares moments où ses accès de frénésie faisaient place à un affaissement moral qui était encore une maladie. M. Ducnesne, qui nous sert en ce moment de guide, combat cette opinion , et avance avec raison que l'article même sur lequel on l'appuie fournit la preuve que les cartes sont antérieures à l'année 1892 , dans laquelle Charles Vî subit la première atteinte de son mal , parce que si Jacquemin Grin^ionneur en eût été l'in- Ventenr ou Tintroducteor en France, l'article du compte où il est nommé serait sans doute autrement rédigé qu'H ne l'est.
Les cartes dont il est îd mention ne sont point celles dont nous faisons
usage aujourd'luii. Tout nous indique
2ue, dessinées et peintes à la main, elles taient semblables à celles que les Italiens avaient imaginées pour l'amusement et l'instruction des enfants et qu'ils appellent naibi. En effet , ces cartes, uniquement composées de ligures représentant les divers états de la vie, les muses, les sciences, les vertus , les planètes , étaient beaucoup
()lus propres à distraire un esprit soitaire et malade, que le sept ne ^fle ou le neuf de carreau, qui ne portent aucune instruction avec eux. Charles VI était donc tout simplement un enfant que Ton amusait ayec des images. Quelques-unes de ces anciennes cartes , parvenues jusqu'à nous, ont une longueur de sept à huit pouces. Elles sont peintes STec grand soin, et même avec talent, sur un fond d'or rempli d'ornements.
Quelques parties de broderies sur les Vêtements sont rehaussées d'or , tandis que les armes et armures sont couvertes d'argent. Ces cartes, qui devaient être comme les tarocs ou to-