‹ France. Dictionnaire encyclopédique (volume 5)Chapitre 42 sur 86 · CAT L'UN · texte numérisé non relu

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de musique pour nos régiments et les fêtes nationales. Jusqu'alors la musique n'avait pas été employée dans les létes publiques à exciter Tenthousiasme des citoyens; on ne ravatt comment exécuter, en plein nir et pour un auditoire de trois ou quatre cent mille spectateurs, les morceaux composés pour les fôtes. Catel cherdia et trouva le

{)rocédé qui consistait à bannir de 'orchestre les instruments à cordes, et à n'employer çjue des instruments à veot ou à percussion, et des choeurs. II n'e](istait point de musique composée dans un pareil système ; Catel en composa. Le premier essai eu fut fait le It messidor an ii , et te succès fbt immense.

Devenu, en l'nn ttt, professeur d'harmonieauConservaloiredemusique, Catel composa le Traité d'harmonie qui devait servir,' dans cet éixtbiissement , à l'enseignement de relte science. Son système fut adopté par les professeurs, et l'ouvrage parut en 1802. « Ce livre a été pendant plus de vingt ans, dit M. Fétis , le seul guide des professeurs d'harmonie en France. » « L'ouvrage quia le plus contribué à la réputation de Catel , ajoute le même critiçnue . est incontestablement son Traite d'narmonîp. A l'époque où il l'écrivit, le système de Rameau était le seul qu'on connût en France; la plupart des professeurs du Conservatoire n'enseignaient même pas autre chose pendant les premières années de l'existence de cette école. Catel était trop habile dans la pratique de l'art d'écrire l'harmonie pour ne pas apercevoir les vices de ce système , » et bien que celui qu'il y a substitue ne soit pas à Tabri de toute criti<]ue, on doit dire qu'il fit faire un pas immense à la science de l'harmonie et contribua puissamment aux progrès de l'école française.

Comme composfteur de musique drnmntiqne, Catel doit être aussi placé au premier rang parmi les MehuI , les Lesueur et les Berton. Il a donné à l'Opéra, Sémiramis^ en trois actes, 1802; les Bayadères, en trois actes , 1810; Zirphile et Fleur de Myrte , en deux actes , 1818 ; Alexandre chez

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Jpelky ballet en deux actes, 1808.

L Opéra-Comique lui doit : les Artistes par occasion , en un acte, 1807; FAuberge de Jiagnères, en trois actes, 1807; let AubergUOet de guaUté, en trois actes; le Premier en date, en un acte; ff^allace, en trois actes, 1817; l'Officier enlevé y eu un acte , 1819. Lorsque Topéra de Sémtramis fîit joué , le Conservatoire était, en raison de son caractère novateur et de son opposition aux vieilles routines, exposé à mille attaoues. Catel surtout était l'objet de ces naines et de ces jalousies. Sémiramis tomba , malgré la noblesse du chant et la pureté de l'harmonie.

V Auberge de Bagnéreft était une composition trop forte, le style en était trop grand pourl'opéra-comiquedecette époque ; cette partition n'eut que peu de succès, et ce ne fut que plus tard , à la reprise, que Ton comprit et que l'on apprécia ce chef-d'œuvre. Le trio desArlistes par occasion est resté un morceau classique; et il excite toujours de sincères applaudissements aux concerts du Conservatoire. L'opéra de fVallace * est, dit-on, le chef-d'œuvre de Catel : aussi est-il le moins connu de tous.

A ce sujet, nous ne saurions trop blâmer l'insouciance du public français ; l'ingratitude, l'indifférence qu'il témoigne à tous nos artistes; et cela, en même temps qu'il admire, sur parole, le moindre artiste étranger.

Certes, le nom de Catel est trop célèbre pour tomber jamais dans l'oubli ; maïs il devrait être populaire, tandis qu'il est encore peu connu en France.

En revanche , beaucoup le copient et le pillent hors de ce pays.

Catelet ( le ) , Ctutdiekan , petite ville de l'ancien Cambresis , à deux my» rianiètres de Saint- Quentin , aujourd'hui comprise dans le département de l'Aisne. Le Catelet doit son nom à une forteresse bâtie, en 1520, par François I". Les Espagnols s'en emparèrent en 15.'>7, et l'occupèrent jusqu'au traité de Cateau-Cambrésis, en 1559. Ils y entrèrent par capitulation en 1 505 , après un siège d'une semaine, et un assaut, et le rendirent en 1598, par le traité de Yervins. £n 1636 (/ an*

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née de Corbie), cette place revit encore les Espagnols joints aux Impériaux , et se rendit précipitamment. Le çou* verneur Saint- Léger fut condamne par contumace à être écartelé. Reprise d'assaut en septembre 1638, la ville du Catelet retomba, le 14 mai 1660^ au pouvoir de ses éternels agresseurs.

Cinq ans après , les Français y entrèrent à la suite d'un assaut, et passèrent la garnison au fil de l'épée. Les fortifications du Catelet furent enfin rasées en 1074. T.n population de cette ville est aujourd'hui de six cent dix Uabitauts.

Catellan, nom d*une famille originaire d'Italie, mais qui, dès le dixseptième siècle, était déjà depuis lon^emps en France. Cette f^unilie a roumi plusieurs présidents, douze conseillers au çarlenietit de Toulouse, et plusieurs éveques. Parmi les membres les plus distingués , nous devons citer Jean de Catellan , conseiller au parlement de Toulouse , mort en 1700, auteur d'un Recueil des arrêts du parlement de Toulouse, publié dans cette ville en 1708, et souvent réimprimé depuis; et Jeafi de Catellan , é\ êque de Valence , mort en 172â, auteur d'un livre fort estimé, Intitulé : AnHqvUés de VégUse de f'alence, 1724, i^-4^

Cathédhale , du grec xaOeSpo, chaire, parce qu une cathédrale est un temple où se trouve la cbaire de Tévêque. C'est donc Péglise principale d'un diocèse; et il semble que l'histoire d'une chose dont le nom a une signification aussi claire et aussi pr&ise ne devrait oûHr aucun embarras. Il n*en est pas ainsi pourtant ; on croitque c'est au dixième siècle que le nom de cathédrale a remplacé celui de basilique ; mais Ton ne sait pas au juste ce qui sé[)are ces deux espèces d'édifices. Cependant, on se sert plus fréquemment du mot basilique pour les temples de style roman , tandis que l'on entend ordinairement par cathédrale un temple de style gothique. Psous avons donné, aux articles Basiliques et Beaux- Arts , tous les détails re* latifis À l'histoire artistique des ca-

thédrales. Mous y renvoyons le lecteur.

CATsmiiiBAU ( Jacques ), généralissime des armées vendéennes , né ett 1759 , au bourg de Pin-en -Mauge ( Maine-et-Loire ) , était un pauvre marchand de laines, sekrn d'autres uo tisserand, et vivait tranquillement au sein de sa famille , où il se faisait remarquer par sa dévotion , lorsqu'un événement impré?u vint le tirer de l'obscurité. Les jeunes gens du district de Saint-Florent, ayant été rassemblés au mois de mars 1793 , poui^ tirer au sort , par suite du décret de la Convention, qui ordonnait la levée de trois cent mille hommes, se soulevèrent contre les autorités , battirent et dispersèrent la force armée , puis retournèrent tranquillement chez eux.

CiJthelineau ayant appris le lendemain les événements , abandonne sa chaumière, malgré les supplications de sa femme, rassemble, harangue ses voisins et leur persuade que le' seul moyen de se soustraire au châtiment qui les attend est de prendre ouvertement les armes et de chasser les républicains.

Vinj!;t-sept jeunes gens le suivent , s'arment a la hâte de tous les instruments qui leur tombent sous la main et marcnent sur Jallais, en sonnant le tocsin , et en recrutant une foule de paysans qu'entraîne la voix de Cathelineau ; arrivé devant Jallais, qui était défendu par quatre - vingts républicains et une pièce de canon , il s'empare du poste et etileve la pière. Bientôt Chemillé est aussi emporté après une assez vive résistance- liet exploit exalte toutes les têtes, de nombreux renforts viennent encore accroître la troupe de Cathelineau ; des le 14 mars, il compte déjà trois mille hommes sous ses ordres , et le 15, il se présente devant Choliet, où il est encore vainqueur. C'est alors que l'importance toujours croissante de la révolte décida les Vendéens à choisir pour chefs Bonchamp et d'Elbée. Cathelineau ne sert plus alors que sous les ordres de ces nobles seigneurs, mais il conserve encore un rang important et une immense influence sur

les paysans qui le chérissent et le surnomment le saint d'Anjou^ et il eomlwt avee sa brATdara nrmnlrA à

Vîhiers, Chemillé, Vezins, Beauprëau, Thouars, Parthenay, la Chateigncraie, Youvant, Fontenay, Concourson, Mon^ trenllet Samniir (voyez tout eas art|^ des). Après la prise de cette dernière Tille, rinsurrection,d'abord moinsheiireuse sous les ordres de la noblesse que (tons ses andèm cheft , atait pris on VA degré d'importance , que les chefs royalistes , a In tête desquels était Lescure , crurent devoir , pour assurer Tacoord dans lebrs opérations, confier le commandement à un seul.

Ils choisirent Cathelineau , dont ils redoutaient peu l'influence , et dont relévation devait d'ailleurs flatter les paysans. Le pauvre tisserand, simple ft iiiodestf^ , dut se rendre au vnpu général. Le 27 juin 1793, il se présenta devant la ville de Nantes , à la téte de quatre-vingt mille hommes, tandis que Charette devait le socondep avec trente mille insurgés du bas Poitou. Mais cette formidable exj^ition était mal combinée; elle vint échouer contre les courageux efforts des habitants et d'une faible çarnison de trois mille hommes. Apres avoir tenté plusieurs attaques et combattu avec acharnement pendant toute la journéf' du 29 , Cathelineau fut renverse de cheval par une balle. Cet événement ralentit tout à coup Tardeur des rebelles, qui bientôt plièrent devîiiit les républicains, se dispersèrent et franchirent la I^ire. Cathelineau fut emporté à Saint-Florent et ne survécut qne douze jours à sa blessure.

Catherine de Boubbon, princesse de Navarre , sœur de Henri IV, naquit à Paris en 1558. Son amour pour le comte de Soîssons , dont elle était la cousine «germaine , et son mariage avec le duc de Bar, Henri de Lorrame, firent le malheur de sa vie.

Des motifs politiques avaient déterminé Henri IV à la donner au duc de Bar qui l'épousa en 1599; m<iis elle ne céda qu'a re^^ret, et elle ne craij^nit pas de répondre à un courtisan oui la oom|iliiiientait lur son unloa : « Peut*

« être y a-t-il de grands avantages; mais « je n'y trouve pas mon compte. » Aus« sitdt après- son départ, w chagrin • 8*empara d'elle , et , après bien des ennuis domestiques auxquels ses amours ne furent pas étrangers , elle Biourut sans postérité , à lunioy, le 18 février 1604. Sa conduite ne Ait pput-^tre pas toujours à Tabri du reproche ; mais , quoique un peu roma- • nesque, 8oi\ cœur était bon, et sa douceur lui valut des regrets unanimes.

Elle aimait beaucoup la poésie , et y réussissait quelquefois. Une Histoire secrète de Catherim de Bourbon, duchesse du Bar, et du comte de.

Soissons a été publiée par mademoi^ selle Caumont de la Force.

CATUElilNË DE FfiANCE , flile dO

Charles VI et d*Isabeau de Bavière,

née en 1401, épousa en 1420 Henri V, roi d'Anslcterre. En consé(|uence de ce mariage, et conformément aux stipulations de rfnfôme traité de Troyes (voyez ce mot), ce prince fut proclamé régent du royaume pendant la vie de Charles Y! , et son successeur après sa mort. Mais il mourut avant son beau-père {1422). Sa veuve épousa un «impie gentilhomme du pays de Galles, nommé sir Owen Tudor, que le duc de Glocester fit mourir pour avoir osé épouser une reine douairière d'Angleterre. Cependant trois fils étaient nés de ce mariage, et après les guerres civiles des deux Roses , la maison des Tudors parvint à conquérir le trône d'Anizleterre qu'elle occupa pendant plus d'un siècle. Catherine mourut eu

Gathertne db MiDiCTS naquit à

Florence le l.S avril 1619, de Laurent de ÎVlédicis , duc d'ITrbin, et de Madeleine de la Tour d'Auvergne , comtesse de Boulo^e. Elle était, par conséquent, moitié Italienne, moitié Française ; mais elle était Italienne avant tout par le cœur et par la pensée. Elle vint en France , ayant à peine accompli sa quatorzième année, et y mourut le 5 janvier 1589 , à l'âge de soixante et dix ans. Mariée le 28 octobre 1534 à Henri , due d*OrléuiS| second fils de François I*% et n^ayant

CAt FR

cessé de vivre que peu de temps avant Beorî III, elle fut niélce directement ou indînetement aux alftins de notre pays pendant plus d\io demi «siècle. Successivement princesse royale, épouse du roi régnant , régente et reine mère , elle rat témoin des funéraillcs de François I*', son beaa« père, de Henri Ti , son époux , de François II et de Charles IX ses fils, et ir s*en fallut de quelques mois seulement airelle ne vît mourir aussi Henri III, rc dernier de ses enfants mâles. Étrange destinée que celle de cette princesse qui traversa près de cinq règnes , et qaU après être restée dix nns sans avoir eu d'enfants, survécut à deux rois ses fils , et suivit l'autre jusqu'à la porte du tombeau !

Que de grandes éhoses n'aurait pas pu accomplir une femme de cœur et de génie dans le cours d'une si lonsîue existence ! Mais malheureusement Catherine de Médîcis Técut è une époque de crise révolutionnaire où le salut même de la France était en question ; et loin d'avoir les qualités éminentes des çrands caractères qui dominent les situations difficiles , elle s*étudia h profiter des événements et non à les diriger. Elle, eut surtout le malheur de vivre dans un moment oik le livre du PHnee de Machiavel exerçait sur les esprits un pernicieux empiré. La doctrine contenue dans cet ouvrage était loin d*étre nouvelle ; mais lesrnsesdudespotisme, pour la première fois professées en public, y étaient mises h I;i portée et à la disposition de tous les ambitieux miisauraient s'en servir. Uiiitention de Machiavd, en prenant la plume, était au moins autant de faire la satire des rois que d'apprendre à quelque prince l'art de créer en Italie une dictature qui aurait permis à ce pays de constituer son unité à l'exemple de la France, et de se débarrasser enfin du joug si pesant de l'Alleinagne. Mais il manaua son but; son livre, loin de sauver rltalie , rendit plus habiles les tyrans qui l'opprimaient, et il enseigna aux souverains des autres nations une politique vers laquelle ne les portaient ^ trop les progrès incessants du

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matérialisme. Enfin , comme, pour at« . teindre un but louable en lui-même , il n*avait montré qoede mauvais moyens, la postérité le châtia en infligeant le

nom de machiavélisme h une doctrine dont il n'avait point été Tauteur, qu'il ne fit qu^ériger en système, sans doute pour la rendre plus odieuse, mais qui du reste n'avait pas le mérite de la nouveauté, car les potentats de l'Asie , et particulièrement les sultans de Gonstantinople, en savaient sur ce point autant que lui et que tous les profonds politiques de l'école italienne.

Soit qu'il eût voulu désigner à Tindignation publique la famille qui régnait à Florence, soit qu'il eût sérieusement espéré de trouver dans son sein ce prince qui devait réunir toutes les prinrip.mtés et toutes les répubiiqifcs de l'Italie en un seul corps de nation et purger ce pays de l'invasion étran-

§ère, c'était aux Médicis qu*il avait édié son livre. Catherine se trouvait donc ex()osée plus que tout autre à la séduction. Digne héritière de sa famille, elle adopta comme une tradition paternelle plutôt que comme une nouveauté les conseils de Machiavel, dont elle fit l'application, à son regret peut-être , non pas en ItaliOi mais en France. Elle prit au mot !• livre (lu Prince, qui devint son Évangile. Des lors, elle se crut autorisée à activer la guerre civile en France, au lieu de regarder comme un devoir de l'étouffer. Jamais la devise du maître:

Diviser pour régner, ne fut mise en pratique sur un aussi grand théAtre et peut-être par un disciplê aussi habile. Étrangère dans un pays où la loi exclut les femmes de la succession à la couronne , elle ne désespéra pas de profiter de Tanomalie qui les admet à la régence pour s*em parer du pouvoir suprême, seul objet de son ambition. Pour régner, elle usa tou« tes les ressources de la dissimula^ tion , (te l'ititi-igue et même du crime. Pour régner , elle commença par diviser les protestants et les catholiques, le parlement et la cour, les bourgeois et les nofclss i puis sUs finit

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LirniVERS.

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par donner le signal 4e la Saînt-Barthélemy. Pour régner, non contente

de divfser, de corrompre et d'exterminer tour à tour les différents partis qu'elle avait encouragés, elle divisa, elle fit pins, elle corrompit ses propres enfants; peut-être même elle attenta indirectement aux jours de quelques - uns d'entre eux. Mais grâce à Dieu, les résultats auxquels aboutit Tambition effrénée de cette femme qui étouffa dans son sein jusqu'aux sentiments de la nature, ont donné à la doctrine impie qu'elle suivait à la lettre le démenti le plus manifeste. A près avoir mis tant de persévérance dans le mal , Catherine de Médicis mourut, méprisée par le fils qjii lui resta i t, exécrée par lepeuplefrançais, privée d'influence politique et presque dans la disgrâce. Si elle eiU vécu quelques années de plus , elle eut ajouté encore une mauvaise action à sa vie, di;j:i remplie de tant de scandales; elle eût ou détrôné ou avili son (ils pour le seul plaisir de rentrer au pouvoir et de s'y cramponner jusqu'à sa dernière heure. Mais là encore, malgré son nincliiavélisme, elle était le jouet de ses propres illusions : un terrible châtiment l'attendait; elle eût infailliblement succombé soit sous les coups de la ligue , soit sous ceux de Henri IV, qui, aussi bien que les ligueurs, avait le bras levé sur sa tête.

Ce ne fut guère qu'à la mort de son fils François II que Catherine de Médicis parvint à prendre la haute main dans le maniement des affaires, en devenant régente pendant la minorité desonsecond fils, Charles IX. Jusauelà, elle n'avait joué qu'un rùle subalterne. Perdue parmi les autres dames delà cour, sous le règnede François P', longtemps effacée par Diane de Poitiers , sous le règne de Henri II, elle avait dd céder le pas à Marie Stuart et aux Guises , sous le régne si court de François II. Cependant , si Ton veut étudier son caractère, cette période de temçs , en apparence perdue pour l'ambition , n'est pas la moins importante ; tfest celle où , environnée d'obstades qui semblaient invin-

cibles, elle jeta dans l'ombre les bases de sa grandeur future. Elle avait un

peu plus de quatorze ans , lorsqu'une comninaison politique décida François à la donner pour épouse à son second fils, qui ne comptait que quelques mois de plus. Son jeune âge la mettait donc hors d'état de tirer d'abord un parti avantageux de son mariage, et d'ailleurs, la mort du pape Clément VII, son oncle, qui descendit dans la tombe environ un an après l'avoir mariée , ia laissa bientôt sans protection à la CQur. .

FJIe avait apporté pour toute dot cent mille écus en argent comptant , et les biens situés en France Je Madeleine de la Tour^'Anvergne , sa mère, lesquels ne valaient pas davantage. 1! est vrai que l'ambassadeur de la cour de Rome avait dit aux courtisans , qui s'étonnaient qu'elle ne fût pas plus richement dotée ; « Vous ne voyez donc pas qu'elle apporte encore trois joyaux d'un grand prix : Gé'neSy Milan et Aaules, » C'était en effet un appât que Clément VII avait présenté à François I**" , pour le détacher de l'alliance de Henri VIII , et l'empêcher d'entrer dans le mouvement de la réforme , vers laquelle il penchait.

^Inis la mort empêcha Clément VII de nous aider à conquérir les trois joyaux en question , conquête qu'il n'aurait sans doute oas vue avec olaisir , et la dot de Catherine de Méaicis se trouva réduite à un apport d'environ deux cent mille écus. Toutefois , son mariage eut cela de particulier, qu'il marqua l'époque où François V cessa de flotter entre la réforme et le catholicisme. Depuis, ce prince s'allia encore avec les protestants et avec les Turcs, pour se défendre contre Charles-Quint; mais, à l'intérieur, il se montra de plus en plus attaché à la religion catholique et ennemi de la réforme. S'il a'était prononcé pour les calvinistes , c'en était feit de la France. Les attaques de Charles-Quint et les empiétements inévitables de la noblesse auraient amené le démembrement de la monarchie, ^ue la conservation des principes d'unité royale et d'unité re-

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F&AMCE.

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ligieuse préserva seule de ce malheur.

Aussi Catlierine ^lédicis, qui avait été le gage de ce retour vers la papauté, manifesta t-elie dans le principe autant de ferveur pour les devoirs du catholicisme que pour les plaisirs de la chasse, amusement favori de François 1er.

Cependant sa position à la cour était d'autant plus précaire que son époux inlidële ne tarda pas a lui donner une rivale , et qu'elle-même resta stérile pendant dix ans. Que de ménagements, que de ruses ne lui tallut-il pas pour éviter le divorce, surtout après que la mort du dauphin, empoisonné par elle, dit-on , eut placé Henri sur le premier degré du trône! Flatter François l*""", s'associer à tous ses plaisirs , {^entretenir dans l'amour des lettres et des beaux-arts, pour lesquels il avait eu un penchant si vif, le charmer par 1rs agréments d'une conversation non moins profonde que brillante , ténioi-

§ner la plus vive nft'eclion à la duchesse *Étampes , sa maîtresse ; tel fut le système qu'elle adopta pour désarmer le père. Klle ne fut pas moins adroite avec le fils. Fermant les yeux sur toutes ses galanteries , elle redoubla pour lui de prévenances et de marques d*amour; elle vécut en bonne iotelli-

ÎEenoe avec Diane de Poitiers ; elle eignit d'aimer la maîtresse de son mari. Sans doute, elle n*oublia pas non plus de rappcirr au roi et à celui

2ui devait lui succéder , que , dans la amiUe des Médicis , les femmes tardaient ordinairement à être mères, mais qu'elles finissaient par avoir une nombreuse postérité, et qu'ainsi sa stérilité n'était qu'apparente, comme celle des autres femmes de sa famille.

Dans tous les cas, elle fit si bien (lu'elle évita le divorce , dont elle fut lougtemps menacée.

Lorsque , trois ans après Tavéncr ment de Henri II à la couronne , elle eut mis un fils au monde, elle s'occupa du soin de son éducation, de manière à ne jamais lui permettre de s'affranchir de la tutelle maternelle.

Elle se conduisit de même à l'éj^ard des deux autres fils et des deux liiles

qu'elle eut plus tard. On ne saurait

croire jiiscjti'où , dans l'intérêt de son ambition , cette femme poussait la rigidité envers ses enfants, et quel empire elle avait pris sur eux. Le passage qui suit, extrait des mémoires de la reine Mari^uerite , femme de Henri IV , en fera Juger. Voici comment son frère , le due d'Anjou , peu avant la bataille de Moncontour, la pria de le maintenir, pendant son absence, en faveur auprès de la reine mère. « Ma sœur, dit le duc d'Anjou , « je vous connais assez d^esprit et de « ]U2:ement pour me pouvoir servir « auprès de la reyne ma mère., et pour « me maintenir 'en la faveur ou je « suis. Or, mon principal appuy est « d'cstre conservé en sa bonne grAce.

« Je crains que Tabsence n'v nuise ; « et, toutes fois, la f;ucrre et la charge « que j'ay me contraif^nent d'être pi^es- « que toujours esloigné. Cependant «< le roy njou frère est toujours au- « près d elle, la flatte, et lui complaist « sans cesse. Je crains qu'à la longue « cela ne me porte préjudice. Kn cette « appréhension , songeant les moyens « pour y remédier, je trouve qu'il est « nécessaire d'avoir quelques person- « ues très-fidèles , qui tiennent mon « party près de la reyne ma mère. .le « n'en connois j)oint de si propre « comme vous , que je tiens comme « un second moy-méme. Pourveu que <■ vous me vouliez tant obliger que « d'y apporter de la subjection (vous « priant d'être toujours à son lever , « a son cabinet et à son coucher, bref «« tout le jour); cela l'obligera de com- « muniquer à vous. Parlez-luy avec « assurance , comme vous faites à « moy , et croyez qu'elle vous aura <■ ng; é;il)le ; ce vous sera un grandit heur cl bonheur d'cstre aimée d'elle, «t Vous ferez beaucoup pour vous et « pour moy; et moy je vous tiendrai, « après Dieu , [tour la conservation de « ma bonne fortune. » — Ce langage « me fust fort nouveau , pour avoir « jusques alors vécu sans dessein , et n avoir été nourrie avec telle contrainte auprès de la reine ma mere , « que uon-seulement je ne lui osois

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tt parler ; mais quand elle me regarc doit , je transissois de peur d avoir « lait quelque chose qui lui dépleust « Peu s*en follut gue ^e ne luy répon-

« dise roiiime Moïse a Dieu, en la vi- « stoD du buisson : Que suis-je, moy?

• envoya celuy que ta dois envoyer.

« Toutes fois, trouvant en moy ceque

« je ne pensois pas qui y fiist , ces paa rôles nie pleurent, el me sembla a « l'instant que j estois transformée, « et que j'estois devenue quelque chose « de plus que je n'avois esté jusques « alors. Tellement que je commençay « à prendre conûance en moy-méme , « et luy dis : « Mon frère, si Dieu me « donne la capacité et la hardiesse de « parler à la reyne ma mere, comme « j'ay la volonté de vous servir en ce tt que vous désirez de moy, ne doutez « point que vôus n'en retiriez l'utilité « et le contentement que vous vous eu « e^tes proposé. »

Ce duc' d'Anjou , qui parlait si timidement de sa mère, devint roi plus tard, sous le nom de Henri 111, et osa se soustraire à son joug. Ck>innie il Tavait prévu , Catherine de Médicis , trop heureuse de pouvoir se servir des confidences de ses enfants , pour les tenir toujours desunis , autorisa Marguerite à rester près d'elle et à lui parler librenuiit. «Ces paroles, v ajoute ÎSIarguerite dans ses Mémoires, « firent ressentir à mon âme ce « quelle n'avoit jamais ressenti , un « contentement si démesuré, qu*il me « senïbloit que tous les contentements ■« que j'avois eus jusqu'alors n'estoient « que l'ombre de ce bien. J'obéis à cet « agréable commandement , ne man- « quant un seul jour d estre des pre- « niières à son lever et des dernières « à son coucher. Elle me fjisoit cet « honneur de me parler quelquefois « deux ou trois heures , et Dieu me « faisoit cette grâce, qu'elle restoit si « satisfaite de moy , qu'eMe ne s'en « pouvoit assez louer à ses femmes. •

L*asGendant maternel s'exerça-t-il jamais avec plus de tyrannie? Lorsque le duc d'Anjou , devenu roi , refusa dlmiter la oondesoendanoe de Charifli K« Catherine de Médicis le

fit trembler sur le trône, en lui opposant la princesse Claude , son autre soeur, mariée au duc de Lorraine, et en le menaçant de la faire couronner à sa place , s'il persévérait dallS seS sentiments d'indépendance.

On devine ce que devait être à Véçard des personnages politiques qui lui portaient ombra?;e , la conduite d'une fenuue qui comprenait ainsi les devoirs de la maternité. Entourée d*une troupe d'empoisonneurs et de slc.u'resqu'eileavait fait venir d'Italie, et d'un essaim de jolies femmes (|ui com-

5 osaient son entourage, Catherine de lédicis se défaisait de ceux que la séduction ne potivriit attcifidre. Elle fkillait , [ironiettail , menaçait, suivant le besoin des circonstances, et savait même se prêter à des amours qu'elle croyait nécessaires.

Sons le reiine de Henri II, elle eut des rapports d'iutimité avec le cardinal de Lorraine , dont la protection lui fut extrêmement utile. Elle était fort belle , galante comme toutes les

Srandes daines de ce temps , mais auessus de ses passions, elfes^en serrait plutôt qu*eUe ne leurobéissait.Le por* trait qu'en a tracé V'arillas est trop ressemblant pour que nous le passions sous silène >. <> Catherine, dit-il, avait la taille admirable ; la majesté de son visacre n'en diminuait pas la douceur ; elle surpassait les autres dames de son siècle par la blancheur du teint , par la vivacité des yeux ; quoiqu'elle changeât souvent d'habits, toutes sortes de parures lui seyaient si bien ,

J|u'on ne pouvait discerner celle qui ui était la plus avantageuse. Le beau tour de ses jambes lui faisait prendre plaisir à porter des bas de soie bien tirés \ et ce fut pour les montrer « qu'elle inventa la mode! de monter nu -jambes sur le pommera de la selle, en allant sur les hnquenées , au lieu d'aller, comme on disait, à la planchette CUe inventait de temps en

(*) La planchelte était un fanige élrier d'oi ou d'argent sur lequi-l les daines posaient Ivs deux jpieds ; elles se trouvaient ainsi assises dec6tejiurle cheval. Aujounnudcneore cal

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FRANCB.

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temps des modes également galantes et superbes ; et couinie oo m vit jar mais un si grand nombre de beUeB dames qu'elle en eut à sa suite, on ne la vit jamais plus brillante. Jl seiiihlnit que la nature lui edt donné touttfs les vertus et tous les vices de ses ancêtres. Elit avait rattachement de Corne le Vieux pour l'arfient; niais elle ne |p ménageait pas mieux que Pierre lei-, iiis de Cùrn«, son trisaïeul. Elle était aiafnifi<|tt« au delà de ce qu*on avait vu dans les siècles précédents, connne Laurent, son bisuïeui, et n'était pas inoios raflinée en politique \ mais elle n'avait ni la droiture de ses sentiments, ni sa libéralité p >ur les be.iux es|)rits. Son ambition ne cédait point à celle de Pierre II , son aïeul ; et , powr régner , elle ne mettait pas plug de différence que lai entre les moyens kéfcitimes et ceux (|ni sont dt fendus. Lts divertii»»eiuenu> avaient des charmes peur elle ; nMis eHe ne les ai- «Mitt» à Tesemple de Laurent , sou père , qu'à proportion do l,i dépense .dont ils étaient accompagnes. »

£lle était quelquefois fort leste dans ses ft^ioiwflt dans «es propos, s'il faut s'en rapporter nu pnssa^e suivant de Brantôme : « Kile pienoit grand goût aux paulalons , f t y rioit son saodl ; ear elle rioit volontiers , et de Son naturel, elle étoit joviale et aimoit à dire ie mot. w

Uepri II, dominé par Diane de Poitiers, tint d*abord Catherine de Médicis éloignée du pouvoir; cependant il parait quVIle linit par iinuiu r sa confiance, car il lui remit 1 aUmiiiistration do royaume en 1552, lorsquil partit pour 'Pexpédition de Lorrame.

A la vérité , il lui adjoignit un conseil de régence ; mais elle n'en rameua pas moiw iT^dHe toute Tautorilé.

Dans ce |»rémiér passage aux affaires . pile ébaucha le svstème qu'elle devait développer plus lard avec tant d'impunité. £n trompant tous les

nsage s*cft comervé dans quelques prévit»

ces, notamment en Picardie, où |r> paysannes pobeiu les pieds sur une véi iubie j>kii-

princes qui s'étaient lignés contra eile, elle eut l'adresse de les diviser. QenrI II étant mort peu de temps après son retour , Catherine s*efforça

de gnrder les rênes du gouvernement, uc ne pouvait tenir la main débile e sou iiià Fran(^.ois II. Le succès trompa son attente. El!e n'ent in inaio heureuse que contre le faible Antoine de Bourbon , roi de Navarre , qui , en sa qualité de chef des huguenots, voulait s'emparer de la direction des alïiiires. Connaissant l'ascendant des femmes sur ce prince et sur son frère le prince de Condé , elle conlia le soin oe les séduire à deux de ses confidentes , mesdemoiselles de Limenil ''t de Rouet, dont la be.JUté en effet triompha de tous les obstacles.

Mais elle-même fut bientôt le jouetdes Guises, qui, après avoir fbit cause commune avec elle contre les huguenots, devinrent assez redoutabieiipour entreprendre de porter la main sur la couronne. Alors elle passa du côté des

firote.-tiints et s'allia avec les Cliatiloos, qui reconnaissaient pour chefs le roi delfavarre et le prince de Condé, l'un et l'autre vaincus par les Guises et emprisonnés. Sur ces entrefaites, François II , bien qu'il eût subi lascendant de Marie Stuart, sa jeune et belle épouse , qui elle-même subissait l'ascendant des Guises, mourut empoisonné [)ar un valet qui avait été au iiervice de cette famille , plus ambitieuse encore que catholique. Cette mort soudaine rendit h liberté nu roi de Navarre et au prince de C>)nde doiit la vie était menacée, et la lutte pour la possession du pouvoir recommença de plus belle.

Cette fois encore, Cntlierine de Medicis se débarrassa facilement des prétentions du roi de Navarre, qui se dé>ista de son droit à la régence pour la charge de lieutenant gf^néraf du royaume. LUe eut plus de peme à gagner les états généraux qu! avaient hé convoqués à Orléans. Eux seuls avaient le droit de conférer la régence, et ils étaient peu disposes a re* .mettre Texercice du pouvoir à une .étrangère. Lorsque Catherine eut ob«

CAT

L'UNIVERS

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