‹ France. Dictionnaire encyclopédique (volume 5)Chapitre 50 sur 86 · CEL · texte numérisé non relu

CEL

dres comme un empêchement dirimant ' prêtre de se marier, même en renonau mariage ; on décida que les alliances çant au sacerdoce , et en rentrant dans contractées parles ecdésiastMiaescoiif- la vie ctyile. Plasiean an^ de oouis titués dans les ordres seraient dëcla- sooTerainesont repoussé dae demandes rées nulles , et que los coupables se> faites en ce sens et à cette occasion. ■ raient condamnés à une pénitence et Cklidoinb , évéque de Besançon , même à dea peines corporelles, suivant suocéda à saf nt Léonce vers Tan 448. les circonstances. Les clercs furent Saint Hilaire, évéque d'Arles, l'ayant seuls exceptés de la mesure; encore déposé par suite de diverses accusa- Alexandre III déclara-t-il ceux d'entre lions, Célidoine en appela au pape eux gui seraient mari^, incapables de saint Léon , qui le rétablit dans son posséder des bénéfices , et ce décret siège. C'est le premier exemple d'an fut confirmé par Innocent III. Mal- appel interjeté au pape par un évéque. gré la loi générale du célibat , le cardi- On croit que Célidoine périt en 451 , nal de Châtillon, Epifane, évéque lors de la prise de Besancon par Attila* d'Orléans, et quelques ecel^iastiques Cellamaiie ( conspiration de ). du second ordre, osèrent , pendant les A la niort de Louis XIV, la politique guerres de religion , se marier publi- européenne lut entièrement changée, quement; mais ces exemples eurent On abandonna le projet d'alliance entre peu d'imitateurs. la France et l'JSspagne ; on oublia la

Du clergé séculier l'oblifiatioii du belle parole que le jïrand roi avait procélibat s'étendit aux ordres religieux , noncée quand il plaça son petit-fils sur mémemilitaires.UnchevalierdeMalte^ le trône d'Espagne', et l'on s'aperçut nommé la Ferté-Imbaut, ayant adopté qu'il y avait encore dos Pyrénées. Âl« la reli^^ion réformée et s'étant marié , béronigouvernaitaunomdePliilippnV; son mariage fut déclaré nul sur la cet homme, d'un génie aventureux, poursuite de son frère, et il lui fut dé- fécond en projets, hardi dans leur tendu , aous pe i ne de la vie , de ooha- exécution , voulait donner à son mettre biter avec sa femme. la régence du royaume de France , et

Cependant, la loi du 13 février supplanter le duc d'Orléans. C'était I7d0a^ant proclamé qu'elle ne recon- agir contre le traité d'Utrecht, qui naissait point les vcbox religieux , avait établi que la France et l'Espagne et celle du 20 septembre 1792, ainsi ne pourraient être gouvernées pnr les que le code Napoléon, n'ayant point mêmes mains. L'Angleterre, qui avait mis l'ordination au nombre des empé- fait ce traité, était intéressée a le souchements au mariage, il fut un temps tenir; le régent s'unit à elle et à la où, rn France, les prêtres purent se Hollande. Aihéroni inenara l'Anglemarier civilement. Mais la loi du 18 terre de l'epée de (Miarlès XTI , et germinal an x, qui exclut de fait les suscita en France une conspiration, prêtres mariés de toutes les fonctions Le prince de Geilamare , noble napoli* ecclésiastiques, apporta ensuite UD tain, descendant d'une famille génoise, obstacle au mariage des hommes ap- fut envoyé en France, en 1715, comme partenant au sacerdoce; et cet obstacle ambassadeur extraordinaire, il devint fut tout à fiiit invincible, quand une l'instrument des desseins d'Albâroni. lettre du ministre des cultes, en date Tous les mécontents , et il y en avait du 14 janvier 1806, eut décidé que les un grand nombre, entrèrent dans le officiers de l'état civil ne devaient plus complot. La duchesse du Maine , couradmettre à se mûrier les ecdésiastioues rouoee contre le récent qui avait abaissé engagés dans les ordres sacrés. Plus son mari , le premier des princes légitard , la jurisprudence donnant à cette timés, s'employa avec un zèle foudécision une portée encore plus grande» gueux à la réussite de l'entreprise. Le et reconnaissant que l'ordination ee- doc du Maine agit aussi , mais avec clésiastique imprime un caractère in- moins d'ardeur que sa femme qui le délébiie, ne fut pas permis à un dominait, et qui espérait exercer eUe*

l'UNlVÉRS. Mi

même toute l'autorité que l'Espagne laisserait au duc. Elle agita le parlement, dont le régent avait repoussé les remontrances, après lui avoir rendu le droit d'en faire ; elle excita la noblesse /qu'il avait humiliée, en maintenant contre ses réclamationi la préénkinenise des pairs. Elle se lia avec le parti moliniste et les défenseurs de la bulle Unigenitus. La noblesse bretonne entra en ibuie datia la bomplot. Les états de cette provinoe venaient d'être cassés en 1717, et le pays, mécontent , était sur le point de se soulever. Une flotte ^pagnole devait y débarquer des armes et des troupes, et alors l'insurrection devait éclater et se répandre. Mais cette entreprise, qui n'avai(. d'autre but que la satmction de qoelques intérêts personnels, ne s*a|^puyant sur aucune sympathie populaire, manquait de force réelle et devait échouer ridiculement, après aVoif fait quelques Tictimes. Da»

bois, qui venait de conclure la triple alliance avec la Hollande et l'Angle- ^leterre, et que le régent avait fait secrëlaite d'ittat après Tabolitien det conseils, fut informé du complot par une courtisane qui déroba des papiers importants à l'abbé de Porto-Carrero, agentde Cellamare.Ëlle les vola dans les poches de l'abbé au moment d'une de ces distractions, dit Voltaire, où personne ne pense a ses poches. Ces papiers faisaient connaître la conspiration sans en révéler le plan. On fit poursuivre l'abhé (le Porto-Cnrreroque l'ambassadeur envoyait en Espagne ; on l'arrêta près de Poitiers, et on trouva dans sa valise des dépêches du prince de Oliamare, et tout le plan des conjures. A l'instant même, le régent fit arrêter l'ambassadeur d'Kspagne, et le lit reconduire jusqu'à la frontière (septembre 1718). Les coupables furent poursuivis, mais avec peu de rigueur.

11 n'y eut que les nobles bretons , oui avaient été sur le point de prendre les armes, contre lesquels on déploya de la sévérité. Plusieurs eurent la tête tranchée : les autres prirent la fuite. L'effroi fui grand à la coor do doc du Mijine. Le duc et la duchesse furent enfermés dans les châteaux de Dour-

lens et de Châlons ; les agents subalternes furent détenus à la Bastille.

Fanni œs derniers , fiit comprise la

confidente de la duchesse du Maine , mademoiselle de Launay, plus tard, madame de Staal , qui a laissé sous ce nom de charmants mémoires , où elle raconte sa captivité en détail , mali où elle se montre très -discrète sur la conspiration qu'elle devait bien conliattre. Un grand nombre deooiipablea étaient en prison; beaucoup d'autres étaient signalés encore. Le duc d'Orléans , efirayé des poursuites à faire % amnistia tout le monde. Le due et ta duchesse furent remis en liberté, sans avoir pei'du un cheveu de leur téte , dit Saint-Simon, assez punis sans dooie par le renversement de leurs projets et le triomphe de leur rival.

Celle. — Rn droit féodal , ce mol qui se trouve dans plusieurs coutumes, et notamment dant celtee de Troyes et de Ôiaomont en Bassigny , signifiait la iTinison , demeurance et mélanges des biens des personnes de condition servile. Plusiènrs eoramones, notam« ment dans les départements de l'Aube, du Puy-de- Uonie , de l'Allier, du Cher, etc. , en ont pris le nom qu'elles portent. C*nrt i tért que , dans le département de Loir-et-Clier, on éwit la Selle Saint-Denis; on doit écrire: la Celle Saint-Denis. (Voyez Serf.)

CuxBtiBB, CeUerarius^ nom par lequel on désignait, dans les monastères, l'économe, ou celui qui était préposé à tout ce qui regardait les provisions de bouche. Le cellerier d'un seigneur était cbargé de feire serrer dans les greniers les grains appartenant au seiîjneur, moyennant une part qu'il prélevait, et une fobede fourrure.

SoOS lea enîpereurs romains, le cellerier était un fonctionnaire chargé de l'examen des comptes. Les prélats donnèrent ass«( longtemps ce titre à leurs procolreorsetàleors intendaoti.

Dans les communautés de femmes, la cellerière avait les mêmes fonctions

aue le cellerier dans les monastères 1iomnieB,et quelquefois, e& outre^ elle jouissait de pbisieon jiniifiotioBi temporelles.

fBAnCB.

Celtes. — La race celtique est une de ces popnlatiims primitives qui se

répandirent autrefois sur la surface du globe , et dont l'origine se rattache aux premiers souvenirs de rbistoire du monde. Cette grande famille a peoj)\é les contrées centrales et occidentales de rKurope; elle en a été dépouillée par d'autres races barbares et par la conquête romaine, et refoulée aux extrémités de TOccident, dans des forêts et des montagnes , où les vainqueurs ne purent jamais les forcer.

AqjoahflMii, les débris de ce grand peaple, réfugiés dans la Bretagne, dans le pays de Galles et en Ecosse, conservent encore leurs traditions et leurs mœurs antiques , et sont restés PImàrge vivante de ce que leurs ancêtres furent autrefois. Mais les souvenirs du passé ont presque tous disparu, et Thistoire de cette race est anjoard'hui bien inoer* taine. Les anciens ne nous ont conservé que de rares indications, auxquelles la critioue moderne a ajouté toutes les lumières de la linguistique. Cestaveo des preuves tirées de rbistoire des langues , et même de la conformation pbysique des races, que M. Amédée Thierry, dans son Histoire des Gau* lois , a éclairci les origines de la race celtique. La population primitive des Gaules était divisée en race gallique et en née kimbrique. Les Kymri et les Galles, on Celtes, sont regardés par les historiens anciens , Plutarque , Appien , Strabon , Diodore de Sicile , comme étant de u même ftmille. Dt plus , il est démontré que les Cimbret sont les mêmes que les Cimmériens des Palus- Méotides ; les Celtes se trouvent par là rattaebés sus Cimmériens; et ces trois noms , Celtes , Cimbres et Cimmériens , représentent des peuples frères. Ces tribus errèrent d abord dans les immenses plaines qui s*étendent entre la Caspienne, le Pont-Euxin , le ïyras (Dniester) et la mer du Nord.

C'est dans ces limites que les anciens placent d'abord la Celtique, mettant en face la Scythie, dont les tribus combattent et poursuivent les Celtes et les Cimbres. La Celtique s'éloigne ensuite de l'Orient , où elle a pris nais-

sance , et ne s'arrête dans ce déplacement susoesfcif que sur les borde de

rOcéan. Dans cette longue marche, depuis la Caspienne jusqu'à l'Atlantique, les Celtes ont laissé derrière eux de nombreuses traces de leur patsage. Les Cimbres , dans la presqu'île danoise ; les Boiens, dans la forêt hercynienne; les Scordûces et les Taitrini, sur le Danube t et faeeoeoup (Taiitree « sont autant de Celtes restes derrièn la masse de la nation qui vint se concentrer dans la Gaule. Les Cimbres s'étendirent dans la Belgique et Ja Grande-Bretagne, où les habitants da pays de Galles s'appellent encore Cymrn. Les Galles ou Celtes se répandirent dans le resta de la Gaule.

A différentes repriaes, plusieurs tribus celtiques recommencèrent en sens inverse le voyage que toute la nation avait Ait, et émigrèrent vers l'est:

les unes rentrèrent dans la vallée du Danube; les autres allèrent en Asie Mmeure, et y fondèrent le royaume des Galales; d'autres, passant les Alpes , établirent une Gaule en Italie.

C'est là que les Romains rencontrèrent il'abord les Gaulois. Après les avoir vaincus dant le Cisalpine, ils les poursuivirent dans la véritable Gaule.

Les tribus celtiques résistèrent avec 4iéroïsme; elles s'unirent à Annibal; partout ellei combattirent avec o|^itoifltreté le génie grec et romain. Maie, épuisée par celte loni:iie lutte, la nation gauloise tomlm eu décadence au second •ièele avant l'ère chrétienne ; les cheva> ilenetles prêtres, c'est-à-dire les ordres prépondérants dans chaque tribu, se disputèrent la souveraineté , et bientêt César parut pour les mettre d'accord en les subjuguant. Il trouva la (i iule divisée en trois régions. La Belgique au nord , la Celtique au centre , rAquitaÎDe an eud. La Celtique était peuplée par les tribus celtiques ou gailiques, proprement dites. Elle était circonscrite par l'Océan, depuis la Garonne jusqu'à la Seine, à l'ouest et au nord-ouest; par la Seine, la Haute-Marne et les Vosges, au nordest; par le Rhin et les Alpes à l'est; par la Durance, le Rhône, le golfe

Z<*U]!fIVERS,

.CBL

de Lion , les Pyrénées orientales et la Garonne au sud. I^jà les Romains s*étaient emparés d'une partie de cette contrée, et en avaient fait la r^arbonnaise. Les Celtes étaient divisés en grandes tribus i^uvemées soit par des rois, soit par l'aristocratie des prêtres ou des guerriers. Ces tribus empruntaient presque toutes leur nom à la configuration du pays qu'ils habitaient; le mot Celte luimême {ceilt) veut dire habitant des forêts. Les tribus principales étaient:

lesHeioéilens, entre les À I pes et le Jura ; hsSéouanais, entre le Jura et la Saône; entre la Sadne et \n Loire, les Édiiens, qui dominaient les Ambarres, les Sé' guHeiu et les BUuriges ; les Jrvemes, peuple des montagnes, qui avaient pour clients un grand nombre d'autres peuples; entre la Loire et la Garonne, les Satstom, ïesLémoniees, les Pétrocariens, les Pictons ; entre la Loire et la Seine, les yenèt^s, les Unelles, les Redons, les Cénomans^ etc.; et, suc les bords de ces deux fleuves, fes AHf dey av es y les Cartiufes', les Turœu^ les Senons, les Meldes et les Parisiens. Toutes ces tribus celtes turent soumises par César , ainsi que les Belges d'origine cimbrique. Dès lors, avec leur indépendance, les Gaulois perdirent leurs mœurs, leurs coutumes, leur lan« ^ue et leur religion. Ils se firent Romains. L*tle de Bretagne fiit le seul lieu où se conservèrent leurs antiques traditions. Les druides s'y réfugièrent avec leur religion , leur langue et learsmcenrs ; et aujourd'hui, dans

3uelqucs contrées de l'A nî^lct erre et e l'Écosse, et à l'extrémité de notre Bretagne, ces débris des Celtes se maintienuMit encore purs de tout mélange étranger. (Voyez Gaule.)

CELTiBÉfiiENS, peuple habitant le nord de TEspagne, Tancienne Ibérie, et fomné du mélange des Celtes et des Ibères, A une époque très -an* cieime , les Celtes envahirent les parties occidentales et septentrionales de la péninsule ibérienne. Entre TËbre et la chaîne des monts Idubèdes, ils trouvèrent une vive résistance;

sans se laisser vaincre, les habitants du pays se confondirent avec les envahisseurs; et de cette réunion il résulta un peuple mixte, qui prit le nom de Celtibériens, CelliE miscerUes nomen Iberis. ( Lue. Pkars. ,1. iv , v. 9. ) A l'ouest, les Celtes triomphèrent facilement; et le pays soumis par eux s'appela la Gahce. Les Celtibériens, braves et nombreux, placés au centre de l'Espagne, maîtres du cours supérieur du DourOjduTageet de laGuadiana, qui prenaient leurs sources dans leur pays, formaient la plus puissante confédération de Tlberie.

Les principales tribus celtibériennes étaient les Jrevaques, les lierons, les Pdendom, les lnuont, les Belles, les TiUiens ;\t\xts villes étaient Numance, Contrebia, Bilbilis, Segobriga, Castulo, Bigerrse. Carthaginois soumirent les Belles et les Tittiens, les Romains les quatre autres tribus; ce fut en 134 avant Jésus-Christ que la liberté des Celtibériens tomba avec la ville de Numance. Lorsiiue les Romains établirent des divisions dans l'Espagne , qu'ils avaient vaincue, les Celtibériens lurent compris dans la Citérieure, et au temps d Auguste, ils faisaient partie de la Tarraconaise.

Celtill, chef arverne, ne nous est connu que par quelques mots du septième livre des Commentaires de César sur la guerre des Gaules. César le nomme parce qu'il fut père de Vercingétorix, et il ajoute qu'il avait essayé de se faire reconnaître roi par toutes les tribus celtiques, mais que les autres chefs se lijiuèrent contre lui et le n)irent à mort. Celtill vécut dans la première moitié du premier siècle avant Tère chrétienncYercingétorix dut en partie sa puissance au souvenir de son père,

Celtine. Les Grecs ,^ dans leur système de personnifications , racontaient aue Celtioe, fille de Bretaunus, était devenue amoureuse d'Hercule lorsqu'il passa par les Gaules en revenant d'Espagne avec les bœufs de Géryon, qu'elle lui déroba quelques pièces de son troupeau, et ne consentit à les lui rendre qu'en échange

ta

de son amour. De cette union serait né Celtus, tige des Celtes.

Celtorii , peuple ligure, qui, vers l'an 600 avant Jésus -Christ, habitait avec les Saiyens l'espace conipris entre le Rhône et les Alpes. ussCel' forii sont probablement les ScuUeri CM Scltcri de Pline. Leur nom se retrouve dans celui du district de 6lerd ou Eêterel, au nord d'Antibes.

Cely, ancienne châlellenie du Câlinais français, à 8 kil, de Melun (dép.

de Seine-et-Marne), érigée en comté en 1670, en faveur de Nicolas-Auguste de Ilarlay , ambassadeur et plénipotentiaire de la Xfrance à la paiiL de Ilyswick.

Cbmbbâ (comixit de). — A TouTerlure de la campagne d'Italie en 1797 contre l'archiduc Cliarles, le général Joubert, qui couunaiidait Taiie gauche de Tannée française, fat cbarge d'envahir le Tyrol. Il avait sous ses ordres , outre sa propre division, celles des généraux Dehnas et Baraguay-d'Hilliers.

Kerpen et Laudon, génâ^ux autrichiens , occupaient le pays : ils s'étaient étabUs dans des positions assez favorables, l'un derrière le Lavis, l'autre derrière la Nos; mais ils étaient séparés par l'Adige, dont ces deux rivières sont tributaires. Joubert n'hésita pns à attaquer l'armée ennemie qu'il avait devant hif . La gauche des Antriehiens étant le point nui paraissait le plus faible, Joubert donna ordre aux troupes de sa propre division de forcer le passage du Lavis, vis-à-vis des hauteurs de Cembra, d'attaquer Kerpen sur ces hauteurs, et de se diriger par Cauriana pour tourner le ûanc gauche de Fennemi. Le 30 mars, la brigade Belliart passa en effet la rivière au village de Serignano, malgré le feu meurtrier des Autrichiens, et se porta sur le gros de la division Rerpen, rangée en I i 1 1 e sur le plateau de CSembra. Attaqué de tïont et tourné par sa gauche., Kerpen tenta inutilementderésister : après un combat opi niâtre , il fut débusqué de sa position , repoussé sur San-Michele, enun forcé d'évacuer ce village et de se retirer par les hauteurs sur ÎBotzen. Les Autrichiens perdirent dans cette

affaire trois canons , deux drapeaux et trois mille hommes environ, tués, blessés ou faits prisonniers. Au commencement de la journée , les chasseurs tyroliens avaient beaucoup souffert eu défendant les bords du Lavis.

Cendal. — Le eendal , dont il est fréquenunent ptirlé dans nos vieux auteurs, était une étoffe de soie ou seulement en partie de soie, dont on faisait des habillements, et en particulier des bannières militaires. Selon le Dietiommire de Trévoux , il y en avait de trois sortes, do blanc, du rouge et du citron ; il y en avait aussi du vert. Dans l'histoire de Tabbaye de C<ondom, il est fait mention de deux (M)urtine8 dé cendal rouge et vert. La célèbre bntiriière de l'abbaye de Saint-]>eni8 appelée Oriflamme était de cendal rouge. Cette étoffe est sans doute encore en usage aujourd'hui , mais elle a changé de nom.

Cenis (passage du mont). — Cette montagne, dont le passage forme la communication entre le Piémont et la Savoie, a vu plus d*une fois des soldats français franchir ses pics escar()és \ et ce ne fut pas toujours le génie de la guerre qui les entraîna dans ces régions glacées, au milieu de ces précipices affreux. Si le voyageur y trouve une route facile, c'est aux travaux exécutés par des Français qu'il en est redevable. £n effiat, cette route élargie par Charlemagne, et restaurée par Catinat, est due presque tout entière à Napoléon, qui, de* venu empereur, consacra plut de sept millions de francs à cette magnifique construction. £n 1802, tous les travaux antérieurs avaient étédétmits, et le passage était difficile et même dangereux* Maintenant il est très-fréquente, très:

commode, et présente de Lans-le- Bourg à Suse une largeur de dix-huit à vingt pieds sur un développement de

{)lus de huit lieues. Sur le plateau de a montasne, près du village de Tavernettes, rélève un hospice fondé au neuvième siècle par Louis le Débonnaire , rétabli et restauré par Napoléon , qui y avait placé des religieux. L'empereur, pour attirer des habitants dans

VhhiiÈàs. catil

tts lieux déserts, avait ipéme érigé le M«àUMs M ooitoitoniM ét affinmelil IM labitaiits de tout impôt.

— Le comité de salut public avait ordonné, au mois de février 1794, que Tannée des Al(^ n*mtp9tiit du mont Cents, où les Piémontais s'étaient tranchés pour défendre les nveniieS tfé leur paySf et dont l'occupation dtevait coiiiçléter et âssurer la conquête de )t Savoie. Mais les rigueurs de la saison s'étaient opposées a l'exécution de ces ordres. Plusieurs tentatives trop précipitées avaient échoué, et lé général Barret avait péri dans une première entreprise. Le général Alexandre Dumas en essaya donc une nouvelle, lorsque le retour du printemps eut rendu les cDmmunications praticables. Par des dispositions habilement conçues et courageusement exécutées, les postes ennemis, ava nt d'être attaqués de front , avaient été dépassés pair dtes colonnee dirigées de droite et de gauche sur leurs flanrs : les retranchements élevés sur les divers points de la montagne ftirent ainsi assaillis et emportés avec la plus grande impétuosité. Dans le même temps, une division de trois mille hommes, sortie de Briancon, s*étant portée dans la vallée de sardonnache et de Sezanne, s*était emparée d'Oulx, de Fenestrelles, et s'était avancée sous le canon d'Exilés, lundis que le Uiont CeniS était ënlevé au centre, une autrfe colonne de Tarnire des Alpes, passant le col d'Argentine en avant de fiarceionnette, envahissait la vaifée de là Sttira. Ainsi les deax armées des Alpes et d'Italie pouvaient se réunir sous Turin. Mais une trop longue inaction suivit malheureuseuent de si brillants débats*

Cenomajini» ||euples gaulois qui habitaient les environs du diocèse du Mans. Ils firent partie de la grandq ëltpédition de Balofèse, qui, après avoir vaincu les Étrusques près da Tésin , se fixèrent dans un canton qu'on nommait la terre des Insubres. « Bientôt, dît Tite-Live, suivant les traces de ces premiers Gaaiois, Une autre troupe de Cénomans, sons In conduite d'Ëiitgvtus, passa les Alpes

par le même défilé , et vint s'établir aux lieux alors ocett))és par les U-

buens , et où sont nuiintenant les tilles de Brixia et de Verona. » Du temps de César, les Cénomans étaient bornés an nord pàr les Saietis ou EsHiiensz

au sud, parles Ândes ou Jndegaves H les Turons; à l'ouest, par les Arvîens, et au nord-ouest, par les Diablintes, De nombreux monuments prouvent que la ville moderne du Mans occupe l'emplnrernent de celle qui , dans la Notice des nrovinces, est nommée 61?nomanni, au nom du peuple dont elle ( tait la métropole. (Voyez le Mans.) Pour les Cénomans établis entre l'Adda et l'Adige , voyez Gaule cisalpine.

Gbvs. — Le mot eensus, dont nous avons formé cens , n'avait point en latin la signification que son dérivé a en français; il servait à désigner le recensement ou le dénombrement qui se faisait de tous les sujets et de toutes les terres passibles des charges publiques , dans le but d'établir le polyptyque ou cadastre. Cette opération se renoiivelnit aussi souventqu'il était nécessaire , pour constater les mutations des propriétés , et servait à répartir, dans une juste proportion avec les fortunes, lesdeux premiers titrcsdu ration, savoir:

l'impôt foncier, et la cjpitation. Avant de procéder à ce dénombrement, on Commençait par mettre à parties terres domaniales ou fiscales aftcctécs à l'entretien du prince et de la cour, et ces terres, déjà immenses, tendaient sans cesse à s'accrottre par suite de déshérences, de confiscations, de délaissements, etc. On laissait encore en dehors lës domaines donnés, francs de toutes impositions publiques, aux vétérans et transmissibles à leurs enfants , à charge de service militaire; les benélices concédés avec la même exemption aux ÎKiUlata des frontières pour leur tenir lieu de solde , et aussi les dotations foncières, concédées à un grand nombre de hauts fonctionnaires et d'officiers de justice, de finance, etc., et dont les revenus formaient, avec une part dans les amendes, le traitement des titulaires pendant leur exercice. Cela fait ,

CBM

on dressait le tableau des terres qui restaient et qui seules de?aieDt l'impôt

2be le prince fiilsaift ptlblier dans na dit appelé indiction, Gonàtantin, converti n In religion chrétienne, ayant déclare, par suite d'un zèle plus pieux que réfléchi , qiie tOQles les tCM dont Ks fidèles feraient donation auzégliiei seraient déchargées des tributs; et de plus, la misère des temps ayant forcé un grand nombre d'hommee libref soumis à la capitation de se donner «a servitude, pour se soustraire à ane charge (juMls ne pouvaient plus suppor« ter, il fallut faire de nouveaux retran* chements aa polyptyque, et laisser en dehors du recensement une grande quantité d'héritages, ainsi que beaucoup de contribuables qui s'y trouvaient compris auparavant,et le revenu pul)lic sid)it graduellement une diminution à Inquelle on chercha à remédier plus tard. Quand les Francs eurent conquis la Gaule et s*y furent fixés pour toujours, leurs rois s'attribuèrent, pour leur part de butin, ce qui constituait le domaine impérial; les ietodes et les fidèles s'établirent dani les dotations des hauts fonctionnaires, dont ils usurpèrent la juridiction, et les soldats s'emparèrent des bénéfices ttiUitaires, soit en évinçant les possesseurs, soit en se déclarant leurs liéritiers qnand ils décédaient, et tous jouirent de leurs envahissements, avec les jfrancfalses qui y avaient été attacliées lors de la concess^ion primitivé. Quant aux terres soumises aux contributions et au recensement, leur conûlïiàfk rtsta la même, et elles continuèrent à en porter le fardeau. Il en fut de la cnjiitatioM cotnme de l'impôt foncier. Les Francs s'en prétendaient exempts, comme Tavaient été ceux qu'ils remplaçaient, et ils ne furent recensés m pour leurs biens ni pour leur tête. Les rois francs avant conservé les contributions qu'ils tronvèreot établies dans la Gaule, conservèrent aussi l'opération cadastrale, ou le recensement qui servait à les asseoir.

Mais aux causes de retranchement du polyptyque qui se présentaient sous les empereurs ronkainsy il s'enjoignit biantdt

beaucoup d^Sutres : d'abord , l'aveugle libéralité des barbares, qui, croyant ne pouvoir prouver mieux Iq sincérité de leur conversion que par des libéralités extravagantes, enrichirent outre mesure les églises de terres qui devenaient firancbes en passant, entre leurs mains; ensuite, l'invasion ayant réduit à la dernière indigence un grana nombre de petits propriétaires, Tahandon de la liberté aevjnt beaucoup plus fréquent : de là, diminution nouvelle et toujours croissante dans les ressources de l'État. Mais ce n'est pas tout. Les rois, pour retenir dans la fidélité des oomiiagnons orgueilleux, turbulents, et souvent mécontents de la part qu'ils avaient eue dans le démembrement du soi de la G au le , étaient forcés de leur céder de grandes por* tions de leur domaine privé, ce qui ne diminuait point les ressources publi-

3ues, puisque le domaine était exempt e contributioiis, mais lès appauvrissait d'autant. iNe pouvant plus bientôt faire de largesses aux dépens de leur domaine, ils se contentèrent d'accorder l'exemption dont ils jouissaient euxmêmes , ce qu'ils faisaient en acceptant, à titre de donation, des terres qu'ils rendaient sur-le-champ a leurs anciens possesseurs, à titre de bénéfice héréditaire. Enfin, les possesseurs des bénéfices affranchis de contributions, non contents de jouir pour cette nature de terres d'une faveur qu'ils prêtai* daient inhérente à leur personne, l'étendirent tant cju'ils le purent aux domaines imposes qu'ils y joignaient

Ear achats, mariages ou successions.

)e cette manière, les besoins de l'État restant les mêmes, les moyens d'y satisliiire diminuèrent de jour en jour, et finirent par disparaître presque complètement. Les rois prirent diverses mesures pour prévenir un appauvrissement qui devait amener la ruine de deux dynasties, et ordonnèrent, & l'Imitation de l'empereur Constance, qui n'avait pas tarde à ressentir les mauvais effets de la piété mal entendue de son père Constantin, que les terres tributaires données aux églises seraient tmpMum au j^lyptyque etcontinud-

CM

raient à payer les impôts. Ils n'osèrent aller auni loin que les empereufs Valentiniei), Yaleos et Gratien , qui

avaient défendu de rien léguer au clergé par acte de dernière volonté; mais ils déchirèrent quelquefois les testaments faits en sa faveur; enfin , ils défendirent aux hommes inscrits au rôle de la capitation de se donner en servitude pour jouir de l'exemption de ce tribut. Quant aux prétentions des possesseurs de bénéfices, de ne rien payer pour les terres, sujettes à l'impôt, qu'ils achetaient, dont ils héritaient ou quMIs recevaient m dot , les ministres, jaloux de la conservation des droits du prince, t'n firent justice en maintenant ces terres au polyptyque et en les faisant recenser avec les autres terres de même nature; et cette sévérité fut la cause de la mort tragique de plusieurs de ces ministres, après le décès des rois dont ils avaient défendu les intérêts et qui seuls les soutenaient. Cependant, ces divers moyens, qui ne reçurent jamais qu'une exécution incomplète, ne reinédièrent point au mal, et les rois se virent , pour maintenir autant que possible 1 équilibre entre la recette et la dépeniie , obligés de multiplier les recensements des terres , etcTajouter chaque fois quelques charges nouvelles à celles qui avaient été primitivement établies. Au rapport de Gré|;oire de Tours, Chilpéric poussa si lom ta dureté , qu'un grand nombre de pro*

f)riéta!res, abandonnant leurs cites et eurs biens , cherchèrent une retraite dans les pays qui n'étaient point soumis à sa dommation, préférant un exil volontaire au danger de mourir de misère ; car , entre autres règlements, dit Fauteur que nous citons , « le roi avait ordonne que tout posse^ « seur de vignes payerait une mesure «de vin par arpent, et avait établi « plusieurs autres redevances tant sur « les terresquesurlesesclaves.» Le peu* pie de Limoges, qui succombait aussi sous le fardeau , se révolta contre Marc le référendaire , qui était cliargé de la perception des nouveaux droits, brûla ses rôles sur la j)Iace publique, et l'aurait tué lui-même, si l'évéque Jberréol

ne l'eût arraché au péril qui le mena-

Siit. Cet acte de desespoiir ne servît 'abord qu'à aggraver la position de ceux qui s'y étaient livrés; mais les malheurs q^ùi fondirent sur la maison de Chilpéric, la perte successive de tout ses enfants, qu'il regarda comme une punition du ciel, et les remontrances de Fredégonde , qui fut accessible à la pitié une fois en sa vie, lui inspirèrent des sentiments plus humams. A l'exemple de sa femme, il jeta au feu les nouveaux recensements, et les impôts continuèrent à être perçus d'après les anciens. A partir de cette époque, les recensements cessèrent d'avoir lieu, car l'histoire n'en cite plus aucun après ceux de Chilpéric. ■Le moyen manquant alors d'asseoir l'impôt foncier et la capitation, on se borna à déclarer que ceux qui jusqu'alors avaient payé ces deux contributions , continueraient à le faire ; chacun profita du désordre de l'époque pour s'en dispenser, ce qui eut pour résultat l iusuffisaucedu domaine royal, la ruine du revenu public, l'affaiblissement de la royauté, et, comme nous l'avons dit, la chute successive de deux dynasties. De nos temps, le cens a été rétabli par deux opérations distinctes : le recensement général des terres sous le nom de cadastre, et le dénombremeot des citoj^ens de tout âge et de tout sexe qui a lieu tous les cinq ans.

Cens setgiveubial. Selon le jurisconsulte Irerrières, le cens seigneurial était une redevance annuelle, foncière, -perpétuelle, en argent, denrées ou services, dont un héritage censier était chargé envers le iief ou le franc-alleu dont il était mouvant, et qui avait été imposée pour la première fois par le seigneur dans la concession qu'il avait faite de l'héritage. Voici l'origine du cens et des terres appelées censaies, qui furent tenues de payer cette redevance jusqu'au jour où l' Assemblée constituante 1 abolit. Quand les Francs se furent établis dans la Gaule et eurent pris possession du domaine impérial , des bénéfices militaires, ainsi que des domaines attacbés à chaque fonctiou pu*

Uicpie, pour tenfr lieu de traitement

aux titulaires, ils cédèrent à titre de tiefs, et sauf une circonscription plus OU moins étendue qu'ils se résenrèrent pour former leur pourpris, la majeure partie des terres dont ils étaient possesseurs, à des hommes de leur condition mil devinrent leurs vassaux, et dont ils furent les suzerains ou chefsseipnniirs. Les vassaux, sous la même réserve, cédèrent, à leur tour, une partie des terres de leur flefàdes hommes qui en Grent des flefs de second ordre, et devinrent les vassaux de leurs cédants et les arrière- vassaux des chefs-seigneurs. Mais comme les devoirs du vasselage n'obligeaient le vassal qu*àsuivre son seigneur à la guerre et à l'assister à son plaid , et comme il fallait quelque chose de plus que ce double service pour mener une vie

f»rincière ou seigneuriale, le suzerain, e vassal et l'arrière-vassal surtout, dont les propriétés n'étaient plus assez vastes pour qu*il plH former des fiefs de leurs démembrements , cédèrent aussi à perpétuité une autre partie de leurs domaines à des manants , pour les mettre en valeur et en recueillir les fimits, moyennantdes redevances utiles en argent, en grains, en charrois , en travaux serviles , et ces redevances constituèrent le cens seigneurial. Or, voici ce qui arriva : c'est que, pendant que les terres données en fief conservaient leur caractère de terres nobles, eelles qui avaient été concédées à charge de cens tombèrent en roture, à cause de la condition des hommes entre les mains desquels elles passaient, et de ia nature des services qu'imposait la concession. Cela est tellement vrai que jusqu'à l'abolition du cens , toute terre qui y était soumise était effectivement roturière. Le cens était la marque de la directe seigneuriale sur les rotures , comme la foi et l'hommage étaient 'e caractère de la directe sur les (iefs. Tant que le cens fut fondé sur des concessions , il dut être payé sous peine de perdre la terre qui avait donné lieu à son inslitution, et cela en vertu de cette maxime de droit établie en 846 par le concile de Heaux: Qui

negHgit censum perdat terram, et par cette phrase d'une lettre de Charleraagne à l'évéque de Meaux : Qui negligit . censum perdat agrum. Le cens n^était pas uniforme dans tout le royaume, il dépendait de la générosité des sei-

âoeurs, du besoin défaire cultiver, e la nature des terres, et principalement de la coutume. Beaucoup de cédants s'étaient réservé la facnlté do !e doubler, de le tripler même en certaines circonstances, ce qui s'appelait établir un siircens. L'abbaye de Saint- Maur-les-Fossés avait le droit de demander un (loul)le cens à ses colons et à ses manants en trois circonstances :

si le roi y prenait gtte, si l'évéque venait la visiter, et si un incendie en consumait les bâtiments.

Jusqu'ici on n'a vu le cens seigneurial établi que sur des terres concédées à cette condition , et on a

Eu en conclure avec raison que les erita^es patrimoniaux en étaient affirancbis.i C'est ce qui avait lieu en effet dans l'origine; mais divers ftits généralisèrent peu à peu cette redevance. Dans des moments de trouble et d'anarehie, le besoin de se faire des protecteurs obligea bien des petits propriétaires de terres franches à donner leurs biens roturiers au roi, aux grands vassaux, aux églises, aux seigneurs même de second et de troisième ordre, pour les recevoir d'eux ensuite à perpétuité et à charge de redevances; ce fut l'origlDe d'un jiou« veau cens plus ou moins onéreux, aui« vaut le prix que l'homme puissant mettait à sa protection. Plus tard, ce

âut n*aTait été qu*ua acte volontaire evint une obligatioD sérieuse; il fut ordonné à chaque propriétaire resté indépendant de se choisir un patron, ou, a proprement parler, un maître.

On imagina la maxime : Nulle terre sans seigneur, et la servitude de la propriété devint si bien de droit commun, que les seigneurs furent autorisés à îaire, dans leur mouvance, la recherche des terres qui jusque-là avaient échappé au cens, et, quelle

aue fût leur origine, non-seulement e les y soumettre, mais «nconi «l*exi-

CEH

L'JUSrVîiKS.

ger vingt-neuf années d'arrérages, à moins que leurs possesseurs ne prouvassent par titre que leurs biens étaient francs et devaient Itétre à perpétuité.

À partir de ce moment, il n'y eut presque plus de terres libres en France , que celles qui formaient le domaine du toi ou oelui des grands vassaux et le ponrpris des seigneurs d'ordre inférieur. On ne connut plus que des suzerainetés, des fiefs et des censives.

Comqia le cins était uo impôt aussi humiliant pour l'orgueil qu'onéreux pour la bourse, et que les gentilshommes aussi bien que les manants y étai«Dt aoamis pouf les rotures qu'ils postdatent , ils cherchèrent , dans le douzième siècle , à s'y soustraire, en établissant que dans leurs mains ces biens reprenaient leur ancien earàetère d'indépendance et de franchisé.

Ayant été battus sur ce [>oint, ils imaginèrent^ quand ils héritaient de ces domalnea et avaienl à les partager avec un roturier, de fiiire retomber sur ce dernier la totalité du cens, comme s'il eût possédé la totalité du domaine à lui seul. Mais Louis VU mît fin à cette Infostice, enordonoant, 00 1168, que chaque copartageant conrourrait au payement des redevances dans la proportion de son lot. Le cens donna lieu a une législation fort comptiquée* etqni variaitd'une provinreà l'autre , suivant les coutumes. EnGn , dans la célèbre nuit du 4 août 178d, l'Assemblée constituante, d'un mouvement unanime et spontané, décréta l'abolition du cens seigneurial et de toutes les autres prestations féodales , sauf remboursement de celles qui étaient fandées eo titre et avaient pour cause des concessions de terres anciennement faites.

Mais la difQculté de distinguer ces dernières de celles qui étaient le ré* Bultat des usurpations, fit qu'on les confondit les unes avec les autres pour éviter les procès , et que toutes fu^ Mt ensuite abolies sans remboursa^ nient.

Cknstve. Ce mot , dans l'ancien droit, exprimait la mouvance d'unseicneur eensier. Quelquefois il signiiatt «nMonéBi Miitaêtt: aiiisi« qdaoi

on disait que tels biens-fonds étaient des terres en censive , ou tenues en Oeqsive, on voulait diçe qu'ils étaient . obargésdeccns, et, par conséquent, roturiers; car les fiefs ne pouvaient être chargés que de la foi et de l'hommage. £nûn on désignait encore sous le nom de censive la redevance dont Théritage censitaire était grevé. (Voy. Cens.)

Censube. Le maintien des mœurs et la défense des principes sur lesf^uels repose rexfstenc^ n^éme de la 'société, tel est, dansceau'il y a de plus étendu et deplusélevé, l'objet del'institutionà laquelle a été donné le nom de censure. Il résulte de là qu'il existe deux sortes de censure : la censure des mœurs et celle des écrits. C'est de cette dernière que i}Ous allons nous occuper.

• La censure des écrits en France fut, dans forigine, une des attributions du clergé. Les premières condatnnations pour des doctrines progressives datent da oonèrae siècle , qui fut aussi l'époQue ojk con^mença en France le grand mouvement qui eut pour résultat l'affranchissement des communes.

Aljailardfle père de la philosophie iran-

Saise , fut une des premières victimes e la censure ; il fut accusé d'Iierésie, et condamné comme tel, en 1121, par un concile assemblé à Soissons, pour avoir osé dire qu'un homme ne doU rien croire sans de bonms raisons, et pour avoir prétendu que les trois personnes de la Trinité m sont que les dénonOmUgm d*w^ md et mime ^tre, qui est Dieu. Descartes fut égalementcondamné cinq siècles plus tard, pour avoir dit: « U/aut se é^Jfaire 4e tout préjugé, et daukr de tout avan t de M'otnarer tTouame oomuiis*

sauce. »

La critique des doctrines exprimées dans les discours publics et dieras les livres était, dans l'origine, exclusivement du domaine de l'autorité ecclésiastique , non-seulement pour ce qui «moeme la religion, mais encore pour ce qui ne touche qu'à la politique. La Sorbonne, dit M. Dufey de l'Yonne, dans un travail remarquable auquel nous faisons de nojubreux emprunts, la fiotboone poaiiiiivit afsoiiaiiKQi^

Ui

cevible achumemeiit ks Vmi de |dii-

iosophie; et elle n'épargnait pas sea principaux membres : témoin le malheureux Ricber, syndic de lu iacuité, ^u^eistièm» sidele, le parlement et Tu* Diversité s'étaient également a|< tribué lepriviiéj^edecensurer les livres, et même les farces que 1 on représentai! aur les théâtres. Après la bataille de Pavie, il fut défendu , par arrêt du parlement et par un décret de Tuniyersite, de faire aucune allusion aux événements politiques et à la situation pénible où se trouvait alors la France, et l'on remit en vif;ueur les édilsqui portaient la peine de mort contre tous ceux qui tiendraient des assemblées illicites ou qui posséderaient des livrée prohibés, dont l'université dressa une liste qui fut remise au procureur général. Dans cette liste de livres pronibés 80U8 peine de mort, figuraient la traduction des psaumes de Marot, les œuvres de Raoelais et les éditions de la Bible publiées par Robert Étienne.

François I*', Pallié des Turcs et dei protestants, faisait alors cause commune à l'intérieur avec le eler^é catholique pour mettre un terme aux progrès de la réforme. Le 1 3 janvier 1536, il avait poussé le zèle ju84a'à défendre toute impression de livras, seras peine du gibet.

' On ne se borna point a provoquer Jes pénalités les plus rigoureuses contre les ouvrn^es imprimés en France et contre leurs auteurs ; la fameuse ordonnance de Chateaubriand prohiba , aous peine de confiscation , nmportation des livres publiés à l'étranger.

Toute caisse expédiée des pays étran-

fers devait être ouverte en présence e denx docteurs en théologie. (Tétait notre système actuel dédouanes, mais au profit de la religion de l'État, et avec des théologiens pour douaniers.

On proecrivaittiNite doetrine nonveNc^ jnénie dans les sciences eiaetes. Le parlementde Paris proclama par arrêt, en 1624 , Tinfaillibilité des doctrines d'Aristote, et trois .chimistes , Clave, Bitaut et Vâlon , qui ne partageaient pas l'opinion du philosopne grec sur Wi ca^i^gories et les formes sulMtaa-

tielles. Tirent condamner lears thèses.

Jjd dernier paragraphe de larrét rendu contre eux mérite d'être cité : « Le « parlen^eut fait défense à toutes psr- « sonnes, $qus peine de la vie y détenir « ni enseigner aucunes maximes con* « tre les anciens auteurs, ni f;\ire au- « cuues disputes que colles qui seront a approuvées par les docteurs de ladite « faculté de théologie, etc. Fait au par-

« lement, le 4 septembre 1624 «

Tous les discours, toutes les publiçations se rattachaient alors par quelque point à des questions religieuses; le plus grand nombre des livres imprimés dans le seizième siècle étaient relatifs au principe de la liberté de conscience; cela explique pourquoi hi censure fut, à cette époque, attribuée presque exclusivement à la faculté de théologie ; mais des que Timprime* fie eut étendu le cercle des connaiasaiiees humaines , le domaine de la censure s'agrandit , et les docteurs en théologie, qui continuèrent à être investie do droit de l'exercer, eurent k juger des ouvra£;e8 relatifs aux sciences exactes, au droit [)ublic, à l'éronomie politique, aux arts industriels. Bientôt cependant leur incompétence devint évidente, et l'on finit par ne sou* mettre à leur examen que les ouvrages essentiellement religieux. La moitié du monde leur échappa alors. Chaque pubUcation religieuse était examinée j)nr deux docteurs, qui faisaient seulement les fonctions de rapporteurs.

La faculté s'assemblait pour prononcer le jugement, et le parlement apfrouvait ses décisions. Bientôt cependant les publications se multiplièrent avec une telle rapidité , qu'il fut im> possible à la famït de prononcer en assemblée générale. Les aocteors chargés de l'examen se dispensèrent alors -de la consulter, et prononcèrent euxmémee sur le niérite en le danger des ouvrages qu'ils avaient à oamiaer.

I^eur approbation ou leur împrobation fut définitive. Mais, comme les docteurs examinateurs prononçaient souvent sans oonnaissance de cause, la faculté leur enjoignit plus d'une fois d'être plus cuconspects, sous

M cnr vm

peine de perdre pendant six mois rhonneor et les privilèges attadiés an

doctorat, et pendant quatre ua l6 droit de censurer les livres. En 1663, une question divisa les membres de la faculté : il s'agissait de décider si l'autorité du pape était supérieure à celle des conciles. Le docteur Duval, chef d'un des partis, craignant de succomber sous la masse des factiims de ses adversaires, sollicita et obtint, en 1664, des lettres patentes qui, à l'exclusion de tous les autres docteurs, lui conférèrent à lui et à trois de ses confrères, le droit exclusif decensure, avec une pension de deux mille quatre cents livres à partager entre eux. La Sorbonne indignée adressa au roi remontrances sur remontrances, soutenant que la censure des livres appartenait à tous ses membres , et ne pouvait être le monopole de quelquesuns. L'autorité royale transige-a, et il fut statué par de nouvelles lettres patentes que le nombre des censeurs serait Axe à quatre, qui seraient choisis par l'assemblée de la maison de Sor- Donne , à laquelle seraient adjoints deux docteurs de la maison de JMavarre. A la fin cependant le docteur Duval et ses trois collègues furent obligés de céder de guerre lasse et ils donnèrent leur démission en 1666. La faculté reprit alors ses anciennes tra< ditions, et nomma directement les censeurs en nombre illimité. Toutefois de nouvelles divisions s'élevèrent bientôt parmi les docteurs à l'occasion des disputes sur la grâce; le chancelier Séguier fit alors oter à la faculté le droit exclusif de censure , et quatre censeurs furent nommés par lui, avec une pension de six cents livres chacun.

Ce fut une véritable révolution dans l'exercice du droit do censure. Jus-

âu'alors la société puiilique avait grani, tandis que la société religieuse perdait toujours du terrain ; le fçouvernemcnt profita de cette circonstance favorable pour retirer la censure des mains du âergé exclusivement romain et pour tâcher de la garder dans ses propres mains. Les évêques seuls eurent la facul^ d'imprimer leurs lettres

pastorales, leurs mandements, etméme

des ouvrages spéciaux, sans être tenus de demander l'autorisation du chancelier; mais ils furent obligés de lui adresser leurs œuvres, quel qu'en fût l'objet, et Bossuet lui-même reconnut la nécessité de cette mesure. Le gouvernement s'empara aussi d'une manière plus directe de la faculté de censurer les livres de science et d'art , et ces sortes de livres furent soumis à l'examen de maîtres des requêtes, choisis par le chancelier, qui fut dès lors institué chef supréne de la censure, et nomma à son gré les censeurs. C'est au chancelier que les censeurs rendaient compte ; de là cette formule qui précédait chaque approbation, et qu'on lit en tête ou à fa fin de tous les livres publiés avant la révolution de 1789: J'ai luj par ordre de monseignewr le éhantmer^ etc. Bientdt cette nouvelle censure, qui ne fût guère plus éclairée que Tancienne, eut a lutter contre l'esprit philosophique du dhc-huitième siècle. Mais dnsons d'abord un mot de la condamnation de Descartes. Cette condamnation eut cela de particulier que le livre des Méditations, qui en fut le prétexte, avait d'abord trouvé grAee devant la Sorbonne. Sans son respect pour les doctrines d'Aristote , cette assemblée n'en aurait même pas refusé la dédicace. I\lais bientôt les théologiens hollandais s'élevèrent avec force contre le nouveau philosophe; l'inquisition romaine l'accusa d'athéisme , proscrivit sa doctrine, et la mit à rindex.

Descartes n'était plus , en vain le P. Malebranclie mit-il tout en oeuvre pour défendre sa mémoire. Louis XIV ayant ordonné à l'archevêque de Paria de faire assembler les facultés de l'Université pour examiner le système du philosophe, l'assemblée condamna des ouvrages dont l'auteur n'avait pas craint de dire : « En philosophie , il « ne faut pas se mettre en peine des « conséquences qu'une opinion peut «avoir pour la foi; nonobstant ces « conséquences , il faut s'y arrêter si « elle semble évidente. « La Sorbonne se ravisa alors, et elle ne crut pas de-

CÉX

CBtf

voir se montrpr moins orthodoxe que l'Université. Elle fit plus : non contente de condamner la doctrine de Descartes , elle ajouta à l'anathème lancé contre les œuvres du c;rand philosophe, et renouvela la duteuse de s'écarter eo rien des doctrines d*Aristote.

Le dix-huitième siècle vit censurer Montesquieu , Buffon , Marmontel , Mably , Kaynal et beaucoup d'autres écrivains. Voltaire lui-même ne put échapper aux poursuites pour son A/akomct, qu'il avait eu cependant la précautiou de dédier au pape. Montesquieu fut accusé é^athmme, de déisme et de sédition par les jansénistes et les molinistes qui s'étaient réunis pour combattre les principes dé- Teloppés dans VEtprU des lois. Les deux premiers cheis d'accusation s'excluaient l'un l'autre; il est évident, en etïet, qu'on ne peut en même temps croire et ne pas croire en Dieu. La Sorbonne intervint dans ce conflit, et après deux ans de laborieuses investit;utions, elle parvint à signaler dixnuit ^ropositioas répréhensibles; mais elle recula devant les conséquences de la publicité, et son décret de censure resta dans ses archives. La Sorbonne attaqua aussi la théorie de Buffon sur la forme et Tantiquité de la terre, et elle parvint, à force de tracasseries, à obtenir de lui cette déclaration, que son ^lobe de verre n'était uu'une supposition philosophique; après quoi elle consentit à ajourner sa décision. Quelle que fdt sa haine contre V Encyclopédie, elle recula devant l'examen d'un tel ouvrage, œuvre de toutes les célébrités littéraires et scientifiques de Tépoque. Elle substitua les manœuvres sourdes, les cabales , à une attaque directe ; elle souleva contre lès enc]f ck>pédistes les susceptibilités ministérielles, et un incident imprévu vint à

{)oint à son secours : un jeune bacheier, Martin de Prades , soutint une thèse où il mit en question le christianisme même. Cette thèse eut un grand retentissement; c'était, en effet, chose étrange qu'une apologie du théisme faite sur les bancs de Ta SorliODiie. Les docteors virent dans le

Page 1