CEN FR
tait Napoléon et les neuf cents grenadiers (composant sa garde, entra lej'"'" mars dans le golfe Juan, après une pénible traversée , pendant laquelle la petite expédition avait couru les plus grands danij;ers. Avant de mettre le pied sur la terre francise, Mapoléou quitta et fit quitter à ses soloats la cocarde de Tde d'Elbe; après qu'elle eut été remplacée par la cocarde tricolore , il donna Tordre d'effectuer le débarguement sur la plage de Cannes.
Son bivouac fut établi dans une plantation d'oliviers, où il reçut un accueil empressé des habitants de la campagne. « Beau présage , dit-il ; puisset-il se réaliser! » L'un de ces paysans, qui avait servi , reconnut Napoléon , et ne voulut plus le quitter. « Kli bien , Bertrand t dit l'empereur, voicf du renfort. » Cependant une escouade de quinze hommes, commandée par un capitaine, Ut maladruitement sur Antibes une tentative qui échoua. Le 3, pu arriva au villaf^e de Cérénou ; le 3, on coucha à Barème; le 4, à Digne, et, le 5, à Gap. Là, î^apoléon lit imprimer deux proclaraatiods qu'il avait improvisées sur mer le 28 février : l'une était adressée nu [)eiiple frnnçais, l'autre à l'armée. C"( tait nt encore ces mêmes accents magiques qui avaient tant de fois électrisé la nation. « Français I « dans mon exil , j'ai entendu vos « plaintes et vos vœux... J'ai traversé « les mers au milieu de périls de toute « espèce; j*arrive parmi vous repren- « dre mes droits, qui sont les vôtres... «Français! il ti'est aucune nation, «quelque petite qu'elle soit, qui n'ait « eu le droit de se soustraire, et ne se « soit soustrait H au déshonneur d'obéir « h un prince impose [)ar un ennemi « momentanément victorieux. Lors- «que Charles YII rentra à Paris, « et renversa le tr^jue éphémère de « Henri V, il reconnut tenir son trône « de la vaillance de ses braves, et non « d'un prince r^ent d'Angleterre ?... »
Sa proclamation à l'armée, surtout, est un des plus beaux monuments d'élo-
âuence militaire qui existe. Elle prooisit ttn effet merveilleux. « Soldats I « n<ms n'avons pas été vaincus* Oeiii
CE. CES ZS9
« hommes sortis de nos rangs ont trahi « nos lauriers... Soldats! venez vous « ranger sous les drapeaux de votre « chef... La victoire marchera an pas « de charge ; l'aigle , avec les couleurs « nationales , volera de clocher en clo- « cher Jusqu'aux tours de !Notre- « Dame... » A Saint*Bonnet , on voulut sonner le tocsin pour faire lever les villages en sa faveur : « Non , dit-il « aux habitants, vos sentiments me ga- « rantissent eeox de mes soldats. PÎus « j'en rencontrerai, plus j'en aurai. Res- « tez tranquilles chez vous. » Il ne se trompait pas; mais ce refus faisait déjà pressentir qu'il allait se montrer tel qu'il avait toujours été, c'est-àdire, l'homme de I armée, plutôt que l'homme de la nation. A Sisteron , le maire voulut s'opposer au passage, mais les habitants sympathisèrent avec les soldats de l'empereur. Au sortir de Sisteron , l'avant-garde de la petite armée , quf se composait de qnaranto grenadiers sous les ordres de Camnronne, fut arrêtée par une colonne ue le général Marchand avait envoyée e Grenoble pour repousser les cons* pirateurs. Un second ofBcier, dépédlé par Napoléon, ne fut pas plus heureux que Cambronne; on refusa de l'entendre. La situation était critique ; de ce qui allait se passer dépendait tout le sticcès de l'entreprise. Napoléon ne s'attendait pas à cette résistance ; il en témoigna sa surprise au général Bertrand , auquel il dit : « On m'a trompé. » Mais , retrouvant bientôt toute sa présence d'esprit , il ajouta : « N'importe , en avant ! » Descendant alors de cheval, et découvrant sa poitrine : «S'il en est un parmi vous, « dit-il aux soldats de Grenoble, s'il en « est un seul qui veuille tuer son géné- « ral, son empereur, il le peut, le voici I* Les soldats répondirent tons par le cri de Vive l'empereur! et se précipitèrent autour de lui , en lui baisant les mains. On se remit en marche au milieu d'une immense population; celle de Vizille surtout, où était née , pour ainsi dire, la révolution française , se signala par son enthousiasme. Entre Visiflè et Grenoble, arriva an pas de coum le 7* do
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ligne , oommaDdé par Labédoyère. Na-
|K)léon pressa sur son cœur ce généreux ofucier, dont il ne pouvait prévoir le malheureux sort, et lui dit avec effusion : « Colonel , tous me replacez sur le trône. » Cependant le général Marchand se |)répnrait à la résistance; et quand on arriva sous les murs de Grenoble, on en trouva les portes fermées. D*abord silencieuse et indifférente en apparence aux cris de rive Vempereur poussés par les grenadiers de nie d'Elbe, la garnison de Grenoble ne put inattriser son émotion lorsqu'elle vit Napoléon en personne s'avancer sous les murs de la place, et regarder d'un œil assuré les canons diargés et les mèches allumées ; elle poussa à son tour le cri de f'ive l'empereur y que répétaient les habitants , et qui devint unanime. On se précipite aux portes, on les enfonce, et on en jette les débris aux pieds de l'empereur, en lui disant : « Tiens, voici les « portes, à défaut des clefs de la ville de « Grenoble.» L'empereur dit alors à ses officiers : « Tout est décidé mainte- « nant, nous allons à Paris ! » Le lendemain , 8 mars, il fut reconnu et salué comme empereur par toutes les autorités. «J'ai su, ait-il alors, que la « France était malheureuse. J'ai en- « tendu ses gémissements et ses re- « proches. Xe suis venu pour la dé- « livrer du joug des Bourbons ; leur « trône est illégitime. INIes droits ne « sont autres que les droits du peuple. « Je viens les reprendre , non pour ré- « gner, le trône n'est rien pour moi ; « non pour me venccr, je veux oublier «tout ce qui a été dit, fait et écrit « depuis la capitulation de Paris; j'ai «trop aimé la guerre, je ne la ferai « plus... Nous devons oublier que nous « avons été les maîtres du monde... Je « veux régner pour rendre notre belle «France libre, heureuse, indépen- « dante... Je veux être moins son sou- « verain que le premier et le meilleur « de ses citoyens. » Les proclamations de Gap furent imprimées de nouveau ; on répandit le bruit que l'impératrice avait ordre de revenir avec le roi de Rome» que l'Autriche était d'accord
avec l'empereur; enfin, que le roi de
Naples marchaitavec quatre-vingt mille hommes. Napléon rendit un décret portant qu'à dater du 15 mars, les actes publics seraient fSiits et la justice rendue en son nom. Un autre décret ordonna l'organisation de la garde nationale dans les cinq départemeuts qu'il venait de traverser. On a justement reproché à Napoléon la précipitation avec laquelle il s'était ressaisi du pouvoir impérial à Grenoble. N'eût-il pas él^ plus sage de ne pas imiter les Bourbons, en s'obstinant, comme eux , à ne rien oublier du passé? N'eflt - il
Sas mieux valu attendre les suffrages e la nation plutôt que de les devancer? Ce n'était pas pour ressusciter l'empe-. reur que la France battait des mains au retour de Napoléon ; elle aimait en lui le héros qui n'avait jamais voulu subir les humiliations de l'étranger; elle le regardait comme un libérateur qui venait laver la souillure de la restauration ; mais elle n'entendait pus qu'il s'adjugeât lui-même la récom-
fiense de ses nouveaux services. La soennité de Grenoble porta une première atteinte à sa popularité, que les fautes de la restauration avaient cependant rendue plus grande que jamais.
Ce fut seulement le 7 mars que le M(h niteur annon^ le débarquement de Napoléon par deux ordonnances, dont l'une le mettait honia loi, en prescrivant de lui courir sus. et dont l'autre convoquait les cbamores. Le lendemain, le Moniteur publia que Napoléon , poursuivi par les populations et abandonné des siens , errait dans les montagnes. Ce qui n'empêchait pas le comte d'Artois, le duc d'Orlâns et le maréchal Macdonald de partir pour Lyon, où quinze mille gardes ii;itionaux et dix mille hommes de ligne s'opj)oser,aient au passage du rebelle, tandis que les généraux Marchand et Duvernet , le duc d'Angouléme et le prince d'EssIing lui fermeraient la retraite. Le général Lecourbe avait reçu l'ordre d'inquiéter les flancs de sa troupe, et le maréchal Oudinot s'était mis en marche à la tête des fidèles grenadiers royaux* Tout le
FRANCE. cm Ml
monde à la cour regardait déjà comme perdu Voare de Corm^ Is bn^mnd de
nie (TElbe. Mais le 10 mars, à sept heures du soir , et presque sous les yeux du comte d'Artois, iSapoiéon entra dans on des faubourgs de Lyon, celui (le la Guiiiotière. Les princes furent obligés de sortir de la seconde ville de France et ne furent suivis que d'un seul garde national à cheval, dont riapoléon récompensa le dévouement en lui donnant la croix d'honneur. A Paris, le 11, un ofûcicr de la maison du roi parut sur le balcon des Tuitories, et annonça que le duc Û^Ùtléans, à la téte de vingt mille hommes de lagardenationaledeLyon,avaitattaqué et complètement battu Bonaparte dans la direction de Bourgoing. Le lendemain, le retourdu comte d'Artois prouva le dei^re de confiance que méritaient les nouvelles répandues par la cour.
Maître de Lyon, l'empereur comnirnrn à reprendre ses anciennes habitudes : le 13 mars, il rendit plusieurs décrets d une grande sévérité contre les fauteurs de Tancien régime, en 'prescrivant le séquestre et la confiscation de leurs biens. Il en si^na d'autres, qui , mieux inspirés , annulaient les actes oontre-réyolutionnaires du gouvernement royal, et remettaient eu vigueur les lois de l'Assemblée constituante portant abolition de l'ancienne noblesse et des ordres de chevak^e. Enfin , par un dernier décret, il prononça la dissolution de la chambre des pairs et de la chambre des députés , et convoqua extraordinairenient tous les collèges électoraux de • l'empire à Paris , pour y former une assemblée de champ de mai , et s'y occuper de la révision des constitutions impériales.
A mesure que la fortune de Napoléon f^randissait , celle des Bourbons allait en déclinant. A la revue que le comte d'Artois passa de la garde parisienne, il demanda aux trente mille hommes qui la composaient ceux qui voulaient marcher à l'ennemi : deux ^cents hommes à peine répondirent à ^son appel. La cour ne fut pas plus heureuse avec les volontaires royaux
oui devaient faire partie de Tarmée du duc de Berri ; pas un ne se présenta. On crut tout réparer en nommant le maréchal Ney au commandement de l'armée de l'Est. On avait aussi fondé de grandes espérances sur l'ouverture du parlement, qui eut lieu le 15 ; Louis XVIII et le comte d'Artois prêtèrent serment de fidélité à la charte devant rassemblée , et se donnèrent une accolade fraternelle. Cetl»
scène concertée d'avance avait pour but de cotitre-balancer l'impression fâcheuse que venaU de prodidre la déjection du maréektUNey*
En effet, le 13 mars, le maréchal ]Vey, arrivé à Lons-le-Saulnier, s'était déclaré pour Napoléon dans une proclamation commençant par ces mots :
'< La cause des Bourbons est à jamais perdue! » Le même jour , Napoléon avait quitté Ljon et était arrive à Mâcon; le 14, il coucha à Châlons, et le 15 à Avallon. Les habitants de la Bourgogne l'accueillirent avec le même enthousiasme que ceux du Dauphiné; partout les populations accouraient en masse à sa rencontre.
Le 17, il fit son entrée à Auxerre, où le maréchal Ney vint le rejoindre le 18 ; l'empereur embrassa le brave des braves, qui n*avait fait que céder aux vœux de son armée et aux désirs de l'immense majorité de la nation , en mettant l'épée de ses soldats et ta sienne au service du grand homme qui se présentait comme un libérateur, et qni avait pris l'engagement de doter la Franee des institutions qui lui manquaient. C'est à Auxerre aussi que Napoléon apprit la nouvelle de l'invasion malencontreuse de Murât en Italie. Quelques années plus tard, il dit à Sainte- il élène, en parlant de cette nouvelle folie de son beau -frère: « Deux fois en proie aux plus ctran- « ges vertiges, le roi de JNaples lut deux « rois la cause de nos malheurs ; en « 1814, ensedéclarantcontrela France, « et en 1815, en se déclarant contre « l'Autriche.» Le Id , JNapoléon partit d*Auxerre , et il arriva à Fontainebleau , à quatre heures du matin.
Pendant la nuit Louis XVIII , suivi
LUmVERS. cml
de quelques-uns de ses anciens comp^nons d'exil, avait quitté furtivement lechâteau des Tuileries et 8*était dirigé vers la frontière belge. Son départ ne ressemblait çtuère à l'arrivée de Teoipereur : l'un s'avançait d'une manière triomphale, Tautre cherchait à se dérober dans sa fuite; le droit divin s'en allait une seconde fois, expulsé par la souveraineté du neuple.
Le lo mdifa 1815 offre un des plus singuliers contrastes dont Thistoire ait donné l'exemple : à Fontainebleau, encore plein du souvenir de sa récente abdication, Napoléon, victorieux sans coup férir, èt n*ayant plus qu'un pas à faire pour remonter sur le trône; à Paris, Louis XVIII, forcé, après dix mois de règne , à reprendre la route de Texil , et à retourner sur la terre étrangère où il avait déjà passé vingtcinq uns de sa vie. JSapoléon partit de Fontainebleau à deux heures, après avoir ordonné un jour de repos aux grenadiers de l'île d'Elbe , (pn , en moins de dix-sept jours , avaient parcouru avec lui une route de deux Cent vingt-sept lieues, mais qui ne se souinirenl à ce commandement qu'à regret. Il arriva le soir à Paris, et entra vers les neuf heures aux Tuileries par Tarcade de Flore. La foule le porta dans les appartements que Louis XVIII avait quittés la nuit précédente; on se jeta sur lui avec tant d'enthousiasme qu*il fiit obligé de dire : « Messieurs , vous m'étouf- Sez; » la joie fut telle qu'il y eut un moment ae vertige.
C'est au 20 mars que commencent véritablement les rent jours. Napoléon ayant remis lui-même la cnurdiine sur sa téte, il ne s'agissait plus que de savoir comment l'empereur entendait gouverner à l'avenir. Sa précipitation ét.iit évidemment une foule ; mais ou se montrait généralement assez disposé à la lui pardonner, pourvu qu*il consentît à ne plus militariser le pouvoir , à ne pins traiter la France entière comme une armée, et l'Europe <}omme un pays à conquérir. La division des partis et les dangers dont nous menaçait le ooogris de Vienne
faisaient comprendre à tous les hommes éminents et à la majorité de la nation gue Napoléon étant Thomme nécessaire , le moment eût été mal choisi pour marchander le pouvoir avec lui. line constitution appropriée au besoin de Tépoque et librement consentie de part et d' tutre , voilà tout ce qu'on exigeait en retour des nouveau.\ sacrilices qui allaient devenir nécessaires. A ces conditions, Carnot, le représentant du parti républicain , et Benjamin Constant, Tua des chefs les plus distingués de l'opinion libérale, inettaientleurs services à la disposition de l'empereur. Cependant, la rapidité avec laquelle il était redevenu souverain, la préférence , qu'à son insu peut-être , il avait témoignée pour rarmée, son ambition bien connue et qui ne paraissait pas avoir diminué , son penchant pour la guerre, le àèàt qu*OD lui supposait naturellement de relever l'honneur de ses armes et sa gloire de grand capitaine , étaient autant de motifs qui tenaient en éveil la dé- • fiance générale. Le parti royaliste et le parti d'Orléans se tenaient prêts à
f)roIiter de la moindre faute, et à souever contre lui la classe bourgeoise qui soupirait après le repos encore bien pins qu après la liberté. T.es rois coalisés, qui s'étaient ménagé des intelligences à Paris , lors de leur première mvasion, soudoyaient de nombreux agents, chargésdefomenter In discorde, et avaient des créatures jusque dans le gouvernement. Desoncôté, l (empereur craignait que les exigences des républicains et l'amour-propre offensi- de la Fayette et de quelques autres chefs de fécule libérale ne missent des entraves sérieuses à la marche du gouvernement. Il avait évidemment Tamour du bien ; mais l'ambition était toujours là pour lui faire oublier les conseils de la prudence ; sa santé était affaiblie par 1 jlge et par les suites du poisonqu'il avait prisa Fontainebleau, après les désastres et les trahisons de 1814; il ne se sentait plus la même confiance en lui-même. Sollicité en sens oontrain piaur la France voa-
icKir ses
lait la paix et par lei rota eoaliaés qui
Toulaient la guerre, son génie flottait dans l'indécision , préférant la guerre, mais pensaut bien qu'on ne lui accorderait pas de bonne volonté les moyens de la conduire d'une manière digne de lui, et qu'il n';iv;iit plus la puissance de se les jirocurer de vive force. Luimême a fait plus tard Taveu des sen* timents de défiance qui s'étaient emparés de son âuie.
Toutefois, le nouveau règne s'ouvrit sous des auspices favorables. Napoléon avait dit aux grands personnages de sa suite : << Ce sont les gens désin- « téressés qui m'ont ramené à Paris; « ce sont les sous-lieutenants, les sol- « dats qui ont tout fait; c'est au peu- « pie, c'est à l'armée que je dois tout.w Aussitôt après l'arrivée du bataillon de riie d'Llbe , qui re(;ut le nom de iiataillon sacré, il nassa en revue toutes les troupes de la capitale; pendant le défilé , la musique joua l'air de la révolution : f 'eiUoîis au salut de l'eni' pire; et les aoelamations du peuple se mêlèrent aux cris des soldats, lorsqu'ils jurèrent de suivre les aigles
J)artout où les intérêts de la patrie es appelleraient. Carnot fut appelé au ministère de l'intérieur , et Benjamin Constant au conseil d'État. Knfln , le 24 mars, la censure fut abolie, ainsi que la direction de la librairie.
Mais là s'arrêta cette réminiscence des beaux jours du consulat. Dans Taudieuce solennelle qui eut lieu le 26, Napoléon ne répondit que yaguemeot aux adresses qui lui furent présentées, et dont l'une contenait ces belles paroles : a L'empereur , eu remontant « sur son trdne , revient en vertu du « prineipe de la souveraineté du peu- « pie. » Le service d'honneur de I empereur et de 1 impératrice et tout le cérénaonial de cour fut rétabli sur Tanden pied. La conversation qu'il avait eue avec Benjamin Constant prouve que l'empereur cédait au torrent ^pulaire, mais quUl n'était pas convaincu. Voici quelques passages de cette conversation curieuse , telle que la rapporte Benjamin Constant luimême, a La nation , lui dit Tempe-
« icor, 8*est reposée douze ans de toute
« agitation politique, et depuis une « année elle se refîose de la guerre ; ce
« double repos lui a rendu un besoin « d'activité. Elle veut ou croit vouloir « une tribune et des assemblées; elle « ne les a pas toujours voulues. Elle « s'est jetée à mes pieds quand je suis o arrivé au gouvernement: vous devez « vous en souvenir, vous qui essayâtes « de l'opposition. Le goût desoDOStlta- « tions, de^ débats, des harangues, pa-
« raît revenir Cependant, ce n est
« que la minorité qui le veut, ne vous « v trompez pas. Le peuple, ou, si voua il l'aimez mieux, la multitude ne veut « que moi. Ne l'avez-vous pas vue cette a multitude se pressant sur mes pas, se « précipitant du haut des montagnes, m'appelant , me cherchant , me sa- « luant? A ma rentrée de Cannes ici, je « n'ai pas conquis, J'ai administré. . - « Je ne suis pas seulement , comme on " l'a dit, l'cniperpur des soldats, je suis « aussi celui des paysans, des plébéiens, a de la France. . . Aussi, malgré tout « le passé, vous voyez le peuple revenir « à moi ; il y a sympathie entre nous. . . « Je n'ai qu'a faire un siijne , ou plutôt a détourner les yeux, les nobles seront tt massacrés dans toutes les provinces, n Ils ont si bien manœuvré depuis six « mois!... Mais je ne veux pas être a le roi d'une jacquerie. S'il y a des « moyens de gouverner par une cons- « titution, h la bonne heure... J'ai « voulu l'empire du monde; et pour « me l'assurer, un pouvoir sans borne « m*était nécessaire. Pour gouverner « la France seule , il se peut qu'une « constitution vaille mieux... Voyez « donc ce qui vous semble possible. Ap- « portez-moi vos Idées. Des élections « libres? des discussions publiques?
« des ministres responsables ? la liber- « té ? je veux tout cela. . . La liberté de « la presse surtout , Tétouffer est ab- « surde; Je suis convaincu sur cet ar- « ticle. . . Je suis l'homme du peuple; « si le peuple veut réellement la liber- « té, je la lui dois; j'ai reconnu sa « souveraineté , Il faut que je prête To- « reille à ses volontés, même a ses ca- « priées. Je n'ai jamais voulu l'oppri- « mer pour mon plaisir; j'avais de c grands desseins; le sort en a décidé,
« je iM suis plus un oooqnérant; je ne-
« puis plus l'être. Jesaiscec^uiest pos- «( sible et ce qui ne l 'est pas ; je n'ai plus « qu*uoe mlaflioii : relefer la Franee et < lai donner un gouvernement qui lui
« convienne. . . Je ne hais point la li- «i berte ; je Tai écartée lorsqu'elle obs- « truait ma route; mais je la com- « prends; j*ai été nourri dans ses pen* « sées. . . Aussi bien, l'ouvrage des « quinze années est détruit ; il ne peut « se recommencer. Il faudrait vingt ans « et deux millions d'hommes à sacri- « fier. . .D'ailleurs, je désire la paix , « et je ne l'obtiendrai qu'à force de vie- « toires. Je ne veux pas vous donner de « £Biusses espérances ; je laisse direqu'il « y a des négociations, il n'y en a point. « Je prévois une lutte difllcile, une lon- « guéguerre. Pour la soutenir, il faut « que la nation m'appuie; en récon> « pense elle exigera de la liberté : elle « en aura... La situation est neuve. Je « ne demande pas mieux que d'être « éclairé. Je vieillis ; Ton n'est plus à « quarante-cinq ans ce qu'on était à « trente. Le repos d'un roi consti- « tutiounel peut me convenir. . . Il « conviendra plus sûrement encore à « mon nis. »
Le 23 , Louis XVIII avait quitté Lille pour se rendre à Gand. Il ne restait plus en France que le duc et la duchesse d'Angouléme. La duchesse essaya vainement de se maintenir dans Bordeaux ; le maréchal Clausel la contraignit d'en sortir sans tirer un coup de fusil. Elle se retira à Pouillac, d'où on la laissa mettre à la voile pour l'Angleterre, le 2 avril. « C'est « le seul homme de la famille, dit Na- « poléon ; tout ce qui s'est passé à Bor- « deaux est extraordinaire ; je ne sais ce « qui doit étonner le plus de la noble « audace de madame d'Angouléme ou « de la magnanimité de mes soldats.»
C'est ainsi qu'il se vengeait de la famille qui avait mis sa téte à prix. Il ne se montra pas moins généreux en* vers le duc d Angoulêine , qui s'était jeté dans Toulouse, mais que les troupes impériales avaient bientôt forcé de capituler , et gui se trouvait prisonnier au Pont5aint-Efl|^t. L'em-
pereur, n*écoutant jpas les conseils de la prudence qui lui prescrivaient de
J garder ce prince en otage, lui accorda a âeaité de se retirer sur la terre étrangère. Le succès lui avait rendu sa grandeur d'Sme ordinaire ; déjà il était revenu sur les disj)Ositions des décrets de Lyon qui avaient prononcé le séquestre des biens anciens et nouveaux des émigrés. Un traitement annuel de trois cent mille francs avait été alloué à la duchesse douairière d'Orléans, pour Tindemniser du sé-
3uestre mis sur ses biens; la duchesse e Bourbon, sa fille , avait éi^alement reçu une indemnité de cent cmquante mille livres de rente.
La coalition n'était pas dans des dispositions aussi bienveillantes à son égard. La levée de bqucliers de Murât avait empédlé l'Autriche de prêter l'oreille aux propositions pacifiques du gouvernement français, et les ministres de cette puissance avaient adhéré i la clause du traité du 25 mars 1815, par laquelle la coalition se reconstituait plus compacte que jamais, et s'engageait à ne déposer les armes qu*apr& avoir mis Napoléon hors <f tat de froubh'r à l avenir la paix de i'Kurope. Aucun des rois coalisés ne daigna répondre à la lettre que Tempereur avait écrite le 4 avril. Cepenclant il y disait à chacun d'eux, dans des termes pleins de modération en parlant de la France : « Jalouse de « son indépendance , le principe inva* « riable de sa politique sera le respect « le plus absolu pour l'indépendance a des autres nations. Si tels sont , « comme j'en ai Theureuse confiance, « les sentiments personnels de Votre « Majesté, le calme général est assuré « pour loiigtemps, et la justice, assise « aux oonnns des États , suffit seule « pour en garder les frontières, u Les
{)uissances étrangères rejetèrent égnement toutes les démarches que lit faire l'empereur à Vienne auprès de MM. de Tallcyrand et de Metternicb.
Ce dernier s'entendait déjà à Paris, avec Fouché , ministre de la police, pour substituer une régence au gouvemement de rempereor. GosvaToca
Digltized by Gopgle
C» FRANGE
de la trahison de Foucbé par des zen et à Bautzen, formèrent un corps
preuves authentiques , Napoléon vou- de dix-huit mille hommes; trente mine
lut d'abord le faire fusiller; mais on officiers, sous-ofGciers et soldats en
l'en dissuada , et il se borna à le sur- retraite ou en réforme s'offrirent pour
veiller de plus près. Faute d'avoir eiu- les garnisons des places fortes; les
brassé une politique vraiment nalio- corps francs et les partisans s*enrégi-
nale, il était réduit à user de ménage- mentaient; enfin la garde nationale
ments envers un pareil homme. Les orp;anisée présentait une masse de deux
rois coalisés auraient été moins dé- millions deux cent cinquante mille
daigneax envers lui, fis se seraient hommes; et quinze cents compagnies
hâtés de répondre à sa lettre, s'il avait de grenadiers et de chasseurs ae cette
franchement accepté le concours du garde, formant cent quatre-vinfit mille
f>euple qui s'offrait bénévolement à hommes, furent mis à la disposilion
ui. Mais , fidèle à son ancien système, du ministre de la guerre. Paris seul
il espérait triompher de tous les obs- fabriqua par jour jusqu'à trois mille
tacles avec le seul secours de l'armée, fusils. On fortifiait toutes les villes,
C'était bien mal comprendre la si- toutes les positions in)|*ortantes jusque
tuation de la France! Pour faire de dans le centre du pays. L'armée, qui
fraudes choses avec Tarmée, il fallait n'était d'ahord que de quatre-vingt
e nouveau revenir au régime du des- mille hommeSi en compta bientôt dswt
potisme , ce qui était complètement cent mille.
impossible; tandis qu'en s'appuj^aut Les sept départements frontières du sur la déinoeratie , qui était décidée nord et oe l'est avaient commencé à se aux plus grands efforts , on pouvait lever en masse; toute la nation voulait du même coup régénérer la France les imiter. Mais l'empereur s'effraya au dedans et la relever au dehors, de cet élan général, et, au lieu de le L'exemple de la Convention était là diriger, il s^attacha à le comprimer, pour lui rappeler ce que la démocra- Les faubourgs de Paris, qui s étaient tie avait pu faire alors même qu'il organisés en fédérations, virent leurs n'existait pas d'unité dans le pouvoir, services refusés. Il en fut de même des En rendant à Parmée son ancienne fédérations de la Bretagne, de la Bour« prépondérance, il fournissait un pré- gogne, du Lyonnais, de l'Anjou, fortexte aux rois coalisés pour révoquer mées au bruit des chants populaires et en doute ses intentions pacifiques , et cimentées par les serments les plus il s'aliénait à la fois la bourgeoisie, solennels. Tout ce qui n'était que mipassionnéepour les idées libérales, et le litaire convenait à l'empereur; il ne peuple, toujours imbu de principes dé- négligeait aucune ressource matérielle; mocratiques et de sentiments d'égalité, mais les forces vives de la nation lui Du reste, l'empereur, qui ne s'était faisaient peur; il craignait ces fédérés jamais fait illusion sur le résultat qui seuls auraient pu le mettre à l'abri des négociations entamées, se prépa- des intrigues devant lesquelles il allait rait activement à la }^uerre. La France succomber.
entière préseutajt une activité extraor- Mais la faute la plus grande qu'il
•dinaire. Sept armées se formaient sous commit , celle qui fut la véritable cause
les anciens noms d'armées du Nord, de sa perte, ce fut la promulgation de
de la Moselle, du Rhin, du Jura, des V acte additionnel ^\}\ constitutions de
Alpes, des Pyrénées. Une armée de l'empire, qui parut le 22 avril. Au lieu
réserve se réunissait à Paris et à Laon ; de faire nommer une nouvelle asseni-
cent cinquante batteries étaient dres- blée constituante par la réunion gé-
sées; quatre cents bouches à feu allaient nérale des électeurs du champ de mai,
être placées sur les hauteurs de Paris ; ainsi que l'avait promis ou laissé croire
dix mille soldats d'élite entrèrent dans son décret du 13 mars, il se cbaijgea
les vieux cadres de la garde impériale; lui-même de tout le travail. Il eut
les braves marinsi immortalisés à Lu^ l'imprudence d'imiter Louis XVUl, en
L'UNIVERS
donnant à la France une espèce de charte octroyée, au lieu de satisfaire aux vœux de là natiou, (|ui voulait une constitution sérieuse, librement consentie. Si encore il avait ainsi usurpé le rôle de législateur suprême pour produire une œuvre parfaite, digne de son génie; mais loin d*avoir inventé une constitution modèle, il se montra inférieur à lui-même; lui qui s'était toujours prétendu le défenseur de l'égalité, il ne sut qu'imiter la restauration , et instituer comme elle une chambre héréditaire, pour contre-balancer Tinfluence de la chambre élective. Aussi, bien que l'acte additionnel renfermât plusieurs dispositions conformes aux besoins de l'époque, l'esprit public en reçut une impression désagréable. Les libéraux ne trouvèrent aucune garantie dans cet acte additionnel, qu'un nouvel acte additionnel pouvait remplacer d'un jour à l'autre. La bourgeoisie, déçue dans son attente, craignit le retour de Tancien despotisme. Les républicains et le peuple ne furent pas plus satisfaits. « Quoi, disaient-ils, loin de s'a- « percevoir que c'est le rétablissement « ne la noblesse héréditaire qui a préci- « pitéla lin de son premier règne, il ne « voit rien demieuxà faire, pour signa- « 1er son retour, que de constituer sur « des bases solides cette nouvelle aristo- <i cratie de naissance : les Bourbons ne « demandaient pas autre chose. » Tout le monde fut mécontent, peuple et bourgeoisie. L'empereur avait été d'autant plus coupable, que les avis ne lui avaient pas manqué, un grand nombre de ses conseillers l'avaient supplié de ne pas tromper ainsi l'espoir de la France. Carnot s'était opposé de toutes ses forces à In publication d'un acte qui sanctionnait l'institution de la pairie héréditaire. Dans l'espoir de le détourner de son funeste dessein, il s'était servi des expressions même (lui avaient été employées sous le consulat pour justifier l'institution de la Légion d'honneur. Il avait conjuré l'empereur de ne pas confondre « la gloire acquise avec la gloire héritée, » de distinguer • les grands hommes des desoeiidantB
des grands hommes. » Rien n'avait pu l'ébranler. On trouvera à l'article Acte ADDITIONNEL le tcxte de ce document Curieux et une analyse raisonnée de ses principales dispositions; ici, nous avons dil nous borner à dire en peu de mots ce qu'il avait de choquant pour la nation. Dès lors , Napoléon ne dut plus compter que sur l'armée. C'était en effet son point d'appui de prédilection. '<Le cabinet d'un roi doit être une tente et non un oratoire, » avait-il dit en faisant enlever les livres qui couvraient la table où travaillait Louis XVIIL II y a dans ce peu de mots une condamnation de l'empire et de la restauration; les soldats dominaient à la cour impériale, comme les prêtres à la cour des Bourbons. Or, la France ne veut être dominée ni par les prêtres ni par les soldats.
La fameuse assemblée du champ de mai, promise avec tant de pompe par le décret du 13 mars, avait perdu aux yeux de la nation une grande partie de son importance, depuis la promulgation de l'acte additionnel. Cependaut uiie grande fédération eut lieu , non pas le 26 mai , comme il avait d'abord été dit, mais le f'^juin , dans le Champ de Mars. L'empereur lit tous ses etforts pour lui donner un caractère national.
A la veille de partir pour la frontière, il voulut montrer à l'Europe coalisée
auelles forces redoutables il laissait errière loi. C'est dans ce sens qu'il ISiut interpréter les paroles qu'il adressa aux fédérés des faubourgs Saint-Antoine et Saint-Marceau daus la plaine du Champ de Mars.
« Soldats fédérés des faubourgs Sainl- « Antoine et Saint-Marceau, je suis R venu seul, parce que je comptais sur « le peuple des villes, les habitants des « campagnes et les soldats de l'armée, « dont je connaissais l'attachement à « l'honneur national. Vous avez tous « JustiGé ma conûance. J'accepte votre « offre. Je vous donnerai des armes ; «je vous donnerai pour vous guider « des officiers couverts d'honorables « blessures et accoutumés à voir fuir « l'ennemi devant eux.
« Soldats fédérée, s'il est des hom-
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« mes dans les hautes classes de la so-
« d'été qui aient déshonoré le nom «français, l'amour de la patrie et le « sentiment de Thonneur national se «sont conservés tout entiers dans le « peuple des villes, les hahitatits <les « c;m)p;iiiiies et les soldats de l'armée. « Je suis content de vous voir. J'ai « Gonflance en vous. Vive la nation! » C'était une manière adroite de détruire la mauvaise impression qu'avait produite l'acte additionnel. Eu effet, l'enthpnsiasme national reparut un instant; mais c'étaient des actes et non pas des paroles qui pouvaient entretenir cet entliousiasme renaissant. Dans la même solennité, une députatîon des âeeteurs réunis à Paris présenta à l'empereur le résultat du dépouillement des votes sur l'acte additlouneJ. D'après leur calcul , treize millions de citoyens avaient accepté la nouvelle charte; quatre mille l'avaient repoussée. I/empereur essaya de faire oublier à la nation la déception qu'elle venait d'éprouver eu repondant de belles paroles au président de la députatioii : Mes- « sieurs , dit-il , empereur, consul , sol- « dat, Je tiens tout du peuple. Dans la «prospérité, dans Tadversité, sur le « champ de bataille, au conseil, sur le «trône, dans l'exil, la France a été (( l'objet uniaue et constant de mes « pensées et oe mes actions.
« Vous allez retourner dans vos dé- « partements. Dites aux citoyens que les « circonstances sont grandes ! uu'avec « de Tunion , de l'énergie et de la per- « sévérance , nous sortirons victorieux «de cette lutte d'un grand peuple «contre ses oppresseurs; que les gé- « nérations à venir scruteront sévère- «ment notre conduite; qu'une nation « a tout perdu quand elle a perdu l'in- «' dépendance. Dites-leur que les rois « étrangers que j'ai élevés sur le trône , « ou qui me doivent la conservation de «leur couronne, (jui tons, nu temps «de ma prosr)érite, out brigué mon « alliance et la protection du peuple «français, dirigent aujourd'hui tous « leurs coups contre ma personne. SI « je ne voyais que c'est à la patrie qu'ils « en veulent, je mettrais à leur merci
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« cette existence contre laquelle ils se « montrent si acharnés. Mais dites « aussi aux citoyens, que tant que les « Français me conserveront les senti- « ments d'amour dont ils me donnent « tant de preuves , cette rage de nos « ennemis sera impuissante.
« Français ! ma volonté est celle du « peuple, mes droits sont tous siens; « mon honneur, ma gloire, mon bon- « heur, ne j)euvent être autres que « l'honneur, la gloire et le bonheur de « la France. »
îMalgré ces deux discours, la céré»
moriie du champ de mai n'eut pas l'heureuse influence que l'empereur s'en était promise. La première émotion passée , les partis revinrent à leurs idées de deli.iriee; d'ailleurs, si l'im-
Sressiou avait été vive, il s'en fallait e beaucoup qu'elle eût été unanime.
La bourgeoisie trouvait que l'empereur penchait trop ouvertement vers le peuple; le peuple l'accusait de compter trop exclusivement sur l'armée. Les intrigants feignaient aussi d'avoir été trompés; ils disaient ouvertement que l'empereur avait manque à sa promesse d'abdiquer au champ de mai en faveur de son fils. C'était un bruit qu'ils s'efforçaient d'accréditer, et auquel plusieurs paroles de découragement échappées à l'empereur semblaient doimer quelt{ue consistance. Les électeurs eux* mêmes, qui s'étaient attendus à toute autre chose, manifestaient leur désappointement. [Voyez CuAMP dë mai (assemblée du) ]. *
Espérant réchauffer l'esprit public, l'empereur courut alors l'idée d'une grande féte de famille, qui eutlieu le 4 ju in dans lesein mémede son palais. Dix mille personnes furent réunies dans les galeries du Louvre, dont un côté était occupé par les députations de l'année, et l'autre par les représentants et les électeurs ae l'empire. En présence de cette assemblée, Napoléon remit ses aigles aux électeurs et aux régiments.
Enfin, le 7 juin, il fit lui-mone l'ouverture des chambres , par un discours dans lequel il leur demanda leur concours » pour faire triompher la cause sainte du peuple. » Il croyait n'avoir
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rien n redouter de la chambre des pairs qui était son ouvrage; mais celte des représentants, où figuraient la Fayette et Lanjuinais, et qui avait choisi ce dernier pour président, ne lui inspirait pas la même confiance. Aussi lorsque, quelques jours après, LanjuinaisTint, a la téte d'une députation , déposer aux pieds du trône une adresse (jui renfermait les vœux de l'assemblée, Tenipereur répondit en ces termes : « La « constitution est notre point de ral- « liement; elle doit être notre étoile « polaire dans ces moments d'orage.
« Toute discussion publique qui ten- « drait à diminuer directement ou in- « directement la confiance qu'on doit « avoir dans ses dispositions serait un « mallieur pour l*État ; nous nous tron- «verions au milieu des écueils, sans « boussole et sans direction. N'imitons « pas le Bas-Empire, qui, pressé de « tout eèlté par les barbares, se rendit « la risée de la postérité, en &*occopant « de discussions abstraites , au moment « où le bélier brisait les portes de la « ville. » Ainsi, même arec la toutepuissance qu'il s'était arrogée, il n'avait pas pu se procurer une mnjorité dans la représentation nationale. Un autre passage de sa réponse montre que l'acte additionnel ne lui paraissait pas à lui-même une constitution défi- • - iiitive. « Premier représentant du peuci pie, j'ai contracté l'obligation, que «je renouvelle, d'employer, dans des «temps plus tranquilles, toutes les «prérogatives de la couronne, et le «peu d expérience que j'ai acquise, à « vous seconder dans FmnéUùraêUm de « nos constitutions. «
Le 12 juin, il quitta la capitale pour marcher à la rencontre de l'ennemi.
En moins de trois mois, il avait levé une armée de quatre cent mille hommes , et s'était mis en état de faire tète à r Europe conjurée. Cela tenait du prodige. Mais il laissait derrière lui nue nation divisée, sans foi dans un vain simulacre de constitution, çt à moitié convaincue que 1 empereur redeviendrait aussi despote qu'autrefois, dès que la victoire aurait rendu à ses ' armes leur ancien prestige* D'un autre
côté, il était évident que le moindre échec ne manquerait pas de redoubler
l'audace des agents de la coalition, et de cette tourbe de traîtres qui s'acharnaient à la perte du grand homme.
On peut voir aux articles Fleu* BUS, Lieinr et Watbbloo, les prodiges de courage dont les soldats français donnèrent une seconde fois le spectacle au monde. Malheureusement, la trahison l'emporta sur la valeur de l'année aussi bien que sur le génie de son chef, et l'empereur revint à Paris après une horrible défaite. Dans ces graves droonstances, son énergie sembla l'abandonner. Il pouvait encore se relever par un appel au peuple, aui ne se montra jamais plus décidé a verser son sang pour la patrie.
D n'en fît rien. Le 20 juin, a neuf heures du soir, il rentra dans Paris, qu'il trouva consterné et en proie aux plus vives agitations. Oubliant que ce n'est pas lorsque la patrie est en danger
3u'il convient de lier les mains au chef e l'État, la chambre des représentants, sur la motion de la Fayette, se constitua en permanence, et déclara traître à la patrie quiconque tenteniit de la dissoudre. La chambre des uairs imita celle des représentants. Dès lors, l'empereur se trouva dans la nécessité de faire un coup d'État ou de consentir à cette abdication en faveur de son fils, dont l'intrigue avait toujours fait le but de ses efforts.
Un seul homme dans le conseil s'opposa à l'abdication, c'était Cariiot, celui ^ui seul avait combattu aussi l'établissement de Tempire. Voyant son opinion méconnue , il ne put retenir ses larmes. L'empereur lui dit alors : « Je vous ai counu trop tard. » Ce n'était |kis lui seulement que l'emr pereur avait ainsi méconnu, c*ctait toute cette France démocratique qu'il représentait, et qui sentait son attachement pour Napoléon redoubler, à mesure que la haine des rois le poursuivait avec plus d'acharnement. Lorsqu'il eut abdiqué, à la condition que la couronne passerait à son fils , les représentants, ou plutôt les intrigants qui les menaient, refiuèrant de recoib
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naître Napoléon II. Il comprit alors qu'on avait retourné sa modération contre lui-même; mais il était trop tard, les cliambrps avaient nommé un gouverncincnt provisoire composé de cin<i membres, parmi lesquels figurait l'infâme Fooché, qui l*a?ait tralii dès le commencement, et qu'il avait eu l'imprudence de laisser a la police, après avoir eu l'intention de le faire fusiller. Vainement il offrit ses services, non plus comme empereur, mais comme {^encrai, on le refusa. Reléfrtié d'abord ùTÉlysée, où il entendait les acdamations du peuple qui demandait à courir sous ses ordres au-devant des|;étrangers , il dut, le 25 juin, se retirer à la Maliuaison. Deux jours après, sur une mardie imprudente de rennemi , quUt pouvait prendre en défaut, il offre de nouveau de servir la patrie en qualité de soldat j nouveau r^s. Fouché le fait garder à vue par le général Becker. Cependant les sympathies de l'armée et des masses étaient encore si prononcées pour lui, qu'il songea un moment à faire un nouveau 18 brumaire. La crainte seule d'allumer la guerre civile l'en cjnpMin. A partir de ce moment, il est complètement vaincu ; repoussé comme sou»
verain, repoussé comme général, le voilàcondamné à sortirderette France, où il venait de rentrer en triomphateur.
En effet, le 39 juin, il quitte la
Malmaison et part pour Rochefort, dans l'intention de passer aux États- Unis. Mais pour son départ comme pour son abdication, il était destiné à être victime de la plus noire perfidie. Arrivé le 3 juillet à Rochefort, il s'embaraue le 8, dans l'intention de se rendre aux États-Unis; mais les saufscondints qu'on lui avait promis pour le décider au départ n'arrivent pas.
Le 14, il était encore à l'île d'Aix, toujours dans Tattente, ne pouvant sans un sauf-conduil échapper à la croisière anglaise qui le cerne de toutes
i)arts. Abandonné, trahi, il accepte 'offre du capitaine Maitland, qui se charge de le conduire en Angleterre.
Espérant trouver plus de générosité
dans les An^rlais que dans 1(!S ennemis qui le poursuivent avec tant d'acharnement en France, il écrit au prince régent d'Angleterre une lettre qui aurait enchaîné tout autre gouvernement que le gouvernement anglais. Vain espoir! jamais PAngleterre n*a reculé devant un crime, lorsque ce crime était utile à ses desseins. Le 26 juillet, le Belléroplioii arriva dans la rade de Plymouth, où le peuple anglais fit à Napoléon un accueil dicne de son infortune, mais ne put empêcher le cabitiet de Saint-James de l'envoyer mourir ei^exil à Sainte^Hélène. L'empereur répondit à la perfidie du gouvernement anglais par une admirable protestation, qui restera comme un ilionument impérissable pour éterniser la honte de l'Angleterre. Le 7 aodt, Napoléon passa à bord du ISorthumberiatul. qui sortit le 11 du canal de la Manm, et mouilla le ih octobre dans la rade de Sainte-Hélène. En passant à la hauteur du cap Hogue, Napoléon put jeter une dernière fois les yeux sur la terre de France. « Adieu , « terre de braves! dit-il avec effusion, « adieu, chère France! quelques traî- « très de moins, et tu serais encore la « maîtresse du monde! ,»
Quelque blâmable que nous ait para à nous-niême la politique suivie par Napoléon pendant les cent jours, nous ne pouvons approuver la conduite tenue par la représentation française à cette époque orageuse. Sans doute, ia génération d'alors avait raison de vouloir la liberté; mais die a été cruellement punie de son zèle intempestif, et nous savons maintenant ce au'il en coûte de recevoir un maître d une main ennemie. La plus grande honte que puisse subir une nation n'est pas d'avoir été conquise, d'avoir vu sa capitale presque mise au pillage, ses provinces dévastées et toutes ses gloires insultées, c'est d'être forcée, d'obéir à ceux qu'elle avait durant vingt ans chassés devant ses armées victorieuses. Avec Napoléon, le despotisme était glorieux au moins et passager surtout; avec les Bourbons, il était honteux, et aurait été durable,
T. lY. 24« JLwraism, (Dici. sncycl., bic.)
vmvms.
t^'ii pouvait Yèm encore en France.
Sans doute, nous devons faire la part des libéraux de 1815; mais ils nont semé pour nous, en voulant des droits pour etix-méoies , qu'un déshonneur de quinze années. lis ont ouvert nos villes à l'étranger, ils ont livré nos flottes, nos arsenaux , nos places lortes , et ont signé ces désastreux traités de 1815, qui pèsent encore de tout leur poids sur l'Europe démocratique. Croit-on, par exemple, qu'en préseuce de Bonaparte, réduit après la paix au rôle de roi oonslitutionoel, mais restant toujours le représentant des pnncipes révolutionnaires déposés dans son code, qu'en présence de la France forte, rebutée et toujours l*espoir des peuples, les rois de la sainte alliance auraient pu mi'iitir comme ils l'ont fait à leurs promesses, appesantir un joug odieux «ur leurs sujets, et réprimer partout, 4 lîaples, dans le Piémont, en Espagne, dans l'Allemagne, les tentatives d'émancipation populaire? C'est parce que U France, devenae royaume de droit divin, a abandonné la cause des peuples, que la Pologne a été effacée du rang des nations et depuis a péri peut-être sans retour, (|ue ritaliegeinit démembrée et asservie, qu'à rOrient enOn grandit le colosse moscovite, qui ne trouve plus d'adversaires ni de rivaux , si ce n'est dans les marchands de Londres. La France de François 1'% de Richelieu, de Louis XIV^ de la Convention et de Bonaparte, est descendue au second rang des nations.
Quand donc vemontera-t-dle ao premier pour y défendre encore, connne autrefois, contre la maison d'Autriche, les libertés de l'Allemagne et de l'Italie, et riodostrie, le eommeroe, c'est-à-dire la richesse et le bien-être de tous les peuples du continent, contre l'avidité mercantile et TégoSsme politique de la Grande-Bretagne !
Centealisavion. a un point de vue élevé, une nation doit étreconsidérce comme un individu, dont la vie est soumise aux mêmes lois que le corps fauinafB. Chee Thomme, le cœur est le centre de la circulation; dans l'être multiple qu'on appelle peuple, k ca-
pitale est aussi le foyer de la vie,
elle est le cœur d'où partent et où viennent aboutir toutes les forces vitales. Sans unité, pas de peuple ; sans la centralisation, pas d'unité. Aussi un État est-il d'autant plus puissant qu'il est mieux centralisé.
Il faut se garder toutefois de confondre la centralisation avec la concentra' Uon , qui n'en est que l'abus. La eooccntrationde toutes les forces d'une nation dans une seule ville ou dans une seule main serait une monstruosité, dont les conséquences ne tarderaient pas à être funestes a la villequi chercherait à tout absorber, aussi bien qu'aux provinces qu'elle aurait dépouillées. Ce se-. Mit comme si le cœur voulait garder tout le sang que lui apportent les veines. L'antiquité nous en offre un exemple bien frappant : Jbiome a été victime de oette politique absorbante qui la
f)ortait à entasser dans son sein toutes es richesses de l'ancien monde. Après s'être avilie dans le luxe et dans la débauche, elle s'est trouvée hors d'état de résister aux barbares, pour qui ses trésors étaient une tentation irrésistible. Autant la centralisation est utile, autant la concentration est dangereuse. ^'^poléon , qui avait trouvé en France la centralisation toute faite, en a outré les conséquences ; et c'est en grande partie a son système qu'il faut attribuer les abus qui ont soulevé tant de plaintes. Placé au milieu de circonstances exceptioniiedes, condamné, par sa politique •ttvabissante, à être toujours en guerre, il lui fallait sans cesse des ressources nouvelles. Ces ressources, la centralisation administrative les plai^it sous sa main ; mais, comme il ftttirait tout à lui, hommes et argent, sans presque rien rendre aux provinces, il a lini par épuiser la France , et par être victime de l'épuisement universel. Les intérêts généraux, voilà ce qui est du domaine de la centralisation. Jamais de pareils intérêts ne peuvent être représentés avec trop Vunité, et tout intérêt local qui se met en opposition avec l'intérêt commun ne saurait être traité avec trop desé-
▼érité. Mais lorsque les intérêts locaux
ne clirrrhent pas à se satisfaire aux (jépens de la prospérité publique, pourquoi les gêner dans leur libre lieveloppement? Les entraves qu'on leur oppose sont nuisibles à l'iiitért't général et h raccroissenieiit même de la centralisation, qui est d'autant plus forte qu*elle représente et qu'elle dirige un plus grand nombre de jffovinces Oo-
rissantes.
De tous les États existants , la pranoe est évidemment le mieux centralisé; et c'est au bienfait de sa forte imité qu'elle doit d'avoir résisté à des $ecoMSi>£S qui auraient anéanti toute dutre nation. L'Europe entière conju- Irée contre elle n'a pu étouffer sa grande l'évolution ; et après les désastres de 1814 et de 181ô, on Ta vue, malgré les sacrifices énormes que lui avait imposes ia coalition, reparer avec une facilité qui tient du prodige , toutes les pertes qu'elle avait éprouvées. Mais cette centralisation ue s'est pas formée sans peine; et Ton pourra se faire une idée de ce qu'elle a coûté, si l'on se rappelle que 1 anarchie féodale A été le point de départ des efforts
Îue 1*00 a dû faire pour y arriver. La 'rance en est en grande partie redevable aux rois de la troisième race. En agrandissant leurs domaines, d'abord SI petits , du duché de Fraoee , en soumettant les uns après les autres tous les seigneurs féodaux qui aspiraient a l'mdépendance, ils ont formé Tunité française. U faut citer parmi ceux qui ont le plus puissamment tra- Taillé à cette œuvre, Louis le Gros, Philippe-Auguste, saint Louis, Philippe le Bel, Louis XI et Louis XIV.
Vabbé Suger et le cardinal de Richelieu méritent aussi une mention particulière; après Louis XI» Kichelieu fut le plu3 eruel adversaire des prétentions féodales de la noblesse; aussi le grand roi n'eut - il ensuite que peu de chose a faire , et 3e trouva-t-il bientôt assez fort pour i^userdu pouvoir uionarchique. «La France , dit M. de Gérando, ramenée momentanément à l'unité sous Charlemagne (c'était l'unité germanique,
et pas encore l'unité française), livrée,
sous ses faibles successeurs, à un complet démembrement, fractionnée, par la féodalité, en éléments indépendants, ne possédait plus (à Favénement des Capétiens) qu'un faible lien d'unité dans la suzeraineté de ses rois. Tous les efforts des princes de la troisième race , depuis Philippe - Auguste et saint Louis jusqu'à Richelieu et Louis XIV, tendirent à substituer l'unité de l'État à l'agglomération, tendirent à la centralisation politique. !\1ais la centralisation opérée par Richelieu et Louis XIV était, pour ainsi dire, mécanique et violente; elle n*était obtenue que par le déve> loppement d'une autorité absolue. Le succès fut incomplet et peu durable. »
Les rois avaient vaincu les sei-
Î;neurs féodaux ; mais à leur tour, en eur qualité de nobles* ils mirent des obstacles au développement de l'unité française. Faisant alliance avec les débris de la noblesse qu'ils ne craignaient plus, ils prétendirent éterniser la distinction des castes, et voulurent maintenir deux peuples dans l'État : l'un noble de race, et fait pour commander, l'autre roturier de naissance, et fait pour obéir. iMais le principe de l'unité morale trouva dans le tiers état un instrument énergique qui brisa la coalition de la royauté et de n noblesse, et soutenue , excitée par la nation entière, r.\ssemhlée constituante acheva ce aue la royauté avait laissé intomplet. A l'unité du territoire et à la centralisation du pouvoir, double objet de la politique des rois de la troisième race, elle ajouta, en principe du moins , Tunité de la nation ; tous les Français furent reconnus égaux devant la loi. Il n'y eut plus de noblesse, il n'y eut plus de franchises provinciales; une seule et même organisation et des règles uniformes introduisirent partout l'homogénéité.
Cependant la Constituante jugea prudent, par une dérogation aux principes d'égalité qu'elle avait proclamés ellemême, de n'accorder la jouissunee des droits politiques qu'à une partie de la nation. U fallut, pour être électeur^
€Bir
payer au moins cinquante francs d'im-
Eosftion. Le peuple , qui avait aidé la ourgeoisie à renverser la caste nobiliaire, se trouva blessé d'une exclusion qui le privait des droits civiques; il protesta, et, après une lutte de courte durée , il resta maître du champ de bataille. Alors la Convention publia la constitution de 1793, qui reconnaissait à tous les français la qualité et les droits de citoyens, mais qui fut suspendue aussitôt que wroniulguée, à cause des nécessités de la crise révolutionnaire. Nous n'avons pas à examiner ici la valeur des moyens d'application adoptés par la Convention, qui, un peu plus tard , remplaça la constitution de 1793 par celle de Tan m; ce qu'il importe de constater ici, c'est qu'avec les principes de la Convention , l'unité morale et politique était complète, ha Convention voulut peu^étre arriver au but avant le temps ; mais enfin elle sut élargir les termes du problème.
Jusqu'alors, l'unité politique, qui est une des faces les plus Importantes de la centralisation, avait été en progrès ; mais elle ne tarda pas à déchoir. ]^apoléon suspendit tous les pouvoirs politiques de la nation pour les concentrer en lui-même ; il alla plus loin, il ressuscita.autant que cela était possible, l'ancienne distinction des castes , et fit de nouveau deux peu- - pies dans l'État , en créant une nouvelle noblesse héréditaire ; enfin , il développa d'une manière monstrueuse la centralisation administrative, qui lui permettait d'attirer à lui seul toutes les forces de la France pour les lancer sur le reste de l'Europe. La restauration adopta les principes administratif qu'elle avait trouvés établis ; cependant l'excès du mal devint bientôt tel, que le gouvernement fut contraint, sous le ministère Martignac , à faire quelques sacrifices. Depuis la révolution de juillet, la loi départementale et la loi municipale ont rendu aux provinces et aux communes, traitées comme des mineures par Napoléon , quelques-uns de ces droits qbi sont tmpnscriptibies, paree^u'en assurant
aux villes et aux communes une certaine part d'indépendance, ils leur permettent de travailler à augmenter leur prospérité, et que, plus elles sont prospères, plus l'État est puissant.
CE?iTfi£s. Ce mot est devenu , depuis l'introduction du régime parlementaire en France, d'un usage journalier, et il a pris, pour ainsi dire, une acception nouvelle. Il désigne cette portion des assemblées législatives qui siège sur les bancs placés au milieu de l'enceinte, entre la droite et la gauche. A un point de vue purement matériel, les membres du centre représentent le parti de la modération par rapport aux deux autres côtés, qui , toujours au même point de vue, figurent les extrêmes; mais, dans l'ordre {)olitique, les modérés du centre se montrent souvent peu dignes de ce nom; quelquefois même, ils deviennent furieux de nukiératkin , comme le leur disait un jour le général la Fayette.
Cette habitude constante de prendre le milieu entre deux distances opposées n'est pas toujours le meilleur moyeu de £ure triompher la cause des principes, et souvent elle est beaucoup plusfavorabie aux intérêts des ind i vidus qu'à ceux de la nation. Cest avec l'appoint des centres que presque tous les ministères, quel que soit l'esprit de leur politique, se forment une majorité dans les chambres; et un trop grand nombre de députés font un objet de spéculation de cette modération apparente. L'opinion publique les en punit ordinairement par des surnoms peu flatteurs. Au début de la révolution, on les appelait la plaine^ sous la Convention , on les nomma les crapauds du marais, en réponse aux plaisanteries qu'ils avaient osé flsiire sur la montagne. A l'époque de la restauration, ils méritèrent l'épithète de ventrus, pour la docilité avec laquelle ils échangeaient leur vote contre des truffes , docilité que Béranger a si gaiement tournée en ridicule dans la chanson qui a pour refrain:
QmIi dtMMt qnib fUnm, Im nUriMNi n'eatdoaiéil
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