‹ France. Dictionnaire encyclopédique (volume 5)Chapitre 64 sur 86 · GUA · texte numérisé non relu

GUA

4il

0t |>lus compliquée qu*elie ne le fut dut les derniers siècles. Cétùit une autre ressemblance avec la ballade.

L'étendue et le nombre des couplets étaient 'soumis dans la chanson à des règles moins sévères gae dans la ballade; mais la rime y était assujettie à d'étroites entraves. Dans une foule de chansons, deux rimes seulement rè-

Pnent d*un bout à Tautre. C'était k imitation des chansonniers proven-

S aux que les chansonniers de la langue /oilVnnposaient de telles difficultés.

Au seizième siècle, les chansons de Mellin de Saint-Gelais , de Marot, n'offrent point de rhvthine fixe ni de difficultés de rime, si ce n'est celle du refrain, que même ces poètes ne s'imposent pas toujours. Plus libre dans sa forme , la chanson devient de plus en plus spirituelle, légère et épigrammatique. Avec la ligue, elle s accoutume davantage à rc|)andre le sel de In satire sur les événements publics, sur les intrigues des partis, •ur les abus de l'État. Cependant elle est encore loin d'atteinare la puissance politique où elle est arrivée de nos jours. La fronde, cette folle guerre, fit éclore des milliers de chansons où personne n'était épar^é, ni le ministre, ni les princes, ni la régente. La même société repétait les couplets joyeux et faciles que mtfttre Adam, de Nevers, avait iroprOTisés le rabot h la main , sous le règne de Louis XIIL 11 faut dire à sa honte qu'elle apprenait aussi les refrains souvent grossiers et licencieux des Saint-Amant, des Linières et de toute cette école poétique sortie du cabaret, qui expira sous la yerge de Boîleau.

Sous Louis XIV, cette finesse debon goût, cette délicatesse de langage que revêtent d'autres genres plus relevés, et dont s'empreint l'esprit public, se &it sentir dans la chanson; une aimable facilité , une gracieuse négli-

Sence, régnent dans les couplets sortis u cercle épicurien présidé par Minon de Leodos. En même temps il y avait un enjouement spirituel avec un tour naïf dans les chansons populaires qui couraient sur les grands, et quelque-

fois même s'adressaient plus haut.

« Quoi de plus gai , dit la uarpe , que ce couplet contre Villeroi sur le refrain si connu: l'endôme, f^endùmef

Villfioi,

Vlil.Tol

A fort bien servi te roi..

jraient sur les grands, et quelque- soupers et T. iv. Livraison, (Dici. skcycl., sic)

Y a-t-il une rencontre plus heureuse et une chute plus inattendue et plus plaisante! Et cet autre sur le même général, fait prisonnier dans Crémone:

PaUambleti , la noorelle est bWMM, Bt notre bealicwjMu 4g«l»

n MM iTom reeonvré Ctèmêa»

Et perdu notre général. »

Que de noms il faudrait citer si on voulait faire Tinventaire de tout ce que produisit le siècle suivant en fait d« chansons! Que de chansons dans les salons, dans les boudoirs, surtout dans les soupers, au temps des Lanjon, des Panard, des Collé f Dans ce tumulte de joyeux échos, on aurait à recueillir mille traits brillants, mille plaisanteries piquantes^ mille galanteries ingénieuses. Jamais l'espnt français ne fut

KIus excité et plus éblouissant. Maleureusement il abusa de lui-même.

Il ne détendit point les ressorts du bon mot et de Tepigramme , et prodi* gua trop de bouquets à Égic et à Chloris. A lorce de rire, le dix-huitième, siècle en vint à gnmacer; à force de

{galanterie il devint fiMie. Nous ne vou^ ons pas trop rabaisser lesjprodoclioDf de la muse chansonnière de ce caveau célèbre où se réunirent , à la fin du siècle, tant de joyeux convives gens dVsprit. On professe aujourd'hui trop de dédain pour leurs coiiplets, toujours remarquables par une facilité de tour qui s'est perdue, et qui manque à toute notre poésie gênée dans sa forme et péniblement inégale. Mais enBn on avait tant de fois chanté les Grâces, tant de fois promulgué les préceptes du code épicurien, et célébré Baccnus»

Vénus, la bouteille et les amours, que la chanson vieillissait sous le fardeau du lieu commun.

Bientôt cependant les cercles ingénieux, les sociétés chantantes, les beaux esprits, disciples de Momus, les soupers et les petits vers, disparurent

L'UNIVERS

devant la sérieuse grandeiff des événements nouveaux. Bientôt tout se tut soins la' main de In terreur; c'est, comme le remarque la Harpe, la seule époque de l'histoire de France, où il n'y ait point eu de ciianson : car on ne peut pas appeler de ce nom ces terribles hymnes populaires qui donnaient le signal des insurrections dans la cité et des victoires à la frontière. Quand la gaieté repartit en France^ elle emprunta la voix de Désaugiers, et le Caveau se ranima aux accents pleins de verve de ce gastronome enthousiaste. Mais une révolution complète allait s'opérer dans la chanson. Un homme de génie s'en emparant, allait d'abord rajeunir, par une précision et nîM ^Aee nouvelles de style, les lieux communs d'épicurisme , puis étendre le domaine du genre , soit en consacrant ses couplets à la défense ou plaidante ou sérieuse des droits de la nation et des libertés publiques , soît en substituant plus d'une fois à l'ancienne fplieérotique ou bachique Texpression de sentiments philosophiques ou sé^ rieusement tendres. L'auteur de Roger Bontemps, de Mon enterrement, des Esclaves gaulois, du Dieu des bonnes gens y de» Bonne vieUlèj vint perfectionner l'ancienne chanson, et créer une chanson nouvelle (voy. Bébangek).

Mais en se retirant' de la scène, fe poète populaire n'a pas laissé de su(v cesseur. Depuis quelque temps , le luth de la chanson reste silencieux, ou résiste à la main peu exercée de quel- Anes imitateurs indiscrets ou timidesw !La chanson ne peut périr chez nous cependant. Klle a d'autant plus de thaoces de durée que le génie vient de lui onvrir des horizons nouveaux. Peut-être en ce moment la gloire de Béranger dccourage-t-elle ceux qui s'essayent à courir la même carrière.

Feùt'étre aussi l'opposition politicme qui a combattu le pouvoir depuis dix années a-t-elle été trop orageuse et trop irritée pour avoir son chansonnier comme le libéralisme de la restauration. Quoi qu*il en soit, chez une nation comme la nôtre, on ne saurait s'inquiéter de l'aveuir de la chanson:

elle sera éternelle en France, parce que la gaieté du peuple français est aussi impérissable que sa liberté.

Chansons de geste. Le mot chanson, au moyen ilge, ne désignait pas toujours exclusivement une chanson dans le sens moderne du mot; les romanciers du moyen âge l'appliquaient souvent à des poèmes de plusieurs milliers de vers. On comptait aussi plusieurs espèces de chansons : la caiimson de geste , la chanson amoureuse, le sirvente , le rotruenrjc , la pastourelie ou bergerette, les partures ou jetix-partis, et enfin ta ehamon bal" ladée y qui n'était qu'une sorte de virelai. Comme nous nous proposons de faire l'histoire de ces différentes espèces de chansons, dans des articles spéciaux , nous ne occuperons ici que des chansons de geste.

Les cliausons de geste, ou chansons inilitaires, remontent diez nous à une haute antiquité. Les Gaulois en avaient nécessairement, comme tous les peuples guerriers, et cette habitude ne dut pas se pdrdre sous la domination ro^ maine; l'histoire nous a conservé le re* frain que chantaient les soldats de Probus après une victoire sur les Francs :

Uille Francos, mille Sariaatas occidimus ; Mille» milte» mille, mill* Pmas qocriiDiui.

La plus ancienne chanson de geste gui nous sdt parvenue est celle qui fut composée en l'honneur de Clotaire II, au retour d'une expédition contre les Saxons, oii, suivant la chro* nique, il ne laissa vivant aucun hominè de la hauteur de son épée. Ce chant nous a été conservé en partie dans la vie de saint Faron, évéaue de Meaux, écrite SOUS le règne ae Charles le Chauve par un autre évêqiin de la même ville. Cette pièce, en latin barbare, est riraée ; « la grossièreté même de la « poésie servit , dit le chroniqueur, à « la faire voler dans toutes les bou- « ches, et les femmes elles-mêmes acr coinpagnaientles hommes en chœur.»

Nous nVons que deux coujpletg do cette chanson:

De Clf-Isri" caiKTc vsi rege Franooruin Qui ivit pugaare ia gentcm Saxoanm»

CHA

FKA]>iCE.

LUÂ

Qaftm cnviler BroveniMet miMM 8«MnMB

M aM loitMl inàjrtH Fande gaote BurrondioDoml

Q«aotIa rcniont in terrain Francoriim, Faro uhi crjt jiriiiri'iis , niissi .Saxoitum, Inslinrtn f>ei transruiil prr urlirtn MelderOflli

Ne interficiantiir a n-^e Francoiuin.

« Chantons Clotaire , le roi< des « Francs, qui alla combattre la nation % saxonne. Certes, il serait bien arrivé

« malheur diix envoyas saxons , sans R Tillustre Faron, de race bourgui- « gnone.

'< Qiinnd les envoyés saxons vinrent « dans la terre des Francs , où Faron « était prince , par une inspiration « de Dieu , Hs passent par la viile de « Mcaux , de ()ettr d*étre tués par le • roi des Frnncs. "

Ces chants, qui durent être fort nombreux sous la première race, furent rectieiUis avec le plus grand soin par les ordres de Charlema^ne. « Il flt « éçrire, dit l^ginliard, les poésies bar- « baresettrès^uetennes par lesquelles « on chantait les gestes et les guerres « des rois du temps passé, et les conGa « à sa mémoire. » Malheureusement ce reeDeil est complètement perda.

Le règne de Charicmagne , fertile en glorieux événements, dut produire - aussi un grand nombre de chansons de geste; mais aucune ne nous est parvenue. Poor ce qui regarde celle de iloland , nous renvoyons à BiOhàXD et à KoHCEVAux.

La dernidre, ou au moins une des dernières chansons de geste proprement dite que no?is connaissions, est uu chant triomphal composé en langue tudeÉque, encommémorationd'une victoire remportée en 881 , à Saucourt, sur les Normands par Louis III , roi de JNeustrie. I^ous donnons ici la traduction littérale de ce chant, qui est formé dellS versets rimés, divisés par stTD-

f»hes, et qui devint tellement popuaire, (jue deux siècles plus tard les populations ne l'avaient pas encore oublié. Ainsi qae le prouvent assez les sentiments rehgieux et mystiques qui y prédominent, il dut être composé

Ear un moine, et peu de temps après la ataille; car le souhait de longue vie qu'on y forme pour le vainqueur ne tut pas exaucé. Le roi Louig mourut

ranaéesuitaDte, âgédftvingMflttxant.

Je cônnais un roi , «on nom est le seigneur Ludwig, ani sert Dieu voloniiers, parce qu*H Pen raDompeiiie.

Il fiH , M.ir mn!!i( iir pour lui , bien jeune encore , privé de son père ; mais le Seigoaar priiPloin de lui et devint son guide.

^ Il Ini donna des héros, des compagnons illustres, et uu trône eu France. Piitnt-t il en jouir longtemps!

ii partagea eomite on bîcM arao aon frère Carloman , et leurs parts furent loyales. Ces clioses terminéac , ïAeu voulut éprouver pourrait supporter quelque temps les tribulations.

n permit l'invasion des troupes des païens ; ii permit que le peuple frauc fût soumia par leun soldais.

L('s uns aussitôt dés(>i1tTpnt , h s autres furent séiluitj ; tous ceux qui re&taieut iidèlea au roi fiireiit en butte à mille outruos.

Celui qui n'avait été qu'un mUérwile brigand, et s'était ainsi accru en puissance, envabit les domaines du roi et devint alors un noble seigneur

L'un «'tail faussaire, un autre déserteur, celui-ià un assassin , et chacun &'euorgucillisMÎt de son crime.

Le roi était indigné , tout le royaume en souffrance) le (Juist irrité avait permis ces misères. Biais Dieu prit en pitié Imilct ces calamités ; U ordonna au se^pMur Lndwig de partir sur-le-champ :

«Lud^rig , mon roi , va secourir mou peuple ; les Normands l'ont durement opprimé.» — T.udwigrépondit : «Seigneur, je ferai ainâ, à moins que la mort ne m'empêche d'exécuter tes ordres.»

Alors il obtint de Dieu le pardon de toutes ses fautes, déploya son étendard sur le rivage, et fit une expédition en France contre les Normands.

Rendant grâces à Dieu et attendant son secours , il dit : Seigneur^ viens avec nous; . nous faUendons depuis si longtemps.

Puis ensuite l'illustre Ludwig parla i haute voix: «A^ez bon courage, mes compagnons, mes frères d'brmes. — Dieu (puisset-if m*ètre agréable!) m'a envoyé ia pour prendre vos avis et conduire mon armée.

« Je ne m'épargnerai pas jusqu'à ce que Jè vous aie deliivési. H voox maintenant que tous les fidèhi aervileors de Dieu me suivent.

«•GeMe vie nous est aeôordèe anmi longtemps qu'il plaît au Christ, Celui qui conienre nos corps sail bien aussi les défendre.

Page 1