‹ France. Dictionnaire encyclopédique (volume 5)Chapitre 66 sur 86 · ICE. CHA · texte numérisé non relu

ICE. CHA

peut dire qu*en ce moment la France n'a pas, à proprement parler, decbants religieux a l'usage du peuple.

r Chant jHOHoHque. Le lecteur trouTera, dans les articles Chansons DE GESTE et Chants popu- LÂiBES , quelques détails sur nos premiers chants patriotiques. Ces chants sont en général font anciens ; les derniers que nous connaissions sont contemporains des grandes luttes que la France eut à soutenir contre rAngleterre pour le maintien de sa nationalité. I,es psaumes que chantaient les protestants, pendant les guerres de religion du seizième siècle, étaient aussi de véritables chants patriotiques; la France n'en eut point d'autres alors. Depuis Louis XIV jusqu'à notre grande révolution, nous avons eu des chansons populaires, mais pas de chants patriotiques. Kn effet, pour que le patriotisme d'un peuple se manifeste amsi par des élans d'enthousiasme, il faut que sa nationalité soit vivement attaquée; il faut que son existence comme peuple soit mise en question. C'est ce qui eut lieu pour nous en 1789 et dans les années suivantes; et c'est alors que furent eom[)osés ces hymnes et ces chants à jamais célèbres , la Marseillaise y le Chant dki départ, Feillons au salut de f'emph-e, le CariUon national , la Carmafjnole , etc.

Le Carillon national commençait ainsi:

Ah ! fn irn , ça ira , Les aristocraict à la lanterne.

Ah I ça ira . ça ira , Les arittocrate» on l«« pendra.

La liberté triomphera ; Malgré les t jrrana tout NoMifm.

Âbl ça ira , «te.

Les paroles en furent eomp^osées en

1790, et adaptées sur un air f,ivori de la reine Marie-Antoinette, penda/il les travaux exécutés au Champ de Mars pour les apprêts de la fédération.

La Carmagnole date de 1792. Elle était tout entière dirigée contre la reine, et commençait ainsi :

Madim' «M» avtU pronia De foire éf orger tout Paria, Ilab aoo coup a manqué , Gfêos il nm cMODuinVi de*.

LUNIVISES.

Dansons la caniMfool«« ' Vive te afin Da«MMl

Chaque couplet se terminait, par ce connaissait leur puissance ; aussi plua tmmi d'une irbis, dans les moments les piog

terribles de la désastreuse retraité de Russie, il parvint à relever le moral de ses soldats accablés , et à leur faire Ces paroles servaient quelquefois eneore accomplir de grandes choses , d^accompagnemént à une danse aui en donnant l'ordre aux musiciens des portait aussi le nom de Carmagnole, régiments d'exéruter l'hymne ^eitfowt On donnait encore ce nom à un cos* au salut de l'empire, t(|me qui consistait èn on large pan- "Proscrite comme une chanson sédi* talon garni en cuir, un gilet-veste , un tîeuse pendant les quinze années de la bonnet de police ou un nonnet rouge , restauration , la Marseillaise retentit costume qu'affectaient de porter les dans toute Tétendue du territoire en idtra-lrévoiutionnaires. Mais quel lien juillet 1830 ; et cependant une nouvelle pouvait eiister entre ce chant , cette générations'étaitélevéedepuis l'époque danse, ce costume et la ville italienne où cet hymne national s'était fait ende Carmagnola, d'oîi le nom de Car- tendre pour la dernière fois. Qui lui avait magnole paraît être venu? On l'ignore enseigné ces accents patriotiques?

Peut-être les ennemis les plus acharnés des principes dont ils étaient l'expres-

complétement ; et il en est de la plu part de ces chants populaires et patriotiques comme de toutes les grandes épopées , dont ceux-là même qui les ont vues naître ' ne connaissent pas riîistoire,

La Marseillaise , composée à Strasbourg , à la même époque , par Rou

sion. On sait en effet que, pendaotla restauration , les jésuites , dont Tinfluence se faisait partout sentir, s*étaîmit emparés de tous nos airs nationaux, pour y adapter les paroles des cuutiques que l'on chantait dans les missions et dans

gét.dei*Isle (voyez ce nom), et d'abord toutes les cérémonies religieuses. Au*

connue sous le titre de Chant de jourdMuii Thymne de Rouget de Tlsle

guerre de l'armée du lihin, fut ap- est connue de tout le monde; et les

portée peu de temps après à Paris, par efforts du pouvoir le plus ombrageux

un bataillon de volontaires marseillais, ne parviendraient plus à la faire ou-

qui lui donna son nom. L'hymne f 'eil- blier. Nous n'en voulons pas d'autre

tons au salut de r empire et le Chant preuve que l'explosion qui suivit le

rf« rff'yoar^ sont dus , comme on sait, traite du 15 juillet. ' ' • •

à Marie-Joseph Chénier. La musique 3* PropagaUon du chant dans let

du dernier est de Aléhul. Tous ces wîw.s.vr.s- comme moyen d'éducation.

chants, joués par les musiques mili- Au moyen âge , la musique faisait par-

taires et par les orchestres des théâ- tie de renseignement des universités,

très pendant les entr'actes, se main- ét était comprise dans le nombre des

tinrent en faveur jusqu'au 18 brumaire sept arts libéraux; mais, comme l'en-

1799, si l'on excepte l'époque réac- sei<ineinpiit des universités ne s'adres-

tionnaire, pendant laquelle on chanta sait qu'a un petit nombre d'hommes,

le Réveil du peuple , c est-à-dire , du 9 le peuple restait entièrement étranger

thermidor 1794 au 13 vendémiaire à l'étude du chaut; il est vrai cc-

1795. Napoléon, qui, en Italie et en pendant que, dans les églises , la mu-

jbgypte, avait conduit nos soldats à la sique religieuse , chantée à Tunisson

victoire avec les airs du CairiUonn€h par rassemblée des fidèles, était en

tional, de la Carmagnole et de la Mar- quelque sorte une compensation. Plus

seillaise, ne voulut plus entendre ces tard quand l'art de la musique se fut

hymnes révolutionnaires lorsqu'il fut perfectionné et eut pris un caractère

consul. Le Chant du départ nit seul p)us scientifique, le peuple fut regardé

conservé jusqu'à la fin du consulat, comme trop grossier pour exécuter des

INIais, à partir de cette époque , tous morceaux d ensemble; et, en consé-

ces chants patriotiques furent sévère- q^ence , on ne songea pas à s'occu-

, nant défendus, ym que rempereur per de son éducation musleale* ilftnt

CUA

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arriver à la restauration pour trouver

les premiers essais en ce i^enre ; à cette époque, Clioron et Wilhem créèrent (les écoles dont les brillants succès donnèrent un solennel démenti aux j)r('iu^;és des gens bien nés. La loi du 28 juin 1833 , en admettant le cliant parmi les matières de l'enseignement primaire, répara une longue injustice; enfin, la décision du conseil royal de l'instruction publique, en date du 5 octobre 1838, par laquelle Tétude du cbant fut prescrite dans les collèges royaux , depuis la première classe jusqu'à la quatrième, compléta la loi de

On ne peut encore apprécier les résultats de ces dispositions; elles sont trop récentes, et il faut plus d'une génération pour frtire sortir un peuple de l'ornière de la routine. Cependant, on doit r^-ndre bominage à MM. AYilbem et Mainzer qui ont conuTjencé cette réforme , et savoir ^ré à l'administration delà ville de Pans d'avoir si bien secondé leurs efforts. On ne saurait trop encourager le gouvernement à persévérer dans les tentatives qu'il fait pour créer un art national, et pour propager dans les masses l'instruction et le goiU pour les arts. (V'oyez Musique , Opéra , Oa-

PHÉON.)

Chantal (Jeanne-Françoise Fremiot de) naquit à Dijon, 'en 1572, de Bénigne Fremiot, président à mortier au parlement de cette ville. La jeune Fremiot annonça dès son enfance une grande piété', et on raconte que , toute petite , elle interpella de la manière la plus vive un gentilbomme protestant qui se trouvait cliez son père , et jeta au feu des bonbons qu'il lui donnait, en lui disant avec vivacité : o Monsieur, voilà comme les hérétiques brdleront dans l'enfer. » De ce zèle précoce au fanatisme il n'y a qu'un pas; madame de Chantai ne le iranchit pas , nous disent ses biographes , qui assurent que sa dévotion lut toujours contenue dans les plus sages limites. A l'âge de vingt ans, la jeune Françoise Fremiot épousa Christophe de Kabutin , baron de Chanta),

qui mourut au bout de huit années de mariage. Le r^iractère de madame de Chaulai, sa piété exaltée, la portaient vers la retraite et la vie contemplative ; c'était avec peine , et seulement pour plaire à son mari, qu'elle s'était mêlée au monde , dont les futiles obligations lui paraissaient , avec raison, d'une importance bien inférieure à celles de la maternité. Devenue libre, elle renonça tout à fait au monde, et se consacra complètement à l'éducation de ses enfants et au soulagement des malheureux. ^Nourrissant avec constance l'idée de se renfermer dans un cloître, madame de Chantai avait pourtant résolu de ne le faire (ni'au jour où l'établissement de ses enfants rendrait inutile sa présence auprès d'eux. Saint François de Sales lui avait souvent parlé du projet d'établir de nouveaux couvents de filles , selon la règle de Saint-Augustin , et elle s'était bien promis d'en être la fondatrice.

\oyant, en KMO, le sort de ses enfants fixé selon ses désirs, elle se retira , avec deux pieuses filles , k Annecy, où elle fonda le premier monastère de l'ordre de la Visitation. File prit alors le nom de mère de Chantai, et la renommée de sa piété s'étendit du peuple à la cour, de telle sorte qu'Anne d'Autriche, en 1611 , désira vivement la voir; ce qui l'obligea à S8 rendre de Moulins, où elle vivait alors, à Saint - Germain en Lave, où se trouvait la cour, ftladame de Chantai mourut à INIoulins le 13 décembre de la même année ; ses religieuses et le peuple la ri)nsiderèrent dès lors comme une sainte. Béatifiée en 1751, elle fut canonisée en 1767 ; et , depuis ce temps, r Flglise catholique l'honore sous le nom de sainte Chantai. On a publié, en 1660, un recueil de ses lettres, qui n'a guère d'intérêt que pour les personnes dévotes.

Son fils, le baron de Chantai , tué en 1627, en défendant Pile de Ré contre les Anglais, fut le père de la célèbre madame de Sévigné.

ChAxNtelauze (Jean - Claude-Bal' thazar-Victor de) , né à Montbrison, en 1787, signa, en qualité de ministre

CHA L'UNIVERS. * CIIA

de la justice , les fameuses ordonnances qui amenèrent la révolution de juillet. Ce Ait lai qui composa le rap-

Eort qui précédait ces ordonnadoes.

a signature, son rapport, son arrestation , le procès et la condamnation qu! en fiireiit la suite , yoità à peu près tout ce qui a fdt de M. de Chantelauze un personnajje historique. Jusque-là sa destinée n'avait rien présenté de remarquable ; Il avait * acquis une réputatioQ nMiorabie dans la magistrature dM parquet , mais pres-

aue aucune renommée dans la science u gouvernement.

Avant de se faire l'instrument aveugle de l'absolutisme , i\î. de Chantelauze avait manifesté des opinions extrêmement libérales. En 1814, il publia sur le projet de constitution présenté à Louis XVIII au nom du sénat conservateur , une brochure inspirée par les plus vifs sentiments d indépendance. Il voulait aue l'initiative fût accordée aiiv rhamores, et que , même sans l'assentiment du roi, elles eussent le droit de faire toutes les propositions qui leur parattraient conformes à l'intérêt du pays. « La matière des im- « pôts, écrivait-il, doit être le dernier « objet des délibérations des législa- « teurs. Avant d'accéder aux deman- « des (lu ministère , ils doivent faire « entendre leurs plaintes.... Subsides « et plaintes, disait un auteur anglais, « se sont ttrt^oun tmutpar la main. »

Mais ce qui est encore plus remarquable , et ce qui a reçu des événements une consécration à laquelle l'auteur ne 8*attendait certes pas alors, ce sont les principes suivants qui se trouvent professés dans la même brochure : « II « faut au peuple une garantie de la « conduite des ministres ; cette garan- « tie n'est autreque leur responsabilité « personnelle. La personne sacrée d u roi « est inviolable ; les agents qu'il em- « ploie doivent être soumis a la oen- « sure publique. Il eût été insufGsant « de confier l'exercice de la censure « aux tribunaux : les deux chambres « sont l*autorité sous laquelle les « agents doivent fléchir. » Tel fut le dâHit politique de M. de Chantelauze;

et , comme on voit , il n'était pas de nature à faire pressentir sa ûn.

Grâce h une assez grande ftkdllté d*ëlocution , et au patronage de quelques amis haut placés, son avancement tut rapide. Substitut du procureur du roi an tribunal de Montbrison en 1 8 1 4, il était déjà avocat général à la cour royale de Lyon en 1815. Le 21 juillet 1826, il fut nommé procureur générai à la cour royale de Douai , et , trois mois après, transféré à celle de Riom pour y remplir les mêmes fonctions.

Des 1821, il avait obtenu la décoration de la Légion d'honneur.

Ce fut seulement en 1828 que commença d'une manière active sa carrière politique, ^ui devait être si courte et se terminer si tristement. Aux élections de novembre 1827, le grand collège de Montbrison lui ouvrit les portes de la chambre des députés. Le ministère cE^pforaôfe venait d'être remplacé par le ministère Martignac. ]M. de Chantelauze manifesta d'abord des sentiments de libéralisme; puis, peu à peu, à mesure que la chute du nouveau cabinet semblait devenir plus prohable , il modifia adroitement ses opinions , de sorte que , vers la fin de la session, il put se prononcer hautement poar le château. Lors de la discussion sur le projet relatif à l'organisation municipale et départementale, il taxa de tentative périlleuse la loi présentée par le ministère, et prononça des paroles qui laissaient voir combien il désirait son renversement. « Je ne « viens, dit-il^ ni évoquer de lugubres « souvenirs, m vous montrer le ftntdme « sanglant de la souveraineté du peu- « pie, ni poursuivre d'impuissantes « clameurs le comité directeur dont « on foit tant de bruit. Mais le temps « où nous sommes n'est pas celui oîi « l'on peut fonder des institutions du- « rables. Ou ne veut pas générale- « ment de révolution, mais on adopte « à son insu les idées qui y condui- « sent. On ne veut pas compromet- « tre le repos public , mais ou ne fait « rien pour le conserver. . . . Dans ce (< temps de difficile passage, rien n*é- « tait plus nécessaira que de chercher

CHA ¥KÂ

« à se raswoîr en ne s* occupant que « érMérétt matériels. C'est là ce que « dictait la sa^se, ce que comman- « dait la sécurité du pays. Le minis»

« tère a mal étudié cette position, tua! « connu les circonstances actuelles, en « proposant une loi tellement impor- « tante , qu'elle a reçu le nom de « charte, en soulevant un fardeau que « ses forces épuisées ne pouvaient « plus soutenir. » Depuis ce tenips , M. de Chantelauze ne cessa de défen* dre, avec un zèle qui manquait souvent de difînité, les prérogatives ////a;teiéres de la couronne. Une fois entre autres , il 8*éleva contre le général Lamarque , qui avait osé disputer au roi le pouvoir qu'il avait eu de dù' poser de la dotation du sénat.

Dès ({ue M. de Polignac fat arrivé au ministère, M. de Cliantelaiize reçut une première récompense de sa conversion aux doctrines purement moiiarGhi9ues. Le 36 aodt ia29 , il fut nomme président de la cour royale de Biom. A l'ouverture de la session de 1830, les députés ministériels essayèrent vainement de le porter à la présidence de la chambre : il n'obtint que cent seize voix. Dans le comité secret du 15 marSf il s'opposa énergiquement au projet d'adresse ; et , malgré le désaveu qu'il en fit le lendemain dans les journaux , il menaça les députés constitutionnels d'un ô septembre monarchique. Aussi , M. de Polignac , qui avait beaucoup de mal à trouver aes collègues , parce qu'être collègue d'un tel ministre c'était devenir son complice , M. de Polignac voulut à tout

ftriv recruter M. de Chantelauze. Il aut dire toutefois , à la louange de celui-ci , qu'il ne céda qu'à regret aux instances ou président dTu conseil ; son instinct lui revélait ce qu'il y avait de périlleux dans les tendances révolutionnaires de la cour , et la manière dont ses propres menaces avaient été accueillies à la chambre était bien faite pour le confirmer dans cette croyance. D'ailleurs le système vers lequel il penchait , il l'avait deja fait connaître dans son discours contre la loi communale et départementale : c'é-

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tait de ne s*ocn/per que des intérêts matériels. Mais depuis ce discours, la situation politique avait beaucoup changé, et, entratnéjui-méme par la torrent monarchique , M. de Chantelauze avait laissé échapper de sinistres paroles. Dix mois après la formation du ministère Polignac , lors de la démission de M. de Courvoisier, le roi lui fit proposer les sceaux. Il résista longtemps, quoique le dauphin joignît ses instances à celles de M. de Polignac. Il écrivit à ce dernier qu'il croyait peu convenable, à la veille de la convocation des collèges , de modifier le ministère, et que, dans tous les cas, il regardait comme une nécessité de rappeler M. de Peyronnet au pouvoir.

« Sa présence au conseil , ajoutait-il , « lèverait quelques objections qui ma « sont personnelles ; car un engage- « ment que je ne puis rompre me lie « à ses destinées politiaues. Il m'en « coûte d'avouer que , même en ce cas, «j'aurais une peine très-grande à me « déterminer au sacrifice qu'on me « demande. Au reste , je suis prêt à « partir pour Paris, lorsque Tordra « m'en sera donné. Ce n'est que là que « je pourrai juger si mes avis et mon « concours seraient utilejs au service « do roi. » M. de Polignac étant absent , cette lettre fiit remise à Charles X. Voici comment ce prince s'en expliqua par écrit avec son premier mmistre : « Je vons renvoie , mon « cher Jules, la longue lettre de M. de « Chantelauze; elle dit tout, excepté « le fin mot de la chose : c'est qu'il a « petir de perdre une place agréable « et inamovible, pour en |»endre une « malheureusement trop amovible. Au « surplus, ie ne change rien à nos pro- « jets , et s il nous convient toujours , « comme Je le crois, nous le ferons « prêcher par Peyronnet. » Il en arriva ainsi gue l'avait prévu Charles X :

M. de Chantelauze vint à Paris, et fut vaincu par l'éloquence da préehmrs de la cour.

Il ne paraît pas qu'il ait été l'un des provocateurs des ordonnances ; lorsqu'elles forent discutées dans le conseil, il no M prononça ni pour ni

contre , mais i| les signa sans résister. Gomme nous Tavons déjà dit it

rédigea le rapport qui niotivnit ces ordonnances. Ce fut éfzalenient lui qui dressa celle qui suspeudait la liberté de la presse. ' '

Ce même homme , qui sanctionnait par sa signature la violation de la charte, avait dit, environ une année auparavant, sous Tadministration de M. de Martignac, et en présence de la chambre des députés : « Comme le a ministère , je suis attaché au gou- « vernement représentatif ; comme le « ministère, je veux \t maintien delà « charte et le développement monar- « chique de nos institutions. Yôilà la « profession de foi publique que je « lais à cette tribune , et dont je ne « dévierai jamais. » Apres cela , on concevra facilement l'émotion h laquelle il était en proie, lorsque, le 25 juillet, à 11 heures du soir, il remit les ordonnances à M. Sauvo , rédacteur du Moniteur. Le mardi 27, il assista au conseil où il fut décidé que Paris serait mis en état de siège. Le 28 , il notifia cette décision au procureur général près la cour royale de Paris, avecordre de se conformer aux conséquences légales de l'état de siège. Le même iour , il fit enjoindre à la cour royale de se rendre aux Tuilejrîes. Dans quelle intention? C'est ce qu'on ip;nore ; mais son ancienne menace d'un 6 septembre monarchique permet de supposer qu'il songeait à des mesures de rigueur.

La manière dont la capitale répondit au parjure de Charles X força bientôt M. de Chantelauze à se ren* dre à Saint-Cloud, et de là à Rambouillet , où il suivit In cour. Après l'abdication de Charles X , il prit la fuite avec MlVl. Guernon-Ranville et Pmrronnet. Tous les trois ise dirigèrent séparément dans la direction de Tours. Aux portes de cette v ille , M. de Chantelauze voyant flotter le drapeau tricolore, revint sur ses pas, et prit le chemin d'une petite commune qui en elait éloignée d'environ une lieue et demie. Il portait un mauvais balrit noir, des bottes perèéci, et

avait eu la précaution de ue prendra que frois irsiieft sur m ; tisais le délabrement de son costume fut précisément ce qui attira l'attention sur sa personne. Il fut arrêté et conduit à Tours. Après avoir longtemps refus^ de se faire connaître, il se nommSi^ enfin, et réclama TinvioUibilité attachée à sa qualité de déuuté. On lui répondit : <( F.n qualité de député, vous « dtes inviolable , mais en qualité de « garde des sceaux, vous êtes déclaré « traître à la nation.» En conséquence, il fut écroué dans une prison où se trouvait déjà M. de Peyronnet, et oD fiit amené , peu de jours après »

M. Guernon-Ranville.

Le 27 août, à deux heures après minuit , une voiture dans laquelle étaient les trois prisonniers, traversa Paris et se rendit à Vincennes. Ils y restèrent jusqu'au 10 décembre, époque où ils furent transférés au Luxembourg. M. de Chantelauze, qui était tombé dangereusement malade à Vincennes, n'arriva à Paris que quelques heures après lés autres. Le 15 décembre , les débats s'ouvrirent devant la chambre des pairs: M. de Chantelauze y montra bàucoup de calme , et né désavoua aucun des faits qui lui étaient imputés. Il avait pour défenseur M. Sauzet, qui flt son éloge comme magistrat et comme homme pri?é, et dit à la cour : «Renvoyez Paccusé, « non pas sans censure , mais sans « anathème. » Le 22 décembre, le jugement fut prononcé ; il condamna M. de Chantelauze à la prison perpétuelle, à l'interdiction légale et aux frais du procès. La même peine fut portée contre MM. de Peyronnet et Guernon-Ranville. Lorsque le greffier vint leur lire l'arrêt de la cour des pairs à Vincennes , où ils avaient été ramenés, M. de Chantelauze dit à ÎSI. Guernon-Ranville : « Eh bien !

« mon cher, nous aurons le temps de « jouer aux échecs. » L'amnistie prononcée sous le ministère Molé fit cesser la captivité de M. de Chantelauze.

Dans Àfl. de Chantelauze, l'homme

Ërivé inspire évidemment de rintérét, I arait do tahot* de la prohité* Sans

FRANCE. GHA 4m

'eux

les sollicitations pressantes de M. de Poiignac , du dâupliin et du roi luiméne, il n'aurait pas trempé dans une conspiration criminelle, et n'aurait jamais subi de flétrissure judiciaire. Mais si l'on considère rhomiue

BiKtique, il n'en ait plus de même, 'abord partisan de la liberté, il Gnit par devenir absolutiste; un an après avoir protesté librement de son attaahament à la cb»rt0, Il viola cette profession de foi , et tous les serments qu'il avait pr(?tés comme député et comme ministre. Ses opinions vont toujours se modifiant (uns la saoi qui est le plus favorable , non pas à 1 intérêt général , mais à son avantage particulier. Professant une doctrine politique sans élévation , il s'engage noidmMiit dans une aatiapriso auaîh cieuse que son bon sens désapprouve.

£n admettant même qu'il ait ^té entraîné par un attaebament personnel à la fiimille royale, il ne faut pas ou* blier quelle brillante récompense ,

auelle fortune l'attendait , si le coup *État avait réussi. Et puis , quel citoyen peut avoir le droit de préférer le prince à la [)r!trie? Quand on s'oublie jusqu'à ce point, on peut se croire un excellent serviteur, mais on u'est point un homme d'Etat estimable.

Encore n'est-on en réalilc qu'im serviteur aveugle; car on perd ceux que Ton voulait sauver.

CH4NTELLE-LE-CHA.THAU , nommé

CantiUa dans la carte de Pentiiifier, et CantUla dans Sidoine Apollinaire, petite ville tres-ancienne du Boiirboanaia(auj. dép. de rAllier), à lo kil. do Gannat. Popul. : lOôO haliit. On y voyait un antique château dont Pépin s'empara en 7G2, pendant ses expéditiona dévastatrices contre Wliifre , duc d'Aquitaine, et ses alliés.

Cette forteresse , coitstruite sur le sommet d'une colline , elait défendue par des remparts formidables et par un précipice bordé de rochers. Kile devint plus tard la principale place d'armes des ducs de Bourbon. Eran- ^is la fit raser lorsçpie le célèbre connétable passa au service de Charles- Quint » mais il en reste eaeora des rui*

nés imposantes , où les ^ens do pays qui veulent bâtir vont chercher 4c la pierre eommo dans une vaste carrière*

Chantilly , jolie petite ville du dép. de l'Oise, à 8 kil. de Senlîs, et dont la pop. est d'environ 2600 bab.

La terre et seigneurie de Ghahtilljr appartenait , sous le règne de Cbaritf VI, à Pierre d'Orgemont, chancelier de France. Pierre d'Qrgeiuont, son petit-fils , la donna, an 1484, à 6uil« laume, fils de Marguerite d'Orgeroont sa sreur, et de Jean de Montmorency, onzième du nom. Louis XUl donna, on 1639 , le duché de Montmorency, dont Chantilly faisait partie , à la princesse de Conti , sœur de Henri de Montmorency, qui avait été le dernier de cette branche, mais il se réserva le château et la seigneurie de Gban* tilly. Anne d'Autriche accorda pour quelque temps , au prince de Condé, la jouissance de ces biens, dont Louis XIV rentra un peu plus tard en poi« session. Enfin, en IfiCl, le roi donna Cbantillv en toute propriété au inéiue prince oe Condé. Cette terre , qui ne valait guère par elle - même qu*uno vinjïtaine de mille livres de rente»

était fort considérable par ses omni« vances.

C'est surtout au grand Condé que

Chantilly doit ses en>bellissements et la réputation européenne dont il jouit encore aujourd'hui. En 1G71 , Louis XIV , avant de se rendre en Flandre, voulut, au mois de mai , exécuter la promesse qu'il avait faite à ce prince d'aller le visiter dans sa terre. Jamais lea affaires de Condé n'avaient été dans un état plus pitovable. En vain il avait euvove son confident Oourville à Madrid, pour obtenir de la cour d'Espagne qu'elle lui payât une partie de ce qu'elle avait reconnu lui devoir; il n'avait pu rien obtenir que quelques forêts et quelques fiefs dans les Pays- Bas. Jamais néanmoins ^ plus ma* gnifique ne fut donnée à un roi. On sait qu'elle se termina par la mort du maliieureux Vatel (voyez ce nom;. Les embellissements du cnAteau étant terminés, le prince de Condr publia qu'il donnerait mille écus au poëta qui com^

poserait la meilleure inscription propre à être placée au-dessus de la porte d'entrée. Un Gascon Ht ce quatrain :

Pour ci'Icbrer tant de vertus, Tant (te hauu faiu M tant dt g loiro, MOI* ton, nuirlilM , miOê faot, Ca wftÊt pu » «M psr vktoiK*

Le prince de Condé, dont la modestie n'était pourtant pas le trait distinctif, donna le prix au poëte , mais n'osa pas .ftiie mage du quatrain. En 1718 , le duc de Bourbon fit démolir Tancien château et en rehâtit un nouveau, dont une partie fut détruite par un incendie , quelque temps avant la révolution. Ce domaine eut beaucoup à souffrir pendant cette période; et, sous le gouvernement impérial , la forêt de Chantilly fût donnée à la reine Hor> tcas% à titre de dotation. I^Iais en 1814, le prince de Condé et le duc de Bourbon furent remis en possession du raagniGque château de leurs ancêtres. Toutes les ruines eurent bientôt disparu, et un jardin anglais remplaça les anciens parterres de le Nôtre. Aujourd'hui cette propriété, digne encore de son ancien renom, appartient au duc d'Aumale.

On sait que tous les ans ont lieu h Chantilly des courses de chevaux qui y attirent de nombreux spectateurs.

Chantome, ancienne seigneurie de la Marche, auj. dép. de l'Indre, érigée en marquisat en 1696.

Chantonat (Th.-Perrenotde), habile négociateur, né en 1514 à Besançon , était l'aîné des enfants du chanceher de Granvelle. La haute faveur dont jouissait son père le poussa rapidement dans la carrière des honneurs.

En 1560, Philippe II, qui prétendait être le protecteur des catholiques de France, envoya Gbantonay pour surveiller Catherine de Médicis. L'ambassadeur, appuyé par les Guises, entra parfaitement dans l'esprit de ses fonctions , etjoua ^ la cour le rôle d'un ministre d'Etat, donnant des avis, louant, improuvant, corrigeant les projets, et n*épargnant pas les importunes remontrances.

Lorsque , en 1562 , TEspaRne eut liéddé qu*ii fallait que les coeCi du

parti protestant fussent éloîp;nés de la cour , ce fut Chantonay qui lit part à la reine de cette insolente exigenee.Quoique Catherine sollicitât son rappel, et lui prodiguât les affronts, il fut maintenu encore deux ans dans son ambasHide, fut employé en 1565 auprès, de l*empereur Maximilien II , et ob* tînt ensuite de se retirer à Anvers , où il mourut en 1575. I/e recueil intitulé Mémoires de Condé renferme (II, 1-210) un assez grand nombre de Lettres écrites par Chantonay pendant sa mission en France. Lenglet-Dufrénoy les a tirées d*un manuscrit in-fol. appartenant à Tabbé de Rotheiin , et déposé aujourd'hui à la bibliothèque royale. La bibliothèque de Besançon conserve les Mémoires et lettres de son ambassade en Allemagne, 1665- 71 , 9 vol. in-fol. (voy. Granvelle).

Chantonnay (combat de). — Pour réparer l'échec éprouvé à Luçon par l'armée vendéenne , au mois' d'août 1793, le comte d'Elbée et Royrand, avec quinze mille hommes, marchèrent sur Chnntonnay. Lecomte, chef du bataillon le Vengeur, récemment nommé général de brigade, commandait dans ce camp en l'absence de Tuncq, qui venait a'étre brusquement destitué , et 8*était retiré sans avoir fait de dispositions pour a.ssurer les derrières ae sa troupe. Ses forces ne s'élevaient pas à plus de six mille hommes. A quatre neures du soir, les Vendéens commencent leur feu ; l'infjnterie républicaine riposte. Une vive fusillade succède aux coups de canon, et se prolonge fort avant dans la nuit. Mais la cavalerie refuse de donner , et le général Lecomte est blessé mortellement. Dès lors , le desordre se mit dans les rangs des patriotes. Enveloppés, accablés par le nombre, ils se aénandent, et prennent la fuite. Les royalistes les poursuivent , et en font un affreux camaee. Enfin il ne resta que quinze cents hommes de la brave armée de Luçon.

Chantbe,* nom que Ton donne «UT eodésiastiqttes ou aux séculieM n{)pointés par les ebapitres pour chanter dang lté olBcest les réeita ou

GHA

les chœurs de musique. Pendant le séjour de l'empereur Charlemagne à Rome , en 780 , les chantrei de la chapelle royale qui Pavaient accompagné , ayant entendu les chantres romains , trouvèrent fort risible leur ïa^on de chanter, et s'en moquèrent hautement.

Mais lorsqu'ils ehrent chanté à leur tour, les chantres romains leur rendirent les railleries av^ usure; et Charlemagne, appelé à prononcer sur leur dispute, deeida la querelle en faveur des Romains, f/es chantres ordinaires des églises ont été institués par saint Grégoire, <|ui en fit un corps . fni*on appela Vécole des chantre$.

Dans le concile de Rome de l'an 59;), il fut ordonné au'on les prendrait seulement parmi les sousHdiacres ; mais ce décret ne iîit pas observé.

Cn\NTnE DES CATHÉDRAIES FT COLLEGIALES, OU OBAND GUAMTBE.

— On désignait par ce nom , dans les

chapitres, un cnanoine revêtu d*un oflice ou bénélice qui le rendait ordinairement un des premiers dignitaires du chapitre , et qui lui accordait l'intendance du chœur.

Dans les actes latins , les chantres sont nommes cantores, prœcentores^ choraules. Le neuvième canon d'un concile de Cologne leur donne le titre de rhorévéques, comme étant les évêques ou les intendants du chœur. Le concile tenu en la même ville en 1630 leur donne encore le même titre. Dans la plupart des églises collégiales, le chantre dont il est ici question est surnommé grand chantre, pour le distinguer des simples chantres ou choristes à gages. Suivant le même con- . cile de 1536, le chantre était obligé à la résidence , et il ne pouvait se dispenser d'assister exactement au chœur, dont la police lui était dévolue. Il en était le président, et jugeait provisoirement les contestations qui s'y élevaient.

Le grand chantre portait, dans les fêtes solennelles, la chape et le bâton cantoral. 11 donnait le ton aux autres chantres en commençant les psaumes et les antiennes. Il avait dans ses armes un bfltoQ de choeur

pour marque de sa dignité. Dans quelq|ues chapitres dont il était le premier dignitaire, on lui "donnait le nom de primicier (voyez Pbimicibr).

l^s grands chantres de plusieurs cathédrales et chapitres avaient, sous l*autorité des évéques , l'inspection des petites écoles. Dans le oiapitre de l'église de Paris , cet officier, qui en était le second dignitaire , avait une juridiction contentieuse sur tous les maîtres et maîtresses d'éoole de la ville. Cette juridiction était exercée par un juge , un vice-régent , un promoteur, et autres officiers nécessaires.

Chantbbs db la chapbllb du boi.

— Non -seulement les chantres attachés à la desserte des chapelles et de Toratoire du roi et de la reine , niais les chatUres, clercs et chapelains de la Sainte-Chapelle de Paris, étaient censés commensaux de la maison du roi, et, en cette qualité, ils jouissaient de plusieurs privilèges, qui, malgré les abus auxquels ils donnaient lieu, furent conlirmes par de nombreux arrêts. L'un de ces privilèges consistait dans les exemptions de décimes pour les béneGces qu'ils possédaient. De plus, ils jouissaient des gros fruits de leurs prébendes, bien ue ne résidant pas dans leurs bénéces, et ils étaient censés présents, pendant le temps de leur service, à la chapelle du roi , pourvu qu'ils fussent inscrits sur les états de sa maison.

Chant royal, sorte de poésie imainée sous Charles V, et cultivée peuant les quatorzième, quinzième et seizième siècles, dont le sujet devait être élevé, sublime, tiré de la fable ou de l'histoire, et qui se terminait par l'explication de l'allégorie ou par une moralité. Quant à la contextiire, la pièce se composait de cinq strophes ou couplets de onze vers, sur les mêmes rimes ; elle finissait par un envoi de sept et quelquefois de cinq vers sur les mêmes rimes que les strophes , et qui commençait par ces mots : Prince y Princesse, Sire, Jieme, car le chant royal devait toujours être adressé à quelque grand, pour lui donner un aTsrtisssmeot oului faireuneleçofluLst

L'UNIVERS

CSA

chants royaux,' qui furent composés d'abord en vers de dix syllabes, et entaîteen vers alexandrins , comme plti« propres aux sujets maiestueux et graves, étaient assujettis à des règles très-sévères. La même rime ne pouvait pas y paraître deux fois avec fa même si* gmfieatioii du mot. Il était défendu de mettre dans un couplet le simple ou le radical ; et , dans un autre , le corn- Msé ou le dérhné. Le dernier vers de la première strophe qui servait de refrain à toutes les autres , et l'envoi luimême, devaient arriver sans effort, d'une manière stmple,ai8ée et natureliel En un mot,toute la pièce devait avoir un caractère de grandeur et de majesté en harmonie avec le titre qu'elle portait.

Il suit deces obligations que les chants royaux réellement bons sont d'une grande rareté. Aussi a-t-oq abandonné ces règles , comme ajoutant , sans un

Erofit bien clair, aux diffieoltfte non» reoses dont est déjà hérissée la poé> sie frnnraise.

Chants populàibbs. — - Nous ne pouvons mieux définir les chants populaires qu'en citant ce panage du grand poète polonnis, Mickiewicz : « Chants « populaires , arciie d'alliance entre «ittB temps anciens et les Bonveiux, « c'est en vous qu*Qae nation dépose « les trophées de ses héros, l'espoir « de ses pensées et la fleur de ses sen-

• timents. Arche saints I nul coup ne « te Ara^, ne- te brise , tant que ton « propre peuple ne t'a pas outragée.

« 0 chanson populaire ! tu es la garde « du temple oes souvenirs nationaui ; « tu as les ailes et la voix d'un wt» n chaiic;e ; souvent aussi tu en as les « armes. La flamme dévore les œuvres et du pinceau, les brigands pillent les

• trésors , ta chanson échappe et sur- « vit , elle court parmi les hommes.

• Si les âmes avilies ne la savent pas « nourrir de regrets et d'espérances,

• elle ftiit dans les montagnes , s'at* « tache aux ruines , et , de là , redit les «temps anciens. Ainsi le rossignol «s'envole d'une maison incendiée, et « se repose un instant sur le toit ; mais « le toit s'affaisse , il fuit dans les «loréts, et« d*une voix sonore, ii

« chante un chant de deuil aux voya- ^ « geurs entre des ruines et des sépuU ' « cres. Chaque oontrée^ en France, a

ses airs et ses chants populaires. Mais le plus ancien, sans contredit, est le chant basque, publié et traduit pour la première fois par M. G. de Humboldt y et qui fait alidsion à une guerre que les Cantabres , sous le commandement d'un chef nommé Uchin , soutinrent contre l'empereur Auguste; guerre qui se termina par une paix glorieuse pour eux. Les érudits nasques n'hésitent pas à rcjgarder ce fragment comme aussi ancien que le fait auquel il se rapporte. En voici la traduction : le premier couplet est le refrain obligé de toutes les anciennes chansons basques :

O Lelo, Leio (esl) meit| L«lol inort Imt) Lalo, |<0lo! Zan rat liS itteurtrier de lx;to.

La iHwngtn de Rome - Veulent fereer li Biaoaye, et

La Biacaje élève alors Le cbaut de guerre.

OcUvie

L« domiMtmir du mouds»

Leeebidi Le Bisoojeo.

DaodUdolatam Dd cAlé de !• HMr»

Il lurt autour de nom

sii-ge.

Les ptaincs sridss Kteienl k mt j

(A. novi) les bois ds ta moaiagi^

L'obscurité.

Qusiid» dan» un lieu farotaU^ Vwn sommes postés,

Cli iciin de nou» a Uu courage ferme*

ns ertiat* peu

A égalité d'armes ;

(Mais) à hucbc au ^lain i tu

Etais nsatods (mal ponmM).

Si dures coîrasses Ceu-ci portaient ; Nos corps sans défimst (Élaieotj aplcs.

CÔNi ans davant , De Jour et de naît , Sans ancan rep»s ,

Ix" sii'pe (diirj).

Quand un des nôtres Ceax-<l tuaient»

Ciiiq (liTViines (deS Imm) Ils |)<-rdaieot.

CliA FRÂNbE. ciiA M

iilîmMr**' £Z('n(^ration, et 1rs pnrolpf?, qui rc-

I)..» «o.r. ,.rrc l-L^l'îli^^ q^ciquefo.. u«e haute an-

El tians leur pays. tiqoité , 66 soiit rajeiuiies de siècle ea

(Il rst; ..„<> MK.Miir.-. si('( le.(:4tons, enlfc autrps exemples, !a

j)c lier kl fuMiraux. cl.anson des Inlrlirrons des bords de la

(Il n'éiait) pl... possible. Weuse, entre Cliarleviile et la fron-

!!!.!..!".!..!'.!.!!!! ^'^f* oe Belgique, dont le refrain,

iM ville du Tthre ^ Renaiid.Renaud! r€ngaine,RenmuL

Hix ns.ise campw loin, rcnrjaine! est sans doute emprunte* a

5J;"f"'î quelque roman du cycle carlovingien,

y:*r5.™ ït doit , remonter aa moins au treil

Des robustes cWdm zlèoie BÎècle. L'dlr Icot et méluncoli-

u force s'me que dc Cette clianson semble avoir ito

An grimper perp^ei coiiiposé pour être répété par les

^ , . , écbos des montagnes , et accompagné

On peut affirmer qu il ne s est passe, par je bruit de la rivière et le frémis*

au moyen âge, aucun fait propre à sèment de la forêt,

frapper l'imagination des masses, s u s Parmi les chansons encore aujour-

avoirdonné lieu à une chanson ou une d*hui les plus populaires, nous nous

complai nte. A insi , la célèbre irisurrec bornerons à citer : f ive flenri lf^: te

tion des naysans (135G), connue sous bon roi Danobert ; La Tour, prnids

le nom de Jacquerie, produisit plu- «a/ t/e,- Quatui Biron voulut danser.

sieurs complaintes latines et françaises, L*air du bon roi Dagobert est une

entre autres le couplet suivant sur les fanfoire de chasse. Les deux dernières

Bons-hommes; rou|)!et dont la forme chansons sont presque uniquement

a sans doute etc un peu rajeunie : chantées par les enfants , et elles fijiit

jM^Sons-bonuBcsl eertalnemcnt allusion 5 quelque évcnc-

B?5i.?n;J^ lîïïïEiJlf >e souvenir est aujourd'hui

Qoifls longtemps Jacques BoalMaHM perdii pour nous. Il faut encore parler

Se nomme. dc la famcusc chanson de M. de la l'a-

Au quinzième et au seizième siècle, Ç'est une débauche d'esprit du

nous filmes en possession, comme au« savant la IMonnoye, qui, on ne sait

jourdliui , de remplir les pays étran- pourquoi , s'est plu à ridiculiser Jac-

gcrs de nos airs populaires. On con- Chabannes, seigneur de la

naît, entre autres, la fameuse chanson Pa"ce» l'un des plus grands capitaines

de r^omme armé, qui, à cette épo- senrième siècle, en l'honneur du-

que, courut l'Europe entière, et dont q"^' ?" ''^ composé des chansons

11 ne nous reste que le couplet sui- guerrières que les soldats chantèrent

vant : pendant longtemps , et do<it cette pièce

lomo, tom. LmmwA ridicule semble n*étre que la parodie.

Et Rnbin. t t.i m'as Enfin , disons aussi un mot de la

Ote^°taitwtLi«L chanson de .1/. de Marlhoroagh,

vam ^ ( ^ çettg chanson , comme on le sait , est

Un fait remarauable , ^est la teinte dirigée contre le duc de Mariborough ,

mélancolique queron remarque dans la l'un des ennemis les plus acharnés de

musique de tous les airs qui nous sont la France, et qui mourut en 1722,

restés du moyen âge. Un grand nom- prive depuis environ six ans de l'usage

bre d*entre eux, sans avoir jamais été de sa raison. Nous sommes portés à

écrits 9 se sont conservés de génération croire que les paroles de cette cban-

• son si populaire existaient dtjà en par-

. (*) La miisi<iiu: de ccue pièce a été impri- tie avant le dix-huitièuie siècle , et qup

biée pour la première fois dans PAniiuaire Too n'a guère fait alors que subsUtutr

historique de r837, publié par la fioclélé de le nom de Mariborough au nom propre

PHisioire de frauce. qui s'j trouvait. I>es Circonstances rd<

^ GBA L*UN

laléM dans les derniers oouplets nous font présumer que c^est une ancienne

complainte tirée de quelque roman de chevalerie. Quant à l'air lui-même , ii doit être extrêmement ancien^ s*il fxaX 8*en rapporter à ce qu'on lit dans, le

Tableau deCÉgypteet delà Nubie, publié, en 1830, par un savant voyageur, M. Rifaud, «que, le iour (Mt saint « Louis signa la paix et la reddition de « Damiette , les Arabes composèrent « une chanson sur l'air de Marlbo- « rou^h , qu'ils chantent encore aujour* « d'hui : Manssourah el Francis ca- 1^ seura , mlllUon, milliton , etc., et « que chacun fait aussi longue qu'il le « aésire. » C'est à nous certainement qu'est due T importation en Êgypte de cet air et du refrain ; car, outre que la musique n'a aucun rapport avec la musique orientale, le refrain milliton est complètement étranger à la langue arabe. II serait à désirer que l'on fît pour toutes nos provinces ce qu'un jeune savant, M. Th. de la Villemar-

aué , vient de faire pour la Bretagne , ont il a recueilli et public les chansons populaires, parmi lesquelles il s'en trouve quelques-unes qui sont fort curieuses. (Yoy. Complaintes, Maza-

BINADES, NOELS.)

Chamit (Joseph), cavalier au 18* réciment , né à Tourrelie { Puy-de- Dome), se signala dans plusieurs charges au passage duLeckIe 15 fructidor an IV , puis fut envoyé en avant pour découvrir un escadron de hussards ennemis; parvenu à quelque distance, il aperçut l'enihuscKle , avertit ses camarades, et, nouveau d'Assas, tomba aussitôt percé d'une balle.

Chahut (Pierre), né à Riom, y fut d'abord trésorier; il devint, plus tard, de 1045 à 1619, ambassadeur de France en Suède ,- auprès de la reine Chris* tine, puis fiit nommé ministre pléni* potentiaire à Lubeck en 1650, et enfin ambassadeur en Hollande en 1653. A son retour, il fut fuit conseiller du roi, et mourut à Paris en 1683. Durant son séjour en Suède, Chanot avait gagné la confiance de Christine, qui lui confia son projet d'abdiquer, et entretint toujours avec lui une correspondaoee.

/ERS. CBA

Ce fot par ses conseils que cette prin^

cesse attira Descartes à sa cour, et ce fut lui qui , après la mort du grand ^ilosopbe , renvoya son corps en tVance. « Ôianut, dit un de ses oon- « temporains, était un des plus sa- « vants bommes de son temps; il s'ex- « primait parfaitement en la plupart « des langues, tant vivantes que morc tes ; ii avait beaucoup voyagé et pro- « fitédeses voyages; aussi peut-on dire « que de tous les ministres qui se « trouvèrent à Lubeck , il n'y eut que « lui qui y fit figure; c'était un ambas» « sadeur de première classe. » On conserve à la bibliothèque royale un manuscrit in-fol. contenant les négocia-, lions de P. Chanut en Suède et à Lubeck, de 1645 à 1653. On en n imprimé un mauvais abrégé sous le titre de Mémoires et ttégociatiotis de M.

Chanut, Paris, 1676, 3 vol. in-12.

CiiAivvBiERS. La communauté des cbauvricrs, ou marchands de clinnvre, était très-ancienne; mais elle fut soumise, en 1666, à de nouveaux statuts.

Quand elle fut abolie en 1789, elle n'était composée que de femmes. Les jurées étaient au nonibre de quatre, qui se renouvelaient par moitié chaque année. Les maîtresses ne pouvaient avoir d'apprenties qu'autant qu'elles tenaient boutique ouverte pour leur compte , et quand elles étaient dans cette condition , il ne leur était pas I)crinis d'en avoir plus d'une, dont l'apprentissage devait durer six ans.

Cette apprentie, pour parvenir à la maîtrise, devait faire son chef-d'œuvre.

Les filles de maîtresses étaient seules exemptes de cette épreuve. Comme les magasins et étalages des marebandes de chanvre étaient tous à la halle, et attenant les uns aux autres, il était défendu à toute apprentie ou fille de boutique qui changeait de mattresse d'entrer dans un autre magasin, à moins qu'il ne filt séparé, par douze ou treize autres, de celui d où elle sortait. Les mardiands fbrains ne pouvaient mener leurs chanvres qu'a la halle, excepté pendant le temps de la foire Saint-Germain , où U leur était permis de les exposer

FRAIfCE«

en vente. Les jurées chanvrières ve- Baient en faire la visite, mais tans

wmyoir, non plus que les maîtresses lînjîères, en nclieter pour leur compte, avant l'expiration des deux Jours de préférence accordés aux bourgeois pour se fournir d( cette marchandise.

Chao-de-Lamas (combat de). Le corps d'armée du maréchal ISey , qui abandonnait te Portugal, se mit en marche, le 14 mars 1811, sur Miranda - de - Corvo. Une division anglaise avait manœuvré pendant la nuit de manière à tourner la gauche des Français. Le chemin qne suivaient ceii\-ci présentant , pendant plus de deux lieues , un défilé entre de hautes montagnes, les Anglais parurent vouloir en profiter. Ils attaquèrent l'arrière garde fi-ançaise au moment où elle (juittait Chaô-de-Lamas; mais ils furent reçus avec vigueur par le général Marchand, et perdirent beaucoup de moiule. Lorsque le maréchal Ney jugea que les bagages de Tartillerié avaient assez ^agne d*a?anoe, il ordonna la retraite par échelons, mouvement qui fut exécuté par les troupes avec un sang-froid et un aplomb remarquables.

Chape. Nous avons, à Tart. Câpb^ donné quelques détails historiques sur ce vêtement. C'était, au treizième siècle , une des parties les plus importantes de la garde-robe royale. Selon Guillaume de ISangis, Louis IX, se trouvant à l'abbaye de Clervaux au moment où les moines faisaient le mandé, c'est-à-dire, se lavaient les pfeds les uns aux autres, li bons roys eut bonne envie de quitter sa chape pour les imiter et laver les pieds de quelques religieux; mais comme il était environné de plusieurs grands qui auraient pu trouver qu'il dégradait la dignité royale, il fut contraint, à son rarand regret, de se refuser cet acte d'humilité; mais, au dire du confesseur de la reine Marguerite, il prenait largement sa revanche au monastère de Royaumout, où il faisait de fréquents séjours. Quand il ne man* geait point au réfectoire avec la communauté, il assistait au repas des

moines, et prenait grand plaisir à les voir dtner de bon appétit , ainsi qu'à les servir de ses mains royales. Comme l'abbaye de Royaumont contenait alors cent religieux', le roi avait bien des voyages à faire de la table à la fenétra de la cuisine, et réciproquement, pout placer chaque écuelle devant le convive, dont elle contenait la portion.

« Et pour ce, » ditTauteur à qui nous empruntons ces détails , « que les es* « cueles estoicnt trop chaudes, il en- « veloupoit aucune foiz ses mains de « sa cnape, pour la chaleur de la viande • et des escueles, et espandott aucune « fois la viande sus sa chape; et li ab- « bés li disoit que il honnissoit (souil- « lait) sa chape, et li beuoicz rois lires- « pondoit : Nê me chaut, fat atttn « (peu m'importe, j'en ai une autre). •»

Les rois de France avaient à leur cour des ofiiciers appelés porUcha" pes. On voit , dans un eompte du trésor commençant au l''' janvier ISIS, que les portèclwpcs étaient au nombre de cinq. Philippe le Bel, dans un règlement qu'il dressa pour la tenue de son hôtel, les réduisit à trois. « Il « ? aura, est-il dit dans ce règlement, « trois porte chapes qui mangeront à « court et auront 4 deniers d'argent « par jour. » Aux portechapes suo« cédèrent dans la suite les portemaH' ieaux du roi.

Chape ob saint Mabtin. — On nommait ainsi, suivant le P. Daniel (*), une espèce de pavillon portatif, sous lequel les rois de la première et de la seconde race faisaient porter les reliques des saints dans leurs expéditions militaires. Parmi ces reliques, il y en avait de saint ÏNIartin , et comme ce saint était invoqué comme l'un des patrons de la Franee, on avait donné son nom à ce pavillon.

La chape de saint ISÎartin (cnpa) était portée à l'armée par des clercs, qui de là prirent le nom de chapelains {capellani). Au reste, cet usage n*était pas particulier à la France : les empereurs de Constantinopie faisaient

(*) Ilistoirtt de la raiUoe frtnçaiie, 1. 1, p. 493.

T. lY. Uoraison, (Digt. bngtcl., ne.)

né ma -- vm

aussi porter des reliques dans leurs armées, et il est à remarquer que la

châsse qui les contenait était aussi appelée xara; les prêtres qui portaient cette ciiàsse marchaient (*) , dans les armées grecques, immédiatemeat après Tétendard impérial; il est probable que la châsse de saint Martin occupait la même place dans les armées franeaises.

- Aa retour des expéditions, la chape était déposée dans le palais, et }es différents reliquaires qu'elle con^ tmail étaient séparés pour éire exposés à la vénération des fidèles. Ces re» ^iquaires étaient désignés par l'expression de capellx, chapelles ou petites ehapes. Cffkt oe que nous apprend une fMrmule de Mareulfe, d*aprà laquelle on voit que, faute de preuves, on déférait quelquefois le serment sur la châsse ou chapelle de saint Martin :

Super capeOam domini Martini. Voy.

Du Cange,aux mots Capa et Capclfa.

Chapeau. — On a dit et répété plusieurs fois que les chapeaux prirent Bsissance sous Charles VI , et c'est une erreur, car il en était déjà question sous Louis IX, puisque un chapitre du Heghtre des méliers, rédigé ta 1960, par Étienne Boileau , prévôt de Paris , en parle comme d'une coiffure déjà en usage, dont la fabrication était soumise à des règles fixes. Si on dit que le chapeau dont parle le registre que nous citons était à peine Tessai informe de celui que nous portons aujourd'hui, il n'est guère possible de méconnaître ce dernier dans une pièce authentique dont nous reproduirons un extrait plus bas. Le chapeau, qui, dans l'origine, fut un diminutif, non pas du cbaperoD , comme on Ta dit enast, maé du capuchon qui accompagnait la chape, et servait à couvrir la téte, était une simple calotte de velours, de drap ou de teutre, retenue sous le menton par deux cordons. Celte calotte était tout unie ou ornée de fourrures, de broderies, de dorures et de pierreries, selon la for-

(•) Maurice , Slraieg. , liv. 7 , et Théo* phjflacte Symocatta, L iv, c. i6.

[VOUS. CHi

tune ou la condition de celui qi^ la portait. Un compte de Pan 1161 ,

rendu par Etienne de la Fontaine, argentier du roi Jean, en prouvant que les cliapeaux étaient déjà en usage au moins dans la première partie du quatorzième siècle, nous apprend de quelles superfluités coûteuses les surchargeait alors la vanité des grands. Voici Tarticle de ce compte qui concerne le sujet que nous traitons : « Baillez à Katne- « lot la cbapellière , pour un chap- « pel de bièvre, fourré d*armines, « couvert par dessus d'un roisier dont « la tige estoit guippée d'or de Chipu pre, et les feuilles d'or soudé; ou- « Tré par dessus d*or de Chippre , de « grosses perles de compte et de gre- « nas, et les roses faites et ouvrées de « grosses perles, toutes de compte, et « par les costez avoit deux grandes « quintffifeuilles d'or soudé, semées de « grosses perles, de grenas, de pierres « esmaillées et pardessus lechappel, en « haut, avoit un dauphin faitd'or, tour- « oantàvissurun tuyau d'argent. Leo quel chnppelgarny de boutons, de per- « les rondeteset menues, etorfroiriées u de bibcte d'or de plite et de grosses « perles, mons le dauphin commanda « a l'argentier, et en chargea faire tel « et d'icelle devise , pour donner à « maistre Jean, le fol du roy. » Les chapeaux, d'un usage fréquent à la campagne sous Charles VI , se portè« rent à la ville sous son successeur, mais seulement les jours de uluie.

Sous le règne de Louis XI, ils devinrent plus communs. On sait que ce prince ornait le sien des images en plomb des saints auxquels H avait le plus de dévotion; après lui, Louis XII reprit le mortier des siècles antérieurs , et les bourgeois le bonnet à deux cornes de leurs aïeux. Mais ce retour à l'ancienne mode dura peu. Fran* (^is I*** adopta le chapeau pour coifture, et ses courtisans l'imitèrent. On a dit que le premier chapeau de castor dont il soit fait mention dans notre histoire était celui que Charles VII portait en 1449 , lorsqu'il fit son entrée dau8Kouea.G'esteacore uneerreurj; oa

OU

voit dans la citation que nous avons faite . ^U8 haut, que dès le règne du roi Jean, on faisait usage de chapeaux de bièvre, cVst-à-dire, de castor de France. De plus, on voit dans la suite du uicaie compte qu'il fut donné à Kathelot, la cliapdière, cinquante ventres de menu vairqui avaient coilté 5 livres G sous, pnour fourrer un chapeau de bièvre des- .tîné au roi. Henri II et ses fils sa coiffèrent plus habituellement, ainsi que leurs courtisans, d'une toque ornée de diamants et surmontée d'une aigrette; de sorte que le chapeau, quol-

3tte bien connu , n'était pas encore 'un usage général à l'avènement de -Henri IV. Ce prince et les nobles le préférèrent à la toque ; ils Tomèrent de plumes, de rubans etde franges; enfin ils relevèrent et fixèrent à la forme une partie des ailes .qu'on lui avait données dès le temps de François r% pour garantir de la pluie et du soleil. Quand le chapeau lut enfin devenu une coiffure nationale, et qu'on l'eut .^it porter aux soldats , on s'aperçut que ses Iwrds étendus étaient gênants pour le maniement des armes ; alors on imagina pour les troupes le chapeau a trois cornes, qui est la coiffure m i I i taire, et la coi ffure d'étiquette d ans les hauts rangs de la société. Sous le ministère du comte de Saint-Germain, on s'avisa de coiffer les brigadiers de cavalerie de chapeaux à quatre cornes ; mais cet usaiie ne dura pas. Dc[uiis un peu plus de trente ans, les troupes ont quitté le cbapeau pour le bonnet poil, le shako ou le casque, quand elles sont sous les armes. Dans le monde, la coiffure générale des citoyens est aujourd'hui le chaueau rond de couleur noire; celle des fonctionnaires, dans les cérémonies publiques, est le chapeau noir a cornes, orné de plumes. Celle des militaires en petite tenue est le même chapeau, avec ou sans plumes, suivant le grade.

Les ecclésiastic^ues portent aussi le cliapeau a trois cornes, mais lui donnent une forme particulière. L*adoption générale du cbapeau nécessita rétablissement de grandes fabrique!, uotauioient à Ljon et à Pa-

ris , et Ton fit bientôt une telle consommation de castors, que ceux qfie

l'on trouvait en France , et spécialement dans les îles du Rhùne, étant détruits, il fallut poursuivre ces animaux industrieux et inofTensift jusque dans les lars glacés du Canada.

De plus, on imagina de suppléera h'ur fouN'ure ^jar celle de quelques quadrupèdes indigènes, tels que le lièvre , le lapin , et même le chien caniche. Depuis une vingtaine d'années , on fait en peluche de soie des chapeaux légers d'un aussi bon usage et d'un prix moins élevé que les chapeaux de leutrt!. On fait pour l'été des chapeaux gris en feutre, des chapeaux en ùaiile, en osier, en lacets et en étoffes oe soie ou de coton, et chaque année la forme en est modifiée par le goiU et la fantaisie. On fabrique, pour les voituriers et les marins, des ciiapeaux de bourre ou de laioe commune, que l*on revêt de plusieurs couches (Je vernis qui leur donnent de l'éclat, de la durée, et les rendent impénétrables à la pluie. Sainte-Palaye pense que Tusage de quitter son chapeau quand on entre et qu'on reste dans une église ou dans une maison étrangère , vient de celui qui était adopté dans le temps de la chevalerie , de quitter le heaume CQ pareille circonstance.

Chapel de coton. — Cest ainsi qu'on appelait le bonnet de coton« dans le temps où l'on doDnait le nom de chapel à toute espèce de coiffure.

La profession de chapelier de coton était libre et ne s'achetait point du roi. Celui qui voulait l'exercer, était cependant tenu de jurer de l'exercer avec loyauté. Le prévôt de Paris devait faire saisir et brûler les niarcliandis('s de mauvaise qualité , et cette |)unition était accompagnée d'une amende de cinq sous, au prolit du roi. Les chapeliers de coton ayant ensuite obtenu la faeidté d'ouvrer en laine , prirent le titre de c/iape/it'rs df hou^ nels et de gants dv coton ef de laine Ils ont pris depuis celui de bonnetiers qu'ils portent encore aujourd'hui.

CiiAi'EL j)E FLEUUS.— Une des parures les plus coquettes du moyen âge

L'UNIVERS

CIIA

c'était les chapels on chapelets de fleurs naturelles ou de veraure , que fabriquaient les herbiers , appelés aussi chapelkrs de ^fleurs. Ces artisans cultivaicDt dons des courtils les fleurs qui , dans la belle saison , leur servaient à confectionner ces coiifures élégantes , qu'aimaient éî^nlement les deux sexes , et à jonclier les nppartenients a la place de la paiiie que l'on y étendait en hiver. li'industrie qui fabriquait les chapels de fleurs était franche, c'est-à-dire, ne faisait point partie des métiers dont on devait acheter du roi le libre exercice. Les chapeliers de fleurs pouvaient travailler de jour et de nuit , ne payaient rien à rentrée et à la sortie de Paris pour leurs marchandises , et n'étalent point tenus de faire le guet , parce que, dit le registre d'Étienne Boileau, « leur inestier est frans et qu'il fu « establi pour servh' les genHtis hou-' <t mes.* On trouve dans les romans , fabliaux et chansons, un grand nombre de passages où il est fait mention des chapels de fleurs. Non-seulement les herbiers , mais encore les personnes de noble race, les jongleurs, les pastourelles, se plaisaient à en tresser , et se faisaient honneur de réussir en cette occupation galante.

Dans une chanson du treizième siècle , un chevalier raconte qu'ayant aperçu une bergère en son chemin, il s'arrêta, mit pied à terre, attacha son cheval à un rainsel (à un arbre), s'assit sous In ramée près de la fillette, puis dit, eu parlant de lui :

Ghapel fl>

De la flor qui blancboic.

Dans le fabliau des Deux hordeors ribaus, qui est une dispute entre deux jongleurs , Tun des concurrents , en faisant Tenumération un peu vaniteuse de ses talents , dit qu'il sait donner des conseils aux amoureux.

Et faire cbapelez de flors.

Les chapels de fleurs figuraient dans toutes les solennités, comme parure ou récompense. C'était te prix que recevaient, des mains de la beauté , les tiouvères vainqueurs dans les luttes

poétiques. Dans les banquets, chaque convive en portait un, et on en cou* ronnait même, à la manière des anciens, les vases qui contenaient les boissons et les coupes qui servaient à boire. Le produit le plus recherché de l'industrie du chapelier de fleurs était le chapel de roses, qu'un seigneur imposait quelquefois comme redevance à sou vassal , et qui faisait partje du revenu de sa terre. Une fille noble ne recevait souvent en mariage qu'un de ces chapels, et quand elle était ainsi dotée , elle uerdait tout droit à la succession de son père et de sa mère. Il est question dans le Lai du Trot de quatrevingts pastourelles , parées chacune d*un chapel de roses. Les jeunes gens, à qui les chapels de fleurs convenaient si bien, les firent servir à exprimer leurs sentiments, en attacliant un sens mystérieux à chacune des fleurs qui entraient dans leur composition, imitant en cela ces bouquets emblématiues appelés selam, dont les croisaes avaient apporté le secret en Occident, et dans lesquels les amanta rendent , en Orient, visible aux yeux de celles qu'ils aiment , ce qu'ils n'osent on ne peuvent leur dire de vive voix. Il est a présumer que l'usage des chapels de fleurs se perdit lorsque l'opulence, dédaignant une parure que tout le monde pouvait se procurer à peu de frais , y substitua des couronnes ornées de rubans, de bandes d'or ou d'argent et de pierreries. Dès le

âuatorzicme siècle, il n'est plus parlé, ans les ordonnances, des chapeliers en fleurs ; ce qui demie lieu de penser que leur métier était devenu sans importance, il ne nous en reste plus aujourd'hui que les couronnes, dont on pare , au village , les statues de la Vierge et des saints , les jours consacrés à soicnniser leur féte ; celles qu'au théâtre on jette aux comédiennes : les couronnes de feuillage qu^on distribue aux écoliers dans les collèges, en leur remettant les prix qu'ils ont obtenus; celles de Muets , que Ton tresse en été pour les enfants ^ enfin, les couronnes d'immoctellei.

CMA FRANCB.

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