T.RS
ont cela de commun qtilfii conspirefti contre la bourse du public. Les uns et les autres le flattent en effet plus oii
moins adroitement, et l'on sait qoe^ comme l'a dit le bon la Fontaine :
Toat flatteur VH «os dip«M éb cdni qui VitaMit,
SMI fallait donner la préférence à
quelqu'un parmi eux, nous la donnerions aux véritables saltimbanques.
Ceux-ci, au moins, ont une livrée qut les rend faciles à reconnaître, et la moindre ordonnance de police peut nous en débarrasser; mais comment fermer la bouche aux charlatans politi(]ues ? Comment les empêcher de couvrir la voix des citoyens honnêtes, qui mettent l'intérêt de la patrie au-dessus de leur intérêt personnel ; qui plaident la cause du peuple par amour du bien , et dans le but de prévenir quelque nouvelle explosion révolutionnaire?
Le mot diarlatan vient de l'italien
ciarlatanoy férmé de ciarlare, parler beaucoup, mentîrbeaucoup. C'est aussi de l'Italie que sont venus en France les premiers diarlatans ; c'étaient des
aventuriers de Cereta , petite ville des États de l'Église. Aussi , dans la langue italienne, ceretano est-il synonyme de ciarlatano. Deouis, l'industrie du charlatanisme sest acclimatée ches nous , particulièrement dans les provinces du Midi, qui envoient chaque année tant de briUants discoureurs à nos plaees (lubliques et à notre tribune parlementaire.
Il serait difficile de donner une cnumération même des charlatans les plus célèbres. En effet, beaucoup de bruit
Êendant leur vie et le plus profond ouli après leur mort, tel est le destin de ces sortes de gens. C'est à peine si Ton peut citer quelques exceptions, telles que Mondor, Cagliostro, et un autre, dont le nom s'est malheureusement perdu. Voici comment ce dernu^r s'y prit pour avoir de Targent : il profes* sait la médecine; mais le nom de financier, entendu d'une certaine manière, lui convenait beaucoup mieux 9ue celui de médecin. De retour dans M TiUe natale , après line assez longue
nbsence, il convoqua une assemblée de tous ses coni|)atriotes , et leur dit : « Je dois le jour u cette ville , ai « été élevé; enrecoiinaissatioe des oien- « faits que l'y ai reçus, je veux flirt « présent d'un écu de trois francs « a tous ceux de mes concitoyeus « qui voudront bien raccepter. »
Ouvrant alors un grand sac, il en tira une foule de petits i)af]uets, puis il ajouta : « Je les vends ordinal- «t roment 8 fr. 6 sous : mais par consi- «dération |K>ur le lieu qui m'a vu « naître et que j'aime tendrement, je « rabattrai 3 francs. » Les paquets furent enlevés en quelques minutes, et la recette do venoeur s'éleva k une assez forte somme.
Une chose qui mérite d'être remarquée, c*e8t qu avant la révolution de 1789, les charlatans jouissaient seuls du droit de parler en public. Alors il n'y avait point de tribune nationale, et les audiences des tribunaux se tenaient à buis etos. L'opinion publique ne pouvait donc se faire entendre que dans la chaire sacrée, par la bouche des FéneloQ et des Massillon, ou dans les rues , par la bouche impure des saltim» banques. Mais huit ou dix ans avant la révolution, une ordonnance royale imposa silence à ces orateurs de bus étage, qui forent bannis en masse.
Longtemps après que la voix puissante de Mirabeau eut inauguré la tribune française, plusieurs des bannis revinrent', di^on , et voulurent se donner
gmr les héritiers légitimes de notre émosthène. Jusqu'à cejour, la France n'a pas voulu les croire; et il est probable qu*elle ne se montrera pas crédule de sitôt. Mais l'important pour eux , c'est d'être revenus, et de taire très-bien leurs affaires.
Si au moins ces charlatans politiques fiiisaîent du charlatanisme lusa^ qui en a été fait dans deux ou trois ciroonstances exceptionnelles, il n'y aurait que demi-mal. En attendant qu'Us 10 corrigent, et pour leur inspi* rer le goût du changement , citons quelques traits de charlatanisme qui ont eu d'beur^x résultat^. C'est la puiUeuie manière d'en finir avec un
sujet où la nature humaine se présentii
sous un jour peu flatteur.
F:n 1728, un nommé Villars dit k quelques amis que son oncle, oui avait véeu près de cent ans , et qui n'était
mort que par accident, lui avait laissé le secret. d'une eau qui pouvait aisément prolonger la vie jusqu'à cent cinquante ans, pourvu qu'on fût tobre. Ses amis , auquel i! en donna, et qui suivirent le régime prescrit , s'en trouvèrent si bien , qu'ils se mirent à le prôner. La mode en prit , et Villars , bien qu'il eiU taxé le prix de la bouteille à six trancs, pouvait à peiue satisfaire au nombre toujours croissant des demandeurs. C'était tout bonnement de l'eau de la Seine , saturée d'un peu de iiitre. Ceux qui s'astreignirent à la dièle virent leur tempérament se fortifier comme par miracle. Aux malades qui n'éprouvaient aucune amélioration , Villars répondait : « C'est votre faute si vous «n'êtes pas entièrement guéris; voua « avez été intempérants et incontinents, « corrigez-vous de ces deux vices, et a vous vivrez cent cinquante ans pour « le moins. » Certes , la leoon valait bien les six francs. Par malneur, on finit par savoir que cette eau miraculeuse n'était que de l'eau de rivière; dès lors on n'en voulut plus, et on redevint intempérant, ineontinent oom* me auparavant.
L'autre exemple est aussi ingénieux, et il est en outre désintéresse.
C'est en partie à une supcrcheiitincénieuse de Parmentier que la classe indigente doit les ressources immenses que lui fournit la culture de la pomme de terre. Voyant qu*on restait froid aux éloges qu'il prodiguait à ce précieux tubercule, il eut l'idée d'en nire planter dans toutes ses propriétéSi de Montreuil, et d'entourer la nouvelle plantation d'un cordon formidable de gardiens , auxquels il recommanda de laisser tromper quelauefois leur vigilance. Aussitôt, tous les paysans d'alentour accoururent pour dérober quelques-unes de ces plantes précieuses à la garde desquelles tant d'hommes étaient employés. Us se liâtaient en*
CHA
suite, malignement joyeux d'avoir esquivé les sentinelles, de planter sur ' leurs terres le fruit de leur larcin. L'année suivante, le pays eut une récoite abondante de pommes de terre.
Quand donc Tengeance des charlatans produira-t-elle encore un homme qui ressemble à Parmentier ?
Chablemagnë ou Cliarles I" naquit en 742 au château de Salzbourg , en Bavièrp. Il était le fils aîné de Pépin le Bref et de Bertrade. Pépin , avant sa mort , avait partagé ses vastes États entre ses deux fils , Gbarlea et Carloman (768) ; mais Carlonian étant mort (771^ , Charles resta seul maître de toute la monarchie des Francs.
Le règne deCharleraagneestdemeuré célèbre dans l'histoire ; il jette une clarté brillante , mais courte , au milieu de ces temps de barbarie qui sui- ^ virent la chute de Tempire romain.* * Quel a donc été le rôle de ce grand homme, qu'on a tant vanté, mais dont la vie et rinlhieDce n*<mt pas encore été appréciées avec justesse?
Ce qui frappe d'abord quand on étudie le règne de Cbarlemagne. ce sont les guerres nombreuses qu'il eut à soutenir , et dont il sortit constamment victorieux ; ce sont ses conquêtes et sa gloire militaire. Mais Cbarlemagne n'aurait-il été qu'un conquérant TuQiaire, semblable à ces conquérants qui paraissent de temps en temps en Asie , lorsque la Providence a marqué la fin des empires vieillis? Si Ton etu- «fie attentivement l'histoire de son règne , on s'apercevra que toutes les guerres qu'il a soutenues avaient un même but. Il s'agissait d'arrêter cette impulsion qui , depuis cinq siècles , précipitait les barbares sur la Gaule, et de mettre une fin à l'invasion , qui s'était ralentie sans doute , mais ^ui n'avait jamais entièrement cessé. Bien des États s'étaient déjà élevés sur les ruines de l'empire romain : les Visigotbs en Espagne , les Vandales en Afrique, les Lombards en Italie , les Franrs en Gaiile ; mais aucun de ces États n'avait en lui les conditions de la durée. Leurs limites variaient sans
cesse au gré des invasions nouvelles, pendant qu'à l'intérieur aucun gouver* nement stable ne parvenait à s'organiser. Et cependant de nouveaux barbares menaçaient l'existence de ces États éphémères : les Arabes au sud , les Saxons à l'est. Le rôle de Charlemaçne fut de réunir sous sa domination tous les peuples qui, à diverses époques, s'étaient établis sur le sol de l'empire, d'en faire comme un seul faisceau, et de les opposer à l'ennemi commun. C'est là le vrai sens de ces guerres, guerres toutes défensives, quoique souvent elles paraissent offensives par la forme. C'est là ce qui absout Cbarlemagne, et ce qui l'élève bien au-dessus des antres conquérants.
¥A d'abord Charlemasne acheva la soumission de l'Aquitaine. Les peuples du midi de la Gaule , si souvent vaincus par les Francs du noffd, et ié>' cemment subjuf];ués, après une guerre opiniâtre, par Pépin le Bref, s'étaient soulevés a la toIx du vieux Hunald , leur ancien duc, qui était sorti de son couvent de l'île de Ré pour affrancliir sa patrie et venger la mort de son fils. Cbarlemagne lit aux Aquitains une guerre cruelle, ravageant méthodiquement leurs campagnes, brûlant leurs moissons , déracinant leurs vignes et leurs arbres fruitiers. Ils céaèrent enfin , et se soumirent en frémissant au joug des Francs. Mais l'indomptable Hunald ne se tenait pas encore pour vaincu. Il se retira chez Didier , roi des Lombards. Ce prince était depuis longtemps brouillé avec Cbarlemagne , qui avait répudié sa fille ; usant de représailles , il prit alors en main la cause des fils de Carloman, que Cbarlemagne avait dépouillés. Cbarlemagne passa les Alpes à la tête d'une armée, défit le roi des Lombards, l'assiégea dans Pavie , et contraignit cette ville à se rendre, après que les habitants eurent lapidé Hunald. qui s'était opposé à la capitulstion ; et aussitôt le royaume des Lombards fut réuni à la monarchie des Francs ( 774 ). Cependant le duc de Bavière, Xassiilon , gendre de Di-
CBA
CBA
dier, «Nite&alt enoore Is causa da
son beau - père. Il avait appelé à son aide ceux des Lombards qui s'étaient maintenus dans le duché de Bénévent, les Grecs, maftres de la mer , les Slaves et les Afares. Il fut cerné par trois armées que Chnrlema^ne avait envoyées contre lui , et obligé de se livrer sans a?oir combattu. Il fut enfermé dans un etm* vent, et la Bavière fut réunie à la monarchie des Francs (788).
Désormais les armées de Charlemagne pouvaient 86 recruter non-seu* lement en France, tnnis en Italie, en Bavière, et dans une grande partie du reste de TAllemagne. Il entreprit alors de repousser les invasions des Arabes ; il força cçs peuples à reculer au delà de rËbré. et établit entre ce fleuve et les Pyrénées les deux Marches de Gothie et de Gaseogne, destinées à servir de rempart à son empire. C'est au retour de cette expédition qu'il essuya le fameux désastre de Roncevaux. (Voyez