RONCEVAUX
Mais la plus longue et la plus importante de ses guerres , fut celle qu*il fit contre les Saxons. Ces peuples, encore païens , étaient partagés en trois tribus : les Westphaliens , les Ostphaliens et les Angariens. Ils adoraient les dieux des anciens Germains :
Odin, le Jupiter des peuples du nord; Thor, le dieu de !a guerre; Freyda, la déesse de l'amour , la Vénus Scandinave. Cependant ils avaient été les alliés des Francs sous Charles Martel et Pépin le Bref, et ils avaient consenti qu'on leur envoyât des missionnaires pour leur prêcher l'Évangile.
Mais l'un de ces missionnaires eut l'imprudence de les menacer des armes du grand empereur. Les Saxons, indignés , brûlèrent l'église de Daventer, que les Francs avaient récemment construite ; et Cliarlemagne saisit avidement ce prétexte pour commencer la puerre. Les Francs marchèrent droit au sanctuaire des Saxons , et détruisirent la fameuse Irmen-Saeul , ce mystérieux symbole dans lequel on pouvait voir l'image du monde ou de h patrie, celle d'un dieu ou d*un hé-
ros. Pour contenir les Saxons , Gbarle-
magne fixa sa résidence sur le Rhin, à Aix-la-Chapelle, d'où il pouvait surveiller plus facilement leurs mouvements.
Tel fut le commencement de œtto fameuse guerre des Saxons qui dura trente-trois ans. Il ne nous serait pas
Êossible d'en raconter tous les détails, ^ès que les Francs quittaient la Saxe, les Saxons retournaient au culte de leurs anciens dieux. C'était tous les ans à recommencer. Ils avaient un chef habile et indomptable, le fameux Witikind , qui résista longtemps, et quelquefois avec succès aux armées de Charlemagne. L'empereur comprit enfin que , pour assurer leur soumission , il £illait une conquête re* ligieuse. Une armée de prêtres vint alors après une armée de soldats. Tout le pays fut partagé entre les abbés et les évéques chargés d*toblir un svstème régulier de conversion , et l'^on créa successivement huit grands évêchés: Minden, Halberstadt, Verden, Brème, Munster, HîMesheim , Osna* bruck et Paderborn.
Cependant Witikind revient du fond de la Scandinavie , et renverse en peu de jours Tœuvre de Charlemagne et de ses évéqnes. Mais il est bientôt obligé de reculer devant l'armée des Francs. Toute la Saxe est alors impitoyablement ravagée, et quatre mille cinq cents Saxons , qui n'avaient pu suivre Witikiud dans sa retraite rapide, furent faits prisonniers , condamnés à mort comme coupables de lèse-majesté , et décapités à Verden (782). Cet horrible massacre excita une indignation universelle ; mais les Saxons furent de nouveau vaincus à Dethmold (78.'>), et obligés de se soumettre. "Witikind lui-même reçut le baptême , et la Saxe resta tranquille pendant huit ans. Charlemagne y recruta dès lors ses armées , et se servit ainsi des Saxons pour combattre les Arabes et les autres ennemis de son empire. A la fin, les Saxons cependant se lassèrent de combattre pour leurs oppresseurs. Ils massacrèrent les Ueutenants de l'empereur, brûlèrent les églises, et rejtoui^
«T. lY. 84* Uff, (DiCT. BNGTCL., ETC.)
CÊA
CHA
tièreut avec passion au culte de leurs Anciens dieux. Gharlemagne, après les avoir vaincus encore une fois, les contraignit en grande partie à quitter leur patrie ; et ceux qui restèrent embrassèrent lecliristianisme, qu'ils ne quittèrent plus depuis. ( voyez SAXONS [Guerre contre les]).
' Tandis que Cbarieniagne fortifiait ainsi l'empire au dehors par ses victoires et par ses conquêtes , il essayait de l'organiser à l'intérieur en établissant un gouvernement régulier. Il institua éfx eomtet et des vleamtés ehargéis de gouverner les provinces , et il établit les missi domînici, chargés d'inspecter toutes les parties de 1 empire , et de lui fefre oonnaftre les abuà qu'ils pourraient remarauer. Lui-même présidait les assemolées générales du champ de niai, où étaient rédigés, sous le non de eaptfuUUreSf les lois et les décrets qui devaient régir la nation. Mais toutes ces tentatives étaient prématurées. Au milieu de tant de peuples qui différaient par leur langue, leurs mœurs et leurs usages , on avait beaii essayer d'établir quelque unité; lad Lssonnahce reparaissait toujours , et les efforts de Charlemagne restaient frappés de stérilité* (Voyez C.vpiTULAiRES, Champ de MAI, Comtes, Vicomtes, Missi domi nicIj Centralisation.)
La tentative de réforme littéraire dirigée par Alcuin ne fut pas plus heureuse. On sait que les principaux conseillers de Charlemagne avaient formé une sorte d'académie , dans la* quelle il siégeait lui-même sous le nom de David, les autres se faisant appeler Horace , Homère , etc. Dans ces tentatives, c'est la volonté qu'il faut louer ; mais toute cette littérature factice resta sans fruit. ( Voyez Académie DÇ Chablemagne.)
Ce sont là les grands ftHs qui se rattachent au règne de Charlemagne.
JNous avons envisagé ce prince sous un triple point de vue comme conquérant, comme l^islateur,etoommeproteGtear des lettres. Il fut aussi le protecteur de l'Église, qui combattait alors pour la cause de la civilisation.(Voyez CheisviAniSMS et Papauib.) On sait que le
pape Léon, pour le récompenser de ses services , plaça sur sa téte la couronne impériale (800). Aux fêtes de IVoel, pendant que Charlemagne paraissait absorbé dans la prière, Léon le revêtit de la pourpre impériale, et le peuple le salua du nom de César et d'Auguste. Ainsi fut renouvelé l'empire romain d'Occident, après une interruption de quatre cents ans. Charlemagne adopta dès lors le cérémonial de la cour de Byzance , qui fut conservé par ses successeurs. Il mourut en 814 , laissant le trône à son fila Louis le Pieux.
La grande physionomie de Charlemagne se dessiné dans l'histoire sous un aspect exceptionnel ; il a été pouir l'Église d'Occident, c'est-à-dire pour
sition entre la barbarie et la civilisation, et on retrouve en lui avec Moïse, et peut-être plus encore avec Mahomet, certaines malogies qui en feront toujours un personnage à part. Comme les califes , successeurs du prophète, Charlemagne a réuni dans sa personne le pouvoir spirituel et la pnissanoé temporelle; eomnie eux encore , U a fait la guerre au moins autant pour convertir les peuples que pour étendre ses conquêtes. Il a délivré les papes du voisinage menaçant des Lomoards ; il les a aidés, il est vrai , à s'affranchir de la suzeraineté de la cour de Byzance ; mais il les a placés directement, sinon sous son autorité religieuse, du moins sous son protectorat politique; et, dans plus d'une circonstance, il s'est montré lui-même à la fois pape et empereur. Le rival et l'ami du calife Haroun-al-Raschid ne voulait lui être inférieur en rien.
« Charlemagne , a dit M. Guizot , se servait beaucoup des eodésiastiques; ils étaient, à vrai dire, son principal moyen de gouvernement ; mais il voulait s'en servir en effet, et non se mettre à leur iservioe. Les Capitulaires attestent sa vigilance à gouverner le clergé lui-môme , et à le contenir sous son pouvoir. » Son omnipotence s'exerçait aoisi. sur le pape qui, à «on élec^
eux
tion , prêtait serment de Odélité à rem- ]^reur,Charlemagne écrivait à Léoa iU :
«Nous nous somines grandement ré- «( joui et de runanimité de Télection, « et de riiumilité de votre obéissance, f et delà proiiiesse de Udelitéque vous « noua avez fiiite. > De aon côté, Léop mécrivait à Charlemagne : « Si nous « avons fait quelque chose incompé- « teroiuent, et si , dans les atïaires (^ui « nous ont été aoumis^, nous n'avons « pas bien suivi le sentier de la vraie « loi , nous sommes prêt à le réformer « d'après votre jugement et celui de vos « commissaires. «Environnée d'ennemis et naissante à peine, la papauté ne songeait pas encore à lutter contre des princes qui la mettaient à Tabri des attaques des Arabes, des Lombards et des Grecs , et qui avaient refoulé et converti les Saxons; ce fut plus tard seulement, lorsque, grâce a^x con- Qfissions de Pépin le Pref et de Charlemagne, elle eut grandi et pri^ de nouvelles forces , qu'elle put faire respecter sa puissance spirituelle , traiter d'égal à égal avec les successeurs de Tempereur , et leur apprendre de quel poids est la puissance nMiale qui s'appuie sur la religion et surl*amour 4ea peuples. A Tepoque de Charlemagne, l'unité politique et l'unité religieuse étaient encore vaguement confondues , et la prépondérance penchait naturelleaieat du cùtc de la lorce matérielle , qui ne demandait à l'autorité pontificale rien autre cliose que sa sanetion.
On a été généralement frappé de la rapidité avec laquelle eut lieu le démembrement de rimmense monarchie de Charlemagne ; la plupart des historiens ont vu la cause de sa décadeuc^ dans sa grandeur même , dans les invasions des Northmans et des autres barbares, enfin, dans la diversité des races et des peuples que le génie d'un grand homme n'avait pu réunir que
Sour un moment. A cette triple cause de émembrement, qui est évidente, il fau^i suivant nous, en ajouter deux au- . tresd'on ordre plus élevé et beaucoup
âus puissantes, puisque la diversiûi is raoei ne 9*ét^ pas oppofiée à la
formation de l'empire , et qu'une fois créé par le géni^ , il aurait pu conr solide par les moyens ordinaires.
D'abord ce 06 fui ims seulement à Charlemagne que l'empire carlovingien dut sa uaissaupe. Pépin d'Uéristal, Charles Martel et Pépin le Bref avaient
déjàhea'ucoupfait lorsqu'il mit la main à 1 œuvre. Leoesoin de défendre la chrélieaté contre les invasions des Arabes, Toilà quel fut le motif de l'avènement des Carlovingiens. La Neustrie , efféminée par les jouissances de la conquête, était hors d'état de tenir tète aux mabométans; l'Austrasie , au contraire , encore vigoureuse et d'ailleurs retrempée par le contact des Saxons idolâtres , s'elança à la rencontre des Arabes, et les battit dans les plaines de Poitiers. La victoire de Charles Martel hâta la ruine des Mérovingiens et rendit possible le couronnement de Pépin le Bref. De toutes parts , on sentit dans l'Occident le besoin de s'unir ^contre la monarchie arabe dont l'extension prodiij;i('use mettait en péril toute la chretieute.La papauté, égaiement menacée par les mfidèles, seconda ce mouvement; et, en échange des services que Pépin le Bref lui rendit contre les Lombards, elle donna son approbation au détrônement des rois lainéants. Le génie de (Iharleni.i^ne profita habilement de la frayeur (qu'inspiraient les Arabes à la dirétienté, et de l'assistance morale que prétait le pape à son ambition pour grouper en un seul faisceau tous les peuples chrétiens, et élever en Europe un empire capable de servir de contre -poids à l'empire arabe.
II y a , dans l'existence ae ces deux grandes monarchies de l'Orient et de l'Occident au huitième siècle, im rapport de coïncidence qui ne saurait être attribué au hasard , surtout lorsqu'on voit se reproduire au neuvième Siècle une coïncidence analogue dans le démembrement de ces deux mêmes monarchies. Le danger n'existant plus, les Francs ne sentaient plus si vivement le besoiç de rester unis , et l'unité carlovingîenne pouvait se rompre sans comptoinettre l'équilibre. |^
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L'UNIVERS
CHA
modifications qui se remarquent dans rhistoire de cnaque peuple ont à la fois leur raison d'existence dans les événements de rintériear et dans les événements du dehors , parce que les uns et les autres réagissent, soit sur Tétat social des nations, soit sur leurs rapports internationaux.
Nous nous croyons donc autorisé à dire que l'une des principales causes de la dissolution de la monarchie carlovingienne fut la dissolution de la monarchie arabe , de même que l'agrandissement des Sarrasins contribua
f)our beaucoup au développement de a puissance des Garlovinçiens. A ce point de vue , on pourrait peut-être justifier la critique qui a été adressée plus d'une lois au système politique de €harlemagne. On a bldmé ce prince d'avoir fait la guerre trop souvent aux Saxons , et pas assez souvent aux Arabes d'Espagne. Une lutte suivie contre les infidèles aurait, en mainte* nant l'exaltation religieuse des Francs, retardé peut-être le triomphe de la féodalité ; mais Cliariemagoe aima mieux porter ses armes , et avec dies la diffusion du christianisme , chez les barbares du Nord , ignorant encore l'art des combats , que de s'en prendre aux Sarrasins , qui étaient puissants et aguerris, et pour lesquels il eut toujours une sorte de ménagements qui semblaient aller jusqu'à l'affection.
Comme ils avaient cessé de prendre l'offensive, et que les Ommiades d'Espagne le séparaient du centre de la monarchie gouvernée par les Abassides, il çut sans imprudence pactiser avec les infidèles. Toutefois, une politique contraire eût été plus conforme à celle qui avait fait la fortune de sa race et aurait eu l'avantage de donner plus dé développement à la marinades Francs, qui n'était pas en rapport avec leurs forces continentales et qui seule aurait pu leur permettre plus tard derepousser avee avantage les invasions des pirates northmans.
La seconde cause qui précipita le démembrement de l'unité carlovinçienne, est, à notre avis, encore plus importante que celle dont nous venons de parler. Les Mérovingiens avaient
dû tous leurs succès h leur alliance avec le clergé catholique , qu'ils traitèrent toujours comme un pouvoir supérieur, et 1 es évéques profitèrent de leur condescendance pour augmenter outre mesure leur pouvoir. Les Carlovingiens, au contraire, héritiers de la puissancedes Mérovingiens, essayèrent de dominer les prêtres, et de renouveler l'empire romain , dont le souvenir s'était conservé même en Austrasie, Brunehaut avait déjà fait une première tentative. Ainsi on voit Charles Martel maltraiter les évéques, que les Mérovingiens adoraient presque, et les dépouiller des richesses dont les rois fainéants les avaient comblés. Mais si Charles Martel dépossède les prêtres, s'il enrichit ses hommes d'armes de leurs dépouilles, c*est pour fahrede ses énéraux des évéques , et de ses solats des abbés. Ce n'est pas à la religion qu'il en veut, c'est à ses ministres; lui-même est le missionnaire armé du christianisme contre les Saxons idolâtres et les Arabes mahométans. Seulement, il remplace l'ancien clergé, aui^ie vent pas reconnaître sa supronatie, par un nouveau clergé qui consacre sa prépondérance; aussi est-il haï des prêtres et n'ose-til pas poser la couronne sur sa tête, parce qu'il n'a pas l'assentiment de la cour de Rome. Pépin le Bref , plus heureux, fait sa paix avec la papauté en la défendant contre les Lombards.
Charlemagne, qui succède à son père en vertu d'un droit , est plus indépendant dans sn conduite , et nous avons vu qu'il était parvenu à réunir, sinon de droit, du moins de fait, les deux pouvoirs. Nu! doutequel'exemple des califes arabes n'ait puissamment influé sur les prétentions d'omnipotenoB religieuse et politique manltestées par les Carlovingiens. La réunion du spirituel et du temporel, ou du moins la subordination de la puissance religieuse, leur paraissait d'autant plus désirable que, sous les Mérovingiens, la morgue du clergé était parvenue au plus haut degré; elle leur semblait facile, parce qu'ils se sentaient puissants, et que le clergé était incapable de leur résister; ilsla croyaient indispensable,
CBA FRANCE.
parce qu'elle seule avait permis aux mabonaetausde fonder en peu de temps une monardiie sans pareille. Sous les Mérovingiens , le chef de l'État n'était qu'un lieutenant militaire du clergé; sous les Carlovin^iens, le roi ou Tempereur est un véritable calife , les généraux sont des émirs , et. les soldats autant de moines armés.
• Tant que Charlemagne vécut, les évêques et le pape acceptèrent la position subalterne q!ie leur avait faite la nécessité , puisque , sans le sabre des Francs austrasiens, c'en était fait peutêtre du christianisme, menacé à la fois par les Saxons et par les Arabes; c'en était fait de la papauté naissante, mise à deux doi^ de sa perte par les Lombards. Mais après la mort du grand homme, et sous son débile successeur, le clergé prit facilement sa revanche.
Eneffét, dans toutes les guerres civiles qui agitèrent le rè^ne de Louis le Débonnaire , on voit les évêques et les
f>apes activer le démembrement de 'empire, ceux-ci pour se rendre indépendants, celui - là pour élever son pouvoir spirituel au-aessus de la puissance de l'empereur. D'accord pour détruire la monarchie de Cbarlemaene, les évêques et le pape sont en dissidence, parce que le pape veut fonder l'unité sacerdotale sur les débris de l'onité politique et que les évêques veulent être à la fois indépendants du pape et de rempcreur et partager l'impunité des seigneurs féodaux; cette complication d'intérêts augmente le désordre de la situation; mais le fait général qui domine tous les événements, c'est que le clergé, soit avec les évêques , soit avec le pape , repousse de toutes parts la supériorité que s'étaient arrogée les Carlovingiens et revendique la prépondérance pour le pouvoir spirituel. Enfin, et ceci est décisif, le résultat de cette anarchie, c'est que la succession de Charlemagne , c'està-dire, l'omnipotence sur le clergé, sur les seigneurs et sur le peuple, échoit à la papauté. A la monarchie carlovingienne succède la monarchie sacerdotale, à laquelle les empereurs d'Allemagne, héritiers du titre de Charlemagne , vont foire une goene terri-
ble. De )a sorte, Charlemagne apparaît comme un tjrpe intermédiaire entre
les empereurs et les papes , et participant de la nature des uns et des autres.
Ainsi donc , la dissolution de l'empire arabe d'une part, et de l'autre l'agrandissement naturel du pouvoir religieux de la papauté, ont été, pour l'empire de Charlemagne, deux causes de décadence bien puis actives que la grandeur de la monarefaie, les invasions des Northmans , la diversité des races et les germes de féodalité qui se trouvaient dans les mœurs des Francs et dans leurs lois de sueoession. Croit-on que l'empire se serait ainsi dissous si les Arabes ne s'étaient pas eux-mêmes séparés en une foule d'États rivaux ? Croit-on que son démembrement eiit été aussi rapide si le clergé et les papes avaient prêté aux successeurs de Charlemagne le même appui qu'aux successeurs de Ciovis?
Loin de les soutenir, le clergé bfita leur chute de toutes ses forces , dans l'espoir d'hériter de leurs dépouilles.
Disons>le franchement, la papauté aurait manqué à son rôle si elle n'avait pas employé son génie à remplacer par des nationalités plus vraies un vaste empire, reposant avant tout sur la force, et, par conséquent, destiné à mettre dans la même dépendance que l'Église ;de Constantinople , TÉ^Iise ronuine, qui était appelée à devenir la plus grande puissance morale qui ait encore existé. La monarcliie de Charlemagne fut une inunensedictature plutêt qu'un empire, dictature nécessaire pour dompter les Saxons, résister aux Arabes et arracher la papauté au joug des Loiiibaids, mais qui devait cesser dès que les Lombanls auraient été vaincus, que les Saxons auraient été domptés, convertis, et que les Arabes ne seraient plus à craindre. Malheureusement la papauté dépassa le but, et favorisa jusqu'à l'excès le morcellement des Etats, redoutant sans doute que de l'un d'eux ne sortit un nouveau conquérant qui vtnt abaisser sa suprématie. Mal;^ré toutes ses précautions, les peuples finirent par établir leur indépendance , et mille ans après Charlemagne, Napoléon éleva la
<aiA
puissance politifjue au-dessus de leur autorité religieuse. Açrès avoir supporté le joug aveé résignatkm, la papfauté se redressa contre Napoléon, comme elle s'était dressée contre les successeurs de Charlemagne ; mais elle finit par tonfiber soU^ le joug des rois, dans la ligue desquels elle avait eu l'imprudence d'entrer. Quand re- Tiendra-t-elie sincèrement aux peuples dont l*anioar et le respect l'avaient jadis rendues! bienfafeanteet si forte?
(Voyez CABtoviNGTEWS et Empibe i>'0'cciDENT, etaul"vol. des Annales, les pag. 89 etaaivantes).
Ghablbmàgme (monnaies de).
Charlemagne et Carloman continuèrent d'abord les usases que Pépin avait établis dans la nbrication de la monnaie. Il avait abandonné la monnaie d'or; ils ne la reprirent pas, et ne firent frapper que des deniers d'argent , marques d'un côté du nom do prince , et de l'autre de celui de la ville. Mais ces deniers sont d'un type et d'un travail tout différent, suivant répoque de leur émission. Au commencement de son règne, Charlemagne faisait tailler comme son père vingtdeux sous dans la livre d'argent, de sorte que les deniers pesaient vingtquatre grains. Mais dans la anitè , il entreprit de réformer les mesures et les monnaies usitées dans ses États.
Chaque denier fut porté à trente grainé ou environ , et Ton ne tailla plua qu6 vingt sous à la livre. On ne connaît au nom de Carloman qu'une seule monnaie qui fût frappée à Cl er mont en Auvergne, ainsi que le prouvent ces lettres du revers , A R , et celles-ci du droit, CRM. Les deniers de Charlemagne sont au contraire fort nombreux, et nous ne pourrions en dé»
crire ici toutes les variétés, ^'ous nous contenterons d'en citer quelques-uns parmi les plus remarquables.
he» pièces de la première moiffé du règne de ce prince sont en général d'un style fort grossier; elles présentent au droit le nom du roi , en deux
lignes : , et au revers celui de la
Tille, écartelé entre les branches d'une
crofaÈt wm à ÀTîgnoD
MÎA
Marseille: -|- , ete. D'antresfois» les
lettres de ce nom sont placées circulairement autour dlan besant qui oe^
3upe le champ , comme à Melle en Poitou : MEDOLVS. Quelquefois elles forment deux lignes séparées ou non
par un trait , comme a Lyon : ,
et à Uzès : D'autres fois, eom-
me à Paris , on voit reparaître l'ancien type mérovingien. Mais, dans la suite, et surtout après sas conquêtes en Italie , Charlemagne améliora considérablement le titre de ses monnaies. Ce type représenta alors , d'un côté , le monogramme de Charles s dans le champ et autour , le nom dii roi tout entier : ca.rlvs rex fr. ; dë l'autre côté une croix , avec le nom de la ville: wmoiasnnti Milan: pàpia, Pavie; Quèlquefois, comme a Melle ^ c'est le nom de la ville , metvllo , qui entoure le monogramme. Les monnaies ds Vhjtûe» raErrat Péieiti!»
pie d'un emprunt remarquable fiiit ad type mérovingien; on y voit en effet la croix ansée , qui forme , comme on sait , l'un des principaux éléments dê ce type. Les deniers frappés à Arles présentent , d'un côté , l'effigie du prince , avec la légende : dn ka.blvs IMPBEXFETL ; de l'autre , une porte de ville , emblèmiB de la dté^ avec la légende ahelàto.
Notis avons dit que Charlemagne n'avait tait frapper aucune monoaie d'ôr ; cela est vrai pour la Franeel Cependant on connaît trois pièces de ce métal frappées sous son règne à Lizès; mais il n'est pas prouvé que oe soient de véntabM monnaies. Quoi qu'il en soit, leur type est celui des premiers deniers frappés sous le règne de Charlemagne. Elles présentent d*an eôté le nom d'Usés en
deux lignes : — ^ , et au revers le
monogramme du roi.
GHA
Charlemagne rendît sur îes montiaies plusieurs ordonnances. Suivant h eapftalaire de Mayence , de l'année 774» ceux qui s'opposaient au goûts de la monnaie impériale devaient OXre condamnés à quinze sous d'amende, 8*ils étaient libres, et fouettés en pré- Bence du peuple, sMIs étalent eselaves, à moins que leur crime n*edt été commandé par leur maître, auquel cas le maître seul était responsable. L'empereur publia en a05, à Thf onTiHe, une au* treordonrinnre. dans le butde réprimer les faux nionnayeurs qui infestaient ses £tats; et pour régler autant que Iwssible i*uaage de la monnaie, il dé* cida que dorénavant elle serait fabriqut'e dans son palais m^iiic. On connaît en effet des deniers de Charlemagne qui portent pour légende :
PALATINA MONETA.
Charlemont, l'une des forteresses leis plus importantes du royaume, autmoischeNiea du Nanmrrois français, aujourd'hui comprise dans le département des Ardennes , doit son nom à Charles-Quint, son fondateur, et à sa Situation sur une hauteur escarpée.
L'empereur ayant acheté, vers 1540, le comté d'Agimont, dépendaiiro de la principauté de Liège , lit bâtir le château de Charlemont , et biefitot après une petite ville , qu'il unit au Namurrois en i'^ruy. Cette place fut cédée par le traité de TVinir^iie à Louis XIV, qui en prit possession le 22 avril 1G79. Ce fut alors que le roi fit fortifier Givet , qui se composait à cette époque de deux villages séparés
Îmr la Meuse, et situés au pied de la brteresse. De plus , il chargea Vauban d'ajouter de nouvelles fortifications à celles qu'avait élevées Charles- Quint , et Tillustre maréchal conduisit lui-même les travaux. Alors Charlemont et les deux Givet ne formèrent plus, pour ainsi dire, qu'une seule ville, ayant un seul gouverneur et un seul lieutenant du roi.
En 1815, les Prussiens entrèrent à Givet après avoir éprouvé une courte résistance; mais ils ne purent s'emparer de la forteresse inexpugnable qui domine cette ville. Charlemont, défendu par le comte fiourke, refusa de
leur ouvrir ses portes, et conserf»
sa garnison française tant que dura l'occupation du territoire national par les alliés des Bonifions. * ^ '
Chableroi (sièges de). — Cetté ville avait été bâtie en 16G6 par les Espagnols. Mais avant qu'ils eussent eo le temps de la fortifier complète»
ment , Turenne la leur enleva , le % juin 16G7, au début de la îrnerre entreprise pour défendre les droits de la reine , et Charleroi resta sous la domination française, en vertu du traité d'Aix-la-Chanelle, conclu en 1668.
— Le 13 décembre 1672 , le prince d'Orange , profitant de l'éloignement des généraux français , et renforcé de dix mille Espagnols', vint investir cetté place. La belle défense de Montai et râpreté du froid l'obligèrent à se retirer avant d'avoir ouvert la trandiée.
Cinq ans après, il vint une seconde fois mettre le siège devant Charleroi* mais sans plus de succès.
—Rendu auxEspagnols par le traité deNimè^îue, en 1078, Clinrleroi fut bombardé par le roi en 1G92 , et pris le 11 octobre de l'année suivante, à la suite de la victoire de Nerwinden ; il revint aux Espnfinols en 1697, par le traité de Ryswick. Puis, au mépris de ce traité l'électeur de Bavière y introduisit de nouveau nnd garnison française en 1701. Le malheureux traité' d'Utrecht rendit cette ville à la Hollande. Le 2 août 1746, elle se rendit an prince de Conti après quatre jours d'attaque. îMais au commencement de l'année 1749, à la paix d'Aix - la - Chapelle, elle retourna au pouvoir de rimpératrice.
— T-e 12 novembre 1792 , Charleroi fut occupe par les troupes françaises, commandées nar legénéral Vafence, dont l*approcne snfnt pour faire itiir la i^arnison autrichienne. Mais la trahison et la retraite de Dumouriéz le firent retomber Tannée suivante au pouvoir de l'Autriche.
— La campagnede 1794, quela république ainsi que la coalition regardait comme décisive, était engagée. Les Ordres absolus du comité de salut ptf* blic enjoignaient à Pichegru, renforcS par l'armée des Ardemies, d'attaquer
les ennemis vers Charleroi , où se trouvait le centre de leurs positions , et où ils avaient réuni la majorité de leurs forces. En conséquence, le général Charbonnier franchit la Sambre le 20 mai , et menaça Cbarleroi. Mais trois jours après il fut batlo , et repousse en désordre sur la rive droite.
jL'armée des Ardennes, pressée par Tindexible volonté des reprt^sentants delà Convention nationale, fit, le 26, de nouveaux mais vains efforts pour repasser la Sambre. Enfin le 29, après trois jours de combats acharnés , le
Sassage fut forcé, et Charleroi investi, [ais un renfort de vingt mille hommes étant survenu aux Autrichiens dans cet intervalle, les généraux ennemis tombèrent sur nos lignes de blocus, et nous forcèrent à repasser la Sambre une troisième fois.
. A ce même moment, le général Jourdan , à la tête de quarante mille hommes détaché de Tarmée de Rbinet-Moselle , traversait les Ardennes , et opérait sa jonction avec les corps qui venaient d être battus sous Charleroi. Un grand conseil de guerre se réunit , et il fut résolu qu'à la tête de ces forces imposantes , désignées plus tard sous le nom d'armée de Samorecl-I\leuse, on reprendrait avec une nouvelle vigueur le siège de Charleroi. Jourdan s'établit autour de la ville , en couvrant toutes les roules qui y conduisent. Bien que secondé par d'habiles généraux, par Lefebvre, Championnet , Hatri , Kléber , Marceau , etc., il essuya encore un échec. « Le prinee d*Orange , Kaunitz et Beaulieu tombèrent sur les positions où les républicains n'étaient pas encore affermis. Un combat opiniâtre s'engagea au milieu- d'un brouillard épais , qui déroba aux généraux français la force et les mouvements de leurs adversaires. ISéanmoins, sur le Piéton et vers Gosselies, les Impériaux furent culbutés ou contenus. Jourdan se croyait vainqueur, lorsqu'il apprit que son aile droite avait repassé la Sambre. Ignorant ce qui se passait sur les autres points, et voyant deux redoutables colonnes menacer Lamba«
sart, elle avait craint de perdre ses communications avec la rive droite, et elle s*v était portée en bon ordre ; le
reste de l'armée fut obligé de suivre son mouvement (*). » Les Autrichiens détruisirent tous nos travaux , et se titrèrent aussi dans la nuit sur Nivélies. Dès le lendemain , le général Jourdan tenta de nouveau le passage de la Sambre, l'opéra malgré de grandes difficultés, et recommença le siège.
Cobourg accourut alors pour soutenir ses lieutenants avec trente mille hommes. Mais on poussait avec rapidité les opérations du siège ; Le 25 juin, le gouverneur demanda il capituler : Je suis arrivé en hàte^ répondit Saint -Just, j'ai oublié ma filume i je n'ai pris qu'une épée (**). Le même jour, le commandant , craignant un assaut, se rendit à discrétion, tandis que les généraux autrichiens , ignorant cette reddition , s*é* branlaient pour dégager la place. Le lendemain, nu point du jour , les armées , qui se trouvaient en présence , se disposèrent à combattre , et alors s*engagea la célèbre bataille de Fleurus, brillante journée qui valut à la république la conquête de la Belgique.
— Au mois de juin 1815, IVapoléoa opéra sous les murs de Charleroi la reunion des armées de la Moselle et du Kord. Le 15, le général Quielhen, qui avait dans cette ville son quartier Minéral , l'avait évacuée précipitamment, et le p;énéral Pajol y était entré, suivi inmiédiatement par l'eujpereur.
Ce fut dans les plaines de Charleroi , de Fleurus, de Ligny, que les armées françaises remportèrent leurs derniers succès avant la fatale journée de Waterloo.
Chablbs , nom fort commun en
France depuis rétablissement de l'empire carioviogien , et dont la véritable
(*) Tableau des guerres de h révolotiou, p. 77.
(*•) Frappé d'étonnoment , en entendant ces belles paarole.s, i'ofûcier autrichien à qui cUes étaient adressées se lourna vers oeuxqui le suivaient en s'écriant : « CtnuM' ûaêrOeSaint'JiutUtstun bUnffnmihommu
CHA
CUA
orthographe , d'après le son de l'an- .cîenne langue tudesque, est KarL qui , suivant J. Grimm , signifie robuste.
Chables Martel naquit en G89.
Son père, Pépin d'Héristal, était maire du palais dans les royaumes de Neustrie et d'Austrasie. Sa mère , Alpaïde* n*était qu'une simple concubine ; car la femme de Pépin se nommait Piectrude. On raconte qu'un jour i'évéque Lambert, se trouvant assis à la table de Pépin, aux c6tës d'Alpaïde, l'outragea cruellement par ses paroles, pour faire sentir au duc des Francs que l'Église était scandalisée de sa conduite. Quelques jours après, un frère d'Alpaïde qui avait été témoin de routrage fait a sa sœur , surprit l'évêaue eu prière , et le tua au pied de I autel. Un fils de Pépin, Grinioald, étant allé prier devant le tombeau du martyr, fut frappé par un inconnu; et Pépin, soupçonnant le fils qu'il avait eu d*Alpaîde, le fit enfermer dans un cndiot, et léfçua ses États à son petit-lils, âgé de six ans, qu'il plaça sous la tutelle de son aïeule Pléctrade.
Cependant les Neustriens , après la mort de Pépin d'Héristal, s'étaient révoltés contre cet enfant, au nom du-
3uel les cbe6 des Austrasiens prétenaient les gouverner. Ceux-ci voyant le pouvoir échapper de leurs mains , résolurent de mettre à leur téte un homme capable de les conduire à la victoire. Ils tirèrent de sa prison le bâtard de Pépin, qui défit les Neustriens dans deux batailles successives, et gouverna ensuite les deux royaumes de Neustrie et d'Austrasie au nom du mérovingien Chilpéric U, qu'il avait décoré au titre de roi.
La Gaule franque était alors menacée sur le Rhin par les Germains , aux Pyrénées par les Arabes. Charles Martel réussit à repousser les Germains, et porta la dévastation Jusqu*au fond de la Saxe. Puis, ayant pris à sa solde un grand nombre de ces barbares qu'il avait vaincus, mais dont il appréciait la valeur et le caractère indomptable, il revint en Gaule et les opposa aux Arabes. Maîtres du nord
de l'Afrique et de l'Espagne, les Arabes avaient franchi les Pyrénées, et ils avaient planté l'étendard du prophète jusque sur les murs d'Autun. Ce fut dans les champs de Poitiers au'eut lieu (732) la rencontre solennelle des guerriers francs et des guerriers arabes. Ceux-ci, montés sur des chevaux légers, mais peu accoutumés aux chances d'un combat en règle , vinrent échouer contre les lourds bataillons des Francs , qui leur paraissaient comme un rempart de fer. Trois cent soixante-quinze mille Arabes restèrent sur le champ de bataille, au dire des chroniqueurs , dont l'imagination paraît avoir été vivement frappée de cette rencontre décisive de deux armées animées par une égale valeur et par un même enthousiasme religieux.
Toutefois, cette {grande victoire fut si peu décisive , qu'au dire de ces mêmes clironiqueurs , Charles Martel ne poursuivit pas les ennemis, (fe crainte cTewMche. (Voy. PoiTTEBs[bat. de.]) L*année suivante, il les attaqua encore dans le Midi, sans réusi*ir cependant à les repousser au delà des Pyrénées.
Ce sont ces victoires qui ont valu au fils de Pépin le glorieux surnom de Martel , parce que , semblable à un marteau de fer, il tombait sur ses ennemis et les écrasait. Mais pour remporter ces victoires, Charles Martel avait été obligé d'appeler en Gaule des guerriers irisons et saxons qui étaient encore païens. Les descendants des guerriers francs n'étaient plus ni assez nombreux, ni assez énergiques pour suffire à la double tâcbe de repousser les Germains et les Arabes. Charles Martel distribua à ses alliés les biens des églises. De 14 vient que sa mémoire nous est parvenue chargée de malédictions et d*anathèmes. On raconte qu'un jour saint Eucher, évéque d'Orieans, eut dans une vision une révélation de Tautre vie , et qu'il aperçut Charles Martel plongé dans les dernières profondeurs de l'enfer, et souffrant les supplices réservés aux damnés.
Lorsque Ton creusa dans la suite le lieu de sa sépulture , et qu*on ouvrit son cercueil , on le trouva vide, mali ,
tout noirci comme par des flammes , langue francnise. Lothaire fut obligé
et il en sortit un serpent. Ce récit de céder, et le traité de Verdun, con-
prouve que TÉglise ne pardonna fa- da en "848 , régla le partage définitif
mais à Charlet Martel de TaToir dé- de Tempire. Charles reçut tonte la
pouillée de ses biens. Et cependant partie de l'empire de Charlemagna
Charles avait rendu des services à la comprise entre TOcéan d'une part ,
cause de la religion. Il avait repoussé l'Escaut, la Meuse, la Saône, le Rhône,
les apôtres armés de Mahomet, il avait la Méditerranée et les Pyrénées , de
protégé les missionnaires irlandais du l'autre. Par conséquent , il peut être
pape prêchant l'Évangile aux Ger- regardé comme le premier roi de
mains, il était intervenu entre le pape France. Son règne fut troublé par les
et les Lombards, ses persécuteurs, et invasions des pirates danois ou nor-
avait enfin déposé de riches offirandes mands. Les ecclésiastiques, qui étaient
au tombeau des apôtres. en même temps les commandants des
Après une vie si agitée et si glo- armées, étaient incapables de défendre rieuse, Charles Martel mourut dans le royaume. Ils s'enfiiyàient timideson lit en 741 , à l'âge de cinquante- ment, emportantles reliques des saints, trois ans, laissant trois fils : Carlo- ou bien ils prodiguaient aux Normands niau , Peuin et Griffon. Il avait eu ce des sommes énormes, qui ne faisaient dernier d une captive allemande, et il qu'en attirer de noaveauic essaims, rie lui laissa qirune faible partie de L'est alors qu'eut lieu le mouvement son héritage. féodal , si approprié au génie des guer-
Cha&lÈs I'*^. Voyez Chablema- riers francs , et qui seul pouvait sau-
9NB. ' ver le royaume. Les hommes vafllants
Charles II , le Chauve. — Char- se défendirent par eux-mêmes contre
les II, roi de France, et ensuite empe- les barbares, lis élevèrent des châteaux
reur, naquit à Fraucfort-sur-le-Mein et des tours fortifiées sur les sommets
le 18 Juin 828. Il était (Ils de Louis le des montagnes , sur les rochers . dans
Délx>nnaire et de Juditli , seconde les plaines, au passage des grands fleu-
femme de ce prince. Son père lui donna ves,dans l'intérieur des forêts, par-
presqu'à sa naissance le titre de roi tout où ils pouvaient espérer de resis-
d'Alemannie , et celui de roi d*Aqu{- ter aux envahisseurs. CharlesleChanvA
taine, après la mort de Pépin, son fils essaya en vain d*arréter ce mouvement
aîtié. C'est pourquoi le jeune prince immense , qui préparait la ruine défl-
devint un objet de Jalousie pour ses nitive de la monarchie. Il défendit à
frères Lothaire et Louis, et par* plusieurs reprisesd'élever des châteaux;
ticipa successivement à la bonne et à mais ces défenses ^^ent coupables en
la mauvaise fortune de son père. Après présence de l'ennemi. Le roi ne fut
la mort de Louis le Débonnaire, Char- pas obéi, et il finit par céder. L'édit
les fit alhance avec Louis le Germa* de Riersy-sur-Oise (877) ftitconmiela
nique contre Lothaire, qui aspirait à charte que la royauté vaincue octroya
la possession entière de tous les États à la féod.ilité victorieuse, de son père. Les deux frères rempor- Au milieu de ces revers , Charles
tèrent contre leur aîné la victoire de eut Tidée bizarre de vouloir être em-
Fontenay ( 841 ) (voyez Fortbnat pereur. Après la mort de louis II, fl
[bataille de]), et renouvelèrent en- alla eu Italie dérober la couronne im-
suite leur alliance à Strasbourg. Char- périale , en prévenant de vitesse les
les prêta sermenten langue allemande, soldats de Louis le Germanique. Mais
pour être compris de l'armée de Louis, au moment même où il ceignait le
et Ix>uis prêta le sien en langue ro- diadème des Césars, Louis le Germa-
mane, pour être compris de l'armée nique s'emparait de son propre palais,
de Charles. Ces deux serments sont Charles mourut sans gloire à son re-
les plus anciens monuments que nous tour dltalie , pendant qu*il traversait
ayons de la langue allemande et de la le mont Cents (877). On croit qu'il ftit