‹ France. Dictionnaire encyclopédique (volume 5)Chapitre 75 sur 86 · CRA · texte numérisé non relu

CRA

empoisonné par le Juif Sédéclas, aon

médecin.

Chablbs le Chautb (monnaies de).

Ce prince est le seul roi des deux

premières dynasties qui ait rendu des ordonnances un peu détaillées sur le fait de la monnaie, la première, datée d'Attigny, avait pour but de réprimer les faux monnayeurs; elle fut suivie la même année par le fameux édit de Piste, dont le texte se trouve imprimé dans le Traité des monnaies de France de T.eblnnc. La valeur de l'or fin était fixée par cet édit à douze fois celle de Forgent ; la livre d'or d'un titre inférieur ne devait valoir que dix livres d*argent. Le palais impérial et neuf villes seulement devaient posséder des ateliers monétaires. Ces villes étaient:

Orléans, QuentOric (Saint- Josse près Étaples , département du Pas-de-Calais ) , Paris , ChrUon - sur - Saune , Sens, M elle , Rouen, Narbonne et Reims. La monnaie qui avait eu cours jusqu'alors devait être décriée; et, à partir de la messe de Saint-Keuii, on ne devait plus recevoir que les espèces nouvelles, dont le type devait présenter, d'un coté, le nom du roi dans la légende, et au milieu son monogramme ; et de l'autre le nom de la ville, et au milieu une isroix. Tous lee comtes qui avaient dans leur ressort une des villes ci-dessus mentionnées, étaient tenus d'envoyer à Sentis |eu]r vicomte avec leu^ monétaire et detix cautions, pour y recevoir de l'épargne cinq livres d'argent avec un poids, alin de commencer à travailler. Les mér mes personnes devaient revenir à Sentis quelques mois après, pour remettre aux officiers de l'empereur les cinq livres d'argent réduites en deniers.

Enfin des peines sévères étaiént proi|0ncées contre les faussaires et contre les monnayeurs inOdèles. L^n nouveau eapituiaire, daté de Crécy-sur-Oise , renouvela en 86t cette ordonnance, et y ajouta une pénalité contre ceux qui refusaient les nouvelles monnaies ; cette pénalité consistait dans l'application d*un fer rouge sur le front.

Quelque formelle que soit Tordonnaùce que nous venons d^analyser, oa

ne connaît anciin denier qui ait été frappé conformément h ses prescriptions ; et cependant Cliarles le Cbauvé est de tout les princes celui doât \eâ monnaies sont les plus nombreuses.

On compte près de deux cents villes où l'on en a frappé sous son règne. Les types de ces monnaies sont d'ailleurs assez variés. Celui que l'on rencontre le plus couinuinément présente d*un coté le monogramme de Ôiarles , avec la légende gbatia m REX , de l'autre une croix grecque, et le nom de la ville ou du lieu où la pièce a été frappé : avbeliajkis civi- TAS, KALA MONASTSHIVM, <2ASTBA MONETA, CARISIACO P\L\TI0, etC...

D'autres pièces, celles de Beauvais, par exemple, portent d'un côté le monogramme de Charles , le nom de la ville autour , et de l'autre côté celui du roi : cabolvs hex fhancokvm , avec une croix dans le champ. D'autres , comme celles de Bourges , présentent des deux côtés le nom de U ville.

On a vu que Charles le Chauve se fit décerner,' vers la fin de sa vie, le titre

d'empereur. Quelques-uns de ses deniers lui donnent en effet ce titre. Ces

Sièces, qui furent frappées à Tonnerre, Bourges, à Auxerreet à Nevers, présentent d'un côté la légende : carlvs IMP. AVG. , avec le monogramme de Charles , et de l'autre le nom de la ▼ille, avec une croix. Le style de ces pièces s'oppose d'ailleurs à ce qu'on les attribue, comme l'ont fait 4uel9ues auteurs, à Charlemague.

Charles le obos , né vers 883 , mort en 888 , est quelquefois compté parmi les rois de France. C'était le troisième fils de Louis Germanique.

Proclamé successivement empereur et roi d'Italie, roi d'Allemagne et roi de France, il parut un instant réunir sou^ sa domination tout l'empire de Cbarlemaçne ; nuis c'était une véritable dérision. Tant d'éléments divers ne pouvaient plus former un empire ; et il n'y avait plus d'umté possible , depuis que la reodalité avait pris possession du sol dans toutes les provinces envahies jadis par les iMurbares. Gbar*

GHA

L'UNIVERS

€HA

les la Gros fat déposé en 888 , et sa dé-

PQsitioD marçjua le démembrement final et définitif de l'empire que Cbarlemagne avait fondé.

Ghabiss le Gbos (monnafes de).

Les monnaies attribuées à ce prince

sont des deniers ou des oboles. A rexception d'une seule, qui porte d*un cdté une croix, avec la légende:

CABLYS iMPEBAT, et de l'autre l'image d'un temple, avec les deux mots : xpisTiÀNA BELiGio, toutes ces monnaies, frappées à Arles, à Béziers, à INÎmes et aiJzès, présentent d*nn côté le monogramme de Charles, avec le nom de la ville où elles ont été frappées , et de l'autre une croix , avec le nom du roi.

Charles III, dit le Simple, fils de Louis le Bègue , né en 879 , fut longtemps privé du trône, à cause de sa jeunesse et des malheurs qui frappèrent sa famille après In déposition de Charles le Gros. Toutefois, l'empereur Arnonld et le duc de Lorraine, Zvintibold, le soutinrent contre Eudes, qui avait usurpé le trône ; et enfin la mort de ce prince (898) le laissa sans compétiteurs.

Le seul événement de son règne qui mérite d'être cité est la fondation du duché de Normandie. Charles le Simple avait résolu d'attacher au sol ces pirates du nord qui venaient tous les ans remonter les grands fleuves, en répandant partout la dévastation et la terreur. Leur chef Rollon consentit à recevoir le baptême des mains de l'archevêque de Rouen; et, parle traité de Saint-Claif-sur-Kpte (OU : , Charles lui céda toute cette partie de l'ancienne Ifeostrie qui porta depuis le nom de Normandie. Rollon lui prêta serment de fidélité et se reconnut son vassal ; mais il ne le défendit pas contre les nombreux ennemis qui s'élevèrent à diverses reprises contre lui. Ces ennemis n'étaient autres que les seigneurs qui continuaient à battre en brèche la royauté, afin de fonder sur ses ruines leur indépendance. L'un d'eux, Herbert II , comte de Vermandois , parvint à attirer Cliarles dans ses États , se rendit maître de sa personne , et le

retint prisonnier dans la tour de Pé-

ronne jusqu'à la fin de sa vie (929)« Ce fut sans doute à la confiance imprudente r|ue ce malheureux prince avait témoignée à Herbert, qu'il dut le surnom de Simple ; mais on au rait tort de conclure de ce surnom, qu'il ait été le plus incapable des Carlovingtens.

Chables le Simple (monnaies de).

Charles le Simple porta longtemps le titre de roi , et l'on dut frapper à son nom un grand nombre de deniers. On lui en a, en effet, attribué beaucouo, et les numismates sont convenus ae lui donner tous ceux qui ne peuvent convenir à Charlemagne, et qui ne portent pas d'un côté la légende gba- TiA Di BEx, avec le monogramme de Charles, et de l'autre un nom de ville avec une croix (nous avons dit que ces derniers appartiennent probablement à Charles le Chauve)* Une telle classification est , comme on le voit , bien douteuse. Deux circonstances viennent d'ailleurs augmenter la difficulté. A répoque où Charles le Simple monta sur le trône , l'empire carlovingien était en pleine dissolution. Chaque seigneur s'était rendu maître absolu dans ses terres, et la puissance féodale était constituée. Au milieu des troubles qui furent la suite de cette révolution, le peuple perdit toute confiance dans la monnaie qui avait cours; et, comme il arrive toujours dans les temps de troubles , il rechercha de préférence les pièces anciennes, telles que celles de Gharlemagne , de Louis le Débonnaire, et des premiers Carlovingiens. Les seigneurs imaginèrent alors de copier tout simplement ces monnaies anciennes, et cet usage, qui dura pendant tout le moyen âge , apporta dans le monnayage une telle confusion, que, jusqu'à Richard Cœur de Lion , on frappa à Melle, dans le Poitou, des pièces au nom de Charles (CABLVS REX Eo pour Curlus rex

AgnUaniXt , (voyez Monnaie de

]\Ielle) ; qu'à Angoulême et à Langres on en frappa jusqu'au treizième siècle au nom de Louis (lodoicys egolis- 8imb: uncoris ybbs ltdoticts

CHA FRANCE. CH4 i4t

BBX), bîen'qu'aiicun prince du nom de Charles ou de Louis n'ait été maitre de ces villes. A cette époque, Charles le Simple se trouvait, à ré^rd de ses sujets , dans la même position que les grands barons ; il fut comme eux obligé, pour donner du crédit à MB monnaies, d'adopter les tjrpes andens ; de sorte que ses ospôops se conîondent d*un cdté avec celles de Charlemagne , et de l'autre avec les deniers qui lurent frappés pendant le moyen <%e à rimitation de ces dernières. Au reste, en traitant des monnaies des villes, nous essayerons de déterminer celles qui lai appartiennent réellement.

Charles IV, dit le Bel.' comte de la Marche , troisième fils de Philippe le Bel , né en 1294 , succéda à son frère Philippe le Long , le 8 janvier f 322. Son K'izno ne fut que la continuation des règnes précédents. Mêmes besoins et mêmes expédients pour y subvenir. Pour remplir son trésor épuisé, il confisqua les biens des Lombards et les exila de France, altéra les monnaies, et dépouilla, sous divers prétextes , un grand nombre des plus riches seiiineurs. A l'extérieur, il fut heureux contre les Flamands, qui s'étaient révoltes contre leur comte , dévoué aux intérêts de la France; il aida sa sœur Isabelle dans sa lutte contre son mari, Édouard II , roi d'Angleterre, qui fut vaincu et expira dans les plus affreuses tortures ; mais il échoua dans sa tentative pour se faire proclamer empereur, quoique le pape l'cilt recommandé puissamment aux électeurs. Du reste , la fatalité qui semblait attachée à la race de Philippe le Bel, tomba sur lui comme sur ses frères aînés. Il mourutsans laisser de postérité mâle, et avec lui s'éteignit la ligne des Capétiens directs.

Il toiiiha malade à Vinccnnesle jour de INoet de Tannée 1327, et souffrrt longtemps decruelles douleurs. «Quand il aperçut, dit Froissard , que mourir lui convenoit, il devisa que s'il avenoit que la reine s'accouchât d'un Gis, il vouloit que messire Philippe de Valois, son cousin germain , en fttt main- Jioarg (tuteur) , et régent du roywm »

jusques à donc que son fils seroit en âge d'être roi ; et s'il avenoit que ce fut une fille, que les douze pairs et hauts barons de France eussent oon« seil et avis entre eux d'en ordonner, et donnassent le royaume à celui qui avoir le devoit. Sur ce , le roi Charles alla mourir environ la Chandeleur. Ni demeura mie grandement après ce, ue la reine Jeanne accoucha d'une lie. De quoi le plus du royaume en furent durement troublés et courroucés (*). «

Charles le Bel (monnaies de). — Ce prince fit frapper des monnaies d'or , des monnaies d'argent, et dei monnaies de billon. Les premières sont connues sous les noms de moU' tons et de royaux. Les moutons ou aigneU étaient d*or fin et valaient vin£zt-cinq sous ; on en taillait cinquante-neuf au marc. Ils représentaient au droit l'agneau pascal , avec la légende aondb rai, et le nom do roi en abrégé, kls bex , se lisait audessous des pieds du mouton ; au revers ou voyait une croix ileuronnée , encadrée et cantonnée de fleurs de Ks, avec la légende ordinaire : xpcc vin- CIT, XPCC REGNAT , ftc On cessa en 1325 de fabriquer des moutons, et ces pièces furent remplacées par die (fouoies royaux et de petits royaux, que le pen[)le nommait longs vestus. Le double royal était d'or tin comme l'agnel et valait vingt-cinq sous; on en taillait cinquante-huit au marc. Le petit royal valait moitié moins. Le type de ces pièces représentait le roi sous une arcade gothique , véto d'un long habit , la couronne en téte et le sceptre en main ; la légende était :

kol bex FBAncofi. Le revers, où on lisait la légende ordinaire des pièces d'or , présentait aussi une croix fleuron née et enfermée dans quatre cercles concentriques cantonnés de quatre couronnes.

Les monnaies d'argent frappées sous Charles le Bel sont des gros tournois , des demi - gros , et des oboles tierces. Toutes ces pièces, dont

. (*) GImmiqiiede FroiiMnrd,ch.49|*. t"

•42 cvA VïsimeBS* mk

Fempreinte est la même , sont sein- Mais la guerre ayant de nouveau éclaté Idabies à «elles des règnes précédents , aree TAngleterre , il se trouva bientôt Q^estrft-dire, quelles obt pour type au obligé, pour remplir son trésor épuisé, droit lin difitel , nvee deux légendes decontinuerledéplorablesystèmesuivi concentriques : benedictv, etc., et le par sou père et par, ses dçux frères. Un nom royal, karolys bex ; et au re- seul fait suffit pour montrer jusqu'à Tsrs la rangée de douze fleurs de lis , quel point fut porté sous son règne avec la légende : tvbonvs civis ou l'abus de l'altération des monnaies : XvaoKVS ABGENTEVS, OU enfin TV- le gros tournois, qui , à l'époque de BOitvs FfiANCOBVM i autour d'une son avènement, valait douze deniers croix. Ces deilz dernières légendes ne fiarisis, en valait vingt en 1328. se rencontrent cependant jamais sur Charles V, dit le Sage, fils du roi les nièces des règnes précédents. Jean et de Bonne de Luxembourg, Charles le Bel fit enfin fraoper des naquit à Vincennes le 21 janvier 1337» deniers partais y simples et aoubles, Lorsque les Anglais eurent emmené à des doubles tournois , des deniers Londres le roi Jenn, qu'ils avaient fait tournois y et des oboles tournois. Les captif, à la bataille de Poitiers, Chardoubles parisis portaient dans le champ les s'empressa de saisir en France

KAB le pouvoir (1856), et de oonvoquer

le nom dtt roi en trois lignes: olvs , les états de la langue d'Oc et do

FRA la langue d'Oil, pour leur demander et en légende : fbancobvm bbx ; au des levées et des subsides. Cette asrevers une croix latine, et au pour* semblée lolaoeorda les sommes ^*il tour la légende STT NOMEN , etc. Les lui avait demandées; mais il les d^ deniers parisis avaient conservé leur pensa en fêtes et en folles prodigalîancien type ; on y lisait toujours , tés , et se vit obligé , dès l'année sgi-

A,. *«r«r,c A. T ^..:a vTT . Wto , 40 GonToquor une nopvelle as-

comme du temps de Louis VII : j^^^, semblée. Cette fois les états de la la».

au pourtour le nom du roi : Sabolvs çue d'Oil, dirigés par Robert le Coq,

BEX , et au revers : pabisivs civis. «véque de Laon , et par le fameux

Ces pièees étaient k la taille de vingt- Etienne ifarcel, prévdt des mardiands

4iuit au marc, et à quatre deniers de Paris, exigèrent des garanties. Us

douze grains de fin. On ne sait pas au obtinrent le droit de s'assembler deux

juste quelle était la taille et le degré fois par an, même sans avoir été cou*

4e fin des tournois; mais la valeur de vpqués, et eelui de désigner trente-

ees pièces devait être proport ionndle six commissaires choisis à nombre

à celle des parisis. Sur les doubles, on égal dans la noblesse, le tiers état et

voyait au droit un k accosté de deux le clergé, pour assister le régent dans

annelets , et couronné d'un large dia- le gouvernement du royaume. Mais

dèine fleurdelisé , avec la légende: oes commissaires n'eurent pas plutôt

FBAiscoRVM BKX ; ct au rcvcrs , une commencé leurs fonctions, que les ma-

croix, fleurdelisée aussi, et coupant les réchaux de Champagne el de IN'orman-

mots : BOTTCTA NOYA. Les tournois die excitèrent le jeune prince aies reo-

simples présentent, comme ceux de voyer. Etienne Bfaroel fit massacrer

Philippe le Bel, au droit un débris de ces deux officiers en présence du dau-

châtel, avec le mot : tvbonvs civis; phin, sur lequel leur sang rejaiUit, et

et au revers la légende : kabolvs qui, pour échapper à la fureur du peu-

F BEX, avec une croix dans le champ, pie , Ait forcé de seeouvrir la tête a*un

L'obole est semblable, si ce n'est qu'on chaperon aux couleurs parisiennes

y ht : OBOLVs civis au lieu de ivao- ( rouj^e et bleu ) que lui présenta le

ifvs CIVIS. prévôt des marchands. Charles sortie

: Charles le Bel rendit sur les mon- alors de Paris , et il eut l'adresse de

naies plusieurs ordonnances dont les semer la désunion entre Étienne Mar-

dispositions sont pleines de sagesse, osl et le m (1$ ^^varce, Çbaries k

l^lauvais, qui jusqu'alors avait soutenu le parti des bourgeois. Au ieitiméme de Paris , le parti royaliste releva bientôt la t^te; Étienne INlarrel périt assassiné (1357), et Charles rentra dans la eapitale, appuyé sur le bras* du meurtrier de ce magistrat. Ce fut alors qu'il signa ce funeste traité de Brétigny, par lequel la France cédait aux Anglais les provinces de Guienne, Querci,Rouergue, Férieord, Apénois, Anirouinois, Poitou , Sa intonge , pour les posséder, non plus A titre de llef , mais à titre de souveraineté libre et indépendante. RQe de* vait en outre payer trois millions d*écus d'or pour la rançon du roi Jean.

C2e malheoreiix prinoê nounit ^tra ans aprèe , en 1864, et Charles Y lui succéda.

La France était alors ravagée par les compagniei, Cétaient les soldats d'Édouard III, licenciés aptèsie traité

deBrétigny, et forcés, pour vivre, de chercher dans les brigandages des ressources que la guerre ne leur offrait plus. Charles v les prit

à sa solde pour en délivrer le pays , et les envoya, sous la conduite de du Guescliii , détrôner le roi de Castille, Pierre le Cruel, coupable du meurtre de Blanche de Bourbon. Pierre le Cruel fut vaincu sans combat; mais il fut bientôt ramené par les Anglais, qui, sous la conduite du prince de Galles, remportèrent la victoire de JVajara, et firent prisonnier du Guesclin. Cependant, les Gascons, mécontents de la domination des Anglais , qui établissaient sans cesse de nouveaux impots, s'adressèrent à Charles V, comme à leur ancien suzerain, pour obtenir justice, ajoutant, avec leur vivacité méridionale, que, s'ils ne l'obtenaient pas de leur seigneur naturel, ils s'adresseraient à un autre. Charles V hésita longtemps; mais enfin, il apprit que le prince de Galles était retenu malade dans son lit, que les médecins anglais lui recommandaient d'aller respirer les brouillards de son pays natal, et que, d'un autre côté, Pierre le Cruel, vaincu à Montiel, avait été poignardé par son

frère, Henri de Transtamarre ; alors H accueillit ouvertement les réislama-

tions des Gascons ; c'était contrevenir an traité de Hrétigny, et déclarer la guerre aux Anglais.

Cette fois on ne leur livra pas dê bataille rangée. I.a guerre fut purement défensive de la part de la France. Charles V défendit expressément à ses généraux d'attendro renneml en rase campagne. Il leur commanda de s'enfermer dans les places fortes et d'abandonner les plaines aux ennemis.

Ceux» ci dévastèrent en effet tout le plat iMys. Bientôt il ne rests^ plus une maison debout depuis Laon jusqu'à la frontière d'Allemagne. Mais ils ne taréèrent pas à éprouver eux-mêmes les conséquences de leurs dévastations ; le pays q»i'ils avaient changé eu désert ne leur fournit plus de subsistances, et bientôt tes populations entières se levèrent en masse contra ces incendiaires , qui se disaient les soldats du roi légitime. Charles V profita de leur détresse, et, poussant devant lui les débris de leurs armëei»

il reprit le Poitou , la Saintonge , la Guienne, et ne leur laissa que Calais, Bordeaux et Bayonne.

Charles V n'était ni aimé ni estimft du peuple lorsqu'il monta sur le trône. Les soldats et la noblesse lui reprochaient d'avoir montré, à Poitiers, une lâcheté qui avait causé la perte de la bataille, la captivité de son père, et ledanger, presque la ruine du royaume.

Les bourgeois avaient été trompés et aacriGés par lui; enfin, les pajrsans avaient éprouvé par sa faute toutes les calamités de la guerre, et ils avaient pu croire , lors de la Jacquerie ( voyez ce mot), qu'il désirait leur extermination. Cependant Charles V est connu de la postérité sous le nom de Charles le Sage, et son r^ne, placé entre deux des époques les plus malbenreiises de l'histoire de France, présente , si ce n'est une période de prospérité , du moins un retour assez marqué , au dedans, vers raffiermisB»> ment de l'ordre ; au dehors, vers le rétablissement de la puissance. Les désastres que son père et son aïeui

eau L'CinVERS.

au

ivaient attirés sur la France forent

à peu près reparés pendant son règne de seize ans ; et on lui a tenu compte non-seuiement de tout le bien qu'il avait fîEiit , et de tout edui qui , de son temps, s'était fait de 8oi>méme, mais encore de tout le mai que s'étaient fiait ses adversaires.

Cliarles V lût surnommé par ses.

contemporains pintdt le savant, sapiens, que le sage, parce quMI avait reçu une éducation plus littéraire que les princes auxquels on le comparait.

Une pédante , Gile de son astrologue, Christine de Pisan , nous a laissé son panégyrique : c'est un écrit où il est aussi difhcile de trouver un trait caractéristique du prince qui en est l'objet , qu'un sentiment vrai , une pensée digne d'éloges dans Tauteur. Christine de Pisan mérite cependant d'être crue quand elle parle de l'érudition du roi qu'elle célèbre. « La saf»e administra- « tration de son père le fit, dit-elle, c introduire en lettres , moult sutii- « samment, et tant que complètement « entendoit son latm , cl suffisam- « ment savoit les règles de grammaire; « laquelle chose plût à Dieu que ainsi « fttt accoutumée entre les princes. »

En effet , Charles V fut le premier de nos rois qui comprit l'influence lente, mais certaine, des livres sur l'esurit public. Il en amassa une collection tort considérable pour son temps (voyez l'article BinuoTHÈQUES) , Ot traduire la Bible en langue vulgaire, et augmenta la juridiction et m privilèges de l'Université. Dès qu'il eut commencé de réeçner, « il lit en tous pays, ajoute « Christine de Pisan, querre' et cher- « cher et appeler à soi , clercs sdem- « nels , philosophes fondés en sciences « mathématiques et spéculatives. »

Toutefois, ce n'est pas à cause de la conflance qu'il accorda aux astrolo* gues, ou des progrès qu'il fit lui-même en nstrologie, que la postérité lui a confirmé le nom de sage. Elle a été frappée du contraste que présentent son immobilité et ses conquêtes. Il était faible, maladif, d'un caractère peureux ; il ne parut plus dans les arjnées après la. bataille de Poitiers ;

dans ton palais même, il vécut caché

en quelque sorte; il n'attira l'attentioft par aucune action brillante ; il ne laissa ni dans les lois, ni dans les actes diplomatiques, aucune trace signalée:

et cependant il regagna presque toutes les provinces que les Anglais avaient enlevées à son père.

▲n reste, le sentiment qu'inspire Gharies Y par les succès constants de son règne est mêlé d'étonnement et presque de terreur, jamais de sympathie. Il se dérobe si soigneusement à tous les regards, qu'on oublie presque ses qualités personnelles, et qu'on ne remarque qu'une puissance occulte qui frappe l'un après l'autre $es ennemis.

Implacable dans sa haine, il attend cependant des années avant d'exercer ses vengeances; mais aucun pardon, aucune réconciliation, aucunes promesses ne peuvent sauver ceux qui en sont les objets. Il relève la puissance de la France , sans pardonner jamais au peuple qui l'a humilié et fait trembler comme dauphin; lorsque ce peuple souffre, il ne ressent pour lui aucune pitié; dans l'incendie des maisons du pauvre , il ne voit que des fumées qui ne le chasseront pas de son héritage, n Laissez-les aller » , répond-il à ses généraux, lorsqu'ils veulent mettre un terme aux dévastations des Anglais ; « par fomières , ne peuvent venir h a notre héritage. 11 leur ennuiera , et « iront tous à néant. Quoique un orage « et une tempête se appert a la lois eu «un pays, si se départ depuis et se « dégaste de soi-même , ainsi advien- « dra-t-il de ces gens anglais (*). »

Chables y (monnaies de).— On - connaît quatre monnaies d'or frappées sous le règne de Charles V : ce sont des francs à cheval , des francs à pied, ou Jleur s de lis, des Jlorins et des royaux. Le franc à pied était d'or fin, à la taille de soixante-quatre pièces au marc, et valait 20 sous; il était ainsi appelé , parce que le roi y

(*) Voyez VL de Simondi , Bistoire des

Français, t. XI. Nous avons beaucoup emprunté à son livre pour la rédaction de cet article.

ou nuncE. aub iéâ

éldt Mpvéfenté dcbooti dtnt lui ohamp semé de Hears de Us, tout

une arcade gothique, tenant une main de justice et un sceptre ; le rêvera et les légendes étaient à peu près les mêmes que. sur les monnaies de Charles IV. Le franc à cheval ne différait du franc a pied que parce que le roi y était représenté sur un cheval au galop, Fépée à la main, le casque et la couronne en téte. Il avait d'ailleurs le même poids , le même titre et la même valeur. Les royaux n'étaient que de 63 ao mare ; on n'en frappa que pendant la première année du règne de Charles V ; plus tard , celte monnaie fut remplacée par celle des Jrancs à pied. Le florin^ fabriqué sur le modèle des florins de Florence, présentait au droit l'image de saint Jean-lîaptiste, avec la légende : s. iouA.Nrs£SB « et au revers une ffeor de lis épanouie, avce le mot rR\.>'TiA. On cessa Ûentôt d'ailleurs d'en fabriquer.

Outre ces pièces a'or, Charles Y fit aussi fabriquer des gros Ummoti, des blancs en argent et de menues espèces de billon. Il conserva au gros tournois sa valeur ordinaire et son empreinte aoooutumée; mais il fit fa* briquer auisi des espèces qui portaient le même nom , et dont l'empreinte était différente. Ainsi nous avons de lut un gros dargetU. marqué d'un K couronné , accosté de deux fleurs de lis, avec la légende : dei gracia, et un semis de fleurs de lis au pourtour; le revers en est d'ailleurs semblable à celui des gros tournois ordinaires.

Il faut aussi attribuer à Charles V, et non à Charles VI, à qui le Blanc Ta donné à tort , un tournois marqué de trois fleurs de lis couronnées d'un semis de fleurs de lis au pourtour, et de la légende : gbossys tvronvs.

Quant aux petits tournois de Charles V, ils présentent le type ordinaire des tournoie, maisd^nguré et altéré.

Avant son avènement au trône, Charles avait ftit frapper en Daupfainé,

en qualité de dauphin, des espèces telice

que des florins qui n'étaientque des imitations des espèces fabriquées par les

T. lY. 36' lit?rai8on, (Dici. sii(

•neieos dauphins. Derenii roi, il nefll

pas cesser ce monnayage, et nous avone de lui des francs à cheval, des florins, des gros tournois et des doubles tournois marqués de ses deux titres de roi et de dauphin. L'empreinte de cee monnaies est ordinairement la même que celle des monnaies ordinaires de France; cependant il en est quelquesunes qui ont une empreinte différente : ainsi nous trouvons un gros qui n'est autre qu'une imitation des gros frappés oar les aneiens souverains du Daupniné, et qui représente le roi aîisis entre deux dauphins; sur un autre, le rhâtel tournois est remulacé*par un dauphin qui occupe tout le champ; enfin, un double tournois présente une losange écartelée où figurent au premier et au quatrième carrés un dauphin, au oeaxièflM et au troieième > une fleur de lis.

Instruit par les malheurs du règne de son pere , Charles s'appliqua surtout à bien régler les monnaiee; sous son règne elles furent toujours à un haut titre ; à mesure qu'il s'emparait des villes occupées par les Anglais, il y établissait des ateliers monétaires, et Tony devait fnpiier des espèces semblables à celles qui se fabriquaient à Paris. Il prit aussi tous les moyens possibles pour réprimer le brigandage des petits souverains voisins de la France, qui s'arrogeaient le droit de contrefaire la monnaie du royaume.

Il fit lancer contre ewi les foudres de l'Église, et les réprima quelquefois par des moyens plus efficaces : c*est amsi qu'il ordonna à son bailli de Mâcon de saisir pour ce délit les biens de l'abbé de Saint-Oyain de Jou. Il eut des démêlés sérieux avec les évêques de Genève, les princes d'Orange et le comte de Lvon, qui s'étaient rendus coujmbles des mêmes crimes.

Chables VI. — Charles VI , fils de Charles V , monta sur le trône à l'âge de onze ans C 1380 ). Ses trois oncles, les ducs d*Anjou, de Berri et de Bourgogne, s'emparèrent du pouvoir et gouvernèrent pendant sa minorité. Le duc d'Ai^jou pilla la

rCLOP., SIC.}

"Pnmé fum w^aétit lilalie, «à it

trouva la mort, lié duc de Berri fît de grands préparatifs contre les Anglais, sans réussir seulement à les inquiéter.

Enfin le due dè Bourgogne oeiidoisit le toi en Flandre, pour j rétablir le comte son beau-pere , que ses sujets avaient cliassé. Les Flamands furent vaincus à la sanglante journée de Roeebecque (18Sa); d'horribles massacres suivirent cette victoire. Enfin le jeune roi , après avoir assisté à toutes çes scènes de carnage , retourna à Pal<ie, etpmiit, par là perte de presque tous leurs privilèges, les habitants de cette ville, qui avaient fiait des voeux pour les Flamands.* - An iwat <le hait ans, Charles reprit les anciens conseillers de son père, presque tous de la petite noblesse, ou Inémc roturiers. Ses oncles les dési- ISnèMRt par le soiiriqaet de marmou»

sets. Ils en voulaient surtout à l'un d'eux, Clisson, qui exerçait un grand ascendant sur l'esprit du jeune roi, et ils réeolurent de le ftire aesMsîner. La tentative échoua. L'assassin, Pierre de Craon, se réfugia en Bretniine, et Charles VI se mit à la téte d'une ar« mée pour le pourftuivfe. Sa fiHie A*é* tait déjà plus un secret pour ceux qui rapprochaient. Ce furent sans doute ses oncles qui lui ménagèrent cette àpparition d'un fantdme dans la forêt m Mans , afin que sa folie éclatât au grand jour, et qu'elle leur fournît un prétexte pour ressaisir le pouvoir. Ils ne réussirent que trop , et depuis ce iBoraent, Charles YI ne iiit plus qu'un jouet entre les mains des ambitieux oui se disputaient le pouvoir. La lutte tut d'abord entre le duc d'Orléans , frère du roi , et le due de Bourgogne , Philippe le Hardi. Mais les deux partis ne se dessinèrent bien nettement qu'après la mort de Philippe de Bourgogne. Son successeur, Jean sans Peor« fit assassiner (1417) le duc d'Orléans , dont le tils alla chercher un asile dans lemidi de la France, où il épousa une mie du comte d'Armagnac. Alora éclata la guanre civile entre la faotkn des Booreuignoni et celle des Armagnacs. £lie fut marquée de part et

d'autre par dea aetas d'atiucité dignat

des temps de barbarie d'où la Vnméê semblait sortie depuis plusieurs siè-* des. Les Anglais proûtèrent de cea dissensions funestes : Henri V débar« qua en Normandie , «emporta la vio»

toire d'Azincourt ( 1 4 1 G), et prit Rouen. Le duc de Bourgogne résolut alors de se réconcilier à tout prix avec les Ar» magnacs pour sauver la patrie ) il leur demanda une entrevue, et périt assassiné sur le pont de Montereau-sur- Yonne ( 1419). Son Gis, Philippe le Bon , se trouva dès lors dans une po^ sition très- nette; il n'avait plus de ménagement il fzarder envers le dauphin, qui avait assisté au meurtre de sou père. Il traita avec les Anglais et leur livra Paris (1 420) (voy .Traité deTroItes).

Henri V épousa la fille de Charles VI, et régna en son nom. Mais il mourut deux ans après « et son bete-pdre, l'in* fortuné Charles VI , le suivit de près au tombeau. Il avait vécu pendant ses dernières années dans un état si complet de démence , que sa nort fot à peine remarquée , et qu'elle passa comme un événement inaperçu (1422).

CUÀBLSS VI (monnaies de). — On continua à frapper aoos Cbarlei VI tes monnaies d*or qui avaient eu cours sous le règne précédent , telles que les royaux ou deniers cTor aux /leurs de lis, les moutons, les chaites ou doubles d*or et les francs à cheval. Voyua Chaises d*ob et Charles V (monnaies de). Mais on en créa aussi de nouvelles, telles que les écus à la cou» tonne , les écus heaumés et les sakàs*

L'émission des écus à la couronne y nommés par Froissard couronnes et couronnes de trance , fut ordonnée par lettres patentes du 1 1 mars 1S84. Gai pièces étaient d*or fin, et avaient cours pour vingt-deux sous six deniers tournois. Ou en taillait soixante au marc.

Le nom d*éou leur avait été donné, parce titt'cHes représentaient Técu de France , surmonté d'une grande couronne, et accosté de deux petites cou- Tomies. Hcns eonsaenrons à cette monnaie un artida spécial (vojci Ëeo

D'Ofi).

Les écus hwumés étaient ainsi nom*

CIIA

mét , parce qut la oounninefui sin^

Siontait récu y était rem|ifaGée par ub eaume avec ses lambrequins. Ces pièces étaient plus lurtes que les écus à la couronne; elles étaient à la taille âe quarante-huit au marc, au titre de vingt-deux carats, et valaient quarante sous. On n'en frappa que sous le rè- ^ne de Charles VI.

On .comment seulement à frapper des saliUs en 1421 , vers la fin du rè-

§ne de ce prince. Ces pièces étaient *or On, à la taille de soixante-trois au marc, et elles valaient vingt-cinq sous. On les nommait saints , parce que récu de France y était accoin-

tugué d'une représentation de la saitation angélique , ainsi figurée : au haut se trouvait une gloire, en dessous une bandelette portant le mot AV£ ; puis, d'un coté de l'écu , un ange, et de railtre, la Vierge ageoouiUée. Le revers représentait une croix latine, accostée de deux fleurs rie lis , et nu- . dessous un K. Quant aux légeodes , elles étalent les nAonea que eMlea des écus d'or, to éous beauonés , et de toutes les moanaies d'or abra en usage.

Les monnaies d'argent frappées sous le règne de Gbaries YI sont oes gro§, des demi-gros et des quarts de gros :

le gros valait quarante deniers tournois, le demi-gros vingt deniers, le quart de gros dix deniers ; des blancs de dix deniers, des demi-blancs de cinq deniers, des liards ûe quatre deniers; des doubles tournois^ des doubles parisis, des deniers et des mailles. Le poids et la loi de ces différentes espères varièrent souvent ; car les malheurs des temps et la pénurie du trésor forcèrent plusd*ttne fth's le gcRivernemeot à altérer les monnaies : fâcheux expédient qui fut toujours funeste aux fortunes des particuliers, sans jamais relever las Haaiicea de l*État.

A partir du règnade ChariaaVI, le chiUel tournois , qui avait constamment servi de type a la monnaie royale

«anlaiwt d*oii eAté tvais flavii 4e |ia«

aimples ou couronnées , avee la lé*gende : karolvs fraiscobvm hex ; au revers une croix ileurdelisée , (]uei-

au^ois cantonnée de fleurs de lis oa e couronnes, avec œs mots : sit

NOMEN DNI BENEDICTVM. LcblauC

avoue qu'il ignore pourquoi ces monnaies prenaient le nom de floret»

tesj et personne après lui n'a cherche à deviner le motif de cette dénomination. Ce motif était cependant iàcile à trouver ; et il faut sans doute le voir dans les fleurs de lis dont cea monnaies étaient marquées. L'empreinte des demi-gros était la même que celle des gros , dont ils ne diûéraient que par leur légende, où on liaait au droit : %h francorym m,

ainsi

et au revers le mot —

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