ORDRES RELIGIEUX ET MILITAIRES
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Oresme (Nicolas), né à Caen, au commencement du quatorzième siècle, fut reçu docteur en théologie de la faculté de Paris, devint grand maître du collège de Navarre en 1355, puis successivement archidiacre de Bayeux, doyen du chapitre de Rouen , trésorier de la Sainte-Chapelle de Paris, et enfin précepteur du dauphin, depuis Charles V. Il fut nommé évéque de Lisieux en 1377, et mourut en 1382. On a de lui une traduction des Éthiques d'Aristote, imprimée en 1488, in -fol.; la Politique du même, 1489 , 2 vol. in-fol.; les Livres du Ciel et du Monde , du même; des Remèdes de l'une et de Vautre Jortune, traduction de Pétrarque, 1535; un traite latin sur la Communication des idiomes; 115 sermons, dont un a été inséré dans la Bibliothèque des Pérès; un ouvrage assez singulier, imprimé dans la collection de Martène et Durand, sous le titre Liber magistri Nicol. Oresme de Anti-Christo t 'jusque ministris.
Orfèvrerie. Si l'orfèvrerie est devenue une branche importante du commerce de la France, ou pour mieux dire de Paris, c'est que ce n'est pas seulement une industrie, mais un art, et que le sentiment des arts qui s'est développé si complètement en France , a placé les productions de nos orfèvres au-dessus de celles des autres pays. Toutefois, est-il vrai de dire que pour cet art comme pour la peinture et la sculpture, nos maîtres nous sont venus de l'Italie. Sans doute les matières d'or et d'argent plus ou moins précieusement travaillées ont de tout temps eu le privilège de servir aux ornements des rois , d'être employées dans les objets destinés au culte de la Divinité. Mais de la fabrication de ces objets à . l'art de l'orfèvrerie, il y a une distance immense, et il faut arrivera François I'r, pour trouver les premières productions réellement artistiques de l'orfèvrerie française. Sous Philippe le Hardi , cependant, on trouve déjà un orfèvre, Raoul, anobli à cause de son talent; mais qu'avait-il fait? Il n'en reste aujourd'hui aucun souvenir, et il est permis de douter qu'à cette époque, on ait exécuté en orfèvrerie quel-
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que chose qui puisse figurer comme monument d'art.
François I", qui appelait autour de lui des artistes de tout genre, fit venir Cellini à Fontainebleau, et bientôt sortirent des mains de l'artiste florentin les premiers chefs-d'œuvre qu'on eût vus en France en ce genre. Qui n'a entendu parler du petit vase d'un travail si exuis , fait pour madame d'Etampes , et u Jupiter en argent destiné à la décoration de Fontainebleau? Mais ces ouvrages sont perdus aujourd'hui, et il n'en reste plus que le souvenir. Quelques amateurs possèdent cependant des morceaux de Cellini , et l'on trouve dans le commerce des épreuves de sa grande coupe. Il v a au cabinet des, médailles de la Bibliothèque du roi un casque et un bouclier qu'on désigne comme faisant partie des armes de François tcr. Les ciselures et les ornements en ont été attribués à cet artiste ; mais nous ne voyons pas sur quelles preuves est appuyé ce jugement.
Après Cellini , il faut faire un grand pas pour rencontrer dans l'orfèvrerie un nom célèbre; il faut descendre jusqu'au règne de Louis &IV. Claude Ballin , fils d'un orfèvre qui n'était qu'un ouvrier, passa d'abord plusieurs années a étudier le dessin et les ouvrages des grands maîtres. Il avait exécuté pour le caniinal de Richelieu quatre grands bassins d'argent de 60 marcs chacun, sur lesquels il avait représenté en relief les quatre âges du monde; bientôt, il fut charge par Louis XIV d'un grand nombre de travaux : des tables d'argent, des candélabres, des vases, des ornements de meubles, vinrent attester la fécondité'de son talent ; malheureusement , de tous ces trésors il ne reste rien aujourd'hui : la guerre de la succession amena une pénurie qui nécessita le sacrifice de tous ces chefs-d'œuvre, et la révolution détruisit ce oui restait des œuvres de Ballin dans les églises.
A côté de cet artiste grandissait un homme qui devait succéder à son talent; Pierre Germain, qui, à peine âgé de vingt et un ans , avait gravé pour Louis XIV les tablrs d'or destinées à la couverture du recueil des conquêtes du grand roî. Il travaillait sous la direc-
tion de Lebrun, et on retrouve dans ses ciselures toute la richesse du peintre. C'est , comme dans celui-ci , la nature grande, noble, mais quelquefois un peu théâtrale ; ce n'est déjà plus la vérité, parfois sauvage, de Cellini.
On sent que le grand roi a passé par là, et qu'il a fallu donner à toutes ces figures une certaine majesté qui, dans quelques occasions , sent trop l'apprêt et le guindé. Louis XIV avait donné à Pierre Germain un logement au Louvre, et Versailles devait s'enrichir des productions de son talent. Mais la protection du roi avait attiré celle des grands ; chacun voulut avoir une œuvre de l'artiste favori, et Germain mourut dans un âge peu avancé , victime de son art.
Malgré ses travaux et les récompenses royales , Pierre Germain était sans fortune , et il ne laissait à son fils , Thomas Germain, qu'un talent trop jeune encore pour être complètement développé. Heureusement, Louvois protégea le jeune artiste, et grâce à cette protection, Thomas Germain put aller en Italie. Quand il revint, il était artiste consommé; il s'était retrempé aux bonnes traditions. Des travaux de tout genre attestèrent qu'il suivait avec succès la même voie que son père, et quand, Louis XIV mort, Louis XV alla se faire sacrer à Reims , le jeune monarque put offrir à la cathédrale privilégiée un ostensoir qui passe pour un cher-d'œuvre. Thomas Germain fut logé au Louvre; et la faveur populaire
f>ayant aussi son tribut à l'artiste , on e vit élevé, en 1738, à la dignité d'échevin de la ville de Paris.
Ni la fin du règne de Louis XVI , ni les premières années de la révolution ne pouvaient être favorables à l'exercice et au développement d'un art qui demande plus que tout autre le calme et la prospérité publique. Cependant un fait curieux à constater, c'est que M. Auguste, orfèvre de Louis XVI, au milieu de tant d'ouvrages empreints du mauvais goût du temps, avait exécuté quelques morceaux pour lesquels il avait emprunté les formes grecques et romaines, pressentant en quelque sorte l'heureuse révolution qui allait s'accomplir dans les arts. Bientôt en effet brilla David, et avec lui reparut toute la sévé-
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rité, tout le grandiose du style antique; la mignardise et la coquetterie pleine d'afféterie furent bannies, et il est impossible d'arrêter les yeux sur une des branches de Part, quelque petite qu'elle soit, sans y rencontrer la puissante influence du grand peintre. M. Odiot, obéissant à cette impulsion , chercha à reproduire la forme des vases antiques, la disposition de leurs ornements. Orfèvre de l'empereur, il put exécuter de beaux et de grands morceaux tout à fait dans le style ancien. Il partageait du reste la faveur de la cour impériale et le litre d'orfèvre de l'empereur avec un homme qui devait sa position , non pas à son talent , mais à la reconnaissance. M. Biennais, qui d'abord avait été simple fabricant de sabots, puis, qui s'étant mis à faire de l'orfèvrerie, avait eu occasion de rendre un service au général Bonaparte au moment de son départ pour l'Égypte. Devenu empereur, Napoléon ne l'avait point oublié , et M. Biennais eut le bon esprit de prendre d'excellents ouvriers qui lui permirent de partager avec M. Odiot les travaux commandés par l'empereur.
C'était du reste le même genre, le même cachet; ce que faisait l'un, l'autre le faisait. Tous deux amassèrent pendant l'empire une fortune colossale.
En 1816, M. Biennais devint orfèvre du roi , comme il avait été orfèvre de l'empereur, et il signala sa nouvelle faveur par un acte auquel ne se serait jamais laissé aller un veritableartiste. Mais c'était, comme on l'a vu, plutôt un entrepreneur qu'un artiste.
A l'exposition de 1817, lui, ancien orfèvre je l'empereur, il eut le triste courage d'étaler aux regards du public un vase Médicis, ayant pour appliques les trophées conquis sur nous par les armées coalisées , et portant pour devise: Aux généraux alliés.
Un contre-maître de M. Odiot , Fauconnier, créa , à cette époque , une nouvelle école. Il était sans fortune, il s'associa avec un industriel; puis, aidé de Chenavard et de mademoiselle de Fauveau , il ramena dans l'orfèvrerie une richesse et une élégance d'ornement que, par un excès d'imitation de l'antique , on en avait complètement bannie. Citer Chenavard et mademoiselle Fauveau
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comme dessinateurs d'ornements , c'est indiquer suffisamment le caractère que Fauconnier chercha à donner à ses ouvrages; il semblait vouloir conserver la forme antique du vase dans toute sa pureté, mais y adjoindre la richesse des ornements. Le problème à résoudre, et qu'il résolut souvent avec succès, c'était de donner à ses ornements assez de légèreté, une disposition assez habile pour que l'œuf ne disparût pas et qu'il perdît cependant un peu de sa sévérité , trop sèche peut-être quand elle s'applique à des ouvrages d'orfèvrerie.
De 1820 à 1825, on voit à la tête des orfèvres français , trois hommes , M. Odiot fils , qui avait succédé à son père, M. Cohier, qui avait succédé à M. Biennais, et Fauconnier qui s'était élevé seul et s'efforçait de créer un nouveau genre. M. Cohier avait continué exactement fa manière de ty. Biennais, ou plutôt de sa maison, et la fontaine en argent que le général Jacqueminot emporta à cette époque en Orient, est encore un beau morceau exécuté dans le goût antique pur. Le vase du sacre de Charles X n'est pas moins remarquable. M. Odiot exécutait à cette, époque la grande châsse en argent de saint Vincent de Paule ; mais il ne lui suffisait pas d'être sur la même ligne que M. Biennais: les premiers travaux de M. Fauconnier lui avaient fait éprouver le désir de varier ses modèles; Il alla en Angleterre, vit de l'orfèvrerie anglaise et crut avoir trouvé ce qu'il cherchait. Il ne fit pas la distinction entre ce genre , qui n'est qu'une alliance monstrueuse des ornements de la renaissance et du tortillé de Louis XV, avec la pureté de forme, l'élégance, la
grâce et la légèreté des ornements que auconnier cherchait à introduire dans l'orfèvrerie. Il ramena en France ce genre b;1tard, ce genre déplorable, et il eut malheureusement assez d'influence pour le mettre à la mode.
Bientôt, F.iuconnier mourut; il mourut pauvre, à ce point que les orfèvres furent obligés de se cotiser pour qu'il eût un petit coin de terre à part , et qu'il ne fût pas , en sortant du corbillard des pauvres, jeté dans la fosse commune.
Toutefois cet homme , le maître de
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tous les orfèvres d'aujourd'hui , sinon par le fait, du moins par la pensée, ne mourut pas tout entier; il avait ouvert la voie et on marcha sur ses traces. Dès 1828, Wagner, ouvrier ciseleur prussien , était venu en France , sans ressources et presque sans connaissances.
11 chercha à s'employer chez plusieurs orfèvres : il n'y put réussir; il s'établit seul, et, avec un courage et une persévérance remarquables, il entreprit de continuer ce qu'avait commencé Fauconnier. II lit de l'orfèvrerie dans le style du moyen âge, dans celui de la renaissance, et dans le style byzantin; puis il chercha à prendre à chacun de ces styles ce qui pouvait se lier et s'harmoniser pour arrivera quelque chose de gracieux et de réellement beau ; il y réussit souvent; sa réputation et s'a fortune s'accrurent rapidement , et quand Wagner mourut , les artistes le pleurèrent comme un de leurs frères.
Si maintenant on veut jeter un regard sur l'orfèvrerie en France, au point de vue de l'art, on remarquera un heureux et sensible progrès. Le genre anglais est en décadence, et le jury d'exposition de l'industrie a depuis quelques années adressé de justes reproches à une imitation servile, sans travail et sans intelligence, qui tendrait, si le public s'y laissait entraîner, à écarter l'orfèvrerie de la véritable voie. M. Lenglet, homme d'un talent supérieur, dessinateur et graveur avant d'être orfèvre, a perpétué dans cet art les traditions et la pureté de l'antique; il a formé des élèves pleins de mérite; de nombreux orfèvres , enfin , se sont lancés dans la carrière ouverte par Fauconnier et Wagner, et promettent d'y marcher avec succès. Qu'il nous soit permis de citer entre autres les frères Marrel, qui, avec un goût sûr, un sentiment exquis de l'art, n'ont malheureusement pas pu donner assez de développement a leurs productions, et M. Froment ISIeurice, a qui la ville de Paris doit déjà d'importants morceaux.
Il est à regretter que le Gouvernement qui a formé pour tous les arts de riches collections, n'ait pas songé à recueillir, pour l'orfèvrerie, tout ce qui pouvait aider les recherches et guider les nouveaux venus. On a réuni dans
une des salles de Louvre quelques nièces curieuses; le cabinet des médailles de la Bibliothèque du roi contient aussi plusieurs morceaux remarquables. Mais pourquoi ne pas réunir toutes ces richesses éparses, en un faisceau d'où sortirait la lumière? M. Odiot avait eu l'excellente idée de former une collection de modèles en bronze de tous ses ouvrages d'orfèvrerie. Le Gouvernement, on ne sait pourquoi, n'a pas paru accueillir cette proposition, et cette collection est encore à former. Hâtonsnous de dire cependant que le moment n'a jamais été plus favorable , et que le rapport de la chambre des pairs pour 1 acquisition de l'hôtel de Chiny fait espérer qu'on donnera désormais plus d'attention à l'orfèvrerie ; c'est en effet dans le musée qu'on a l'intention de fonder dans cet hôtel qu'uue collection d'orfèvrerie aurait sa place marquée; beaucoup de pièces recueillies par l'ancien propriétaire, M. du Sommerard, pourraient déjà concourir à la formation de ce musée, et tous nos orfèvres s'empresseraient certainement de l'enrichir de leurs dons et de leurs propres travaux.
Orfévbes (corporation des). Les orfèvres , joailliers-bijoutiers , metteurs en œuvre et marchands d'or et d'argent, formaient le sixième corps des marchands de Paris. Leurs statuts remontaient au douzième siècle au moins ; on les trouve dans le livre des métiers d'Etienne Boileau. Ils contiennent plusieurs dispositions remarquables ; nous citerons seulement les suivantes: « Nus ■ orfèvre ne puet ouvrer d'or à Paris, « qu'il ne soit de la touche de Paris ou « mieudres (*) , laquele touche passe « touz les ors de quoi en œvre en nule « terre.
« Nus orfèvre ne puet ouvrer à Paris « d'argent, que il ne soit aussi bons « comme estelins (**) ou mieudres.
« Nus orfèvre ne puet ouvrir sa forge « un jour d'apostèle, se ele n'eschiet au « samedi, fors que un ouvroirque chas- « cun ouvre à son tour à ces testes et
(#) Meilleur. Déjà à celte époque , la France pouvait se vanter d'avoir I ctalou d'or le plus pur.
(*•) Le sterling, ou l'étalon d'argent anglais.
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FRANCE