‹ France Dictionnaire EncyclopédiqueChapitre 104 sur 434 · ORLÉANS Ç^ANCE · texte numérisé non relu

ORLÉANS Ç^ANCE

parle dans ses Commentaires, qu'il signalé comme une des villes les plus fortes des Carnutes, et que, dans sa sixième campagne, il prit d'assaut et livra au pillage et à l'incendie. Elle fut relevée par Aurélien. qui lui donna son nom, et elle devint bientôt une cité florissante. L'on sait qu'à la mort de Clovis elle fut la capitale du royaume de Clodomtr, lequel comprenait l'Orléanais, le Maine, l'Anjou, la Touraine et le Berry ; après la bataille de Vezeronce, où périt Clodomir, les rois de Soissons et de Paris , meurtriers des enfants de leur frère , se partagèrent le royaume d'Orléans; puis ce royaume appartint, avec tous les États de Clovis, à Clotaire Ier, héritier de ses frères. Dans le partage que les enfants de ce prince se firent de ses États , le royaume d'Orléans fut annexé à celui de Bourgogne et échut à Gontran. Dans les partages subséquents, il n'est plus question dù royaume d'Orléans, et les provinces qu'il renfermait, à l'exception du Berry, qui fut compris dans le royaume aAquitaine , firent partie du royaume de Neustrie. Lors du démembrement féodal , Orléans devint un duché qui ne fut qu'un instant arrière-fief de la couronne; car, dès 922, sous Charles le Chauve, on voit son compétiteur au trône, Robert, frère du roi Eudes, et lui-même élu roi à Soissons, être à la fois comte de Paris et duc de France et d'Orléans. Hugues le Grand, son héritier, laissa ce duché à Hugues Capet ; et, depuis cette époque, Orléans fit toujours partie du domaine direct des Capétiens. Sous les Valois et sous les Bourbons, il devint un apanage des puînés de la famille royale ; on compte

3uatre dynasties de ducs d'Orléans , eux appartenant aux Valois et deux aux Bourbons.

Parmi les sièges qu'Orléans a eus à soutenir, on en distingue trois principaux. Attila avait passé le Rhin, détruit toutes les villes qu'il avait rencontrées sur sa route , évité Paris ; et il se dirigeait vers l'Aquitaine, où dominaient les Visigoths, ses ennemis, lorsqu'il trouva sur son passage une ville qui osa lui résister: c'était Orléans, où l'evéque, Anianus (saint Aignan), jouissait d'une grande autorité. Ce pré-

<*Oans

lat, d'une haute piété et d'une prudence consommée, résista assez longtemps aux effortsdes Huns, pour recevoir les secours d'Aétius, préfet des Gaules , lequel venait à la rencontre d'Attila , suivi des rois des Visigoths, des Bourcuignons et des Francs. On dit que les Huns entraient par une porte d'Orléans au moment ou Aétius entrait par une autre; que ce dernier en fit un horrible carnage, et qu'il les poursuivit avec ses auxiliaires jusqu'aux champs Catalauuiques , où , comme on sait , Attila essuya une

f;rande défaite, qui l'obligea à quitter a Gaule et à repasser le Rhin.

La victoire d'Azineourt et le traité de Troyes avaient donné la France aux Anglais. Victorieux à Crévant et à Verneuil , maîtres du nord de la France, ils n'avaient plus, pour déborder sur le midi, qu'à s'emparer d'Orléans, dernier boulevard du petit royaume de Bourges.

Ils l'assiégèrent en 1428; la ville était réduite aux abois; la défaite honteuse de la journée des Harengs lui avait enlevé tout espoir de secours; déjà les ouvrages extérieurs étaient au pouvoir de l'ennemi ; déjà les chevaliers qui défendaient la ville parlaient de la remettre en main tierce, quand parut l'héroïne de Domremv (Voyez Arc (Jeanne d') dans le Dictionn*, et le règne de Charles VII dans les Annales , et quelques jours après Orléans, délivré, apprenait la victoire de Patay, la dispersion des Anglais et la captivité de leurs principaux chefs.

Le troisième siège d'Orléans fut entrepris par François de Guise, en 1652, lorsque cette ville, tombée pendant les guerres de religion au pouvoir des huguenots, fut devenue leur place d'armes; mais il ne fut pas continué. I.a mort du duc de Guise, lâchement assassiné par Poltrot de Méré, gentilhomme protestant, força les catholiques à se retirer.

C'est à Orléans que furent convoqués les états généraux de 1560 , pendant lesquels le prince de Condé tut condamné à mort ; François II mourut ; Catherine de Medicis commença à régner sous le nom de son fils Charles IX; le tiers état proposa la réforme du clergé et l'examen des comptes des der-

ORLÉANS

L'UNIVERS

ORIGANS

niers ministres des finances, proposition qui donna naissance au fameux triumvirat ( François de Guise, Anne de Montmorency et Saint-André), lequel fut bientôt suivi de la première

Î^uerre de religion. C'est encore d'Oréans qu'est daté l'édit du 28 janvier 1561 , par lequel Catherine de Médicis mettait en liberté les calvinistes, confirmait l'édit de Komorantin et accordait amnistie pour le passé.

Orléans est ta patrie du savant chronologiste Petau, du célèbre jurisconsulte Pothier, de l'historien Michel Levassor, du critique Bongars , d'Amelot de la Houssaye. On y compte 43,000 habitants.

Obléans (maisons d'). On en compte quatre : deux des Valois et deux des Bourbons. La première des Valois et la première des Bourbons ne se perpétuèrent pas ; les deux autres présentent une longue suite de princes.

1rc maison d' Orléans- f'alois.— YA\a fut fondée, en 1344, par Philippe de Valois, qui , par lettres datées de Maubui^son le 16 avril de cette année, donna le comté de Valois et le duché d'Orléans, en apanage, à son 5e fils Philippe, né à Vincennes en 1336. Ce prince , qui combattit à la fameuse journée de Poitiers, et fut, en 1360, l'un des otages envoyés en Angleterre pour assurer la rançon du roi Jean , mourut, sans laisser de postérité légitime, en 1375, et le duché d'Orléans retourna à la couronne.

2e maison d'Orléans - Patois. — I, 1392. Louis r d'Orléans /'alois.

Ce prince , 2e fils du roi Charles V, avait reçu en naissant le titre de comte de Valois ; mais il ne prit possession de ce comté qu'à la mort de Blanche de France, veuve du précédent (1392). Son frère , Charles VI , en attendant , lui donna le duché de Touraine, qu'il échangea avec lui, en 1392, pour celui d'Orléans.

Lorsque la folie de Charles VI se fut déclarée, Louis d'Orléans disputa à son oncle, Philippe de Bourgogne, le gouvernement du royaume; mais, tout entier aux plaisirs et aux fêtes, il n'avait qu'un souci, l'argent. Philippe le laissa puiser à pleines mains dans le trésor public, et resta seul maître de l'État.

Cependant la mort du duc de Bourgogne, arrivée en 1404 , lui laissa bientôt le pouvoir. Il n'en usa que pour satisfaire sa double passion de l'argent et des plaisirs. C'était , dit M. Michelet, un beau jeune homme, galant, adoré des femmes , qui protégeait les doctes et encourageait les arts; le tout aux dépens du trésor public. Il avait épousé, pour son argent, la fille du riche duc de Milan, Valentine Visconti, et lui faisait de continuelles infidélités, tandis que, douce et résignée, elle lui élevait son bâtard Dunois parmi ses enfants. Il arriva au duc d'Orléans de faire établir un impôt , et, la nuit, de forcer le trésor avec une bande de gens armés pour en enlever le produit. Il s'était arrangé avec des faux monnayeurs, et partageait avec eux. Il partageait aussi avec la reine, Isabeau ae Bavière, et les autres princes du sang ; et tout cet argent était dissipé par eux en fêtes et en orgies.

Cependant le duc d'Orléans rencontra bientôt un rival redoutable dans le nouveau duc de Bourgogne , Jean sans Peur. Ce prince arrivait de Flandre, à la tête d'une puissante armée, et triplement irrité contre lui. D'abord, Louis d'Orléans possédait le pouvoir qui avait appartenu au père de Jean , et auquel celui-ci avait la prétention de succéder; prétention d'autant plus fondée <jue, maître de la Flandre, il était le prince le plus riche et le plus puissant de la chrétienté. En second lieu , Jean avait entrepris de reprendre Calais sur les Anglais ; de l'argent avait été levé en France pour servir à cette expédition ; mais le duc d'Orléans s'était approprié cet argent et l'avait dissipé comme d'ordinaire; et Jean, la honte et la rage dans le coeur, avait été forcé d'abandonner le sié^e de Calais. Enfin, le débauché d'Orléans s'était vanté d'avoir obtenu les bonnes grâces de la duchesse de Bourgogne, et ce propos était parvenu aux oreilles de Jean. A son approche, le duc d'Orléans et la reine quittent Paris. Les deux rivaux rassemblent des troupes , et la guerre civile est sur le point d'éclater. Cependant les oncles des deux princes , les ducs de Bourbon et de Berry, parviennent à maintenir la paix et même à réconci-

lier les deux ennemis , qui se pardonnent, s'embrassent, se jurent amitié, couchent et communient ensemble., Mais la vengeance est toujours dans l'âme de Jean. Un soir que le duc d'Orléans rentrait de chez la reine, où il avait soupe, fort gai , ci la m tant et se battant la cuisse de son gant, des hommes d'armes fondent sur lui dans la rue Barbette, I* assassinent et hachent en morceaux son cadavre (23 novembre 1407).

Louis d'Orléans laissait une veuve inconsolable de sa perte, trois enfants qu'il avait eus d'elle, et un (ils naturel, fe fameux Dunois , qui fut la tige de Tillustre maison de Longueville. (Voy.

Dunois et Longueville.)

ralentine était fille dè Jean G aléas Visconti, duc de Milan, et d'Isabelle de France; elle avait épousé, en 1390, Louis , duc d'Orléans , et lui avait apporté en dot 100,000 florins d'or, le comté d'Asti, et le droit pour ses enfants et leur postérité d'hériter du duché de Milan à défaut d héritiers mâles de son père.

Jeune, belle, sensible, ayant reçu en Italie une éducation soignée, qui la rendait supérieure à la cour au milieu de laquelle elle était destinée à vivre, Valentine se serait consolée de la grossièreté de ceux qui l'entouraient, si son époux, le plus aimable des princes de son temps, eût eu pour elle I amour ou du moins les égards qu'elle méritait.

Loin de là, elle se vit bientôt victime de l'abandon de cet homme, dont le libertinage se faisait remarquer au milieu de la cour débauchée de Charles VI, et qui rendait alors ses soins à l'exécrable Isabeau, laquelle, pas plus que lui, n'avait reculé devant un inceste.

Un malheur commun, une pitié naturelle au cœur des femmes, peutêtre aussi ce sentiment de solidarité qui porte les natures élevées à remplir les devoirs que négligent ceux qui leur sont chers, rapprochèrent Valentine du roi, et le monarque, qui nommait Valentine sa sœur c/térie, en fut bientôt à ne pouvoir plus être un instant sans elle , à ne pouvoir être calmé que par elle dans ses longs et fréquents accès de fureur.

Mais de sourdes rumeurs, parties on ne sait d'où , accusèrent Valentine. On

ne put croire que sa tendresse , son inaltérable douceur, sa constante bonté fussent les seules armes qu'elle employât pour vaincre le mauvais esprit qui, trop souvent, s'emparait du monarque ; on la soupçonna de magie. On la disait ambitieuse et avide de grandeurs: elle avait contre elle un puissant parti. Son père était soupçonné des plus grands crimes; et des gens, qui se disaient bien instruits, affirmaient qu% son départ il lui avait recommande de se faire reine de France; et, comme l'Italie était le pays des poisons et de la sorcellerie, comme Valentine se livrait à l'étude de ces sciences occultes, qui préoccupaient alors tous les esprits chercheurs , les soupçons qui s'étaient élevés sur elle se fortifièrent de jour en jour, et la duchesse d'Orléans se vit accusée d'avoir causé la folie du roi par ses enchantements, peut-être même par des philtres.

L'aîné de ses enfants mourut d'une manière inopinée ; le bruit se répandit qu'il avait péri pour avoir pris par hasard un poison que sa mère avait

firéparé pour le dauphin ; et cette caomnie, répandue par le duc de Bour-

Î;ogne, ennemi personnel de Valentine, ut accueillie même par le duc d'Orléans, qui, sans v croire peut-être, espéra qu'elle justifierait en quelque sorte sa conduite licencieuse. Valentine dut s'éloigner de Paris, où elle n'eût pas été en sûreté contre la fureur du peu-

Île, qui lui attribuait tous ses maux, ^ufin les choses allèrent si loin, que le duc de Milan , aux oreilles duquel la rumeur en vint jusqu'en Italie, envoya des ambassadeurs chargés de déclarer

Îtue , si quelqu'un maintenait rien qui ût contraire à l'honneur de sa fille, il enverrait des chevaliers combattre pour elle , message qui , du reste , n'eut aucun effet.

Absente de la cour pendant un certain temps, Valentine y revint quelques jours avant la mort de son époux; mais elle ne fit , pour ainsi dire, qu'y paraître; et elle se trouvait à Cnâteau- Thierry avec ses enfants, lorsqu'on lui annonça l'assassinat de la rue Barbette. La rumeur publique en accusait le duc de Bourgogne. Valentine comprit qu'il y avait, entre ce priuce et son époux,

ORLÉANS

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