OTAGES
droite, et le général Huard fût ramené. H parvint à reprendre l'offensive : un nouveau renfort, venu de la gauche des Russes, l'obligea encore à rétrograder, et une grosse colonne d'infanterie s'ébranlait pour le suivre et l'écraser.
Mais Murât, à la téte de la cavalerie polonaise , fondit sur cette colonne et la mit en déroute. Alors le général Huard, renforcé lui-même, put une troisième fois marcher en avant ; et les Russes, sur les derrières desquels ta brieade du général Girardin venait de se rabattre, furent enfin culbutés. Sur ces entrefaites, le général Piré attaqua vivement leur gauche, et l'enfonça. L'action devint générale , et bientôt l'ennemi , battu sur tous les points, se retira en désordre dans le bois qui longe la route de Dobrijka. Les troupes françaises hésitèrent un instant à l'y poursuivre , et lui laissèrent le temps de se reformer; mais tout à coup l'empereur arrive, et ordonne de marcher en avant. L'hésitation cesse, les tirailleurs français se précipitent dans le bois, repoussent les tirailleurs ennemis et les forcent à continuer leur retraite. Le corps d'Ostermann avait tellement souffert, que Barklay fut obligé de former une nouvelle arrière-garde, dont il donna le commandement à Palhen.
Le 27, à la pointe du jour, le prince Eugène , dont les troupes avaient trivouaaué à Dobrijka, poussa en avant.
La division Broussier, qui ouvrait la marche, ne tarda guère à apercevoir l'arriere-garde ennemie, forte de 10,000 chevaux, échelonnée au milieu d'une plaine dont l'accès était défendu par un ravin et flanquée, à droite par la Dwina, à gauche par un bois garni d'infanterie et d'artillerie. Les Russes avaient détruit le pont du ravin : deux compagnies de voltigeurs du 9e léger, capitaines Guvard et Savary, qui formaient l'extrême' gauche de la division Broussier, passèrent dans l'eau , se tinrent à la téte du pont, tandis qu'on le reconstruisait ; puis, quand il fut rétabli et une la cavalerie française commença à déboucher , elles s'avancèrent dans la plaine, où elles furent bientôt cernées de toutes parts. On les croit perdues, sabrées, anéanties; mais ces braves se forment en carré , opposent sur toutes
les faces la plus énergique résistance, et donnent ainsi le temps à la cavalerie légère du prince Eugène de passer le pont. Cette cavalerie charge bientôt à son tour, dégage le terrain que les Russes ont envahi, et délivre les 300 hommes du 9*, qui reçurent tous la décoration de la Légion d'honneur. En moins de deux heures , toutes les positions de l'ennemi furent successivement emportées, et Barklay dut retourner s'établir derrière la Lutchesa.
La perte totale des Russes , dans les trois combats d'Ostrowno , s'élevait à plus de 3,000 morts et blessés; celle des Français était moindre des deux tiers. Les deux armées ennemies bivouaquèrent dans leur ordre de bataille, en face l'une de l'autre, et séparées seulement par la rivière. Tout annonçait qu'une action générale aurait lieu le lendemain; mais, dans la nuit, Barklay fila en silence sur Smolensk ; et quand , au jour, les Français passèrent la Lutchesa, ils n'aperçurent plus une patrouille , plus un seul soldat dans la vaste plaine que 100,000 Russes venaient d'abandonner.
Otages ( loi des ). Dans la séance du 22 messidor an vu (12 juillet 1799), l'attention du conseil des Cinq-Cents fut appelée sur l'état du Midi et des départeinents de l'Ouest. « Il se commettait là de nouveaux brigandages : on assassinait les acquéreurs de biens nationaux, les hommes réputés patriotes, les fonctionnaires publics ; on arrêtait surtout les diligences, et on les pillait. Il y avait parmi les auteurs de ces brigandages beaucoup d'anciens Vendéens et chouans , beaucoup de membres des fameuses compagnies du Soleil, et aussi beaucoup de conscrits réfractaires. Quoique ces brigands, dont la présence annonçait une espèce de dissolution sociale, eussent pour but réel le pillage, il était évident, d'après le choix de leurs victimes, qu'ils avaient une origine politique. Une commission fut nommée pour imaginer un système de répression ; elle proposa une loi , qui fut appelée loi des otages, et qui est demeurée célèbre sous ce titre. Comme on attribuait aux parents des émigrés ou cidevant nobles la plupart de ces brigandages, on voulut en conséquence les
29* ÔTBlCOLt 1/UM
obliger à donner des otages. Toutes les fois qu'une commune était reconnue en état notoire de désordre, les parents ou alliés d'émigrés, les ci-devant nobles, les ascendantsdes individus connus pour faire partie des rassemblements étaient considérés comme otages et comme civilement et personnellement responsables des brigandages commis. Les administrations centrales devaient désigner les individus choisis pour otages, et les faire enfermer dans des maisons choisies pour cet objet. Ils devaient y vivre à leurs frais et à leur gré, et demeurer enfermés pendant toute la durée du désordre. Quand les désordres iraient jusqu'à l'assassinat, il devait y avoir quatre tléportés pour un assassinat. Il y avait de plus de très-fortes amendes prononcées contre les otages civilement et solidairement responsables (*). »
Cette loi souleva l'indignation des uns et obtint l'approbation des autres ; c'était , selon les premiers , une loi révolutionnaire , qui , dans l'impuissance où l'on était d'atteindre les vrais coupables , frappait en masse et commettait toutes les injustices ordinaires aux lois de cette nature. Les seconds soutenaient que c'était le seul moyen d'atteindre les auteurs des désordres, et que ce moyen était doux et humain. Evidemment la loi était arbitraire et tout à fait en dehors des règles du droit commun ; mais elle avait son excuse dans la rigueur des temps et dans les désordres qui l'avaient rendue nécessaire. La loi des otages fut abrogée après le 18 bruinaire. *
Otbànte (duc d' ). Vov. Fouché.
Othicoli ( bataille d* ). L'armée française, sous les ordres du général Cnampionnet, venait de battre les troupes napolitaines commandées par le général Mack, lorsque , le 5 janvier 1799, une forte colonne de cette armée descendit de Calvi sur Otricoli , petite ville du duché de Spolette , à une lieue du Tibre. Aûn de couper toute communication entre les différents corps de l'armée française, les troupes ennemies vinrent s'établir à cheval sur la route. Le passage de cette colonne avait été marqué
(*) Thier*. Hist.dc la Révolution française, t. X, p. a47 et suiv.
ERS» 6tftLlft
par les plus horribles excès : elle avait égorgé tous les détachements français qu'elle avait surpris dans sa ma relie , brûlé des malades et des blessés étendus sur de la paille. Charapionnet , dans l'intention ae reprendre Otricoli , avait donné l'ordre au corps de gauche de son armée de venir renforcer son centre, menacé par les Napolitains. Cependant le temps pressait , et la position de ses troupes devenait de plus en plus critique; d'un autre coté, il ne pouvait, sans compromettre ses opérations ultérieures, dégarnir un camp d'observation qu'il avait placé en avant de Terni. Dans cet état de choses, il ne vit plus de possibilité de vaincre qu'en appelant à lui la division Macdonald. En effet, ce général, marchant aussitôt contre l'ennemi, l'enfonça de toutes parts, le mit en pleine déroute , et le força d'abandonner Otricoli. Cette victoire rétablit les relations un instant interrompues entre les divers corps de l'armée française , et elle permit au général en chef de continuer avec succès les opérations de la campagne et de marcher sur Naples , où il entra le 23 du même mois.
Oublie et Oublieux. Selon Athénée (*), les Grecs donnaient le nomd'obelias (ô&).ta;) à une espèce de pâtisserie. Telle est vraisemblablement l'origine de la dénomination des oublies, oblies et oblêes. Les oublies se faisaient au moyen âge chez les pâtissiers, qui en prirent le nom d'oublieux, qu'on leur conserva lorsqu'en 1270 on leur donna des statuts.
On servait à certains jours de l'année des oublies aux chanoines et aux clercs; dans les monastères, on en distribuait également aux moines. Les seigneurs laïques en exigèrent de leurs vassaux et tenanciers; on voit souvent mentionnée dans les aveux de fiefs la redevance ap-
(>elée oub liage ou droit d'oubliés , que es rois percevaient comme les autres seigneurs. Il faut cependant remarquer que ces oublies féodales furent remplacées plus tard par un gâteau, ou pain délicat, qu'on appelait pain oubliau. A Paris, les oublieux parcouraient les rues vers le soir, en annonçant à haute voix leur
(•) Liv. UI, p. m; et bv. XIV, p. 645, Ca><iub.
OUBLIE FRANCE. OUDIXOT 293
marchandise; un poète du treizième siècle compte parmi les plaisirs qu'on pouvait se procurer dans la soirée , celui Rappeler l'oublieux. Quant aux sortes de friandises que criaient ces colporteurs, on en trouve la liste dans une pièce de vers intitulée les cris de Paris. La voici: « Oublies chaudes, galettes • chaudes, tartes chaudes, risso!es,échau- ■ dés, flans chauds , gâteaux aux fèves, - pains siméniaux. »
Les oublieux renoncèrent avec le temps au débit de ces différentes pâtisseries, et ne conservèrent que celui des oublies qu'ils continuèrent à crier par les rues ; puis , l'heure du souper, qui d'abord était de cinq à six heures, ayant été reculée, ils prirent l'habitude de sortir plus tard dans la nuit; et de là vint le sobriquet d'oublieux que, par plaisanterie, on donna dans le dix-septième siècle, vers le commencement de la Fronde, aux grands seigneurs et autres intrigants qui, mécontents du gouvernement de Mazarin , parcouraient, la nuit , les différents quartiers de Paris , pour susciter des ennemis à ce ministre.
Dans les grandes maisons, il y avait un oublieux attaché au service de la cuisine; Olivier de la Marche , parlant de la table , dans l'état de la maison du duc de Bourgogne, Charles le Téméraire, nous apprend qu'au dessert le panetier allait au buffet chercher l'oublieux, qui venait poser les oublies devant le duc et en faisait l'essai. Dans les grands festins cependant, c'était le tier qui plaçait lui-même les ousur la taule!
Les oublieux ont subsisté jusqu'au dix-huitième siècle. Mais lorsque Cartouche forma cette troupe de bandits qui, pendant un temps, remplit Paris d'assassinats, quelques-uns de ces scélérats s'étant déguisés en marchands d'oubliés pour préparer ou commettre plus facilement leurs crimes, la police défendit aux oublieux de courir pendant la nuit. Ce règlement en diminua beaucoup le nombre. Ceux d'entre eux qui continuèrent leur métier vendirent de jour, parcourant les quartiers et les promenades que fréquentaient les enfants et les gens du peuple. Il n'en existe plus aujourd'hui. Ils ont été remplacés par des fem-
mes qui vendent une pâtisserie de même nature, roulée de même en cornet, mais beaucoup plus grande, et qu'elles appellent plaisir des dames.
Oubliettes. On appelait ainsi autrefois des cachots où 1 on enfermait ceux qui étaient condamnés à une prison perpétuelle, et qui étaient destinés à y être oubliés. Dans quelque prisons monastiques, les oubliettes s'appelaient in pace. Hugues Aubriot, prévôt de Paris, ayant été condamné aux oubliettes, fut prêché et mitré publiquement au parvis Notre-Dame , et après cela condamné à être enfermé pour le reste de ses jours au pain et à l'eau. On appelait aussi oubliettes, un supplice auquel on livrait les prisonniers dont on voulait se défaire clandestinement. C'était un jeu de lames tranchantes qui dépeçaient en un instant le corps de ceux que l'on précipitait d'une grande hauteur sur cet instrument de supplice. Le château de Blois possédait de ces oubliettes dont on voit encore aujourd'hui les vestiges. Le cardinal de Richelieu avait à Baveux une maison où il existait des oubliettes de ce genre, et l'on dit que lui-même servait de bourreau à ses victimes, en pressant le ressort d'une trappe sur laquelle il les avait attirées.
Oudinot (Charles-Nicolas), duc de Reggio, maréchal de France, est né le 1 août 17C7, à Bar-sur-Ornain. En 1784, il s'enrôla dans le régiment de Médoc, le quitta au bout de quelques années, mais reprit du service quand éclata la révolution, et fut nommé, en 1791, chef de bataillon des volontaires de la Meuse. Il se distingua en septembre 1792, par une belle défense du château de Bitehe, et obtint le régiment de Picardie, dont le colonel venait d'émigrer.
Le corps des officiers allait suivre cet exemple : une harangue d'Oudinot les retint au poste de l'honneur. En juin 1794, attaqué près de Morlauter par 1 0,000 ennemis , il résista durant dix heures avec un seul régiment , opéra ensuite sa retraite sans être entamé , et , pour prix de cette conduite, fut fait général de brigade. Au mois de juillet suivant, il s'empara de Trêves par une manœuvre hardie , et y commanda jusqu'en août 1795. Passé alors à l'armée de la Moselle , il fut , en octobre , attaqué