‹ France Dictionnaire EncyclopédiqueChapitre 115 sur 434 · L'UNIVERS. PAIRS · texte numérisé non relu

L'UNIVERS. PAIRS

Sous la seconde race , le jugement par

flairs s'étendit même aux choses civies. Dans le royaume des Francs, dit Mathieu Pâris, nul ne peut être dépouillé d'un droit quelconque, si ce n'est par le jugement de ses pairs. Quitus in regno Francontm débet ab aliquo jure spoliari , nisi per judicium parium.

Comme nous tenons de le dire, le mot pair étant synonyme d'égal . dans son acception primitive , n indiquait ' point une dignité spéciale. Cependant on conçoit que du moment où ce mot fut appliqué à certains individus d'un ordre relevé, il ne put rester longtemps appliqué à d'autres , et dut finir par être employé exclusivement pour eux :

ce fut alors que la pairie fut constituée. La pairie dépendant de la noblesse du sang était personnelle; l'établissement des grands fiefs fit les pairies réelles, et les arrière -fiefs formèrent des pairies subordonnées ; il n'y eut plus de pairs relativement à la couronne du roi, que les barons du royaume , ou pairs de France; mais il y en avait bien plus de douze , et chaque baron , comme on l'a dit, avait lui-même ses pairs.

Les plus anciens pairs sont donc ceux auxquels on donnait cette qualité du temps de la première et de la seconde race , époque où la pairie était encore personnelle. On les appelait alors principes , primates , magnâtes, proceres , barones. Ces différentes dénominations se trouvent employées indifféremment dans plusieurs chartes et anciennes ordonnances, notamment d;ms un acte où Eudes , comte de Chartres, se plaignant au roi Robert, de Richard , duc de Normandie, se sert des termes de pair et de prince dans le même sens. L'origine de la pairie réelle remonte aussi loin que celle des fiefs; mais les pairies ne devinrent héréditaires que comme les fiefs auxquels elles étaient attachées , ce qui n'arriva qu'à la fin de la seconde race et au commencement de la troisième. Boullainvilliers prétend que, du temps de Hugues Capet, ceux qu'on appelait pairs de France n'étaient pas les pairs du roi, mais les pairs de Hugues Capet lui-même en tant que duc de France,

M. de Chateaubriand semble ne vouloir faire remonter la pairie qu'à cette époque. « Marquons, dit-il, le commencement de l'institution de la pairie ; les pairs avaient existé avant la pairie; dans l'origine, les pairs étaient des jurés qui prononçaient sur les différends advenus entre leurs égaux. La pairie prit un caractère politique quand les nefs se convertirent en biens patrimoniaux et héréditaires; les pairs du roi furent des seigneurs plus puissants que les pairs d'un comte ou d'un duc. Tous les systèmes qui placent l'origine de la pairie plus haut ou plus bas que le règne de Hugues Capet ne se peuvent soutenir.

« L'introduction de la dignité de la pairie favorisa l'élection des Capétiens. Il y avait sept pairs laïques : Hugues en était un ; les six autres pairs , dont les seigneuries relevaient immédiatement de la couronne, s'entendirent, comme aujourd'hui des électeurs s'entendent dans un collège électoral pour porter leurs voix sur leur compagnon.

La pairie se trouva ainsi réunie à la royauté, et il ne resta que six pairs de France. L'égalité était si complète «entre les pairs , que Hugues Capet ayant demandé à Adalbert gui l'avait fait comte , Adalbert lui repondit : « Ceux « qui t'ont fait roi. »

« Outre les pairs laïques , il y avait des pairs ecclésiastiques du ressort du trône, à la différence des autres seigneuries qui n'avaient point de pairs ecclésiastiques. On peut dire de la pairie, avant ses différentes dégénérations, qu'elle était une espèce de sénat de rois, ou plus exactement un conseil aristocratique supérieur à la royauté même.

Quand les pairs furent au nombre de douze, on les appela les douze compagnons, et Froissart les nomma frères du royaume de France. Les grands effets politiques de la pairie se virent dans le jugement de Jean sans Terre et du prince de Galles (*)• M

Il est évident, cependant, qu'avant Hugues Capet il existait des pairs, c'est-à-dire de grands seigneurs qui, comme nous l'avons dit plus haut,

(*) Chateaubriand , Études historiques, t. III, p. 297 etsuiv.

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