PAIRS FRANCE. PAIX
et un agent de change, on entrepreneur, un fournisseur, un médecin occupé , un avocat en renom, un chanteur célèbre, gagnaient par leur travail le produit de plusieurs majorât* et pouvaient éclipser par leur luxe le législateur héréditaire.
Néanmoins, l'opinion publique se préoccupa de cette tendance, mais sans s'en alarmer cependant ; ce fut bien plus un motif d'attaque et de haine contre le gouvernement qu'une sérieuse inquiétude de voir compromis par lui les principes delà révolution. Rien, du reste , dans la composition comme dans l'attitude delà chambre, ne pouvait justifier cette inquiétude. Malgré le prestige dont on avait cherché à l'entourer, la pairie pâlissait devant l'influence sans cesse croissante de la députât ion, qui, par son origine, se rattachait, sinon au peuple, du moins à la bourgeoisie, à ce tiers état, riche, éclairé, instruit , qui avait renversé le trône de Louis XVÏ, aidé à la chute de l'empire, et qui allait lutter contre la royauté restaurée, avec plus d'audace et de vigueur encore.
Comme pouvoir législatif, la pairie était considérée et traitée en mineure; comme cour judiciaire, elle était entourée de haine et d'impopularité. Le procès du maréchal Ney avait creusé autour d'elle un cercle de san^ dont la trace était ineffaçable , et l'opinion ne lui pardonnait pâs ; elle ne lui a pas pardonné encore ce sombre et douloureux sacrifice aux exigences de la réaction royaliste.
Un moment seulement l'opinion revint vers elle, mais c'était bien plus une tactique des partis qu'un entraînement véritable. C'était sous le ministère Villète. L'opposition avait perdu son point d'appui naturel dans la chambre élective, soumise aux intrigues ministérielles. Les libertés publiques étaient attaquées; la chambre des pairs résista, et des lois impopulaires furent rejetées par elle. Le ministère essaya , par une fournée de soixante et seize membres, de modifier cet esorit d'opposition; mais il succomba à la peine, et la chambre perdit bientôt jusqu'au reflet de cette popularité fugitive qui un instant avait accueilli ses décisions.
La révolution de juillet dispersa en trois jours toutes les créations si péniblement élaborées par le gouvernement déchu. L'hérédité de la pairie, les titres, les majorats, tout ce qui devait entourer d'un éternel prestige de fortune et de durée ce corps politique, disparut en un instant. Depuis , fa chambre des pairs a continué à fonctionner, comme par le passé, dans le mécanisme constitutionnel dont elle est l'un des trois grands rouages; mais, débordée plus que jamais, comme pouvoir législatif, par la chambre des députés ; incessamment modifiée dans son esprit par de nouvelles promotions; enfin, privée du principe d hérédité qui pouvait seul lui donner le moyen de contre-ba lancer réellement les deux autres pouvoirs de l'État , elle semble avoir perdu une partie de sa confiance dans sa force et dans son avenir.
Paix boiteuse ou mal assise. Voy.
Lo If JUMEAU.
Paix de Dieu. L'origine de la paix de Dieu remonte à l'an 994. A cette épooue, une peste effroyable dévastait le Périgord, r Aquitaine et le Limousin. I^s peuples effrayés se pressaient dans les églises pour implorer l'assistance divine. Les évéques exposaient les reliques des saints. Les seigneurs féodaux, enrayés à leur tour, résolurent de suspendre la guerre qu'ils se faisaient, afin de détourner la colère du ciel. Ils s'engagèrent à observer la paix et la justice, et a cesser les hostilités pendant certains jours de la semaine. Cette convention fut connue sous le nom de trêve de Diett, ou paix de Dieu. Les dispositions devaient en être strictement observées partout ; et, quoique beaucoup de laïques les repoussassent comme une restriction apportée à leur droit de guerre , elles trouvèrent chez tous les autres une entière adhésion. Enfin , lorsque dans
51 usieurs conciles, les papes leur eurent onné confirmation et extension, tout le monde fut forcé de s'y soumettre , ou du moins on ne put les enfreindre impunément
Lorsque, dans une province, un concile provincial avait établi ce que l'on nommait la paix Dieu , un diacre en donnait communication au peuple. Après avoir lu l'évangile , il montait en chaire