PAPAUTE FRANCE. PAPAUTÉ
qui Paraient accompagné élurent à sa place Gui, archevêque de Vienne, né à Quingey, et fils de Guillaume dit le Grand , comte de Bourgogne. Il prit le nom de Calliste II, et séjourna pendant un an et demi en France, où il tint plusieurs conciles.
Notre pays devint alors le refuge des papes persécutés. Un schisme s étant élevé à la mort d'Honorius, en 1130, Innocent II , chassé de Rome par son Tival Anaclet , se retira en France , où le concile d'Étampes, sur l'avis de saint Bernard , le reconnut pour pape légitime, décision qui entraîna les souverains de toute l'Europe, à l'exception de David , roi d'Ecosse , et de Roger, roi de Sicile. Du reste, il faut le dire, le véritable pape à cette époque était saint Bernard , qui exerçait sur l'Europe entière une immense influence.
Cependant Innocent II ne se montra pas très-reconnaissant envers le roi de France. Il s'éleva entre eux, en 1141, une querelle au sujet de l'archevêché de Bourges. Ce siège important était devenu vacant, et , tandis que Louis présentait au chapitre le clerc qu'il destinait à remplacer le prélat défunt, Innocent II disposa du siège en faveur de Pierre de La Châtre. « Louis VII , dit M. de Sismondi , éprouva une violente colère en apprenant cette usurpation de la cour de Rome ; il jura qu'il ne permettrait jamais à La Châtre de prendre possession de l'archevêché , et il le força à chercher un refuge chez Thibaud, comte de Champagne. Dans cette occasion , il ne s'agissait plus des libertés de l'Église, mais plutôt des usurpations de la cour de Rome ; aussi les plus zélés défenseurs des premières , saint Bernard, abbé de Clairvaux, et Pierre le Vénérable , abbé de Cluny, commencèrent à intercéder pour le roi. Cependant le pape fulmina contre Louis une bulle par laquelle il soumit à J'interdil tous les lieux où le prince viendrait à résider. Malgré le dévouement de la maison des Capets à l'Église, ou peut-être justement a cause de ce dévouement, aucune ne fut plus souvent frappée des censures ecclésiastiques. Pendant trois ans, Louis le Jeune ne put entrer dans aucune ville, dans aucun château, ou aucune bourgade,
sans que le service divin tût aussitôt suspendu. »
Du reste, Louis VII ne put se réconcilier avec Innocent II, car ce pape mourut en 1143; mais son successeur se montra moins inflexible. • Le roi, dit l'auteur de la chronique de Morigni , lui envoya des députés pour traiter avec lui, et il obtint tant de sa douceur, qu'en leur présence et devant tous ces nobles qui fréquentent Rome , il leva la main avec bonté , et étant debout, fit le signe de bénédiction du côté de la France, et lui donna l'absolution de l'interdit prononcé contre elle. »
Depuis Célestin jusqu'à Innocent III, deux papes, Eugène III et Alexandre III, cherchèrent encore un refuge en France ; l'un en 1 147, l'autre en 1 162.
Phi lippe- Auguste avait répudié Ingeburge, et son divorce avait été approuvé, en 1193, par le concile de Compieiiiie; Célestin II cassa cette sentence en 1 196, et son successeur, Innocent III, alla plus loin encore; il enjoignit à Philippe- Auguste de reprendre Ingeburge et de chasser Marie, qu'il avait épousée; en même temps il ordonna aux rois de France et d'Angleterre de mettre fin à leurs guerres, et de réunir leurs forces pour aller défendre la terre sainte.
Philippe et Richard conclurent™ effet une trêve de cinq ans, en 1199. Mais le premier ne consentit point à reprendre Ingeburge. Alors un concile assemblé à Vienne, par ordre d'Innocent III, frappa d'interdit toutes les terres de la domination de Philippe - Auguste , défendant d'y exercer aucune autre fonction du culte que le baptême des petits enfants et l'extrême onction des mourants. Les croisés furent seuls exceptés de l'interdit, qui, malgré les pressantes sollicitations de Philippe , ne fut levé qu'au bout de huit mois; un nouveau concile fut assemblé à Soissons en 1201, et Philippe , lassé enfin des tracasseries de tout genre auxquelles il était en butte, prit une résolution soudaine et inattendue , déclara qu'il reprenait sa femme, dont il ne voulait plus se séparer, et trouv.i ainsi moyen de se soustraire complètement à l'autorité du pape. Cet événement fut considéré comme une victoire par les amis du roi, et comme un affront par