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PAPAUTÉ FRANCE. PAPAUTÉ 8J

par la bulle suivante : « Séduit par un < conseil malicieux, tu as rendu une or- « donnance qui attaque par ses inten- « tions la liberté ecclésiastique , enlève « à ceux qui ne sont pas nés dans ton « royaume la faculté d'y demeurer ou « d'y exercer leur commerce, et cause « beaucoup de dommage et d'oppression « à tes sujets comme aux étrangers.

« Leur amour accoutumé pour toi s'en t est refroidi, et ce n'est pas une petite « perte pour un roi que celle du cœur de

- ses sujets. Si ton intention a été d'at- « taquer nos frères et nous, leurs biens « et les nôtres , par cette prohibition, « ce serait non-seulement une impru- « dence, mais une folie, que de vouloir « étendre les mains téméraires à des « choses sur lesquelles les princes sécu- « liers n'ont aucun pouvoir, et tu tom- « berais sous la sentence d'exeommu- « nication. Vois, mon fils, ou tes eon- « seillers t'ont amené. Ce n'était pas la « conduite de tes aïeux, qui furent tou- « jours si dévoués au saint-siége. Au res-

- te, nous n'avons pas statue que les * clercs de ton royaume ne t'aideraient « pas dans tes besoins pour la défense de « la France, mais qu'ils le feraient avec « notre permission, et cela à cause des « exactions intolérables quêtes officiers « ont exercées sur les personnes tant re- « ligieuses que séculières. Si une grande « nécessite menaçait ton royaume , si « cher à l'Église, le saint-siége étendrait « sa main jusqu'aux croix et aux calices « plutôt que de le laisser périr. Nous « exhortons donc ta sérénité royale à ■ recevoir avec respect les remèdes « que t'offre la main paternelle, et à « corriger ton erreur. Conserve notre « bienveillance et celle du saint-siége, « et ne nous force pas à recourir à des « moyens inusités , que nous n'emploie- « rions que maigre nous, alors que nous « y serions réduits par la justice. »

« Ce langage était rude et hautain , dit M. Lavallee, mais il n'avait pas la violence despotique de celui de Grégoire VII ou d'Innocent III. On était habitué à ces âpres sermons dans la bouche des pontifes, et la bulle de Boniface ne sembla étrange qu'à Philippe et à ses hommes de loi. Le pape avait toutes les ambitieuses présentions de ses prédécesseurs; mais, plus qu'eux tous, il man-

quait de foi dans la légitimité de ces prétentions ; il sentait qu'elles étaient en désaccord avec les besoins et les opinions du temps, et il voyait les résistances de jour en jour plus grandes et plus nombreuses. Cette conviction le rendait Irrésolu , et l'empêchait de poursuivre avec opiniâtreté ce qu'il avait commencé avec audace; et les modifications qu'il se hâtait de mettre à des prétentions orgueilleuse ment énoncées , ressemblaient à des rétractations, et lui donnaient un air de faiblesse maladroite.

D'ailleurs la papauté était habituée a aimer la royauté française, et n'avait jamais trouvé dans elle que fidélité et dévouement, et c'était chose tellement insolite qu'un désaccord entre ces deux puissances , que Boniface s'empressa d'expliquer sa bulle, dès qu'il sut le mécontentement de Philippe , déclarant qu'il ne prétendait nullement empêcher le clergé, ni de faire des dons au roi pour la nécessité du royaume , ni de rendre à la couronne les services qu'il lui devait. Il continua d'accorder toutes ses faveurs à la maison de Frauce en Italie; et, pour mieux lui témoigner son amour, il mit solennellement Louis IX au rang des saints ("). »

Mais l'orgueilleux Philippe avait conçu le plus vif ressentiment des reproches du pape ; il ne pouvait souffrir qu'un homme eût le droit de se mettre entre lui et ses sujets ; il chercha donc à se débarrasser de cet importun défenseur de la morale publique, et à constituer la royauté aussi indépendante et maltresse en face de l'Église qu'en face de l'aristocratie. Il fit répondre au pape par ses légistes que le gouvernement temporel appartenait aux rois et qu'ils étaient au-dessus de tous les pouvoirs vivants. Mais il suspendit ses exactions contre le clergé, le pape modifia ses prétentions, et les deux pouvoirs semblèrent réconciliés.

Cependant le clergé fut bientôt encore l'objet de vexations financières; le pape ne cessa pas de s'en plaindre, mais il n'en restait pas moins l'ami des Français, et se rendait odieux en Italie par sâ partialité pour eux. 11 donna à

H Uvallée, Hist. des Français, t I, p. 486 et suiv.

PAPAUTÉ

Charles le Boiteux l'appui de Jacques , roi d'Aragon , contre le frère même de celui-ci , Frédéric , que les Siciliens avaient appelé au trône ; il tourna à la maison d'Anjou ses deux plus grands ennemis, Jean Procida et Roger de Loria ; il donna le trône de Hongrie au »

fietiMils de Charles le Boiteux, malgré es Hongrois eux-mêmes, qui avaient élu André le Vénitien; enfin il nomma Charles de Valois, duc de Spolète , capitaine général de l'Église, vicaire de rejrtpereur en Italie et pacificateur de la Toscane, et lui promit de l'aider à monter sur le trône impérial , dont il déposséda Albert d'Autriche, meurtrier d'Adolphe de Nassau et excommunié.

En favorisant ainsi la maisonde France, Boniface n'avait qu'un but, la grandeur de l'Église , et il souffrait de ne pas trouver en Philippe un fils soumis et un instrument docile. Une dissension entre la papauté et la royauté française était chose étrange et pour ainsi dire intestine ; et dès que la lutte s'engagerait entre deux pouvoirs qui s'étaient toujours mutuellement soutenus , on

Couvait prévoir que la papauté succomerait, puisqu'elle combattait contre son appui matériel, alors que sa force d'opinion était ébranlée. Boniface sentait le danger; mais il ne pouvait garder un silence coupable, lorsqu'il voyait les droits de l'Eglise attaqués même par son fils aîné ; d'ailleurs il n'avait ni douceur ni modération dans le caractère , et , malgré les périls de cette sorte de guerre civile, il se résolut à la soutenir désespérément, et à mourir sur les débris du grand édifice fondé par Grégoire VII

La querelle, en effet , ne tarda pas à prendre un caractère d'aigreur qu'elle n'avait pas encore eu, et elle s'envenima encore davantage lorsque Boniface eut envoyé pour légat en France, en 1301, Bernard Saissetti , évêque de Pamiers.

Nous ne nous étendrons pas davantage sur la suite de ces démêlés que nous avons racontés ailleurs (voyez les Annales, tome Ier, p. 199), et qui donnèrent lien à la première assemblée des états généraux ( voy. ces mots ). Nous nous bornerons à dire qu'après des mesures de plus en plus violentes prises par les deux adversaires, Guillaume de .Noga-

ret fut envoyé à Anagm, séjour du vieux pontife, à la tête d'une troupe d'aventuriers et de seigneurs mécontents; qu'il pénétra dans la ville la veille du jour où Boniface devait publier une bulle qui déposait solennellement Philippe, et donnait son royaume à Albert d Autriche ; que la maison du pape fut forcée, et que Nogaret l'arracha à grand'peine à la fureur de Sciarra Colonna.

Boniface, prisonnier et privé de nourriture pendant trois jours, fut enfin délivré par le peuple soulevé, et retourna à Rome, ou il mourut peu de temps après (1303).

Il eut pour successeur Benott XI, qui mourut en 1304 , après avoir, dès le commencement de son court pontificat , rétabli dans ses dignités la famille des Colonne, que protégeait la France, et relevé Philippe le Bel et son royaume des censures ecclésiastiques. Après lui le saint-siége fut vacant pendant onze mois , au bout desquels . grâce aux intrigues de Philippe le Bel , on élut le Français Bertrand de Goth , qui prit le nom de Clément V. Ce pape ne fut qu'un instrument docile entre les mains du roi de France, auquel il accorda la destruction des Templiers (voyez ce mot). Il vint, en 1309, fixer sa résidence à Avignon, où ses successeurs, au nombre de sept, tous Français et nés dans le midi du royaume , résidèrent pendant soixante et dix ans. Ce séjour de la papauté en France fut appelé par les Italiens la captivité de Babylone.

Il y eut un seul point sur lequel le pape crut devoir desobéir à Philippe.

Pour le détourner de poursuivre la mémoire de Boniface, il avait assigné le royaume de Navarre à Louis, son fils aîné, et le royaume de Hongrie à Charobert, petit-fils de Charles le Boiteux. Lorsqu'à la mort de l'empereur Albert, le roi lui demanda de faire obtenir la couronne impériale à son frère Charles de Valois, Clément le promit; puis, effrayé du danger qui devait menacer TÉglise, si la maison des Capétiens, déjà maîtresse des trônes de France , de Naples , de Navarre et de Hongrie, obtenait encore le trône impérial , il écrivit aux électeurs une lettre en faveur de Charles de Valois,

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mais en y joignant un bref secret, dans lequel il* les dissuadait de choisir un prince français. En effet, les intrigues de Philippe* échouèrent. (Voyez Empire d'Allemagne.)

Pour les successeurs de Clément V, voyez Jean XXII, BBifofT XII , Clément V, Innocent V, Urbain V et Grégoire XI, tous papes français.

La papauté, qui avait été si longtemps asservie à la maison des Valois, chercha enGn à secouer cette domination qui la conduisait à une ruine inévitable. En 1367, Urbain V, malgré les instances des cardinaux et du roi de France, Charles V, quitta la France et retourna à Rome, où il entra au milieu des acclamations du peuple entier; mais bientôt les troubles dont l'Italie était le théâtre, le dégoûtèrent du séjour de la ville éternelle, et il revint mourir en France. Son successeur Grégoire XI , se voyant sur le point de perdre l'État de l'Église alors en pleine insurrection, et pressé par l'opinion publique, résolut enfin de reporter le saintsiége à Rome. Les cardinaux et Charles V s'y opposèrent en vain ; en vain on publia une foule d'écrits pour légitimer le séjour des papes en France, le pays le plus chrétien, « la fontaine de

■ la foi , le royaume où l'Église a plus « de voix et d excellence qu'en tout le

■ monde; » Grégoire n'en persista pas moins dons sa résolution ; il se rendit à Rome et y mourut. .

Sa mort, arrivée en Italie, rendit pour ce pays l'élection d'un pape une affaire nationale. Seize cardinaux entrèrent en conclave le 7 avril 1378; onze d'entre eux étaient Français. Mais, effrayés par les clameurs du peuple qui envahit leur palais, et les menaça « de faire leurs té- « tes plus rouges que leurs chapeaux, » ils élurent , le 8 avril , Barthélémy Prignani, évéque de Bari, qui prit le nom d'Urbain VI. Il était sujet des rois de Naples, mais avait passé la plus grande partie de sa vie en France. A peine fut-il consacré, qu'il s'aliéna tous les cardinaux par sa violence et son despotisme.

Ils abandonnèrent sa cour ; et, cinq mois après son élection, ils se retirèrent à Anagni , mirent dans leur parti le préfet de Rome et le commandant du château Saint- Ange , firent venir des com-

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