PAPAUTÉ L'UNIVERS. PAPAUTÉ
suivis par lui, se réfugièrent en France et y furent accueillis par Mazarin, qui autorisa les autres membres de leur famille restés à Rome à se déclarer Français. Ceux-ci , en effet , firent arborer les armes de France 6ur la porte de leurs hôtels; mais Innocent X s'indigna de cette prétention, et fulmina une bulle , non pas seulement contre les Barberini, mais contre tous les cardinaux qui s'absenteraient de Rome sans la permission du pape, en les déclarant déchus du droit d'assister au conclave. Mazarin , que cette bulle attaquait, consulta plusieurs membres du clergé, du parlement et de la Sorbonne, et trouva chez eux des dispositions favorables. L'avocat général Orner Talon déféra cette bulle à la cour suprême par un appel comme d'abus; il la dénonça comme vicieuse dans la forme , puisqu'elle émanait du pape seul, et non du pape assisté du conseil des cardinaux ; puisque , de plus, elle dérogeait aux canons et aux décrets des conciles, droit que l'Église gallicane ne reconnaissait point au pape. Il la regardait également comme abusive quant au fond, puisqu'elle enlevait aux souverains étrangers leur droit reconnu sur leurs sujets , et que sa conséquence inévitable serait d'engager tous les États à exclure les cardinaux des fonctions publiques. Le parlement déclara légitime l'appel comme d'abus; et le ministre ayant pris la résolution d'envoyer des forces considérables en Italie, le pape fut obligé de se réconcilier avec les Barberini.
Ce pontife mourut le 7 janvier 1655, après avoir, au mois de mai précédent, condamné les cinq fameuses propositions que l'on disait extraites du livre de Jansénius. Il fut remplacé par le cardinal Cliigi, qui s'était déclaré l'ennemi de la France au congrès de Munster. Mazarin avait d'abord voulu prononcer l'exclusion contre lui-, mais il n'avait pas tardé à se désister de son opposition , redoutant peu le caractère de ce pontife , qui était maximus in minimis, minimus in maximis, comme disait Pasquin. Mais il ne laissa pas échapper l'occasion de lui montrer son mauvais vouloir, et il l'humilia profondément en l'excluant des négociations
pour la paix des Pyrénées. Aussi les dispositions réciproques des deux puissauces devinrent-elles bientôt fort peu bienveillantes.
Sur ces entrefaites, le duc de Créqui fut nommé ambassadeur à Rome (1662).
Avant de partir de Paris, il ne fit point de visite au nonce , parce que celui-ci avait refusé de donner chez lui la main , c'est-à-dire la place à droite, aux ducs et pairs. Il fit son entrée à Rome sans solennité, et ne reçut, ne rendit aucune visite.
Quelque temps après, la police de Rome fit quelques arrestations de prévenus à peu de distance du palais Farnèse, où logeait le duc de Créqui, qui, considérant comme une partie de ses franchises de ne permettre aucun exercice de la justice romaine dans le voisinage de son palais , encouragea les aventuriers et les spadassins qu'il avait amenés à sa suite a prendre querelle avec les sbires de la patrouille, toutes les fois qu'ils les rencontreraient, et à les battre. Les sbires étaient appuyés par un corps de deux cents Corses. La caserne de ceux-ci était très-rapprochée du palais Farnèse, où habitait le duc de Créqui , de sorte que chaque jour il y avait quelque combat entre les gens de l'ambassade et les soldats du pape. Enfin, le 20 avril, une rencontre, qui eut lieu entre trois Français et trois Corses , dégénéra en véritable bataille : toute la livrée du maréchal de Créqui ayant pris les armes et repoussé les Corses jusqu'à leur caserne, la mêlée devint générale ; le carrosse de l'ambassadrice, qui rentrait en ce moment , fut arrêté ; un de ses pages fut tué; enlin la nuit termina le combat.
Aussitôt Créqui, refusant comme peu satisfaisantes les satisfactions qu'on lui offrait, et repoussant la médiation de la reine de Suède et de l'ambassadeur de Venise , sortit de Rome et se retira en Toscane.
A ces nouvelles, Louis XIV demanda au pape, par une lettre très- impérieuse, une éclatante satisfaction ; puis, voyant que le pape ne voulait pas lui accorder les réparations qu'il exigeait, il fit prononcer par le parlement de Provence, le 26 juillet 1663, la réunion d'Avignon