PASQUIER
contre tous venants, à pied et à cheval.
Ces jeux militaires, dans lesquels, de même que dans les tournois , ne pouvaient figurer que des gentilshommes de nom et d'armes , furent , ainsi que ces derniers, remplacés par les carrousels. Ils étaient extrêmement périlleux, car on y combattait souvent à fer émoulu, et par conséquent , souvent on emportait de la lice, des blessés et des morts. Aussi, un envoyé du Grand Seigneur, qui vint en France, sous le règne de Charles VII , et qui assista au spectacle qu'offraient les amusements de la noblesse , disait-il avec beaucoup de raison, que si c'était tout de bon , ce n'était pas assez, et que si c'était un feu, c'était trop.
Pas-de-Calais (département du).
Ainsi appelé du détroit du même nom qui le sépare de l'Angleterre, ce département correspond a une portion de l'ancien Artois et à une portion de la Picardie. C'est un de nos départements maritimes. Il est borné au nord par le pas de Calais; à l'est par le département du Nord ; au sud par le département de la Somme; à l'ouest par la Manche. Sa superficie est de 655,445 hectares, dont 492,375 sont en terres labourables ; 46,210 en prairies; 43,107 en bois et forêts; 21,853 en vergers, pépinières, jardins; 18,846 en landes, pâtis et bruyères , etc. Son revenu territorial est évalué à 32,300,000 fr. La somme des impôts directs qu'il a payés à l'Etat en 1839, est de 4,111,838 fr., dont 2,983,863 de contribution foncière.
Les rivières navigables de ce département sont la Scarpe, la Lys, l'Aa, la Canche et l'Autbie. Il possède en outre plusieurs canaux, dont les plus importants sont ceux de Saint-Omer, de JNeuf- Fossé, de la Marck et de la Bassée. Ses grandes routes sont au nombre de vingtnuit, dont treize royales et quinze départementales. Il possède six ports de mer: Boulogne, Calais, Ambleteuse, EtapJe, Vimereux et VVissant.
il est divisé en 6 arrondissements , dont les chefs-lieux sont : Arras, cheflieu du département, Béthune, Boulogne, Montreuil , Saint-Omer et Saint- Pol. Il renferme 43 cantons et 903 communes. Sa population est de 664,654 habitants , parmi lesquels on compte
4,337 électeurs, représentés à la
bre par 8 députés.
Ce département forme le diocèse épiscopal d'Arras , suffragant de l'archevêché de Paris. Il est compris dans le ressort de la cour royale de Douai, et dans celui de l'Académie de cette même ville. Il fait partie de la 16* division militaire , dont Lille est le cheflieu, et de la 7* conservation forestière.
Le département du Pas-de-Calais compte parmi les hommes remarquables qui ont vu le jour sur son territoire , l'abbé Suger , et un autre abbé d'une célébrité oien différente , l'abbé Prévost ; dans des temps plus modernes, Robespierre, Daunou, M. Sainte- Beuve, etc.
Pasquier (Etienne). Né à Paris, en 1529, entra au barreau, après avoir fait les plus fortes études de droit; mais, malgré l'immense savoir et le talent oratoire qui lui ont donné place parmi les jurisconsultes et les avocats les plus illustres du seizième siècle, il attendit longtemps la clientèle. Ne la voyant point venir, quoiqu'il fût assidu à se promener en robe chaque jour au Palais, il s'enferma dans son cabinet et n'en sortit que lorsque la célébrité que lui donna tout d'un coup la publication d'un grand ouvrage, fruit de ses loisirs forcés, lui eut envoyé de nombreux clients ; nous voulons parler de ses Recherches sur la France. Bientôt sa lutte contre les jésuites mit le sceau à sa réputation. Les bons pères s'étaient tout doucement glissés dans l'État , et prétendaient supplanter l'université dans l'enseignement de la jeunesse. (L'on voit que la rivalité de ces deux corps date de loin .) L'affaire fut portée devant le parlement, et ce fut Pasquier que l'université désigna pour son défenseur.
Il déploya dans son plaidoyer des connaissances immenses, en droit, en philosophie, en histoire; il montra le danger de confier l'éducation de la jeunesse aune société qui veut, avec des règles particulières et des statuts secrets,vivre au sein d'une autre société établie sur des lois qui doivent nécessairement s'étendre à tous. L'université eut momentanément gain de cause; carie parlement ne se prononça point , et laissa les parties en état. Plusieurs autres grands
PASQUIER L'UNÏTEItS. PASQUIEB
procès, un, entre autres, delà ville d'Àngoulême contre le, roi, qui avait donné cette vi|le à son frère , confirmèrent et ,randirent la réputation de Pasquier.
Vattaqua pas seulement les jésuites au barreau ; il soutint contre eux , la plume à la main, la plus vive des polémiques, qui ne se termina que lorsque, après la teutative d'assassinat de Jean ChAtel, instrument fanatique des jésuites, ces derniers furent pour un temps chassés de France. On a encore de Pasquier d'autres ouvrages, parmi lesquels on remarque le Monophite, le Pourparler du prince, le Catéchisme des jésuites, le Manifeste, etc.; et dans tous éclatent une vaste érudition et un grand amour de la vertu et de la patrie. Ses œuvres complètes, publiées a Tréveux, en 1723, forment 2 vol. in-fol.
En 1579, Étienne Pasquier suivit la commission du parlement qui allait à Poitiers tenir les grands jours; en 1585, Henri III le nomma avocat général à la chambre des comptes. En 1588, il fut député aux états généraux de Blois; après l'assassinat de Henri III, attaché à la cour de Henri IV, il siégea à Tours avec les magistrats qui refusèrent d'embrasser le parti de la Ligue, et ce fut lui qui fut chargé de prononcer le discours d'ouverture. En 1603, il se démit de sa charge d'avocatgénéral, 8n faveur de son nls aîné , Théodore Pasquier, et se retira à la campagne, où il termina sa vie, en t615.
Sa correspondance, pleine d'érudition, d'esprit et de finesse, est un monument
firécieux pour la littérature et pour histoire du temps de la Ligue.
£/tenn€-Z)e/u.vpASQBiER,de la même famille que le précédent, est né a Paris, en 1767, d'Étienne Pasquier, conseiller au parlement de Paris, qui fut condamné à mort par le tribunal révolution-
Ïiaire, en 179-1. Il fit ses études à Juilly; ut pourvu, peu de temps après sa sortie du collège, d'une charge de conseiller au parlement de Pans ; fut arrêté en 1794; mais sa captivité ne fut pas longue; enfermé à Saint-Lazare quelques jours avant la révolution de thermidor, le triomphe deTallien et de son parti le rendit à la liberté.
Sous l'empire, M. Pasquier devint, sur la présentation de I a rchi chance-
lier Cambacérès , maître des requêtes
au conseil d'État; et, peu de temps après , son aptitude aux affaires et son assiduité aux travaux du conseil le firent nommer conseiller d'Etat, puis procureur général du sceau et des ti très.
Après la disgrâce de Dubois, qu'avait amenée l'incendie du palais de Swartzemberg; ministre d'Autriche, M. Pasquier le remplaça comme préfet de police. Il occupait' encore ce poste quand éclata la conspiration de Mallet. L'on sait que l'hôtel de la préfecture fut euvahi a six heures du matin par Boutreux, nommé préfet de police par le chef du complot ; que M . Pasquier fut enlevé et jeté dans la prison de la Force, où il reçut bientôt des compagnons, et d'où ils 'furent tirés aussitôt que le gouvernement , revenu de sa surprise, eut arrêté Mallet et ses complices. Toutefois, la surveillance politique appartenant alors au ministre de la police générale du royaume et non au préfet de police de Paris, la conduite de M. Pasquier ne fut pas sévèrement jugée par l'empereur, et il ne fut point destitué.
Il conservait encore sa place quand les armées coalisées parurent devant Paris. Jusqu'ici la conduite de M. Pasquier a été à peu près irréprochable; I a-telle été depuis? Il se lia au pian de Talleyrand , qui préparait la restauration , c'est-à-dire la chute de Napoléon, son bienfaiteur, et auquel il avait prêté serment de fidélité et de dévouement; il se mit en communication avec les généraux ennemis prenant possession de la capitale de l'empire. On dit, pour justifier M. Pasquier, qu'il recevait l'impulsion et ne la donnait pas. Cela est possible; mais il aurait dû se retirer et ne tremper en aucune façon dans les intrigues de ceux qui livraient la France à l'étranger. Du reste , le jugement de l'histoire sur M. Pasquier, à cette époque , sera le même qu'elle portera sur Talleyrand et sur tous ceux qui oublièrent si facilement les intérêts de la patrie pour ne s'occuper que de leurs intérêts particuliers, avec cette différence, cependant, que l'on n'oubliera pas que Talleyrand et beaucoup de ses complices avaient eu à se plaindre de Napoléon, tandis que M. Pasquier avait tou-
PASQC.ER
/oors eie 6i erau encore comDie oe ses
faveurs.
Ce qui prouve, du reste,que Faction de M. Pasquier, dans ces tristes journées de l'occupation de la capitale par les ennemis de la France, fut moins passive qu'on ne le dit , c'est que la restauration s'empressa de lui donner en échange de la préfecture de police, dont il se démettait volontairement, la direction générale des ponts et chaussées.
Au 30 mars 1815, M. Pasquier se retira, et il resta sans fonctions pendant les cent jours.
Au retour de Louis XVIII, il se mit à la queue des hommes revenus de Gand , offrit ses services au roi , fut nommé garde des sceaux dans le premier ministère Talleyrand, et occupa quelque temps l'intérim du département ae l'intérieur. Ce poste était difficile ; il le remplit aussi bien que possible , c'est-à-dire avec autant de modération que le comportaient les exigences des émigrés et des vainqueurs de Waterloo, les uns et les autres avides de vengeances et altérés de sang. Mais pourquoi l'avoir accepté? Et quels furent, du reste, les résultats de ce passage de M.Pasquierau ministère de l'intérieur?
S'il s'efforça, comme on le prétend, de diriger les 'élections dans un sens modéré, qu'obtint- il en définitive? La chambre ardente \ la chambre de 1815, la chambre aux catégories. Certes, ici, si ses intentions furent exemptes de reproche, son habileté, on l'avouerai fut bien en défaut.
Tallevrand étant tombé devant la chambre introuvable, M. Pasquier subit le sort de son patron ; il donna sa démission. Mais il resta peu de temps éloigné du pouvoir. En 1817, le duc de Richelieu lui rendit les sceaux. Dans l'intervalle, il avait été nommé président de la commission des créances étrangères , et s'était acquitté de ces fonctions avec désintéressement et probité. Le département de la Seine l'avait nommé député ; la chambre l'avait élu son président, et c'était de ce dernier poste qu'il était rentré au ministère.
Il fit voter la loi qui suspendait, jusqu'au ln janvier 1818, la liberté de la presse périodique ; et quand le duc de Richelieu, de retour du congrès d'Aix-
IcE. piétytttèi Ht
la-Chapelle, résolut de modifier H loi
d'élection, que sort cabinet avait fait adopter, M. Pasquier se rangea de son avis , et donna , comme lui , sa démission. Quand le ministère Dessole fut tombé à son tour par la défection de M. Decafces , qui arriva alors à la présidence du conseil et forma un nouveau cabinet, M. Pasquier fut appelé à en faire partie. Ces deux hommes devaient en effet s'entendre; leur position était la même ; tous deux, transfuges de la cause libérale , avaient passé dans le camp ennemi. Cette fois, M. Pasquier ne reprit point les sceaux; il reçut le portefeuille des affaires étrangères, et quand , bientôt après, l'assassinat du duc de Berrl eut renversé M. Decazes et reporté le duc de Richelieu à la direction des affaires, M. Pasquier sut si bien accommoder sa souple politique à celle de la nouvelle administration qu'il conserva son portefeuille. Orateur du ministère, il fit des prodiges d'éloquence pour faire voter l'aristocratique loi d'élection de 1820; ministre des affaires étrangères^ il vit éclater les révolutions de Naples et du Piémont, et s'associa ou du moins résista bien mollement à la politique dé la sainte alliance. Mais en 1821, il fit eucore volte-face; il revint aux idées libérales, et exprima avec une grande énergie sa profonde antipathie pour les ultras. Ces derniers firent alors de plus puissants efforts pour renverser le ministère et pour le remplacer. Ils y réussirent; mais, quand ils furent maîtres du pouvoir, M. Pasquier se trouvait à l'abri de leurs vengeances: depuis quelques mois il avait été nommé pair de France.
AU Luxembourg, M. Pasquier prit place parmi les royalistes constitutionnels; il parla et vota contre le droit d'aînesse, contre la création du 8 pour cent, contre la loi du sacrilège, et, en général, contre toutes les mesures réactionnaires du ministère de Villèle, dont Il se montra constamment l'ardent et redoutable adversaire.
Quand se forma le ministère Marti gnac, il fut question de lui offrir le portefeuille des affaires étrangères; mais Charles X s'opposa à son entrée au conseil.
Après la révolution de juillet, M. Pas-