PEINTURE FRANCE. PEINTURE
breuses productions de leur pinceau élevèrent l'école française au rang qu'elle devait occuper. Nous avons dit, en retraçant la vie de ces deux hommes, quel fut le genre de leur talent, la différence qui existait entre le style pompeux et grandiose de Lebrun, et la manière plus simple, mais peut-être plus profonde et plus vraie de Lesueur. Nous ne répéterons pas ce que nous avons dit ailleurs; mais Lebrun peut être considéré comme celui qui à cette époque a résumé le mieux le caractère de l'école française. A l'exception de Lesueur, tous les élèves de Vouet furent éclipsés par lui. Dufresnoy et Mignard, malgré un talent vrai, ne peuvent aller de pair avec ce peintre du grand roi , qui , échauffé et par l'amour de son art et par le spectacle continuel de la majestueuse cour de Louis XIV, jetait sur la toile, avec une richesse sans égale , les hauts faits d'Alexandre, ou représentait, sous les traits du dieu de la lumière, Louis XIV foulant aux pieds les rois de l'Europe, sous la figure des dieux de l'Olympe.
Lesueur n a laissé qu'un élève qui soit sorti de la foule, Colombel, de qui le Musée possède un tableau, où l'on retrouve encore des qualités du maître, la simplicité et l'expression. Lebrun avait formé Jouvenet et Lafosse, qui tous deux , marchant sur les traces de leur maître, conservèrent sa manière large et grande. A côté d'eux, Bourguignon, le peintre de batailles, Lemoine, les deux Corneille, Boullongne, se recommandaient par des qualités éminentes, tandis que Claude Lorrain donnait ses paysages, remarquables a un autre titré, il est vrai, que ceux du Poussin:
ce n'était plus le grandiose de ce maître; mais un coloris vrai et brillant, une imitation heureuse de la nature, mettent encore les tableaux de Claude Lorrain au rang des chefs-d'œuvre; enfin Valentin, N. Covpel, Parrocel, Largillère, Lahyre, Stella, complètent cette brillante phalange des peintres de l'école française au siècle de Louis XIV.
Si l'on veut rechercher le caractère distinctif de cette école, on y trouve l'influence inévitable du grand roi , qui poussait le sentiment de la grandeur parfois jusqu'à l'excès, et faisait sou-
vent dégénérer la majesté et la noblesse en pompe théâtrale. Ce siècle est celui de la peinture héroïque par excellence; cet art y a un caractère grandiose qui lui sied bien; mais, si on peut lui faire un reproche, c'est d'avoir trop sacrifié à l'apparat, à l'effet, et de n'avoir pas mis dans ses productions ce qu'on trouvait, par exemple, dans les œuvres du Poussin et dans celles de Lesueur, la pensée morale, la pensée philosophique, qui donne aux œuvres de l'art une si grande influence.
Pendant le dix-huitième siècle , la peinture subit, comme tous les arts, l'influence des mœurs et des idées du temps; on laissa de côté les grandes
Eeintures, les sujets héroïques ; il semlait que l'art fût fatigué en quelquesorte de cette grandeur parfois exagérée et de commande, à laquelle on l'avait soumis pendant le siècle précédent. On voulut revenir à des sujets plus simples; mais alors, n'étant pas soutenue par une idée morale, la peinture passa d une affectation dans une autre. On accusait le siècle précédent d'une grandeur roide et guindée; dans celui-ci, on tomba dans l'afféterie. Boucher fut le type de ce genre; on le portait aux nues'; c'était le peintre des Grâces, disait-on ; et en effet il est quelquefois gracieux, mais il l'est toujours sans noblesse et sans élévation. Une fois entrée dans cette voie de décadence, la peinture nes'arréta plus. Elle eut pour interprètes Vanloo, dont le nom est pour les artistes le synonyme de mauvais goût; \Vatteau, Natoire, Lancret et Detroy, tous imitateurs de Boucher, mais moins naturels encore et plus communs que lui. Qu'on cherche quelque grande pensée dans les œuvres de cette école ! Quels sujets leurs pinceaux se plaisaient-ils à reproduire?
des scènes galantes! mais aussi quelle peinture! ni composition, ni dessin, ni couleur !
Heureusement, les idées philosophiques, qui commençaient à remuer les esprits, vinrent sauver notre école d'une ruine complète; et à côté de ces peintres de boudoir s'élevèrent des artistes consciencieux qui ne tardèrent pas a arrêter l'école française dans cette voie déplorable ; ce furent, à côté de Vernet, que son genre de peinture avait toujours