PÉTHION FRANCE. PÉTHION
l'unité du corps législatif, et refusa au roi le droit d'interpréter la loi. Ainsi amoindrie, resserrée, la royauté n'était plus dans l'État qu'une fonction secondaire, et c'était trop encore aux yeux de Péthion.
La vente des biens du clergé, la suppression des corporations religieuses et des ordres monastiques , l'égalité de partage pour les successions nobiliaires, toutes les mesures enfin qui avaient pour objet de réagir contre le passé, de détruire les éléments d'un ordre de choses incompatible avec les intérêts de la démocratie, furent appuyées par Péthion avec un courage infatigable, avec une éloquence grave et calme, qui ralliait à sa parole ceux même qu'éloignait l'exagération de ses principes. Dans la question dn droit de paix et de guerre, il s'éleva à des considérations qui frappèrent l'Assemblée; ce n'était pas seulement au nom du peuple, c'était au nom de l'humanité que Péthion réclamait pour l'Assemblée ce droit considérable.
« Vous pouvez, dit-il, vous devez don- « ner un grand exemple à toutes les naît tions, un exemple inconnu dans les m fastes de l'histoire. Déclarez d'une « manière solennelle que vous entendez « bannir de vos négociations cette poli- « tique de ruse et de fourberie ; qu'il faut « que les peuples se regardent comme « frères ; que les combats ne servent qu'à « faire égorger les hommes et ruiner les « empires !... » Mais ce rêve, commun à tant d'hommes de bien , suffirait pour montrer combien la valeur politique de Péthion, combien ses vœux , ses idées, étaient loin de la pratique.
Ce fut pour cela peut-être que, le 4 décembre 1790, l'Assemblée le nomma son président, hommage public rendu à son beau caractère, plus encore qu'à son talent et à ses opinions. A la minorité royaliste, qui demandait la répression des excès révolutionnaires commis sur divers points du royaume, il répondait que les royalistes devaient être accusés de ces excès déplorables, et accusait l'émigration de toutes les menées, de toutes les intrigues qui produisaient cette irritation populaire; et pour lutter contre cet ennemi invisible de la Révolution, il demandait des lois répressives de Témigration , applicables même aux
membres de la famille royale, et ne craignait pas de se mettre sur ce point eu opposition avec Mirabeau lui-même.
Intrépide et constant défenseur des droits et des intérêts populaires, il eut la gloire, dans la séance du 11 mars, secondé par Grégoire et Robespierre, de décider la résolution prise par l'Assemblée en faveur des classes dites de couleur, victimes d'un de nos plus déplorables préjugés coloniaux. Il défendit le droit de pétition : « Quels hommes, « autres que des esclaves , pouvaient « être privés du droit de faire des re- « montrances contre les lois qui les op- « priment? »
Il dut à son intégrité bien connue d'être nommé président du tribunal criminel de Paris, et lorsque Louis XVI fut arrêté à Varennes , il fut l'un des trois commissaires désignés pour aller le chercher et pour le ramener dans la capitale. Sans cesser d'avoir pour le monarque le respect que commandait sa position , Péthion sut éviter toute , faiblesse, toute condescendance; ce n'était pas lui seulement, c'était le peuple qui, dans sa personne, se trouvait eu
f>résence de la royauté; il sentait qu'en ui siégeait une majesté plus haute , une infortune plus sacrée encore que celle du roi; Louis XVI fut frappé de cette contenance pleine de dignité et de calme.
Dans les discussions qui suivirent ce grand événement , et qui eurent pour objet de régler le sort de la royauté, Péthion se montra inflexible. Dans la séance du 13 juillet, il demanda la mise en cause de Louis, et réfuta avec énergie les arguments tirés par les royalistes de l'irresponsabilité du monarque.
« Pour être inviolable, dit-il , il faut «être impeccable; or, il n'est point « d'homme que la nature ait doué de ce « beau privilège, et il n'appartient point « aux hommes d'en créer de tels par une « fiction. Le roi n'est pas un être abs- « trait, il n'est pas un pouvoir. Un juge « n'est pas la justice, un roi n'est pas la « royauté; c'est un homme, un fonction- « naire, un citoyen , sur lequel on peut « asseoir une peine..»
Nommé par les électeurs maire de Paris en remplacement de Baillv, il déploya, au 20 juin, une vigilance, une
5(6 PÉTHION
L'UNIVERS
PÉTIOX
activité, qui plus d'une fois compromirent ses jours, et que tous les partis lui imputèrent à crime. « La muni- « cipalité n a pas fait son devoir. » lui dit aigrement Louis XVI. « Sire, la munici- « palité a fait tout ce qu'elle a pu et du" « Faire; elle mettra sa conduite au grand « jour, et l'opinion publique la jugera. « — Dans quelle situation se trouve en « ce moment la capitale? répliqua le « roi. — Sire, tout est calme. — Cela « n'est pas vrai. — Sire!... — Taisez- « vous ! — Le magistrat du peuple, ré- « pondit fièrement Péthion, n'a pas à « se taire quand il a fait son devoir et « qu'il a dit la vérité. »
Péthion n'en consacra pas moins tous ses efforts à faire respecter la personne et l'asile du roi. Suspendu un instant de ses fonctions par une intrigue de cour, il y fut rappelé par les sections, gui s'armèrent aux cris de : Péthion ou la mort; et un décret de l'Assemblée rendit bientôt le magistrat populaire à ses importantes fonctions. Au 10 août, il exposa sa vie pour faire respecter la demeure royale, et il fallut un décret de l'Assemblée législative pour le consigner dans son hôtel, et l'arracher ainsi a une mort certaine.
Il était encore maire de Paris quand les massacres de septembre répandirent l'effroi dans la capitale. Malgré les accusations dont il fut L'objet dans cette circonstance, il est certain que ni lui, ni son ami Robespierre, ne prirent aucune part a ces horribles exécutions, et que plus d'une fois, au contraire , ils tirent auprès de Danton d'inutiles démarches pour les faire cesser. Il est certain que pendant ces jours néfastes, Péthion fut même consigné à la ma>rie par les ordres de Danton , et il sufDl de le suivre dans toute sa carrière, d'étudier son caractère, d'examiner sa conduite au 20 juin et au 10 août, pour être convaincu qu'il eût voulu empêcher, au prix de sa vie, ces affreux massacres.
Élu député à la Conventions Péthion en fut nommé président à l'unanimité.
A cette époque commença le désaccord qui le sépara de Robespierre. Péthion était effrayé de l'avenir que lui-même avait creusé sous les pas ae la Révolution ; il détourna la tête, et Robespierre
continua de marcher en avant. Péthion se lia alors avec les Girondins, et partagea leur fortune : il voulut enrayer le char que leurs mains avaient lancé ; le char l'écrasa.
Il prit la fuite après le 2 juin; il se réfugia d'abord dans le Calvados, et la il s'embarqua , avec Guadet, pour Bordeaux. Obligé de fuir, de se cacher, il eut la faiblesse de mettre Gn lui-même à une carrière qu'il croyait Gnie: il s'empoisonna en compagnie de fiuiot et de Salles, et leurs corps furent trouvés à demi dévorés par des animaux.
Pétion (Alexandre Sabès , dit), homme de couleur, né au Port-au- Prince, en 1770, d'un colon aisé, nommé Sabès, et d'une mulâtresse. Le surnom de Pétion lui fut donné dans son enfance. Il reçut une éducation libérale, et avait environ vingt ans quand ' éclata la révolution de Saint-Domingue. Il s'empressa d'y prendre part, parvint en très-peu ae temps au grade d'adjudant général, et dans la guerre riyile qui, après le départ des Anglais, éclata entre Toussaint-Louverture et le général Rigaud, il se rangea du côté de ce dernier. Forcé par les chances contraires de la fortune à s'embarquer avec Rigaud pour la France, il y vécut dans le repos et l'étude jusqu'à l'époque de l'expédition du général Leclerc, dans laquelle il fut admis comme colonel.
Après l'enlèvement de Toussaint- Louverture et de Rigaud, Pétion, que la conduite des généraux avait irrité, quitta les rangs français, se reunit ou général noir Dessalinès, et, de concert avec lui, déclara la guerre a la France. Le manque de secours, l'influence du climat et l'assistance que les Anglais donnèrent aux Haïtiens, furent funestes aux Français; les insurgés se rendirent, en 1804 , entièrement maîtres du territoire de la colonie, et ils se déclarèrent indépendants. Petion fut alors noouM commandant de la partie occidentale de l'île. En 1806, Dessalines, qui prenait le titre d'empereur, fut assassiné; alors fut organisée la république d'Haïti, dont Henri Christophe , le plus ancien àts généraux, fut nommé président: nu* Christophe ne voulut pas se contenter de ce titre, et, soutenu par ses troupes,
PÉTIS
FRANCE