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PEYRE

Ils furent supprimés, en 1790, avec les autres congrégations.

Petbocobii, peuple gaulois qui avait pour capitale resunna (Périgueux), dont le nom se retrouve dans les restes de l'ancienne ville appelée encore aujourd'hui la f'ésone.

Pétrone ( Petronius Arbittr) naquit aux environs de Marseille dans les premières années de notre ère. Il se Gt d'abord connaître à la cour de l'empereur Claude pour son coût pour les plaisirs et les lettres, et fut ensuite eu* voyé comme proconsul en Bithynie. Il administra cette province avec sagesse; et lorsque Néron fut nommé empereur, il revint à Rome, et devint surintendant des plaisirs de la cour impériale. Cette place, qui témoignait de la confiance que le prince avait en lui , excita des jaloux ; Tigellinus le fit accuser par un esclave d'avoir conspiré avec Pison. Pétrone fut arrêté à Cumes, et comme il savait quel sort lui était réservé, il se fit ouvrir les veines tandis qu'il s'entretenait de poésie avec ses amis. Il mourut ainsi en 66.

Les œuvres de Pétrone, qui se composent de vers et de prose, ont été souvent imprimées. La première édition en fut faite à Venise, in-4°, 1499. Venette, Lavaur, Dujardin, Lainez, en ont successivement donné des traductions françaises. Ln dernière est celle qui a été publiée par M. Héguin de Guérie, en 2 vol. in-8°, 1834, dans la Bibliothèque des classiques latins de M. Panckoucke.

Peybe ( Marie-Joseph ) , membre de l'Académie d'architecture , né à Paris en 1739 , mort en 1785. Il fut pensionnaire du roi à Rome, où il s'appliqua surtout à l'étude des monuments antiques, et contribua dans la suite à amener dans l'architecture une révolution analogue à celle que le célèbre Vien commença à effectuer dans la peinture.

Il publia* en 1765, un volume in-folio, contenant ses OEuvres d 'architecture :

Ses plans se recommandent par l'élévation du stvle et une disposition plein* d'art, mais ils ne sont pas exempts des défauts qui caractérisent toute l'architecture de l'époque. Le monument le

[>lus important qui nous reste de lui est 'ancienne salle du Théâtre-français ,

PEYRON FRANCE. PEYROXXKT 621

maintenant l'Odéon, qu'il construisit de concert avec Wailly.

Antoine-François Peyrk , frère du précédent, né àParisen 1739, étudia d'abord la peinture, puis suivit la même carrière que son aîné, sous les auspires duquel il concourut, et obtint le grand prix en 1763. A l'étude toute spéciale des monuments antiques il joignit, pendant son séjour en Italie , celle de la perspective, et acquit une profonde connaissance de cette branche importante de Part. A son retour, nommé successivement contrôleur des bâtiments à Fontainebleau, puis à Saint-Germain, il bâtit dans cette dernière ville deux petites églises, dans la construction des-

3 u elles H mit en pratique ces théories u bon goût qu'alors l'étude des anciens pouvait seule enseigner. L'Académie d architecture, où il fut admis en 1777, le désigna deux ans après pour ériger à Coblentz le palais de l'électeur de Trêves, commencé sur un plan vicieux , et il le termina avec succès.

Entré à l'Institut , lors de la création de ce corps, il fut ensuite nommé successivement membre du conseil des bâtiments civils et de l'administration des hospices. Il mourut le 7 mars 1 823, après avoir vu les succès de l'école d'architecture qu'il avait fondée. Outre divers Mémoires dans le recueil de l'Institut, on a de lui : Restauration du Panthéon français : compte rendu , etc. , 1799, in-4°/Ses OEtwres d'architecture ont été imprimées, 1819-20, in-fol.

Pbybon ( Jean -François- Pierre) , peintre, né à Aix en 1744. Élève de I*agrénée l'aîné et de Dandré Bardon , il se tourna de bonne heure vers l'étude du Poussin, alors négligée, et il apprit dans la contemplation des œuvres de ce maître à sentir les vices de l'école replante. Son tableau de la Mort de Sénàque , qui était déjà une protestation contre le mauvais goût qui dominait alors, obtint le grand prix. Le long séjour qu'il Ut à Rome le confirma dans cette voie de réforme où Vien l'avait précédé, et où lui-même fut l'introducteur de David. Admis en 1783 au nombre des membres de l'Académie de peinture , il fut nommé en 1785 directeur de la manufacture des Gobelins. Il mourut en 181 5. Ses tableaux les plus estimés

sont : la Mort de Socrate ; le Dévoue' ment de Ci mon ; Persée prosterné aux pieds de Paul Emile. Le premier de ces tableaux décore l'une des salles de la Chambre des députés; les deux autres sont au Musée.

Jean- François Peybon , frère du précédent, né à Aix en 1748, mort en 1784 à Goudelour , commissaire des colonies, est auteur d'un assez grand nombre de traductions d'ouvrages anglais. On lui doit en outre dès Essais sur l'Espagne, 1780.

Pey bonis et (Charles-Ignace, comte de ) , né à Bordeaux en 1775. De tous les ministres de la Restauration, aucun n'a laissé après lui un souvenir plus antipathique à la nation que M. de Peyronnet, qui , de simple avocat, devint garde des sceaux sous le ministère de Villéle, et ministre de l'intérieur sous celui de M. de Polignac. C'est qu'à la plupart des actes arbitraires, violents, machiavéliques, honteux, par lesquels les hommes de l'émigration et de la congrégation tentèrent n'étouffer en France les libertés conquises par la révolution, pour ramener le règne du despotisme et du bon plaisir, à tous ces actes, disons-nous, se rattache le nom de M. de Peyronnet : loi sur la presse périodique, contenant des peines rigoureuses, non -seulement contre les écrits des journalistes, mais encore contre l'esprit des journaux et leur tendance , et enlevant aux écrivains le droit que leur donnait la Charte d'être jugés par le jury ; protection accordée aux espions et aux agents provocateurs ; loi du sacriléae , où , sous prétexte de venger la religion outragée par un siècle impie, on ramenait la France à la législation des temps de fanatisme et de barbarie; loi sur le rétablissement du droit d'aînesse et des substitutions, qui , si elle eût été acceptée dans son entier, aurait remué la société jusque dans ses fondements; nouvenu projet de loi contre la presse, qualifié par son auteur de loi de justice et d'amour, et qui n'allait à rien moins qu'à rendre impossible en France l'émission de la pensée. « La censure, dit un historien de la Restauration, était déguisée sous le nom de depât; les imprimeurs se trouvaient érigés en censeurs de tous les écrits; véritable

$22 pkze.nas L'VPilVERS. PH4IE

loi d'astuce, de violence machiavélique et de révoltant arbitraire! Confiscation, effet rétroactif, bouleversement de nos lois civiles et commerciales, violation des droits acquis, mesures préventives, mensonge, immoralité, déception, contradiction , absurdité vandale : elle résumait tout...Etlejury ! lejurv nouveau devenait tout entier l'œuvre des préfets et des servîtes instruments du ministère.... » Innombrables procès intentés à la presse, mais pour la plupart perdus par le ministère , maigre l'absence du mry, malgré les efforts désespérés des Marchangy, desBellart, des Levavas,seur, pour obtenir des condamnations ; incarcération de nombreux condamnés pour simples délits de presse dans des prisons destinées aux malfaiteurs; licenciement de la carde nationale; fusillades de la rue Saint-Denis de 1827; fraudes et intimidations électorales en 1830; enfin signature des fameuses ordonnances de juillet : tels sont les titres de Peyronnet, sinon à la reconnaissance publique , du moins à l'immortalité que donne l'histoire,

Arrêté après la révolution de juillet, traduit devant la cour des pairs, condamné comme ses collègues MM. de Poiignac , de Chantelauze et de G uernon- Ranville, à la déportation, comme eux il subit au château de Ham quelques années de détention, après lesquelles le gouvernement leur rendit à tous la liberté. Depuis ce temps, M. de Peyronnet est resté dans une complète obscurité.

Pkzen as, Pissenx,Pissenacum, petite ville du Languedoc, aujourd'hui cnef^ lieu d'arroudissement du département de l'Hérault. Comprise, au temps de Pline, dans le territoire des Volces Tectosages,elle était alors renommée pour la beauté de ses laines. Elle devint, au moyen âge, une châtellenie dépendante de fa vicomté de Béziers , posséda une commander !r de templiers, et tomba au pouvoir de Simon de Montfort, oui la céda, en 1211, a Raymond de Cahors.

Saint Louis en fit l'acquisition en 1261. Le roi Jean l'érigea en comté en 1361, en faveur de Charles d'Artois. Elle fut ravagée par une compagnie de routiers , au commencement du quinzième siècle.

C'est à Pézenas que Molière a composé

ses Précieuses ridicules -, le poète Sarrasin y mourut en 1664. On y compte aujourd'hui environ 9,000 habitants.

Pezron (Paul), moine de Citeaux, chronologiste habile et philologue , aussi savant que paradoxal, ne en 1639 à Qennebou en Bretagne, mort a Chessi en 1706. On a de lui , entre autres ouvrages: V Antiquité des temps rétablie et dé/endue, 1687, in:4°; l'Histoire êcangélique confirmée par la judaïque et la romaine, 1696,2 vol.

in- 12 ; Antiquité de la nation et de la langue des Celtes, autrement appelés Gaulois, 1703, in-12.

Phalsboubû. Ville forte de l'ancienne Lorraine, aujourd'hui chef-lieu de canton du département de la Meurtrie. Elle fut fondée en 1570. par le comte palatin George-Jean. Sa position avantageuse à l'entrée des défilés des Vosges détermina Vauban à construire sur l'emplacement des anciennes fortifications la forteresse actuelle, oui forme un hexagone elliptique régulier. Cette ville arrêta au commencement du dix-huitième siècle une armée déjà maîtresse de la basse Alsace. Elle fut bloquée deux fois pendant les invasions de 1814 et 1816, et défendue courageusement par ses habitants.

C e^t la patrie du maréchal Mouton; on y compte aujourd'hui 8,400 habitants.

PiiABAMONn.Ce nom, qui appartient, suivant quelques historiens, a l'un des

firemiers chefs francs qui conduisirent es Saliens, de la rive droite à la rive gauche du Rhin, doit disparaître entièrement de notre histoire; car la critique éclairée des savants de nos jours a lait justice du règne fabuleux qui lui est accordé bénévolement par quelques historiens. Le silence de Grégoire de Tours sur le prétendu Pharamond est pe* remptoire, et la chronique de Prosptf Tyro , où ce nom se trouve mentionne pour la première fois, est a bon dro»

soupçonnée d'interpolation.

Phare. Dès que Ton connut la navigation, on sentit le besoin d'avoir des moyens d'éclairer la marche des navires aux approches des rivages; on plaça sur des endroits élevés des fanaux quon allumait la nuit pour leur indiquer la route à suivre; et, quand on manqua

P1MRK

Franck

PHEMPPEAUX

de points culminants, on en créa de factices , comme la fameuse tour d'Alexandrie, qui a donné son nom à cette espèce de monuments. Les phares durent être nombreux autrefois dans la Gaule; cependant l'histoire ne nous parle que ae celui que Charlemagne fit relever à Boulogne en 811, et que Ton croit être le bâtiment appelé aujourd'hui la tour cT Ordre.

A mesure que le mouvement de la navigation prit en France une plus grande extension , on y multiplia les phares , et bientôt l'entrée de tous les ports et les embouchures de tous les fleuves en furent pourvues. Mais ces phares étaient bien imparfaits: sur un point élevé, naturel ou fait de main d'homme , on allumait de la paille, du bois , quelquefois une simple chandelle que le vent éteignait et qu'il fallait rallumer à chaque minute. Tels furent, on aura peine à le croire, les seuls secours que , jusque vers la fin du dix-huitième siècle, on eut à offrir aux navigateurs égarés sur les flots. Ces feux , outre

?u'ils n'éclairaient pas au loin , avaient inconvénient d'être pris pour des étoiles, de se confondre avec ceux qui étaient allumés dans les maisons bâties sur le rivage, de donner lieu à des doutes ou a des méprises, et quelquefois à des crimes odieux (voy. Bbis [droit de]).

On sentait bien que les phares , tels qu'ijs existaient, étaient insuffisants, et on chercha les moyens de les perfectionner. Tout ce qu'on trouva de mieux d'abord, fut d'allumer deux et quelquefois trois feux au lieu d'un seul, afin qu'on pût les distinguer de ceux du rivage et de ceux des autres phares. Ainsi, aux Casquets, entre Jersey et Orignv, on en allumait trois à côte l'un de l'autre ; au Havre, on en allumait deux, et un seulement à Ouessant, Tréport, Calais , Dieppe, Saint- Valeri, Fécamp, Ré, Oléron, etc. L'intention était bonne, mais on ne remédiait à rien.

Un peu avant 1784, le ministre de la marine , instruit qu'en Suède les phares étaient beaucoup mieux imaginés qu'en France, fit venir les plans sur lesquels ils étaient construits. Le système consistait à faire tourner sur lui-même un axe , auquel étaient attachés quatre réverbères qui . tournant avec lui , et se

présentant successivement sous leurs différents aspects, donnaient une lumière mobile facile à distinguer d'une lumière fixe. Ce procédé paraissait satisfaisant ; cependant , on y remarqua quelques inconvénients , et on ne l'adopta point.

Enfin , en 1784 , on approcha trèsprès du but; un sieur le Moyne imagina une machine à ressort et q échappement qui , par un mouvement déterminé, faisait lever et baisser deuxgrands cercles ou tambours, lesquels cachaient et laissaient apparaître périodiquement la lumière dans des intervalles toujours réguliers, mais différents dans chaque phare. Cette invention reçut ensuite divers perfectionnements, et on arriva graduellement aux phares à feux de couleur, dont le foyer, pourvu d'un réflecteur parabolique, porte la lumière à plusieurs lieues de distance, et tourne sur lui-même, de manière à se montrer et à disparaître alternativement. Ce sont ceux dont on fait usage aujourd'hui

Les côtes de France sont maintenant éclairées pendant toute la durée des nuits par 46 phares et 93 feux de ports ou d'embouchures de rivières, savoir: 55 sur la Manche, 23 sur l'Océan et 15 sur la Méditerranée.

Pharmacie et Pharmaciihs. Voy.

Apothicaires et Ecoles.

Phelippeaux ( le Picard de), né en ! 7 ns et élevé à l'école militaire de Pontlevov. passa, en 1783, à celle de Paris, où il fut le condisciple de Napoléon Bonaparte. Il entra, en 1786, dans le régiment d'artillerie de Besançon ; émigra en 1791, et fit la campagne de 1792 sous les princes. Il rentra en France en 1795, et alla organiser une insurrection dans le Berry. Arrêté et conduit à Bourges, il parvint à s'évader, se rendit à Paris, délivra Sydney Smith de la prison du Temple et se sauva avec lui.

Nommé colonel au service de l'Angleterre, il accompagna Sydney Smith dans son expédition de la Méditerranée, et fut chargé des travaux de défense de Saint-Jean d'Acre. Il déplova dans cette circonstance de grands talents militaires, et l'on peut dire que ce fut lui qui força Bonaparte à lever le siège de cette place. Il y mourut de la peste en

PHELYPKAUX L'UNIVERS. PHELYPEAUX

Phelypeaux (famille de). Cette famille, l'une des plus illustres de l'ancienne robe, se divisa en quatre branches, qui toutes produisirent des personnages célèbres: ce furent les comtes de Pontchartrain , de Saint- Florentin, les marquis et ducs de la f riliière, enfin, les comtes de Maurepas.

Raymond Balthasar , marquis de Phblypeaux, entra au service en 1671, et devint successivement colonel et marèclinl tle camp. Le roi le nomma, en 1700, ambassadeur à la cour de Savoie. Ayant découvert les intelligences que Victor- A médée entretenait avec la cour devienne, Phelypeaux en instruisit Louis XIV, oui donna aussitôt l'ordre de désarmer les troupes piémontaises.

A cette nouvelle, le duc de Savoie (it arrêter l'ambassadeur, et celui-ci ne recouvra la liberté que l'année suivante. Il rentra alors en France, et fut, en 1709, nommé gouverneur du Canada. Il mourut dans cette colonie, en 1713, sans laisser de postérité.

Paul Phelypeaux , seigneur de Ponchartrain , naquit à Blois en 1569.

Entré de bonne heure dans les bureaux de Villeroi , il devint plus tard secrétaire des commandements de la reine Marie de Médicis, et eut part, après la mort de Henri IV, aux affaires les plus importantes. Ce fut lui qui rédigea les articles Je la réconciliation de la reine mère avec Louis XIII, en 1619. Il mourut à Ca^tel-Sarrazin, en 1621. On a de lui des Mémoires, la Haye, 1720, 2 vol. in-8*».

Louis Phelypbaux, comte de Pontchartrain, petit-fils du précédent , naquit en 1643. Il fut nommé, en 1667, premier président du parlement de Bretagne, et succéda à Lepelletier,en 1687, comme intendant des finances. Le trésor étant épuisé , Poutrhartrain frappa un impôt sur la vanité humaine, et vendit des titres de noblesse sur le pied de deux mille é-iis. Un an après, en 1699, Louis XIV le nomma chancelier, place qu'il occupa pendant quinze ans, et qu'il ne quitta que pour se retirer du monde. Il mourut dans son château de Pontchartrain en 1 727. Il avait encouragé les lettres, été l'ami de Boileau, et défendu J.-Iî. Rousseau contre ses ennemis. De son fils unique, Jérôme de

Pontchartrain, naquit le comte de Maurepas.

Jean- Frédéric Phelypeaux, comte de Maurepas, né en 1701, fut nommé secrétaire d'État en 1715, eut le département de la maison du roi en 1718, celui de la marine en 1723, le titre de ministre d'tëtat en 1738, et montra dans ces diverses fonctions de l'activité, de la pénétration et de la finesse. Exilé à Bourges en 1749, sur la demande expresse de madame de Pompa dour, contre laquelle il avait fait une chanson, il fut rappelé au ministère en 1774, par Louis XVI. « Il sortit de l'exil, dit M. Droz (*), avec la même légèreté d'esprit qu'il v avait apportée, et son éçoïsme avait fait des progrès. Enchante de revoir la cour, cf'y retrouver du crédit, de gouverner un jeune roi, il employa toute l'adresse dont il était doué pour s'assurer les moyens de passer jusqu'à sa dernière heure dans une position si douce... On le vit entrer dans les routes politiques les plus différentes, concourir à des réformes, servir le despotisme. Il ne repoussait les projets d'aucun parti : On peut en essayer, était sa phrase favorite. Plein d'esprit, d'adresse et de malice, nul ne savait mieux déconcerter par quelque saillie un interlocuteur embarrassant. C'était avec des épigrammes qu'il décidait les plus graves questions, et il se flattait de rendre ainsi un important service a l'État. » Aussi fut -il loin d'être à h hauteur des circonstances au milieu desquelles il se trouvait. Homme de cour, il crut avoir atteint l'idéal de la politique en éloignant le roi des affaires et en assumant sur lui toute la responsabilité du gouvernement. Il mourut en 1781. On a sous son nom des Mémoires, 1790, 4 vol. in-8*. Ils sont de Salle, son secrétaire, mais n'en méritent pas moins d'être consultés.

Louis Phelypeaux, marquis de h FrUlière, naquit en 1672, de Balthasar Phelypeaux , secrétaire d'État au département des affaires générais de la religion reformée, place dans laquelle il remplaça son père en 1700.

Chargé , en 1715 , du département de la maison du roi, il fut le seul des mi-

(•) Uut. du règne de Louis XFI, t. L

PHILIPPE I" FRANCE. PHILIPPE I'r 625

nistres en place que le duc d'Orléans conserva, avec le titre de secrétaire de la régence. 1) mourut en 1725, laissant le département de la religion réformée à son fils.

Louis Phklypeaux, comte de Saint- Florentin, fils du précédent, naquit en 1705. Il avait vingt ans , lorsqu'il succéda à son pere dans Tune de ses plus importantes fonctions; et il obtint la confiance de Louis XV, comme le duc de la Vrillière avait obtenu celle du régent. F.n 1770, lors de la disgrâce du duc de Choiseul , il fut charge par intérim du ministère des affaires étrangères, qu'il quitta Tannée suivante. Il fut forcé de donner sa démission à IV vénement de Louis XVI, et mourut deux ans après, en 1777, léguant sa fortune à sa sœur, la comtesse de Maurepas. Ministre peu capable, il n'avait dri qu'à une complaisance extrême pour le roi et pour la cour la longue faveur dont il avait joui. Aucun ministre n'avait signé plus de lettres de cachet que lui.

Philippe Ier. Ce fut au onzième siècle que la nomenclature teutonique des noms des rois de France fut interrompue par l'apparition de ce nom grec de Philippe, qui dut sembler bien bizarre et bien prétentieux à la plupart des comtemporains. C'était un commencement de renaissance qui, pour comble de singularité, nous venait de la Russie. Philippe était fils de Henri 1er et d une fille d'Iaroslaf. Cette princesse sortait de la dynastie macédonienne, établie par Basile, en 867, à la téte de l'empire d'Orient; or, cette maison se rattachait par une généalogie imaginaire à l'ancienne famille héraclide, qui donna à la Macédoine Philippe et Alexandre. Quoi qu'il en soit de cette prétention, elle était prise au sérieux par la dynastie macédonienne de ce temps-là, et Anne de Russie, qui ne l'avait oubliée ni en Russie ni en France, donna a son premier enfant le nom célèbre de Philippe.

Henri associa son fils à la couronne, selon l'usage des premiers Capétiens, et le fit sacrer le 23 mai de l'année 1059. Il mourut l'année suivante, et comme Philippe n'était âgé que de huit ans, « Baudouin, comte de Flandre, fut constitué bail , tuteur et maimbourg de la

personne et biens de Philippe; et en la susdite qualité, les princes et barons de France firent hommage audit Baudouin, consentant et promettant que si ledit Philippe mouroit sans hoirs de son corps , ils tiendraient ledit Baudouin pour roi de France, sans aucune ultérieure solennité (*). » Telle était la volonté de Henri Ier , et il ne paraît pas que les oncles du jeune roi, Eudes et Robert, ou sa mère Anne, aient réclamé une tutelle qui leur appartenait.

Baudouin gouverna pendant sept ans au nom de Philippe, et pendant cet espace de temps, c'est à peine s'il est question dans les chroniques de l'existence d'un roi de France. On le nomme cependant à l'occasion du mariage d'Anne de Russie, sa mère, avec Raoul, comte de Crespy en Valois (1062). Son nom se retrouve encore dans la charte accordée au couvent de Hasnon, pour confirmer les donations faites par Baudouin à ce couvent (1065). Cependant, de tous côtés l'esprit héroïque de la chevalerie se développait et produisait de grandes choses : Guillaume le Bâtard, duc de Normandie, soumettait l'Ançleterre par la bataille de Hastings, tandis que d'autres Normands devenaient les maîtres de l'Italie méridionale; enfin, l'ardeur des pèlerinages en terre sainte faisait pressentir les croisades. Tous ces grands faits du onzième siècle furent accomplis par la féodalité française; mais la royauté y resta étrangère.

Philippe avait trop à faire dans ses États pour se maintenir contre ses puissants vassaux ; de plus, son caractère faible, son gorit pour les plaisirs et la galanterie, le rendaient peu propre à diriger ces grandes entreprises, qui exigeaient des chefs énergiques et habiles. Baudouin était mort en 1067. Ses fils se firent la guerre pour le partage de sa succession. Philippe soutint l'aîné, fut battu, et se réconcilia ensuite avec Robert, le vainqueur, dont il épousa la belle-fille, appelée Berthe. La conquête de l'Angleterre rendait Guillaume bien redoutable pour ses suzerains. Philippe essaya de l'affaiblir en soutenant les révoltes de ses fils, en réclamant pour eux la Normandie, en

(•) Annotes de Flandre.

526 PrflLIPPK 1- IAJNIVERS. »HffctPPE 1-

appuyant l'opposition de la Bretagne (1075). Douze ans plus tard, la lutte ayant recommencé, Guillaume périt au siège de Mantes, et le roi de France, tranquille de ce côté, se livra sans inquiétude à son penchant pour la mollesse et la volupté. Il répudia Berthe, qui lui avait donné Louis le Gros, demanda la main d'Emma, fille de Roger, comte de Sicile; puis, renonçant à ce projetai enleva Bertrade, femme de Foulques, comte d'Anjou, qui lui avait proposé elle-même de se donner à lui. Les evéques refusèrent de sanctionner cette union, et Philippe, ne voulant pas y renoncer, fut excommunié ; il resta jusqu'à Tan 1105 sous le poids des sentences pontificales. Son autorité, compromise par ses désordres, ne fut maintenue que par l'activité du jeune Louis son fils, qni avait été associé à la couronne, malgré son inimitié avec sa belle-mère. Philippe mourut à Melun le 29 juillet 1108, après un règne de quarante-huit ans, un des plus longs et des plus insignifiants de l'histoire de France.

Philippe Ier (monnaies de). Ainsi qu'on vient de le voir, Philippe Ier, couronné le 2â mai 1059, du vivant de son père, Henri I*r, régna seul à partir du 99aoât 1060, et mourut le 29 juillet 1 108. Toutes les monnaies que nous connaissons de lui, sont du genre de celles que flous avons appelées monnaies locales, c'est-à-dire qu'il les avait fait frapper dans les villes de ses domaines, plutôt comme seigneur de ces villes que comme roi de France. Nous allons décrire les principales variétés de ces monnaies.

Toutes sont des deniers; on en connaît d'Orléans, d'Étampes, de Senlis, de Dreux, de Château-Landon, de Paris, de Sens et de Montreuil-sur-Mer ; on trouve même le nom de ce prince sur des pièces deMâcon et de Châlon-sur-Saône ; mais, ainsi qu'on va le voir, ce nom ne se trouve sur ces monnaies que comme marque de suzeraineté.

Orléans faisait partie du patrimoine de Hugues Capet, même avant son avènement au trône; depuis le dixième Siècle, cette ville frappait des deniers, sur lesquels on lisait, d'un côté, avbilianis civitas, et de l'autre di dex teha.be ; et, dans le champ, autour d'un

portail, emblème de la ville, KeMctà.

Sous le règne de Philippe I*r, ce système changea, et le nOni du roi vint se mêler à celui de la ville, et aux légendes anciennes, en les troublant d'une manière singulière, comme, par exemple, sur les deniers suivants : 1° dide- BBX phlipvs ; dans le champ, un portail, autour duquel sont disposées les lettres .b o e a t h x ; a*. — aybbliaïiis fcivjTAS; croix aux hrauches de laquelle sont suspendues deux autres croix; 2° -4- PliiLiPVS x bex dx; dans le champ un portail et les lettres tes* dx; a'. — AVBELtANis cititas; croix cantonnée de l'A et de Tw. (Voyet du reste Obléans [monnaies a]).

Les monnaies d'Étampes, ville située entre Orléans et Paris, tantôt se rapprochaient de la première de ces deux villes, tantôt adoptaient un type particulier ; c'est ce que prouvent les deux pièces suivantes : 1° -+- philippvs x bex ; dans le champ, un portail imite celui d'Orléans, et accosté des lettre;

FBANCl ? B-. — STAMP1S CASTSLLtM;

croix à branches égales, cantonnée de deux s; 2° + philipvs x bex di; dans le champ, un monogramme, où il est impossible de ne pas lireonoBEx; bJ. •— stampis castellum; croix à branches égales, cantonnée de deux a.

Nous avons si souvent vu des monogrammes carlovingiens perdre leur signification primitive et passer à l'état de types, que celui qu'offre ce denier ne peut plus nous étonner. La légende du droit est calquée sur celle des deniers d'Orléans.

Auprès d'Étampes , se trouve Château-Landon, où un autre monogramme d'Eudes, déformé, sert encore ae type, pour le denier que voici , le seul qne l'on connaisse de cette ville et de ce règne : philippvs bbx ; dans le champ, le monogramme d'Eudes dégénéré.

Le comté de Dreux, qui d'abord avait appartenu à des seigneurs particuliers, entra du temps de Philippe dans te domaine des rois de France. Il J" fit frapper des deniers, où l'on voyait pour type, d'un côté, un temple avec la légende filip bex , et de l'autre, une croix cantonnée de deux «> et entourée du mot dbycasta, pour Drucas cattfum.

PHILIPPE It FR.

Lé inême type se retrouve à Montreuil -sur-Mer, ville sur les monnaies de laquelle on lit d'un côté : philipvs bex, autour d'une croix cantonnée de deux s et de deux e, opposés l'un à l'autre, et au revers : castbamontb , autour du type, qui ici peut être une allusion au nom du lieu , Monasteriolum (petit monastère), ou au castrutti lui-même.

A Senlis, le roi écrivait aussi au droit son nom philippvs bbx, autour de la croix cantonnée de deux C; au revers, i! plaçait dans la légende le nom du lieu cÎvitas silnectis, et au centre, un monogramme, où Ton distingue trèsclairement les lettres slcts pour sil-

YAUECTIS.

A Sens, un temple carlovingien paraît encore à l'opposé d'une croix, avec les légendes philippvs et ci vit as se-

IfONI.

Quant aux monnaies de Paris, nous en avons déjà parlé à l'article consacré à cette ville. Deux types y étaient simultanément employés; d'un côté se trouvait le nom du Heu, pabisivs civitas. autour d'une croix à branches égales; de l'autre le nom du roi en légende (sic) philippvs bex ; enfin, dans le champ, se trouvaient Ta et !'«, stis-

Pendus par des rubans aux branches de x du mot bbx, qui sur ces monnaies joue le rôle de la croix dans la légende.

• Nous avons dit que le nom de Philippe 1" se trouvait sur des espèces fabriquées ailleurs que dans les ateliers royaux; on connaît de semblables pièces de Châteldon en Bourbonnais, de Chalon-sur-Saône et de Mâcon. dette singularité apparente s'explique facilement , si l'on réfléchit que sous les Carlovingiens, bien que, selon toute apparence, les bénéfices du droit de monnayage appartinssent souvent à deS comtes ou à des ecclésiastiques, on n'en était pas moins habitué à marquer la monnaie du nom royal. Télle est l'origine des types où l'on voit un nom royal se perpétuer longtemps après la 'mort dû prince qui le portait. On retrouve fa tradition de cet ancien usage conservée dans quelques villes de la Bourgogne dans toute son intégrité. Voici la description de ces médailles : t* + castellumdo.\; dans le champ, un ino-

NCË. PHILIP** If stf

nogramme imité de celui d'Herbert, comte du Mans; fh — philippvs bex; croix aux branches de laquelle sont suspendus Ta et Pto. C'est, comme on voit, une contrefaçon des deniers manceaux du treizième Siècle ; — 2° philippvs bex; s dans le champ; a- — mAtiscon.

Ce type de l's, très-fréquent sur les monnaies du moyen âge, n'a pu encore être expliqué; — 3° -f philipvs bbx, entre grenetis; dans le champ, une croix cantonnée d'un croissant, d'un a et d'un w; fj}. — c avion civitas ; dans le champ, un b, initiale de Burgondia. Telles sont les seules monnaies qui nous soient parvenues sous le nom de Philippe V.

Philippb II, surnommé Auguste, naquit en 1 165 de Louis VII et d'Adélaïde de Champagne, sa troisième femme. Son éducation fut confiée à Clément de Metz, l'un des hommes les plus savants et les plus vertueux de l'époque. A l'âge de quatorze ans, Philippe fut associé à la couronne (1179) et sacré à Reims en grande pompe; son père le maria peu de temps notés a Isabelle de Hainaut , qui descendait de Charlemagne, confondant ainsi les droits de la maison carlovingienne avec ceux de la dynastie de Hugues Capet. A la mort de son père, Philippe fut sacré de nouveau (1180); les premiers actes de son règne furent des édits rigoureux contre les blasphémateurs, les hérétiques et les juifs. Cependant, il n'avait pas atteint I âge où les rots sortent de tutelle; la régence avait été donnée à Philippe d'Alsace, comte de Flandre.

La maison de Champagne, la mère et les oncles du roi montrèrent un vif mécontentement. Mais le jeune roi resta étroitement uni à son tuteur, qui promit de donner pour dot à sa nièce Isabelle l'Artois, le Valois et le Verni andois. « Tant que le roi n'avait point POise,ditM. Michelet, on pouvait a peine dire que la monarchie fut fondée. Mais le comte refusant d'accomplir ses promesses et tâchant de reprendre Amiens, le roi rompit avec lui et se prépara à envahir la Flandre. Il fut prévenu par son adversaire, qui vint porter la terreur jusqu'aux portes de Paris; mais Philippe-Auguste envahit la Flandre à son tour, et força le comte à céder tout ce qu'il avait promis. Une fois

maître de la Picardie, le roi de France d'abandonner la terre sainte, où il n'était avait peu à craindre de la Flandre, et allé que pour obéir à l'entraînement gepouvait prendre la Normandie à re- néral et non de sa propre impulsion. A son vers ('). » Telle fut la première acqui- retour, il passa à Rome, où le pape ne sition de Philippe-Auguste, dont la ter- voulut pas le relever de son vœu. Renmeté et l'adresse élevèrent si haut le tré chez lui, il institua la garde des pouvoir royal jusque-là si abaissé. Ce sergents d'armes pour la sûreté de sa fut pendant la guerre de Flandre (1183) personne, et souleva Jean sans Terre qu'il Ot paver Paris, agrandir son en- contre Richard, qui était resté en Paceinte, entourer de murailles et réserver lestine. Ils voulaient le priver de sa coupour les sépultures la place des Inno- ronne ; Jean devait s'emparer de l'Ancents. gleterre, Philippe de la Normandie. Le Après ces premiers succès, Philippe- roi de France se fit un nouvel allié en Auguste était plus fort contre l'Angle- épousant Insurge n sœur du roi de terre; les fils de Henri II Plantagenet, Danemark, Canut; mais ce prince rerévoltés contre leur père, trouvèrent à fusa de prendre les armes contre Risa cour l'hospitalité la plus amicale, chard. Quand celui-ci fut de retour dans Philippe couchait avec Richard dans le ses Etats, après mille dangers, Jean son même lit, mangeait dans le même plat, frère se réconcilia avec lui par une iraet le soutenait dans ses réclamations hison quijcoûta la vie à trois cents Franhautaines auprès de son père. Richard, çais , qui formaient la garnison d'Én'avant pu obtenir ce qu il désirait, se vreux. Ce fut le commencement d'une déclara vassal de Philippe-Auçufte et guerre longue et sanglante entre le roi abjura son hommage u Henri II. Ce de France et celui d'Angleterre. Enfin, malheureux prince, trahi par tous ses au bout de cinq ans, Je pape Innoflls, abandonné de tous ses sujets, mou- cent 111 réconcilia les deux rivaux rut en 1 189. Dès lors Richard, devenant ( 1 198 ) , et Tannée suivante Richard roi d'Angleterre, devait aussi devenir mourut.

l'ennemi de Philippe. La croisade à la- Philippe n'avait plus pour adversaire quelle ils prirent part retarda un peu le que le faible Jean sans Terre; mais il se commencement de leur rivalité; Phi- créa de nouveaux embarras en répulippe, après avoir établi la dîme saladine, diant Ingeburge pour épouser Agnès ré^la tout pour l'administration de son de Méranie. Le pape l'excommunia et royaume; laissa la régence à sa mère Adé- mit son royaume en interdit ; Philippelaide et a son oncle Guillaume de Chain- Auguste eut beau faire, il fut obligé de pagne, cardinal et archevêque de Reims; reprendre Ingeburge et de renvoyer prit l'oriflamme à Saint-Denis, se ren- Agnès, qui mourut de douleur la même ditaVezelai, où la troisième croisade fut année. Fidèle à sa politique, Philippe prêchée et décidée, et alla s'embarquer avait opposé au roi d'Angleterre un a Gênes, car il n'avait pas de port sur prétendant; c'était le jeune Arthur de la Méditerranée. Philippe et Richard Rretagne, neveu de ce prince; on sait séjournèrent quelque temps en Sicile, que cet infortuné fut assassiné par lorouleurmésintelligencecommençaàecla- die de son oncle (1203). Philippe cita ter. Le roi de France arriva le premier alors son rival devant sa cour des pairs; devant Ptolemaïs, et poussa vigoureuse- Jean refusa de comparaître, et la Norment les opérations du siège, qui fut mandiefutconlisquéeetconquise(l204 ■ terminé le 13 juillet 1191. Mais la dis- Le.Maiue,laTouraine,rAnjou,lePoitou, corde des princes chrétiens les empêcha furent ensuite enlevés en deux ans; et de faire d'autres conquêtes. Bientôt Phi- Jean fut bientôt menacé dans son royaulippe fut atteint d'une maladie violente me même. Excommunié par le pape, il « qui lui enleva les cheveux, la barbe, les vit dépouiller en faveur de Philippe ongles, les sourcils. Il crut, ou feignit de qui prépara un armement considérable croire, qu'il était empoisonné, et que Ri- pour envahir l'Angleterre. Mais J^n chard en voulait à sa vie ; et il se hâta détourna l'orage; il se déclara vassal ei

tributaire de saint Pierre, et alors Inno-

(•) Michelei , liist. de France , i. II. cent ordonna à Philippe de renoncer a sa

PHIUPPE 11 FRANCE. PHILIPPE II m

conquête. Celui-ci n'obéit qu'avec beaucoup de répugnance, et il alla employer et perdre sa flotte dans une guerre sans résultat contre le comte de Flandre.

Cette expédition, en alarmant tous les souverains des Pays-Bas, les poussa à se coaliser avec l'empereur et le roi d'Angleterre pour écraser le roi de France, dont les progrès étaient si alarmants pour toute la féodalité. Othon IV et ses alliés se réunirent à Valenciennes, réglèrent d'avance le partage des dépouilles, et vinrent se faire battre, le 27 juillet 1214, à la journée de Bouvines, entre Lille et Tournai, sur les bords de la Marcke. Othon faillit périr dans la bataille; le comte de Boulogne fut pris et enfermé à Péronne ; le comte de Flandre fut conduit à Paris, enchaîné, à la suite de Philippe-Auguste, qui y entra en triomphateur. Pendant que le roi remportait cette brillante victoire, qui consolidait la monarchie, son fils Louis repoussait Jean sans Terre du Poitou, et déconcertait cette attaque par les provinces méridionales.

Depuis cette époque, Philippe-Auguste se tint prudemment en dehors de tous les grands événements qui signalèrent le commencement du treizième siècle. Il avait laissé ses sujets partir pour la quatrième croisade; il resta étranger à celle des Albigeois, et ne Gt rien pour aider son fils Louis à conauérir l'Angleterre, où l'appelaient les barons soulevés contre Jean sans Terre. N'ayant d'autre pensée que de consolider les résultats importants de son règne, il s'occupa d'administration, de gouvernement, et devint comme l'arbitre des rois et des peuples. Après la mort d'Amauri, roi de Jérusalem, on le consulta pour le choix de son successeur, et il désigna Jean de Brienne, ui fut élu. Il refusa les biens du comte e Toulouse, que lui offraient les vainqueurs de la croisade des Albigeois, embarrassés de leur conquête. Ses Etats, augmentés de plus des deux tiers, furent les mieux gouvernés de l'Europe.

Il diminua l'autorité des grands vassaux par l'institution des baillis, juges des cas royaux dans toutes les principales villes. 11 donna plus de régularité a la perception des impôts, fortifia un grand nombre de villes, créa les maré-

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chaux de France, accorda à l'Université de Paris sa charte de liberté qui la constitua. Sous son règne s'élevèrent les plus bel les cathédrales de France, Notre- Dame d'Amiens, Saint-Remi de Reims, Notre-Dame de Paris, commencée longtemps auparavant. En un mot, le règne de Phi lippe- Auguste fut décisif pour la grandeur de la France, en ce au il plaça, selon l'expression de M. ouizot, 'la royauté de fait au niveau de la royauté de droit. Ce prince mourut à Mantes le 14 juillet 1223, à l'âge de cinquanteneuf ans. Louis VIII, qu'il avait eu de sa première femme Isabelle , lui succéda.

Philippb II (monnaies de). Le règne de Philippe- Auguste (1180-1223) correspond à une époque fort importante de l'histoire monétaire, non-seulement en France, mais encore dans toute l'Europe; c'est alors en effet que naquit vraiment la monnaie royale; que les espèces frappées par les seigneurs ecclésiastiques ou laïques commencèrent à être regardées comme inférieures à celles du roi ; en6n , que le droit de battre monnaie fut considéré comme émané de l'autorité royale. Jusqu'alors, la monnaie, marquée d'un côté du nom de l'atelier où elle avait été frappée, empreinte de diverses images , plus ou moins bizarres, les unes traditionnelles et incomprises, les autres figurées d'une manière barbare, n'avait de cours légal cjue dans le pays même où elle avait été fabriquée, et lorsqu'elle était reçue ailleurs , ce n'était que par tolérance. Le seigneur terrien qui possédait un atelier monétaire avait le droit d'interdire sur ses terres la circulation de tous autres deniers que les siens. L'autorité royale, qui s'étendait sur toute la France, était alors, on le sait, plutôt morale qu'effective, et bien que le droit de monnayage fut certainement inhérent à la dignité royale, il n'en est pas moins vrai qu'avant Philippe-Auguste les rois ne l'exerçaient que comme les autres propriétaires d'ateliers monétaires ; et ce qui le prouve, c'est qu'à Paris et dans les autres villes de leur domaine, nonseulement l'empreinte, mais même le titre et Je poids changeaient selon les lieux. D'ailleurs, les rois tenaient si peu a voir figurer leur nom sur leurs espèces, qu'à Orléans, la monnaie, qui leur avait

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