PHILIPPE II FRANCE. PHILIPPE III
le type de Tours, et sont dans le système tournois, tandis qu'au nord et à Test, ce sont le type et le système pari* sis qui sont adoptés. En effet, à Arras, à Saint-Omer, à Péronne, lorsque ces villes appartenaient au comte de Flandre, c'était le système flamand pur qui était suivi ; à Montreuil, il y avait aussi un type particulier, un châtel ; à Rennes, un autre type, une croix ancrée.
Pourquoi le roi aurait-il changé ces types consacrés ? pourquoi n'aurait-il pat agi dans ces villes comme à Deols, si des lors il n'avait pas conçu l'idée si bien mise en œuvre plus tard par saint Louis? Disons donc que Philippe-Auguste est le créateur de l'unité monétaire en France; que c'est lui qui a préparé la destruction de la monnaie locale, et la prédominance des espèces tournois et parisis sur les espèces baronales. Rappelons-nous qu'au commencement de son règne il demandait à l'abbé de Corbie la permission de faire circuler ses monnaies sur ses terres, et que plus tard, saint Louis disait que ce n'était point comme héritier du sire de Sauve qu'il battait monnaie dans cette ville, mais comme roi de France, titre qui lui donnait, disait-il, le droit de battre des tournois partout ou bon lui semblait dans son royaume; qu'il continuait à permettre le cours de la monnaie locale sur les terres du baron qui l'avait fait frapper, mais le défendait partout ailleurs ; qu'il voulait entui que ses espèces fussent acceptées dans tout le royaume, et reçues seules là où il n'y avait pas d'espèces locales.
Il est bon de faire remarquer que tout en prenant le type parisis ou tournois , les villes du domaine royal n'en continuèrent pas moins de marquer leurs espèces a leur nom , et que cette coutume, qui se conserva sous Louis VIII, ainsi que le prouvent des monnaies d'Arras et de Montreuil, ne se perdit que sous Louis IX. Alors, les mots parisius civis et turonus c'wis étaient devenus des noms de monnaies, et désignaient non plus des villes, mais deux genres de deniers de valeur différente, et frappés dans tous les hôtels royaux. Disons encoreau'à Rennes,à Saint-Omer et a Arras,ce n'était pas comme roi, mais comme tuteur de la jeune Yolande de Bretagne, et de son fils Louis VIII, que
Philippe-Auguste battit monnaie. Ce fait est très-ordinaire dans la numismatique du moyen âge, et l'on en a déjà vu plus d'un exemple. Ajoutons enfin, pour ne rien oublier de ce qui a rapport aux monnaies de Philippe-Auguste, que ce prince acquit à Tournay, qui ne lui appartenait cependant pas, l'hôtel de la monnaie, mais qu'on ne connaît de cette ville aucune pièce portant son nom. On a déjà remarqué un fait assez commun à la fin treizième siècle, c'est que certaines légendes étaient moitié en latin, moitié en français, arrascivib, siint homeh, MOifTRVBL, et que les deux crosse:) , qui se trouvent dans le champ du droit , sur les monnaies de Saint- Orner, sont les emblèmes de l'abbaye de Saint- Mer rin, qui les portait dans ses armoiries.
Philippe III, dit le Habdi , fils de Louis IX et de Marguerite de Provence, naquit le 30 avril 1345. Il avait suivi son père dans la huitième croisade, dont l'issue fut si désastreuse.
Reconnu roi sur le sol de l'Afrique, il revint en France avec les débris de son armée, et les restes de son pere, de Thibaut de Navarre et desa femme Isabelle, de Tristan de Nevers, d'Alphonse de Toulouse. La mort de tant de princes ouvrait au profit de la couronne de riches et nombreuses successions : Jean Tristan, frère de Philippe III, lui laissait le Valois et l'Auvergne; tout l'héritage de la maison de Toulouse revint au domaine de la couronne, et la mort de Thibaut II prépara la réunion de la Champagne et de la Navarre. Ainsi la position de la royauté était si heureuse que , quel que fût le roi, tous les événements devaient concourir à sa grandeur (1270).
Philippe n'était qu'un prince assez médiocre, mais il héritait de cette tradition de sagesse qui se perpétuait dans la race capétienne. Il possédait le sentiment de ses intérêts : il se garda bien de rompre la paix consolidée sous le règne précédent entre la France et l'An-
Sleterre, et en cela sa politique s'accor. ait avec celle d'Edouard Ier, qui monta sur le trône presqu'en même temps que lui. D'ailleurs la nature même des acquisitions que Philippe venait de faire attirait toute son attention vers ie
Bm PHILIPPE III L'UNIVERS. PHILIPPE III
Midi; aussi toute l'action intérieure de la France se porta-t-elle pendant son règne et une partie du règne suivant sur l'Italie et sur l'Espagne. Il força, en 1272, Roger Bernard, comte de' Foix, à lui prêter hommage. Il obtint, en 1274, pour son fils Philippe le Bel, la main de Jeanne, héritière de Navarre, contrée où il réussit à faire triompher le parti de la France, malgré l'opposition des Aragonais et des Castillans. Il soutint, en 1276, les droits de ses neveux, les infants de la Cerda, que les cortès avaient dépouillés du trône en faveur de Sanche , second fils d'Alphonse X , roi de Castille; mais il ne put empêcher le triomphe de leur compétiteur.
Pendant ces guerres, la cour était le théâtre de sanglantes intrigues : le faible Philippe III s'était laissé subjuguer par un parvenu nommé Labrosse, homme de basse naissance, qui avait été barbier et chirurgien de saint Louis. La nouvelle reine, Marie de Brabant, trouva en lui un redoutable concurrent dans la confiance de son époux. Elle devint son ennemie déclarée. Tous les envieux se liguèrent avec elle pour renverser Labrosse, qui de son côté ne négligea rien pour inspirer au roi des soupçons sur la conduite de sa femme. Sur ces entrefaites, le jeune Louis, fils aîné de Philippe, fut attaqué de la Gèvre, et expira au milieu des convulsions : sa peau était parsemée de taches livides, ses entrailles présentaient d'étranges indices.
Il est empoisonné ! s'écria-t-on. C'est le favori ! c'est la reine! les deux partis s'accusaient mutuellement. Placé entre sa femme et son confident , le roi se trouva fort embarrassé; il alla consulter une béguine, et la réponse fut favorable à la reine; il hésitait encore, lorsque des lettres mystérieuses dont on n'a jamais su le contenu, vinrent le déterminer à faire arrêter Labrosse , qui fut jeté dans un cachot, jugé par une commission, et exécuté à Montiaucon, après une absurde procédure (1278).
En 1282, le massacre des Vêpres siciliennes mit aux prises la France, l'Espagne et l'Italie. Le pape se déclara pour la France contre l'Aragon; il offrit ce royaume à Charles de Valois, frère de Philippe III. Le roi fit marcher une armée vers les Pyrénées ; il la gui-
dait lui-même (1284) ; mais il n'obtint pour tout avantage que la prise de Girone. L'expédition mal préparée échoua, et Philippe expira à son retour, dans les plaines pestilentielles du Lampourdan , entre les bras du roi de Majorque (5 octobre 1285 ). Ce prince avait eu de sa première femme, Isabelle d'Aragon, trois enfants , Louis , Philippe le Bel, Charles de Valois ; de Marie de Brabant, il eut Louis, comte d'rtvreux, Marguerite , qui épousa Édouard 1er d'Angleterre, et Bianche, qui fut mariée à Rodolphe , duc d'Autriche , fils d'Albert I,r.
Prince faible , crédule et de la dernière ignorance, Philippe III fut cependant entraîné à continuer l'œuvre de ses prédécesseurs. Les progrès de la royauté étaient tels , que l'on commençait à reconnaître et à écrire que le roi était souverain par-dessus tout. Philippe publia des ordonnances pour confirmer celles de son père au sujet des guerres privées; le parlement commença a se constituer; aux combats judiciaires succédèrent ceux de la parole , et quelques dispositions législatives assurèrent des honoraires aux avocats; on doit aussi à ce prince des règlements concernant les ponts, les marchés, les chemins, et autres établissements d'utilité publique. Ainsi, la royauté marchait toujours, quelleque fût la valeur personnelle des rois : elle avait en elle une force indépendante qui rendait son progrès inévitable, et tout concourait à la fortifier et à l'élever audessus des puissances féodales qui l'avaient autrefois humiliée.
Philippe III (monnaies de). À l'avénement de Philippe le Hardi , la monnaie était parfaitement réglée: deux systèmes monétaires se partageaient alors le royaume, ou, pour mieux dire, les domaines du roi , le système tournois et le système parisis. Le premier, plus usité que le second , était adopté principalement dans l'ouest et le midi ; le second avait cours dans le centre et dans le nord. Philippe eut le bon esprit de respecter les sages établissements de son père , et sous son règne la monnaie ne souffrit aucune altération. Il fit fr*ipPer des espèces d'or, d'argent et de billon. Les textes nous prouvent que de son temps on fit des écus d'or et des denvrs