PHILIPPVS : DEI : GRACIA : FRANCO
îtVM : hbx, autour de la ligure du roi, assis et tenant d'une main un sceptre,de l'autre une main de justice, la couronne, -h ph. di gra rex franc et, dans le champ, une couronne semée de fleurs de lis; le parisis, philippvs dei gra.
francorvh REX, autour du roi assis sur une chaise gothique, posant ses pieds sur deux lions et tenant dans ses mains le sceptre et la main de justice. Le denier dor à Vécu a la même légende ; on y voit, dans un cartouche, le roi assis sur une chaise, tenant une épée d'une main , et de l'autre un écu cnargé de fleurs de lis sans nombre.
JSange, le pavillon et le florin George portent aussi la même légende. Le premier représente, sous uu dais gothique, et dans un cartouche , un ange couronné, tenant d'une main un écu à trois fleurs de lis , et de l'autre une croix avec la hampe de laquelle il terrasse un dragon ; le deuxième montre le roi assis sur son pliant orné de têtes d'animaux, sous un pavillon fleurdelisé; le troisième présente, dans un cartouche, saint George, l'écu(de gueules à la croix d'or) au poing, terrassant le démon ; le champ de la monnaie est semé de fleurs de lis. Sur le lion} on voit le roi assis sur un siège gothique, les pieds appuyés sur un lion ; autour, on lit : ph : dei : gra : franc : rbx.
On débite, à propos de ces monnaies, différentes fables qu'il faut se garder d'adopter, et que nous passons sous silence, nous contentantde renvoyer le lecteur à l'excellent ouvrage de fe Blanc.
Disons seulement que les florins George ont été frappés à Orléans, et que ces monnaies, ainsi que le pavillon, Y ange et surtout la couronne, sont aujourd'hui fort rares et fort recherchées des curieux.
Les monnaies d'argent de Philippe de Valois sont : des gros tournois, semblables à peu près a ceux que les rois ses prédécesseurs immédiats avaient fait frapper, et que pour cette raison nous ne décrirons pas ici ; des gros à
la queue, qui avaient la même valeur que les autres, et qui n'en différaient cjue parce que la croix du revers y était à longue queue qui passait dans la légende; des gros a la fleur de lis, où une fleur de lis , entourée du mot francorvh, remplaçait le châtel et les mots tubonvs civis ; la croix du revers y était cantonnée d'une fleur de lis aû 3* canton ; des gros à la couronne, où la légende philippus rex était coupée en quatre parties par une grande croix, et où le châtel, couronné et non surmonté d'une croix, était entouré des mots francorvm; enfln, et ce ne sont pas les moins curieuses des monnaies de ce prince, des gros parisis, dont voici la description :BKNEDiCT..etc.; en 2* légende, + philippvs bex franc; dans le champ, une croix à branches égales, accostée de deux fleurs de lis au 2* et au 3e canton ; r}. — Bordure de quinze fleurs de lis; 4- parisivs civis argenti, entre grenetis ; dans le champ,
sous une couronne, r?*?° . Cette pièce
PK
valait, comme sa légende l'indique, 12 deniers ou 1 parisis.
Comme monnaie de billon , Philippe le Bel ne fit faire que des tournois et des parisis ; voici la description des principaux: 1° deniers, qui ne diffèrent que par le style des parisis ordinaires; 2^ doubles, où les types bourgeois se confondent avec ceux, des parisis; 4- philippvs rex; dans le champ, une couronne sur laquelle on lit le mot rex ; r\ — monetà dvplex ; dans le champ, une croix fleuronnée à longue queue ; ou bien, avec la même légende (fans le
champ, les lettres séparées par deux fleurs de lis; au revers, dans le champ, une croix fleurdelisée, ou fî^, avec deux croix fleurdelisées:
NCO
3° oboles parisis , -+- philippvs rex, en légende; dans le champ,
les lettres * * et au centre, une fleur
de lis; r\ hobolvs paris, autour
d'une croix fleuronnée et à pied; ou bien, + philippvs rex, autour d'une croix couronnée ; r). — obolvs six-
PHILIPPE FRANCE. PIIIMPSBOITRG 541
plex, autour d'une croix fleurdelisée.
4° On a de Philippe VI des tournois à deux types différents, 1° + philippvs : bex , autour d'une croix cantonnée des lettres ' ri. — tvbonvs ci-
vis, autour du châtel ; 2° + philippvs fba bex, autour d'une couronne ; r\ — tvbonus simplex, autour d'une croix fleurdelisée.
flous ne pouvons mieux terminer l'histoire numismatique de ce règne, si fécond en belles monnaies, qu'en citant un magnifique pied fort, encore inédit, d'un parisis dont on n'a pas encore trouve d'exemplaires, et qui se trouve au cabinet du roi. En voici la description : philippvs bex; dans le champ, FRA; rJ. — pabisiys ci vis, autour d'une croix à branches égales. Ce denier est d'autant plus curieux, qu'il a dû jouir autrefois d'une grande vogue; car il a servi de modèle à la monnaie de billon frappée par les comtes et ducs de Bar jusqu'au quinzième siècle; et, chose étonnante, c'est à partir de 1365, au plus tôt, qu'il fut imité par eux. Le pied fort de France est unique; ceux de Bar sont très-communs.
Philippe, duc d\4njout petit-fils de Louis XIV, qui devint roi d'Espagne, sous le nom de Philippe V, était le second fils de Louis, dauphin de France, et de Marie-Anne de Bavière. Ce fut le 2 octobre 1700 qu'il fut appelé au trône d'Espagne par le dernier testament de Charles II. Cette couronne, que la politique de Louis XIV venait de donner à un de ses petits-fils, fut conservée à ce prince par la valeur française, malgré tous les désastres de la guerre de succession. En 1704 , quand l'archiduc Charles , que l'Autriche opposait au prince français , eut débarqué en Portugal, Louis XIV fournit à Philippe V 20,000 hommes, commandés par le maréchal de Berwick.Le jeune roi, chassé de sa capitale, y fut ramené par cet officier, qui consolida son trône par la victoire d'Almanza ( 25 avril 1707 ). Les revers éprouvés par Louis XIV compromirent de nouveau la situation de Philippe V ; mais Vendôme releva une seconde fois son sceptre , en remportant la victoire de Villa-Viciosa (10 décembre 1710), et le traité d'Utrecht
(11 avril 1713) fixa enfin la couronne d'Espagne dans la maison de Bourbon.
L'histoire de Philippe V, après Louis XIV , change d'aspect ; il devient ennemi de la France pendant la régence du duc d'Orléans, se réconcilie avec elle sous le ministère de Fleury, et après une abdication d'une année, remonte sur le trône, qu'il occupe jusqu'en 1746. (Voyez, pour les événements de ce règne, de 1715 à 1746, les articles Cellamabe, Philippe d'Orléans, Fleury, Louis XV , etc. )
Philippe ( Alexandre ) servait en qualité de sergent dans le corps d'armée du général Olivier, lorsque cet officier se rendit maître de la ville de Modène, en 1799. Arrivé le premier a la porte de la ville au moment où l'ennemi la fermait, Philippe met son fusil en travers de la porte, effraye ainsi l'ennemi , parvient à la lui faire ouvrir , et se précipite dans la ville. Secondé ensuite par quelques grenadiers, il prend 2 pièces de canon et fait mettre bas les armes à 200 hommes.
Philipsbourg (sièges et bombardementde). Philipsbourg est une petite ville du grand-duché de Bade, aujourd'hui sans importance. Elle n'a plus de fortifications, mais elle fut jusqu'en 1800 une place très-forte, et sa situation sur la rive droite du Rhin l'exposait aux premiers coups chaque fois que nous portions la guerre en Allemagne. Nos troupes l'assiégèrent notamment en 1668 et en 1734; elles la bombardèrent en 1799.
L'année 1688 vit la ligue d'Augsbourg se former contre la France. Dès que Louis XIV sut qu'on voulait l'attaquer, il résolut de prendre lui-même l'offensive. Une armée de 100,000 hommes fut réunie en Alsace, et passa le Rhin au mois d'août, divisée en trois corps. Le marquis de Boufllers prit Kaiserlautern, Kreutznach et Oppenbeim ; le marquis d'Uxelles prit Neustadt, Heilbronn, Heidelberg et Mayence; le baron de Monclar forma l'investissement de Philipsbourg , et le roi envoya le Dauphin , alors âgé de vingt-sept ans, pour commander à ce siège. Monseigneur, ainsi qu'on appelait le fils aîné de Louis XIV, avait sous lui, outre le maréchal de Duras, Catinat et Vauban,
612 piiimpsbowg L'UNIVERS. PiiiLiPsnouRO
qui n'étaient encore l'un et l'autre que lieutenants-généraux. Secondé par eux, il obtint au bout de vingt-quatre jours la capitulation de la place, qui d'ailleurs avait été mal défendue , et les courtisans, selon l'usage, lui prodiguèrent des flots d'adulations. Le duc de Montausier, qui avait été son gouverneur, fut le seul qui ne céda point à l'entraînement général. Voici la lettre qu'il lui adressa : « Je ne vous félicite point, m Monseigneur, sur la prise de Pnilips- « bourg ; vous aviez une bonne armée, « des bombes, du canon et Vauban. Je o ne vous félicite pas non plus de ce que « vous êtes brave : c'est une vertu né- « réditaire dans votre maison. Mais je « me réjouis avec vous de ce que vous « êtes libéral, humain, et faisant valoir « les œuvres de ceux qui font bien.
« Voilà sur quoi je vous fait mon com- « pli ment. .. »
— En 1733, pour soutenir l'élection de Stanislas Leczinski au trône de Pologne, la France entreprit une nouvelle guerre contre l'empereur et ses alliés.
Le maréchal de Berwick, envové en Allemagne, s'empara du fort cfe Kebl ; puis, en 1734, malgré les efforts du prince Eugène, qui commandait l'armée impériale* il vint mettre le siège devant Philipsbourg. Le marquis d'Asfeld, le comte de Belle-lsle et M. de Gassion, u'Il avait sous ses ordres , rivalisaient e zèle et d'activité. Cinq batteries furent démasquées le 7 juin, trois semaines après l'investissement, et elles firent un feu terrible sur la place. Nos troupes bravaient tous les obstacles, l'eau , la fusillade, le canon des ouvrages, et, oubliant les fatigues du siège, ne songeaient qu'à l'honneur du succès. Pour soutenir cette ardeur, le maréchal allait visiter chaque jour les travaux de la tranchée. Le 12, il fut atteint, entre son fils et le duc de Duras, d'un boulet qui le tua. L'armée pleura son illustre chef. Le marquis d'Asfeld le remplaça , et reçut en même temps le bâton de maréchal. A la nouvelle de la mort de Berwick, le prince Eugène résolut de tout tenter pour secourir la place. Il vint camper a Bruchsal, d'où il alla faire la reconnaissance des lignes françaises, puis il les attaqua le 1er juillet. Après quelques engagements sans résultats, il
voulut, à la faveur du feu de la place, jeter quelques troupes au delà du Hhin dans des bateaux , mais une artillerie formidable, que le maréchal d'Asfeld avait disposée sur la rive gauche, ne permit pas aux barques d'aborder, et le prince tarda peu à battre en retraite.
Le siège fut alors continué avec une vigueur nouvelle; on emporta plusieurs ouvrages, et le gouverneur, effrayé du rapide progrès des assiégeants, capitula enfin le 17 juillet. Les Français trouvèrent dans la place plus de cent trente canons, trois cents milliers de poudre, et des magasins de vivres encore assez bien remplis.
— En juillet 1799, le général français Muller, qui commandait un corps d'observation sur le Bas-Rhin, reçut l'ordre de menacer à la fois Manbeîm et Philipsbourg, afin de tenir en échec l'aile droite de l'archiduc Charles. Il n'avait que 18,000 hommes; néanmoins il remplit assez heureusement les intentions du Directoire : Manheim fut occupé dans les premiers jours d'aodt, et Philipsbourg investi le 30 du même mois. Bientôt Muller somma la place, et comme elle refusait de se rendre, il fit commencer le siège, ou plutôt le bombardement, avec une activité remarquable. Au bout de cinq jours, Philipsbourg était détruit ; cependant, quoique le rhingrave de Salm, qui y commandait, ne défendît plus guère que des décombres, il s'obstinait à ne point capituler. Mais le 9 septembre , un des principaux ouvrages qui défendaient la place du côté de Reinsheim, fut emporté à la baïonnette, et peut-être le gouverneur allait-il se montrer plus traitable, lorsque Muller apprit que l'archiduc Charles s'avançait en force pour le contraindre à lever le siège. Trop faible pour l'attendre, il se retira sur Manheim, et exécuta ce mouvement avec tant d'ordre, tant de précision, que les Autrichiens ne purent rien entreprendre pour s'y opposer.
—Nos troupes, dans le courant de la même année 1799, investirent encore trois fois la place de Philipsbourg, qui trois fut délivrée; mais, en 1800, elles la prirent enfin et en rasèrent les fortifications.
Philologie. Nous avoni dit à l'article Érudition, le sens que nous attachions au mot philologie; nous ne nous occuperons ici que de la partie de cette science oui a pour objet l'étude des langues de l'Orient : la plupart des philologues qui se sont occupés spécialement des langues classiques s'étant fait également une réputation comme antiquaires et comme historiens, nous avons cru ne pouvoir séparer ces deux branches de leurs études, et nous renvoyons pour l'histoire de la philologie classique en France au mot Sciences historiques.
Philologie orientale. Par la rapidité du mouvement libéral imprimé depuis un siècle aux esprits, plus encore que par le nombre des années
2ui séparent les époques, le temps est )in aujourd'hui où l'étude des classiques de la Grèce et de Rome constituait le. seul titre possible d'un philologue. Dépassant enfin ses colonnes d'Hercule, qu'elle vit si longtemps dans l'Olympe rt lePinde, la science a découvert dans l'antique Asie un nouveau monde intellectuel. Les studieux enfants de l'Occident se sont à l'envi précipités à la poursuite des trésors qu'il offrait à leur ooble convoitise, et les nombreuses conquêtes qu'ils y ont déjà faites nous justifient suffisamment dans le choix du titre que nous avons placé en téte de ces colonnes.
Nous nous proposons d'esguisser le tableau des études dont les lettres de l'Orient ont été l'objet en France jusqu'à ce jour. En raison de la portée qu'ont eue les travaux de plusieurs de nos orientalistes , morts ou contemporains, des notices biographiques leur ont été consacrées dans ce recueil : on ne retrouvera donc point ici le détail de leurs savantes publications. Nous allons nous efforcer surtout dans cet essai d'apprécier les faits généraux, de tracer les développements' progressifs de la science , et de signaler les rapprochements auxquels donne lieu l'examen des diverses productions d'une même époque ou d'une même branche de recherches.
Nous n'entrerons dans quelques détails que pour les travaux dont 1 indication n'a pu trouver place ailleurs.
J/étude des langue* et des littératu-
res de l'Orient, étude à laquelle l'esprit philosophique des temps modernes a donné, avec un champ plus large, un si puissant intérêt, dut son origine, en France comme dans les autres parties de l'Europe chrétienne, à ce besoin qu'éprouvèrent nos ancêtres, aux temps de ferveur du moyen âge, de comparer les textes originaux et les versions des livres antiques, fondement de leurs pieuses croyances. Les travaux des savants juifs du douzième siècle, cet âge d'or de la littérature hébraïque en Occident, contribuèrent sans doute à stimuler le zèle des chrétiens. Les synagogues de France comptaient alors en effet plusieurs hommes éminents,dont le plus célèbre, Salomon Jarchi , grand rabbin de Lunel , a composé des commentaires sur le Pentateuque et sur diverses autres parties de la Bible. Mais ce qui donna le
()lus d'importance à ces études, ce fut a longue lutte qu'eut à soutenir l'Église orthodoxe contre les opinions nouvelles que chaque siècle voyait surgir au sein de la chrétienté. Les théologiens furent donc amenés, pour défendre la foi et ses autorités, à se faire orientalistes. Il est vrai que les langues bibliques, l'hébreu et le chaldéen, dont s'étaient servis les interprètes inspirés de la parole de Jéhovah dans les livref de l'Ancien Testament, le syriaque, idiome dans lequel a été écrite la première traduction connue du Nouveau, formèrent dans le principe tout le champ de la philologie orientale ; l'arabe, introduit d'abord chez nous avec les œuvres de quelques savants de Cordoue , ne fut ensuite guère étudié que dans les traductions des livres saints faites par les chrétiens d'Orient ou pour leur usage. Longtemps inéme après que les études des Européens se furent étendues à d'autres idiomes de l'Asie , on désignait encore exclusivement comme Orientalistes ceux qui s'occupaient de la culture des langues sémitiques. On sait que ces langues sont ainsi nommées comme ayant été parlées par la race du fils aîné de Noé, et que i hébreu et l'arabe forment les principaux rameaux de la famille ethnographique à laquelle elles appartiennent.
Le séjour des Sarrasins avait laissé peu de traces en France, où ils n'avaient
pas eu plus le temps d'établir leur influence morale ou littéraire que leur domination politique ; les croisades y exercèrent sur les études orientales une influence plus directe. Les chrétiens voulurent convertir les infidèles qu'ils n'avaient pu expulser des saints lieux. Vers 1 140, un certain Pierre, abbé de Cluny, adressait a saint Bernard de Clairvaux, son ami, la traduction latine qu'étant en Espagne il avait fait faire du Coran et de la vie de Mahomet , pour réfuter les doctrines du faux prophète (*). En 1243 , nous voyons le pape Innocent IV prescrire à la fois la création d'une chaire d'arabe a Paris, et l'admission aux cours de l'Université de jeunes Orientaux qui pussent, de retour dans leur patrie , y propager les principes religieux de l'Europe. 11 serait du reste difficile de préciser le degré d'exécution que reçurent ces mesures.
Des besoins d'un ordre différent vinrent bientôt étendre le cercle de l'orientalisme, en rendant nécessaire l'étude de quelques-uns des idiomes vivants de 1 Asie. A l'époque où les princes turcs et les Mongols se disputaient l'empire de l'Orient, nous voyons, en 1253, saint Louis entamer une négociation avec ces derniers, et, en 1289, Arghoun, sultan mongol de Perse , envover des ambassadeurs a Philippe le Bel.
Vers la même époque , la science arabe venait, traversant l'Espagne, faire invasion en France. En 1291, un médecin de ce dernier roi , Ermengaud ou Argemand Biaise de Montpellier, traduisit en latin les écrits d'Avicenne et d'Averroès. C'est dans ces traductions et dans celles des autres commentateurs arabes que la philosophie d'Aristote parvint pour la première fois en Occident, ou elle devait bientôt régner sans rivale dans les écoles.
Le concile général ouvert à Vienne en 1311 vint de nouveau prescrire l'enseignement de l'hébreu, du chaldéen et de l'arabe dans l'Université de Paris, et, en 1316, Jean XXII recommandait par-
(*) C'est cette traduction que Bibliandcr a publiée à Hàle en i543. Elle avait été exécuiée par Pierre Tolelan, Robert Retenense el Herman Dalmate.
ticulièrement à la Sorbonne la culture de ces langues. Malgré ces deux imposantes sanctions, le goût des lettres bibliques ne se soutint pas longtemps ; car , au seizième siècle , la langue hébraïque était , selon l'expression de Théodore de Bèze, « du tout abolie entre les chrétiens, v La réforme donna à ces études une impulsion nouvelle, et l'on vit les théologiens des deux communions y trouver des armes pour se combattre avec un avantage à peu près égal des deux côtés, tandis que l'influence de la renaissance imprimait déjà aux travaux de quelques orientalistes un caractère plus scientifique Guillaume Postel. qui se rendit malheureusement plus eélebre encore par ses mystiques rêveries que par une érudition incontestable , rapporta de ses voyages dans le Levant , avec une collection d'environ
auarante manuscrits , la connaissance c toutes les langues orientales étudiées alors. En ramenant tout a l'hébreu, Postel fut sans doute entraîne dans bien des erreurs : mais il a le mérite d'avoir, des 1538, crée la science de la philologie comparée, en faisant ressortir des rapports inconnus avant lui, tant dans les langues orientales entre elles, qutotre ces langues et le latin. Il avait été obligé de faire fondre à ses frais les caractères des douze langues dont il donne les alphal>etsdans son principal ouvrage, espèce de manuel polvglotte. La partie qu'il y consacre a l'arabe , beaucoup plus étendue que les autres, forme une grammaire abrégée de cet idiome. Ses collègues au collège de France, Vatable et Cinq- Arbres , ressuscitaient chez nous l'enseignement de l'hébreu. Le premier a attaché son nom à la belle Bible imprimée, en 1539, par Robert Etienne, laquelle contient, avec le texte hébreu et la Vulgate, une deuxième version latine, celle de l'hérésiarque Léon de Juda. Le second faisait imprimer, en 1546, une grammaire hébraïque , et, trois ans après, la traduction latine du Targurt, ou paraphrase chaldaïque de Jonathanben-Uziel.
Postel avait eu le titre de professeur en langues orientales. Ce fut Henri III qui établit, en 1587, la première chaire spéciale pour l'enseignement de l'arabe.
Cette chaire fut successivement occupée
par plusieurs médecins; car nos docteurs, qui avaient d'abord puisé leurs connaissances thérapeutiques dans les traductions faites par les Juifs des traités des musulmans d'Espagne, avaient fini par se dispenser des services de ces interprètes souvent ignorants, et l'arabe était devenu pour eux comme une étude professionnelle.
L'auteur du Thrêsor des langues de cest univers, Claude Duret , président à Moulins, mort en 1611, peut être regardé comme le continuateur de Postel.
Son livre , où il n'examine pas moins de cinquante langues, de toutes les parties du monde "et principalement de l'Orient , est un curieux répertoire des connaissances de l'époque dans les diverses branches de la philologie. On regrette d'y voir reproduire avec tant de détails, au sujet de l'hébreu , les rêveries des rabbins cabalistes ; mais on trouve parfois aussi de précieuses ini entions.
Snvary de Brèves , ambassadeur de Henri IV à Constantinople , rapporta en France, au retour de sa mission , cent dix manuscrits turrs, arabes, persans et syriaques. Il fit graver plusieurs corps de caractères orientaux , avec lesquels on imprima , entre autres volumes, le texte turc des articles du traité conclu, en 1604, par son entremise, avec le sultan Achmet I". Ces caractères servirent ensuite à imprimer, en 1616, la grammaire arabe du maronite Gabriel Sionita; en 1622, le vocabulaire latin-arabe de Jean-Baptiste Du Val, et en 1625, un psautier syriaque à l'usage des chrétiens du Levant , le premier livre publié à Paris dans cette langue. L'imprimeur Antoine Vitré , qui avait prêté «es presses pour plusieurs de ces publications , peut être regardé comme le fondateur de la typographie orientale en France. Il acheta pour le roi les collections de de Brèves à la mort de cet ambassadeur. Il y ajouta de nouveaux corps de caractères qu'il fit graver par ordre du ministre, et publia, comme spécimen, en 1635, le recueil des alphabets hébraïque, rabbinique, samaritain , syriaque , grec, arabe, turc et arménien.
Ces types n'arrivèrent qu'après bien des discussions dans les casses de l' imprimerie royale. Le clergé les regarda
T. xi. HP Livraison. (Dict. ency
longtemps comme sa propriété; car rassemblée de 1656 prescrivait encore aux imprimeurs auxquels on les prétait , d'inscrire au frontispice de leurs publications la devise Typis cleri gallicani.
Suant aux manuscrits, Richelieu les fit , acer clans sa bibliothèque particulière, u'où ils passèrent à celle de la Sorbonne.
Un autre diplomate français , André Duryer , qui fut consul de France en Égypte , peut être regardé comme un des plus habiles orientalistes de cette époque. Il s'exerça avec un égal succès sur les littératures arabe, turque et persane.
Le cardinal servit la cause des études orientales en favorisant la publication de quelques traités élémentaires. En 1631, quand il concéda à une compagnie de libraires le privilège de trente ans qu'il s'était fait donner par le roi pour I impression des livres d'église, il leur imposa la condition d'imprimer en même temps" « des Nouveaux Testaments, des catéchismes et des grammaires ès langues orientales^ » dont ils devaient fournir gratuitement un certain nombre d'exemplaires pour le service des missions catholiques.
Bien qu'on regrette dans la Bible polyglotte de Le Jay l'absence de ces prolégomènes et de ces notes qui ajoutent tant à la valeur scientifique de ces sortes de publications, elle n'en reste pas moins une oeuvre capitale et qui atteste un progrès immense dans la culture des langues orientales. L'impression, commencée en 1632, ne fut achevée qu'en 1645; elle avait été dirigée surtout par Sionita. Un autre maronite, Abraham Ecchellensis , publia à Paris, en 1641, Synopsis philosophie OrientaUum , et en 1651, Chronicon orientale.
Nous suivons la continuation du progrès dans les travaux de Samuel Bochart. Versé a la fois dans la connaissance de l'hébreu, du chaldéen, du syriaque et de l'arabe, le savant calviniste déploie des trésors d'érudition et de critique dans sa Géographie sacrée, dont la première partie, qu'il intitule Phaleg et consacre a la comparaison des idiomes orientaux connus alors, forme, malgré les étymologies chimériques qui s'y rencontrent trop souvent, un des plus savants livres qu'on ait faits sur cette matière.
Cl., ETC.) 35
546 PHILOÏXHUE L'UNIVERS. ' PttlLOM^tB
On se hasardait peu encore dans le l'Orient, qui eut un grand succès, mais
chnrupdela littérature profancLa C allia qu'on ne doit consulter qu'avec circons-
Orientais 4e Colonnes, publiée en 1665, pection. D'Herbelot la composa d'à-
ne nous offre guère en effet avant cette bord, dit-on, en arabe. Galland, qui en
date que des auteurs ecclésiastiques et écrivit la préface , est surtout connu
des écrits ayant un rapport plus ou pour sa traduction des Mille et une
moins direct avec lu religion. Les seules nuits , celle de toutes les productions
publications de quelque intérêt philolo- de la littérature orientale qui a eu le
pique que nous puissions ajouter ici, plus de popularité en France. Pétis de
d'après ses indications , sont les Insti- Lacroix , dont la vaste érudition em*
tutiones Syriacx d' Angélus Caninius , brassait, avec les langues arabe, persane,
1554; la traduction .faite du chaldéeu en turque, tartare, l'éthiopien et l'armé-
français , par Barthélémy de Beaupolx , nien , traduisit du persan les Mille el
des Sentences de BenSira nepveu du un jours , ainsi que Y Histoire de Ta-
prophète H iérémie , 1559; la grammaire merlan, de Scherfeddin, et, du turc,
chaldaîque de Jean Mercier, 1560; ses un Tableau général de l 'empire otto-
traductions de l'hébreu et du chaldéen, man , sans laisser sans doute après lui
ainsi que ses savantes dissertations sur un nom aussi populaire, mais en acqué-
plusieurs livres de la Itible, notamment rant des titres scientifiques peut être
sur ceux de Ruth et de Job; le Linguae plus solides. On lui doit encore la publica-
sanct& compendium de Jean Boulain, tion d'une oeuvre posthume de son père,
Îirofesseur au collège deMontaigu, 1576; l'histoire de Genghiz-Khan , composée es Commentaires sur les psaumes, 17- d'après les écrivains orientaux. tagoge ad Rabbinos legendos, et diver- Eu 1669, Colbert créait , dans Tintéges traductions du rabbinique , par le rét de nos relations commerciales et difougueux mais savant ligueur Génébrard; plomatiques avec le Levant, l'école des l'édition de 1622 de la grammaire hé- Jeunes de langue ; et les mémoires, les braïque de Bellarmin , annotée par de traductions et les copies de textes que Muir, auteur d'une nouvelle traduction les Élèves-drogmans étaient tenus dindes psaumes ; la grammaire samari- voyer périodiquement a fcaris, créaient taine $1 les Exercitationes in utrum^ un fonds de manuscrits modernes plein que Samarjtanorum Pentateuchutn du d'utiles documents pour la philologie «ère Morin, J631; enfln, YArcanum orientale (*). En 1672, il faisait voyapunctationis revelatum du ministre
prouvant Louis Cappel. Cet écrit, édité ^ L'institution des Jeitkes m turon
en 1684 par le savant hollandais Erpe- devait faire l'objet d'un article spécial, qui*
nius , fut i'OCCasidn de la vive polemi- été omis à sa place naturelle. Nous devons
nue que Cappel eut à soutenir avec réparer ici cette lacune,
puxtorf , an sujet de la tradition mas- Un arrêt du conseil du roi, du x8 novein-
sorétique que rejetait le premier. bre 1669, disposa que six jeunes garcous, nés
Tels étaient encore les pieux S cru pu- Français, seraient envoyés aux couveuti des
les des orientalistes , lorsque Vattier , capucins de Coustantinople et de Smyrne , <>•»
médecin de Gaston d'Orléans, fit paraî- seraient instruits dans la connaissance
tre l'histoire des khalifes d'El-Macin , dfcS langues orientales pour servir de Jrog-
en 1658, que cet arabisant crut devoir ™»â d*ns ,eâ cc,,el,« du Leva"t el. e"
dans sa préface se justifier d'une publi- karie- .s« no»ve>u* e,evea *S™?£
*• J.: *.;.«:t PkictAii.o nommes chaque année; mais, d après a au
cation qui faisait connaître I histoire tpes d) Ui4 du 3l' km*,*
d'une race ennemie du nom chrétien. Il ne dul £ommer m Uc& vacaDleiqueto«
traduisit cependant encore I histoire de le$ lrois an, Par ar^,é du 7 jujn ,-,8,08
Tamerlan d'Arabschah ; quant a sa tra- fixa a douw îe nom|)rc des élèves entretenus
duction des œuvres d'Avicenne, elle pa- 4 Constantinople. Leur pension élait pavé*
ratt être perdue. par la rhambre de commerce de Maneill'-
Vers cette époque cependant, d'Her- D'Un antre côlé, l'État entretenait a «s frsu
belot commençait à recueillir les maté- au collège des Jésuites de Paris, depuis 17»»
riaux de sa liihliothèque orientale, en- douze jeunes Orientaux, la plupart Arœe-
cyclopédîe de l'histoire et des lettres de niena , destinés à remplir la double mimoa
PHILOLOGIE FRANCE. PHILOLOGIE §tf
$er en Orient le père Michel Vaosleb, qui en rapportait une collection de plus
d'interprètes pour les relations diplomatiques, et de missionnaires pour la propagation du catholicisme. Les conséquences funestes de Vemploi d'étrangers dans la négociation des intérêts do pays nécessita bientôt une nouvelle organisation de l'école. Une ordonnance du 20 juillet 1711 remplaça les Arméniens par dix jeunes gens fils de parents français , qui devaient, après avoir étudié à Paris les éléments des langues turque et arabe, aller se perfectionner au couvent de (ionstautinople. L'école de Paris demeura annexée au collège de Louis-le-Grand ; elle fut placée dans les attributions du département des affaires étrangères, et sous la surveillance du premier secrétaire interprète du roi, qui y lut, avec les deux antres interprèles pour les langues orientales, chargé de l'enseignement des trois langues arabe, turque et persane. Les sujets admis dans cette école, désignés dans l'origine par le titre d'élèves tU ta chamftre du roi , le furent ensuite par celui de Jeunes de langue, expression formée d'un idiotisme turc traduit mot à mot en français, où elle ne présente en réalité aucun sens. Par une ordonnance du 3 mars 1781, il fut réglé xpie les fils, petils-GIset neveux de drogmans auraient la préférence pour les places de jeunes de langue, dout le titre finit par désigner exclusivement les élèves de cette catégorie. Supprimée à la révolution , l'école fut rétablie par le Directoire, en 1797. Le nombre des élèves fut alors porté à dix- huit. Après l'établissement de la mission de Perse, Napoléon forma à Téhéran une école de jeunes de langue à l'instar de celle de Constantinople; mais elle ne parait avoir eu qu'une existence momentanée. En 1817, le ministère avait réduit à seize les élevés entretenus à Paris. Une ordonnance du 3i juillet i8a5 fixa à douze seulement le nombre des places de jeunes de tangue, tant à Paris qu'à Constantinople. La direction de l'école de Paris, confiée en 1797 à M. Simon, le fut, en 1817 à M. Kieffer, et en i8au à M. Jouannin, ancien premier drogmau à Constatai nople, et chargé d'affaires eu Perse, auteur du volume de la Turquie dans Y Univers pittoresque. (H vient d'être enlevé à ses élèves le 3i janvier, comme nous achevions l'impression de cet essai.) Le nombre des jeunes de langue proprement dits a beaucoup diminué dans ces derniers temps. L'hérédité des professions, il est vrai , n'est guère compatible avec l'indépendance actuelle des esprits. Toutefois, la mesure àdtptée par le dernier directeur pour l'admission d'externes aux cours de l'école, l«n a donné
de six cents manuscrits hébreux , syriaques, coptes, arabes, turcs et persans.
U nous reste à citer parmi les publications importantes des orientalistes de celte époqne . l' Histoire critique de ta créance et des coutumes du Levant , que publia à Amsterdam, en 1684, sous le pseudonyme de Moni, l'oratorien Richard Simon, exclu de sa congrégation pour avoir avancé dans son Histoire critique du Vieux Testament^ que le Pentateuque était d'Esdras.
La lin au dix-septième siècle avait vu s'organiser la célèbre mission de Chine, qui a rendu à la philologie orientale tant de services, et dont l'honneur revient principalement à la France. Favorablement accueillis par l'empereur Khang-hi, qui règne de 1662 à 1722, les missionnaires de Péking font parvenir en Europe et surtout à Paris une foule de textes importants, de traductions et de mémoires. Colbert protège les missions des jésuites en vue des découvertes utiles aux arts et à l'industrie que promettent leurs travaux. Louvois nérite des vues de Colbert , et envoie , en 1685, d* nouveaux missionnaires en Chine pour y faire des observations astronomiques. I^e père Bouvet rapporte, en 1697, quarante-deux volumes chinois. La Bibliothèque du roi n'en possédait avant cette époque que quatre.
En France, les constants développe* ments donnés à l'Imprimerie royale favorisaient la publication des travaux de nos orientalistes sur les langues nouvellement acquises à la philologie. En 16D1, ce bel établissement avait reçu, avec une nouvelle organisation, le dépôt des poinçons , matrices et types orientaux existant à Paris. Plus de quatrevingt mille caractères chinois calqués sur le Rhang-hi-tseu-tien et le Pin-tseutsien, dictionnaires originaux rangés , l'un par ordre de clefs, l'autre par ordre tonique, étaient gravés sur bois sous la direction d'Etienne Fourmont qui naturalisait en Europe l'étude de cette langue. Le gouvernement français avait conçu l'idée de créer à Paris une chaire pour cet enseignement et l'avait chargé de composer une grammaire et un
une nouvelle importance. Elle a, depuis sa fondation, reçu quaUfïùjfit-dji alève*.
dictionnaire, avec l'aide d'un jeune lettré, Hoang-ji, amené à Paris par l'évéque de Rosalie. Fourmont acheva sa grammaire malgré la mort de son associé arrivée en 1716. Ost lui qui fit connaître pour la première fois en Europe les deux cent quatorze clefs ou caractères élémentaires, bases de récriture chinoise. En même temps, la Bibliothèque du roi s'enrichissait de quatre mille volumes chinois et de deux cents manuscrits indiens envoyés par les missionnaires ; et Fourmont , de concert avec l'abbé Sevin , rédigeait les deux premiers volumes du catalogue, où se trouvent les notices des manuscrits en langues orientales.
Sous le règne suivant, le régent et le duc d'Antin continuaient aux études des orientalistes la protection que leur avait accordée Louis XIV. Eusebe Renaudot publiait, en 1716, un curieux recueil de liturgies orientales, et traduisait de l'arabe, en 1718, les relations des Indes et de la Chine de deux voyageurs mahométans du neuvième siècle, relations dont l'authenticité fut révoquée en doute, jusqu'à ce que de Guignes eut découvert le manuscrit original à la Bibliothèque du roi. En 1744, les capucins de la rue St- Honoré formaient, sous le patronage du duc d'Orléans, fils du régent , une société pour l'étude des langues orientales. Élève de Fourmont pour le chinois, Freret fit servir les connaissances qu'il avnit acquises dans les principales branches de la philologie orientale, à éclairer ses laborieuses recherches sur les antiques chronologies de la Chine, de l'Inde, de la Perse, de la Chaldée et de l'tfgypte ; il composa en outre des vocabulaires, et écrivit sur l'origine et les rapports des langues. Court de Gébelin ouvrit une voie nouvelle ; il démontra l'étroite liaison qui doit exister entre l'étude des langues et la philosophie; il chercha les racines de nos idiomes dans ceux de POrient, et, bien qu'en outrant l'importance de certains points, il établit sur ses véritables bases la philologie comparée.
Tandis que la France et l'Angleterre se disputaient dans l'Inde la prépondérance politique, un Français, le courageux Anquetil-Duperron, allait y dispu-
ter à nos rivaux une importante conquête scientifique. Après avoir étudié chez les Parses de Surate le zend et le pehlvi , il dote, à son retour, la Bibliothèque royale de plus de cent quatrevingts manuscrits dans presque toutes les langues de l'Inde. Il initie l'Europe aux dogmes de Zoroastre dans les précieux fragments qu'il rapporte du Zend- Avesta, et à la théologie des brahmes, dont il public, sous le titre d'Oupnekhat, la partie la plus importante traduite sur la version persane de Dara Chékou; titres immenses a la reconnaissance du monde savant, et que ne sauraient faire méconnaître les imperfections inséparables d'une entreprise aussi hardie que nouvelle.
Ceux de nos missionnaires qui allèrent porter la foi dans l'Inde, sont loin d'avoir rendu à la philologie les services qu'elle a reçus des membres de la mission de Chiné. Comme le champ de leurs travaux apostoliques se bornait à peu près au midi de I Hindoustan, ils ne se familiarisèrent bien qu'avec les idiomes vivants de cette partie de l'Inde , tels que le tamoul et le malabar; encore n en firent-ils l'objet d'aucune
Kublication importante. Quant au sansrit, si quelques-uns paraissent}* avoir été inities, ils firent peu pour en "répandre la connaissance. Cependant, dans une lettre écrite de l'Inde au pere Duhalde, en 1740, et insérée au recueil des Lettres édifiantes , le père Pons donne des notions d'une exactitude fort remarquable sur l'antique idiome et la littérature de la race brahmanique.
Non-seulement il résume avec netteté, quoique en termes généraux, le système de la grammaire sanskrite, mais il fi même jusqu'à parler des différences oui existent entre le style des Védas et celui des auteurs classiques. L'analyse qu'il fait des productions littéraires de l'Inde prouve qu'elles avaient été de la part de quelques missionnaires l'objet d'études suivies ; mais il avoue, en dounaot ces détails, que «depuis le père de Nabilibus, il n'y a eu personne assez habile dans le sanskrit pour examiner les choses par lui-même. »
En 1761 , Voltaire déposait à la Bibliothèque du roi, comme un précieux monument de la créance des ancien*
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Indiens en l'unité de Dieu, la copie qui venait de lui être apportée de l'Inde, de VEzour~ Pédant, prétendu ancien commentaire du Véda composé en sanskrit par un brahme du nom de Chumontou, et traduit en français par un autre brahme desservant la pagode de Citeringham dans la province d'Arcate. En 1778, Ste-Croix publiait cette traduction sur une seconde copie plus complète rapportée par Anquetil Du perron, et en prenait occasion pour attaquer l'opinion déjà en faveur de In gronde antiquité de la civilisation indienne. Personne n'avait songé a contester l'authenticité de l'original , lorsque Sonnerat, dans la relation de sou voyage aux Indes orientales et à la Chine, imprimée en 1782, annonça que le fameux K/.our- Vcdam était simplement • un livre de controverse écrit par un missionnaire. • Il ne nommait pas l'auteur; mais quarante ans plus tard, un article du tome XIV des /Isiadc re.searc/tes nous a appris que le manuscrit original de cet écrit existait dans la maison des missionnaires catholiques de Pondichéry , avec d'autres imitations modernes des livres védiques toutes composées parce même père de Nobilibus ou Robert de N'obili, que nous citions tout a l'heure d'après Pons. Ce jésuite était Italien et avait vers 1620 fondé la mission du Maduré, où lui et les autres pères avaient réussi, dit-on, à se faire passer auprès des Indous pour membres de la caste des brahmes.
Dès 1756, Joseph de Guignes s'était placé au premier rang parmi les orientalistes du dix-huitième siècle , en reconstruisant sur les documents originaux l'histoire de trois des plus importantes races de l'Asie , les Huns , les Turcs et les Mongols. En 1785, l'illustre de Sacy et lui furent chargés par le ministrede Breteuil dediriger la publication des Notices et extraits des manuscrits de la Bibtiothèauedu roi, recueil si précieux pour ia philologie orientale. Dans le premier volume, qui parut en 1787, on trouve , sous forme d'introduction , un Essai historique de de Guignes sur l'origine des caractères orientaux de l'Imprimerie royale et sur les ouvrages imprimés à Pans en arabe , en syriaque, en arménien, etc.