‹ France Dictionnaire EncyclopédiqueChapitre 24 sur 434 · MIRAT FRANCE. MURAT · texte numérisé non relu

MIRAT FRANCE. MURAT

Caprana, de Ponte-Corvo, de Mignano et de San-Germano , consommèrent la ruine de l'armée napolitaine. Le 18, il fit demander un armistice; on refusa de traiter avec lui. Remettant alors le commandement des troupes à un de ses lieutenants, il gagna Naples , où régnait déjà une vive effervescence, et lit annoncer officiellement, même afficher dans les rues, un projet de constitution. Cetait une ressource trop tardive. Désespérant bientôt de se maintenir dans la capitale, il résolut de s'enfermer dans la place de Gaëte , où la reine avait envoyé ses enfants, et s'embarqua dans la nuit du 19 au 20, pour s'y rendre ; mais trouvant ce port gardé par un bàt: '.lient anglais , il aborda dans l'île dlschia.

Le jour même , il y apprit qu'une floue anglaise était entrée dans Naples, et qu'en vertu d'une capitulation qui ne contenait aucun article en sa faveur, les Autrichiens allaient prendre possession de cette ville au nom du roi Ferdinand IV. Dans la matinée du 31 , il envoya reconnaître un bâtiment qui doublait l'Ile et qui se trouva faire voile pour la France. On l'y reçut à grand' peine avec quelques personnes de sa suite, et, le 25, il débarqua à Cannes. Aussitôt il se hâta d'expédier un courrier à Paris, pour prévenir Napoléon de son arrivée , et lui demander ses ordres. Il ne reçut point de réponse , et l'accès de Paris fui fut même interdit. -Si j'eusse,

• dit l'empereur, dans le Mémorial de « Sainte-Hélène, emmené Murât àWater-

• loo, il y avait dans l'armée française

• tant de moralité et de patriotisme , « qu'il est douteux qu'elle eût voulu sup- « porter le dégoût qu'avait inspiré celui « qu'elle disait avoir trahi et perdu la

• France. »

De Cannes, Murât se rendit d'abord à Plaisance , maison de campagne près de Toulon ; puis il se mit en route pour aller s'établir dans les environs de Lyon. A Aubagne , sur le bruit que la populace de Marseille avait massacré plusieurs soldats de la garnison , il fit tourner bride et revint à Plaisance. Sa position y devenant de jour en jour plus critique, il se détermina à solliciter de l'amiral Exmouth, qui venait d'arriver à Marseille, la faveur d'être

reçu à bord d'un de ses vaisseaux, et conduit en Angleterre, où il s'engageait à vivre comme simple particulier. L'amiral consentit à le recevoir, mais sans prendre aucun engagement. Instruit par l'exemple de Napoléon , Murât n'osa se fier à la générosité anglaise. Dans le même temps, Fouché écrivait ue l'empereur d'Autriche le recevrait ans ses États, pourvu qu'il consentit à ne porter que le titre de comte. Murât répondit qu'il acceptait ces conditions, et expédia sur-le-champ sa réponse par un courrier. Mais , deux jours après, il reçut des autorités militaires l'avis qu une bande d'assassins, partie de Marseille, devait l'enlever ou le poignarder dans la nuit du 17 au 18 juillet. Obligé de mettre sa vie en sûreté, il se retira secrètement dans une petite maison, sur la route d'Antibes , à une lieue et demie de Toulon. Le capitaine d'un navire de commerce qui devait prochainement mettre à la voile pour le Havre, consentait à le prendre en mer. Le 10 août , a quatre heures du matin , ce navire sortit du port, donna le signal convenu et louvoya jusque dans l'aprèsmidi. Murât se rendit au rivage pour se faire conduire à bord, mais la barque où il s'était jeté fut plusieurs fois ramenée par la violence des flots. Le vent se calma dans la nuit; mais le lendemain le bâtiment avait disparu. Après plusieurs jours de souffrances physiques et morales , ses amis lui procurèrent une méchante embarcation où il monta pour se réfugier en Corse. Assailli par une tempête , il faillit être vingt fois submergé. Enfin, il débarqua le 25 à Bastia.

Dans l'Ile se trouvaient plus de deux cents ofliciers qui avaient servi sous ses ordres. Ils l'accueillirent avec enthousiasme, et, leur dévouement d'une part, l'intrigue la plus atroce de l'autre, le poussèrent bientôt à chercher les moyens de reconquérir son trône. La cour de Naples , qui faisait épier toutes ses démarches , envoya auprès de lui de perfides agents , qui excitèrent son imagination romanesque, et lui représentèrent les habitants de la Calabre comme favorables à sa cause. Murât, séduit par ces chimères, et réunissant ses derniè- •: res ressources , prépara une expédition

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à Ajaccio. Elle était prête lorsque son aide de camp Macirone , qu'il avait en- Toyé à Paris, vint lui apoorter des passe* ports et lui annoncer officiellement qu'il lui était offert un asile en Bohême, enMoravie ou en A u trichera vec le titre de comte deLipano : «Vous êtes arrivé trop tard, « dit-il, le dé est jeté; » et le même jour, 28 septembre, il mit à la voile avec sept bâtiments de transport, montés par deux cent cinquante hommes des plus braves et des plus résolus de l'île. Or, les vents dispersèrent la flottille, et le 6 octobre, au matin, deux embarcations seulement avaient encore rallié celle que Murât montait. Il abandonna alors ses projets, et résolut de se rendre à Trieste. Mais les trois barques avaient reçu beaucoup d'avaries , elles manquaient d'eau et de vivres : un marin obscur , appelé Barbara , à qui l'ex-roi avait conlié le commandement de l'escadre , et qui n'était qu'un traître , proposa de se rendre au Pizzo, où il avait, disait* il, des intelligences.

On fit voile pour ce port , où Ton arriva le 8 vers midi. Descendu à terre avec une trentaine d'hommes, auxuuels se joignirent un sergent et dix soldats

3ui gardaient le port, Murât prit la route e Monteleone ; mais il fut forcé de revenir vers le rivage. Barbara s'était éloigné aux premiers coups de fusil !.... Rencontré bientôt par un capitaine de gendarmerie, a la tête d'une nombreuse bande de paysans, Mu rat se vit contraint de rétrograder vers le rivage. Barbara, demeuré sur une des embarcations , les avait toutes fait éloigner !.... Les paysans assaillirent Murât; une des personnes qui l'entouraient fut tuée, sept furent blessées , les autres et luimême tombèrent entre les mains de leurs ennemis , qui les conduisirent au fort de Pizzo. Dans la nuit du 13 au 14, arriva l'ordre de le traduire devant une commission militaire. Une heure après , il était condamné à mort. La sentence devait être exécutée -sur -le champ. En vain demanda-t*il à voir avant de mourir quelques-uns des individus arrêtés en même temps que lui ; il ne put qu'écrire une courte lettre à Ha femme. Au moment de l'exécution , l'ex-roi de Naples refusa le bandeau et la chaise qu'où lui offrit. «J'ai trop sou»

«vent bravé la mort pour la craindre,»

dit-il ; et posant sur son cœur le cachet de sa montre où était empreint le portrait de la reine , il entendit sans pâlir Tordre qui allait l'étendre sans vie. Son corps fut enterré sans pompe dans l'église même de Pizzo.

Antoinette M ub at, princesse ré gnan,'

te de HOHBNZOLLEBN-SlGM ABINGBff,

nièce du précédent, naquit à la Bastide le 5 janvier 1793. Orpheline dès l'enfance elle fut adoptée par son oncle et amenée à Paris à l'âge de six ans. En 1808, l'empereur lui donna le titre de princesse, et Murât, devenu roi de JSaples, la maria à Charles, prince héréditaire de Hohenzollern-Sigmaringen. Après la campagne d'Espagne, que son mari fit en qualité d'aide de camp du roi Joaehim et où il fut décoré de la Légion d'honneur, Antoinette alla s'établir dans la principauté de Sigmaringen. Malgré son extrême jeunesse (elle n'avait que quinze ans lors de son mariage), et l'influence que devait nécessairement exercer sur elle un pays étranger qui avait conservé bien des formes et des usages des temps anciens, le caractère d'Antoinette resta français, et tout en adoptant de cœur sa nouvelle patrie, elle n oublia jamais la France.

En 1815, la mort de Murât et le renversement de l'empire la frappèrent tout à la fois dans ses affections intimes et dans son rang. Sa position, comme membre de la famille impériale , était difficile au milieu des princes de vieille souche ; elle ne craignit pas de l'aggraver encore en se rendant auprès de sa tante , Caroline Murât, alors proscrite et veuve. Son mari, le prince Charles, la suivit et l'aida à consoler la reine déchue. Cette démarche, qui eût été naturelle dans des circonstances ordinaires, devenait dansée temps de trahisons , de craintes , où toute parenté avec l'empereur était un stigmate compromettant , une noble et courageuse protestation en faveur du malheur el des liens de famille.

En 1831, à la mort de son beau-père Antoinette devint princesse régnante; et si son mari a volontairement doté l'Etat de Sigmaringen d'une constitution libérale, elle s'est, de son côté, acquis également, par son inépuisable bienfar

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saoce, des droits à la reconnaissance de ion petit pays. Elle est mère de trois enfants; et l'un d'eux, Charles, prince héréditaire, distingué par ses qualités personnelles,a épousé Joséphine de Bade, fille de Stéphanie de Beauharnais.

De tous les membres de la famille impériale de France, qui au commencement du siècle occupaient plusieurs trônes en Europe, Antoinette Murât est seule restée au nombre des princes souverains ; et, par la dignité de sa conduite, elle semble avoir compris que l'illustration sans pareille , quoique toute moderne, de sa famille, équivaut bien à l'antiquité de ces races princières de l'Allemagne auxquelles elle est alliée.

Mlrbach (monnaie de). Voy. Lube.

Muret, Murellum, petite ville de ranci en pays de Comminges, aujourd'hui chef-lien d'arrondissement du département de la Haute-Garonne; population : 3,500 habitants.

Le roi d'Aragon vint mettre le siège devant cette place , le 10 septembre 1213. « 11 avait joint à ses mille chevaliers aragonais , ceux des comtes de Toulcuse. de Foix, de Comminges et de Gaston de Béarn, qui pouvaient tout au p/us former un nombre égal au sien. Mais la cavalerie des Pyrénées , non plus que celle d'Espagne , ne pouvait pas se comparer à celle de France, soit pour le poids de l'armure, soit pour la force des chevaux. Les Espagnols, accoutumés surtout à se mesurer avec les musulmans, avaient pris leur manière de combattre, et leurs escadrons se rapprochaient beaucoup plus de la cavalerie légère que de la gendarmerie. Simon de Montfort, qui avait rassemblé sa troupe à Saverdun dans le comté de Foix , avait environ mille chevaliers ou sergents d'armes avec lui. Ceux-ci pouvaient être refardés comme la fleur de la chevalerie de la France ; c'étaient des hommes tout couverts de fer, et dont le corps semblait être également de fer. Parmi eux on distinguait Guillaume des Barres, frère utérin de Mont/brt, l'ancien rival de Richard Cœur de Lion, et le plus redouté des guerriers de la France. Plusieurs autres, sans l'égaler eo réputation, ne lui cédaient ni en force ni en courage. Chez aucun d'eux on n'aurait trouvé un cœur qui

fût susceptible de terreur, ou accessible à la pitié. Également enivrés par l'amour des combats et par le fanatisme, ils croyaient marcher sûrement au salut au travers du carnage. Sept évéques qui suivaient l'armée avaient béni leurs étendards et leurs armes, et devaient prier pour eux, pendant qu'ils attaqueraient les hérétiques. Aussi s'avançaientils indifférents entre la victoire et le martyre , se croyant sûrs que l'un ou l'autre serait également pour eux une récompense qui leur était destinée par la main même de Dieu. Simon de Montfort , passant à leur téte la Garonne , entra dans la ville de Muret sans rencontrer d'obstacle, et se prépara au combat pour le lendemain, 12 septembre.

•Il avait convoqué les milices des villes qui lui étaient soumises; Raymond, de son côté, avait fait marcher celles des Toulousains, et ces dernières étaient de beaucoup les plus nombreuses. Comme on voulut ensuite trouver quelque chose de miraculeux et dans la disproportion du nombre, et dans l'étendue du carnage, les historiens de l'Église affirmèrent que les milices rangées sous les ordres du roi d'Aragon montaient à 60,000 hommes : ils conviennent cependant qu'eues ne combattirent pas.

« Simon de Montfort en sortant, le matin du 12 septembre, des portes de Muret, pour aller chercher ses ennemis, ne marcha pas immédiatement à eux :

il longea d'abord la rive de la Garonne, hors de la porte orientale, de manière à laisser croire au roi d'Aragon et à ses alliés qui s'étaient mis sous les armes, que son dessein était de s'éloigner: mais tout à coup il tourna brusquement sur l'armée de don Pedro, repoussa le comte de Foix qui commandait l'avant-garde, et vint donner contre le corps de bataille conduit par le roi d'Aragon lui-même. Deux chevaliers français, A lin de Porcey et Florent de Ville, étaient convenus d'attaquer de concert ce roi , de s'attacher à sa personne, et de ne se laisser détourner de sa poursuite par aucun assaillant , jusqu à ce qu'ils l'eussent tué. Ce concert avait sans doute été prévu , car don Pedro d'Aragon avait changé d'armure avec un de ses plus braves chevaliers. Mais quand les deux Français vinrent en

CO MURET L'UNIVERS. wrsÉEs

même temps briser leurs lances contre celui qui portait l'armure royale, Alain, en le voyant plier sous le choc, s'écria aussitôt : Ce n'est pas le ro/, car il est meilleur chevalier. — Vraiment nonyce n'est pas lui. mais le voici, reprit aussitôt don Pedro qui était proche. Cette audacieuse déclaration lui coûta la vie ; une bande de chevaliers, qui attendaient les ordres d'Alain et de Florent, le serrérent aussitôt de toutes parts, ne s'attachèrent plus qu'à le combattre, et le renversèrent bientôt sans vie de son cheval.

* Comme les Français l'avaient prévu, la mort du roi d'Aragon entraîna la déroute de son armée. Simon , qui était demeuré à la tête de Parrière-garde des croisés, n'atteignit les ennemis que lorsque la nouvelle de cette mort était déjà répandue parmi eux; et il en profita pour presser avec plus de vigueur les trois comtes, et Gaston de Bearn, qu'il contraignit à prendre la fuite.Arrivé au lieu où don Pedro avait péri, et où son corps avait déjà été dépouillé par l'infanterie des croisés, il ne put, dit-on, se défendre de répandre quelques larmes; mais cette apparente compassion n'était <]ue le signal de nouvelles fureurs. Il se jeta sur l'infanterie des Toulousains qui n'avaient point pris part à la bataille , et qui. abandonnée par ses cavaliers, ne pouvait plus faire aucune résistance contre une pesante gendarmerie; il lui coupa toute retraite, et la sabrant en la poussant vers la rivière, il la fit périr presque tout entière, ou par le fer, ou dans les eaux de la Garonne (*). »

Muret (Marc- Antoine) , célèbre humaniste, né près Limoges en 1526, professa à Auch, à Poitiers et à Bordeaux, et compta Montaigne parmi ses élèves.

Vers 1547, il ouvrit à Paris des cours sur la philosophie et sur le droit civil,

3ui attirèrent un concours prodigieux 'auditeurs, mais excitèrent aussi la jalousie de ses rivaux. On éleva contre lui l'accusation d'hérésie, et surtout de penchant à un vice infâme. Muret, jeté en prison, ne sortit du Châteletque pour trouver de nouveaux persécuteurs à Toulouse, où des juges ignorants le condamnèrent à être brûlé vif ; la fuite seule

(*) Sismoadi , Histoire du Fronçai*, t. VI, P. 4".

le sauva du bûcher. L'accueil qu'il reçut en Italie le vengea des calomnies répandues par ses ennemis. En 1561 , il accompagna le cardinal d'Esté au colloque de Poissy. De retour à Rome en 1503, il y ouvrit un cours de philosophie, et professa ensuite le droit civil et les belles-lettres à Ascoli. En 1576, il embrassa les ordres, mais il refusa les offres brillantes du roi de Pologne Battori pour s'attacher à Grégoire IX. Il mourut a Rome en 1585. Ses travaux d'érudition, tels que ses Varia lectiones et ses commentaires sur les auteurs grecs et latins, justifient assez sa grande réputation. Quant à ses harangues , à ses poésies , a ses épitres , la postérité n'a point confirmé les éloges des contemporains. Ses OEuvres ont été imprimées à Venise, 1727-1730, 5 vol. in-8#; et à Leyde, 1789, 4 vol. in-8*.

Muscadins. Nom donné, en 1794, aux jeunes élégants coalisés contre les jacobins, dont ils se distinguaient par leur mise élégante et leurs longues cravates ; ils se réunissaient au Palais- Royal pour y lire les nouvelles du jour, en les accompagnant de commentaires qui excitaient souvent de sanglantes rixes entre eux et les patriotes. Plus tard leur nom se changea en celui de jeunesse dorée (voyez Frbron).

Musébs. L'histoire des musées en France est une histoire toute moderne; on trouvait bien autrefois des collections de tableaux dans quelques palais, mais nulle part un musée proprement dit. C'est de la révolution seulement que datent ceux que nous possédons maintenant. Les conquêtes de nos armées sous la république et l'empire ont fait affluer chez nous les productions des artistes les plus célèbres en tous genres; le goût et la connaissance des arts se sont développés et répandus dans toutes les classes, et aujourd'hui, Paris n'est plus seulement la capitale de la France, c'est aussi celle du monde artistique.

Point de talent de quelque espèce qu'il soit qui ne vienne y chercher une noble sanction et un brevet de réputa»

tion ; poètes, peintres, musiciens, chanteurs même, tous ne croient avoir pris un rang parmi les grands artistes que lorsque Paris les a reconnus pour tels. Il ne faut donc cas s'étouner si Paris

MUSÉES FRANCE. MDS^ES Cl

est fa ville du monde la plus riche en musées de toutes sortes. De leur côté, les provinces de la France, grâce à cette noble influence que Paris exerce sur elles [influence que quelques esprits, à tort, nous le croyons , regardent comme un mal) , ont vu aussi se développer peu à peu, chez elles , le goût des arts. Dans toutes les villes de quelque importance, se sont successivement formés des musées , galeries de tableaux et de sculptures, collections d'antiquités, assembla* ges d'objets d'art , d'industrie et de curiosité. Partout et de tous côtés, en France, l'étranger savant, amateur, ou simple curieux , est sûr de rencontrer (tes objets dignes de son attention et de ses études. A Paris, il n'est pas de branche des arts ou des sciences qui n'ait , en quelque sorte , son temple où Ton peut admirer les créations du génie ou les productions de l'industrie.

Dans cet article cependant nous ne nous occuperons que des collections qui portent spécialement le nom de Musée , renvoyant, pour les autres établissements , aux différentes dénominations qui leur ont été affectées.

Musée royal ou du Louvre,

Ce musée, ouvert en 1793, ne fut d'abord qu'une galerie de peinture et de sculpture ; il comprend aujourd'hui , en outre, des collections de dessins, de miniatures, d'émaux, d'objets d'orfèvrerie, enfin, un musée d antiquités et on musée de la marine. Toutes ces collections occupent une partie du rez de chaussée du Louvre, tout le premier étage de ce palais, celui de la galerie qui du Louvre va rejoindre les Tuileries.

Enfin , au second étage, a été placé le musée de la marine.

Tableaux. Quand, en 1792, la Convention nationale, à qui Ton doit tant et de si grandes choses , ordonna l'établissement d'un musée, on réunit , de tous côtés , les tableaux que les rois avaient achetés , ou qu'ils avaient fait exécuter, et encore ceux qui provenaient de la décoration des couvents ou des hôtels particuliers. Cinq cent trentesept toiles des plus grands maîtres, tant français qu'étrangers, tel fut le noyau autour duquel vinrent se grouper, peu à peu, les glorieuses moissons

que firent nos armées victorieuses en sillonnant le sol de l'Europe. Le 10 août 1793 , le musée avait été ouvert au public, et déjà, en 1798 , toutes les écoles de peinture se trouvaient dignement représentées dans les galeries du Louvre. Raphaël, Léonard de Vinci pour l'école italienne; Riibens,Van-Dyck, Teniers pour l'école flamande, et enfin, dans une large proportion, Poussin, Lesueur, Lebrun, pour l'école française, attestaient que ce n'était pas seulement par les armes que la république voulait briller en Europe , mais qu'elle ambitionnait encore la gloire de se mettre au premier rang comme protectrice et amie des arts. Les conquêtes de l'empire ajoutèrent encore à ces richesses. Bientôt la collection Borghèse , achetée par Napoléon, vint y occuper une belle place, et, en 1814, on n'y comptait pas moins de douze cents tableaux , tous dus aux pinceaux des artistes les plus célèbres. Vinrent les désastres de 1815. Pour la seconde fois, le sol français fut souillé par la présence des armées étrangères, et ces magnanimes alliés des Bourbons, non contents de nous enlever nos acquisitions territoriales, de faire peser sur nous un impôt énorme, firent invasion dans nos musées, et leur enlevèrent une partie de leurs richesses. La galerie de tableaux paya une large part de ce tribut à la force. Beaucoup d'oeuvres des maîtres étrangers disparurent, et en échange de celles qui, sous peine d'être détériorées, ne pou- I vaient être transportées, on exigea des ' ouvrages des maîtres français ; ce fut 1 ainsi qu'on nous laissa le tableau des Noces de Cana de Paul de Véronèse, à la condition de donner un tableau de Lesueur. Peu à peu, cependant, le musée a , en partie , répare ses pertes , et aujourd'hui , il compte encore plus de quatorze cents tableaux disposes dans la galerie qui commence au Louvre pour aboutir aux Tuileries.

Cette galerie est divisée en neuf parties , dans lesquelles on a , autant que possible, cherchéà les classer par écoles. Les trois premières , en entrant , ont été destinées à l'école française; les trois suivantes , aux écoles flamande , allemande et hollandaise , et les trois dernières, à l'école italienne et aux

MUSÉES L'UNIVERS. MtsiES

quelques tableaux espagnols que nous possédions avant 1838.

Dans Y école française^ il n'est pas de maître qui ne figure' au moins pour un ou deux tableaux, et les plus célèbres ne sont pas ceux qui occupent la plus petite place. David , qui suffirait à lui seul pour témoigner de ce que furent les arts sous la république , y compte six tableaux importants, parmi lesquels nous nous contenterons de citer les Sabines, Léonidas aux Thermopyles, et l'admirable Portrait du pape Pie VIL On y voit de Girodet , quatre tableaux remarquables tous par un caractère de talent différent , Une scène du déluge, la Récolte du Caire , Endymiony et Atala au tombeau; de Jouvenet, l'un des plus grands peintres du siècle de Louis XIV, onze tableaux, parmi lesquels/a Pèche miraculeuse; de Lebrun, dix -sept tableaux, et, en outre, les Batailles d'Alexandre , ces cinq grandes pages qu'il suffit de citer pour en faire réloge ; de Lesueur, sa fameuse Histoire de saint Bruno qui ne comprend pas moins de vingt-deux tableaux ; son chef-d'œuvre: le saint Gerçais et saint Protais^ et les peintures oui décoraient, à l'hôtel Lambert , le Cabinet des Muses et le Salon de C Amour ; de Claude Lorrain , seize paysages , tous portant son cachet d'éclat et de lumière ; de Mignard, sa Vierae à la grappe, saint Luc peignant la V ierge, son enef-d'œuvre : la sainte Cécile , et de nombreux portraits ; de Poussin , pas moins de quarante-neuf tableaux; de Vernet, vingt-sept ; et les peintres que nous venons de citer, sont les premiers entre les premiers. Mais comment énumérer cette foule d'oeuvres de tant de peintres dont il suffit de citer les noms?

les Coypel , les Greuze, au pinceau si naïf et si vrai, les Largillière, les Parrocel , les Prudhon , les San terre , et Stella, et Valenciennes, et Cousin, notre premier peintre, et Vien qui fit sortir la peinture de la funeste voie où elle s'était engagée au dix-huitième siècle, et qui nous donna David ; et enfin , dans un genre plus modeste, Vanspaendonk, l'inimitable peintre de fleurs.

Les écoles flamande , allemande et hollandaise comprennent plus de 500 tableaux, dont il de Berghem, 6 de

Breuphel, 11 de Gérard Douw, Si d»

Van-Dyck, 12 de Holbein, 7 de Jordaens, 7 de Karl Dujardin, 16 de Van der Meulen, 7 de Mieris, 4 de Nelscher, 10 de Van Ostade, 2 de Paul Potter, 27 de Rembrandt , 42 de Rubens , y compris les tableaux peints pour Marie de Médécis, et qui décoraient autrefois les galeries du Luxembourg ; 6 de Ruysdael, 14 deTcniers, 4 de Terburg, 6 de Van der Velde, 7 de Van der Werf, 12 de Wouwermans. Nous regrettons que l'espace nous manque pour faire connaître ces tableaux , dont beaucoup sont des chefs-d'œuvre ; qu'il nous soit cependant permis de citer : la Femme hydropique, de Gérard Douw ; le Portrait de Charles rr , de Van-Dyck ; le Portrait de Thomas Morus, d'Holbein ; le Coup de vent , de Ruysdae! ; la Vierge aux Anges et la Kermesse, de Rubens ; enfin , le Rémouleur , de Teniers.

Les écoles italiennes comprennent environ 500 tableaux, dont 20 de l'Albane , 4 d'André del Sarte , 4 du Caravage, 26d'Annibat Carrache, 2 de Cimabué, 3 du Corrétçe, 14 du Do mini -

3uin, 14 du Guerchin , 22 du Guide, 4 e Jules Romain, 10 de Léonard de Vinci, 12 de Paul Véronèse, 5 du Pérugin , 14 de Raphaël , 5 de Salvator Rosa, 6 du Tintoret, 22 du Titien. Parmi ces tableaux , on ne peut s'empêcher de mentionner la Naissance de la f ierge, la Prédication de saint Jean- Baptiste, la Madeleine et le saint Sébastien, d'Annibal Carrache; le Mariage de sainte Catherine, du Corrége ; la sainte Famille, du Dominiquln ; la £)écollation de saint Jean et la Magicienne Circé% du Guerchin; les Vierges, de Léonard de Vinci ; les Noces Je Cana et les Pèlerins ttEmmaûs 9 de Paul Véronèse ; la sainte Famille , le saint Michel^ et le Sommeil de Jésus, de Raphaël.

Galerie espagnole. Nous ne possédions que le petit nombre de tableaux de Murillo, de PEspagnolet et de Morales, oui se trouve mêlé aux tableaux de I école italienne , lorsque M. le baron Taylor fut chargé de rapporter d'Espagne une collection des maîtres de ce pays. C'était, à coup sûr, un service à rendre aux arts ; les artistes espagnols)

FRANCE

Ml'SKES

s'étaient guère connus chez nous que par quelques rares gravures et par la galerie du maréchal Soult; mais, malheureusement, un examen sévère n'a pas été apporté dans le choix des 400 et quelques tableaux qui ont été rapportés d'Espagne : ils sont loin d'être tous des chefs-d'œuvre, ni d'une origine certaine. Quoi qu'il en soit, le petit nombre de bons ouvrages qui s'y trouvent serviront à populariser chez nous une école qui a eu aussi ses grands maîtres. Ces 4ô0 tableaux , distribués dans quelques salles du Louvre, sont attribués à plus de quatre-vingts peintres différents. Parmi ces artistes, ceux dont tes œuvres concourent en plus grand nombre sont Vicente Joanes, dit Juan de Joanes; Juan de Castillo, Aiouzo Sanchez , Coello , Theutocopoli , dit le Greco ; Orrente, Luis de Tristan , Herrera, dit il Viejo ; Ribera, dit l'Espaenolet; Zurbaran, Velasquez de Svlva, ban Murillo, Alonzo Cane/Spi- Lj Valdès Loal. En moins grand se trouvent des tableaux de Cases Cespedos , Le Clerc, Roelas, Morales, surnommé il Divino ; Navaretto, surnommé il Mudo; Ribalta Moya Pacheco, beau-père de Velasquez; Pari ja , esclave de Velasquez ; Mazo Martinez, gendre de Velasquez; Tobar et Villadomat. Quelques I ierget de Murillo attirent surtout les regards.

Enfin, pour compléter la liste des tableaux qui sont exposés dans le Louvre, mentionnons la collection Standish, léguée récemment au roi, et composée d'environ 250 morceaux de maîtres des écoles italienne, flamande, espagnole et française. Riche surtout en tableaux espagnols, cette collection contient plusieurs toiles de Zurbano et de Velasquez. On v distingue aussi quelques ouvrages des plus célèbres peintres flamands , entre autres de Van Dyck.

L'éeote française n'y compte que peu de tableaux, presque tous modernes et de petites dimensions ; nous ne parlerons que d'un Watteau, bien supérieur au seul que possédait le Musée. Ajoutons aussi quelques productions des peintres anglais modernes, qui ne sont pas sans valeur.

La collection Standish comprend, en outre, environ 300 dessins ou figures,

principalement de l'école espagnole, et quelques gravures anciennes, surtout de Rembrandt.

Dessins. Les nombreux et curieux dessins que possède le Louvre ne sont que depuis peu de temps exposes aux regards du public. On conçoit cependant l'attrait qu'ont pour l'amateur, aussi bien que pour l'artiste, ces esquisses des hommes de talent : c'est 11 qu'on étudie le travail de la pensée, et qu'on se rend compte des modifications

3u'a subie la création première avant 'arriver au résultat brillant qu'a donné le pinceau. D'autres morceaux, destinés seulement aux cartons de l'artiste, et dessines pour étude , offrent ce caractère frappant de la nature prise sur le fait par un habile crayon, et ne sont pas les pièces les moins curieuses de cette riche collection. Mais le défaut d'espace nous interdit d'entrer dans de longs détails, et nous ne pouvons que mentionner de nombreuses esquisses de Raphaël, Michel- Ange, leCarrache, Holbeiu,Van der Meuleu, Lebrun, Poussin, David, etc. En résumé, les écoles d'Italie comptent, dans cette collection, environ 700 dessins; les écoles flamande, allemande et hollandaise, 200; l'école française, 400.

On trouve mêles à ces dessins d'admirables pastels, qui font regretter que l'on ait presque perdu aujourd'hui cet art autrefois si en faveur. II est certainement impossible que le pinceau le plus exercé arrive a une plus grande vérité que les pastels de Lebrun et de Vivien. Les portraits de Girardon et de Colle y par ce dernier, sont surtout remarquables. Nous citerons aussi le portrait en pied de la marquise de Pompadour, morceau capital, un peu froid peut-être comme exécution, mais cependant encore d'une grande vérité.

Cette collection de portraits au pastel a en outre une grande valeur historique, et beaucoup ont été copiés pour les galeries de Versailles.

Cinquante-neuf émaux de Petitot, re-

{irésentant des personnages célèbres de a cour de Louis XIV, sont exposés à la suite des dessins.

Sculpture. La galerie des antiques, ouverte le 18 brumaire an ix (9 novembre 1800), était alors composée en ma-

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