‹ France Dictionnaire EncyclopédiqueChapitre 240 sur 434 · PHILOSOPHIE FRANCK · texte numérisé non relu

PHILOSOPHIE FRANCK

t rat ion, et ne la cherchant que dans la pensée, son unique point de départ, il ne la peut trouver aisément. Il nous semble avoir commis une faute grave dans l'histoire de la conscience humaine, en ne plaçant pas sur la même ligne que l'existence de Dieu, la conviction de l'existence du monde extérieur. Selon lui, on ne croirait à l'existence du monde qu'ultérieurement, et à l'aide d'un raisonnement assez compliqué, dont la base serait la véracité de Dieu.

■ L'existence du monde extérieur une fois mal établie, et mise après l'existence de l'âme et J' existence de Dieu , la porte resta ouverte à l'idéalisme, et voilà ce qui explique les systèmes des deux grands disciples de Descartes, Spinosa et Malebranche , chez

âui Dieu est tout, le monde peu de lose (*). »

Le Discours de ta méthode se divise en six parties. Dans la première, Descartes expose comment il a été conduit à laisser là livres et maîtres, à cause de leurs incertitudes et de leurs contradictions, pour ne plus étudier la vérité que dans lui-même ou bien dans le grand livre du monde.

La seconde partie contient proprement l'exposé de la méthode ; il y donne quatre règles : 1° ne recevoir aucune chose pour vraie, qu'elle ne paraisse évidemment telle; 2* diviser chacune des difficultés en autant de parcelles qu'il se peut et qu'il est besoin , pour les mieux résoudre; 3° conduire par ordre ses pensées en commençant par les objets les plus simples et les plus aisés a connaître, pour monter peu à peu, comme par degrés, à la connaissance des plus composés ; 4° faire partout des dénombrements assez entiers et des revues assez générales pour être assuré de ne rien omettre.

La troisième partie contient les lois que l'auteur s'était prescrites , jusqu'à ce qu'il eût formé scientifiquement sa morale ; c'était : 1° d'obéir aux lois et aux coutumes de son pays; 2* d'éviter les vœux perpétuels ; 3° de conformer sa conduite aux principes moraux qu'il découvrirait successivement; 4* de se soumettre à ce qu'il ne pourrait

(*) Aycard, ouvrage cite.

empêcher; 5° enfin de regarder la culture de la raison comme la plus noble profession qu'il pût exercer sur la terre.

La quatrième partie renferme l'analyse des Méditations. De l'axiome cogito, ergo sum, i\ déduit l'existence d'un premier être; la vérité, la justice et le pouvoir de Dieu le rendent certain de l'existence du monde entier; il distingue ensuite l'âme du corps, prouve l'immortalité de l'âme, s'élève contre la maxime nihil est in intellectu qttod non prius fuerit in sensu , et donne naissance à la théorie des idées innées.

La cinquième partie fait ressortir les avantages de la méthode; il y rapporte les différentes découvertes qu'il a faites dans les mathématiques : en dioptrique, où il donna la loi de réfraction de la lumière ; en algèbre, dont il étendit le domaine en l'appliquant à la géométrie. Et enfin, dans la sixième partie, Descartes, revenant sur les motifs qui lui ont fait publier son livre, y montre le plus grand amour de l'humanité, le zele le plus sincère pour le vrai, la résolution ferme de consacrer toutes ses ressources au développement de l'esprit humain.

« La méthode de Descartes', recommandée par ses préceptes , plus clairement manifestée par ses exemples, diversement pratiquée par ses disciples , c'est, pour le dire en un mot, la méthode rationnelle età priori, avec sa puissance et ses faiblesses , avec ses grands et légitimes résultats, et ses excès obligés.

Le Discours de la méthode, malgré son titre, n'en contient que l'obscure et vague indication. « Ne vous fiez qu'à l'évidence, » dit Descartes , et par là sans doute il accomplit ou proclame une révolution, parce qu'à l'autorité, jusqu'alors souveraine, il substitue l'adhésion libre de la raison individuelle à la vérité manifestée par l'évidence. Mais quel sera le sens de cette révolution, et dans quelles voies, par quels moyens l'esprit , désormais affranchi, devra-t-il chercher la vérité? Je l'ignore, parce que j'ignore en quelle sorte de vérités et de notions le maître fera résider l'évidence ; si c'est dans les vérités de fait ou dans les vérités de raison,dans les perception s des sens ou dans les informations de laconscience,ou enfiu dans les intuitions de l'entende*

PHILOSOPHIE

L'UNIVERS

PHILOSOPHÉ

ment. Par conséquent, je ne sais pas mieux ce que signifie décomposer, la valeur de ce terme étant variable avec Tobjet de la décomposition; ni quel ordre il s'agit de mettre dans l'examen des parties dont je ne connais pas la nature; ni enfin quelle espèce de chose je dois dénombrer exactement, notions ou réalités, propriétés abstraites ou concrètes, circonstances d'un phenomène,ou conditions d'un problème (*). Mais ce que n'apprennent point les préceptes ambigus du Discours de la méthode, le Irait* -des régies pour la direction de t esprit, et surtout la marche constante de Descartes dans l'invention de ses théories, le font clairement connaître. La science, et toute science se construit pour lui par deux procédés, V intuition et la déduction. L'intuition n'est pas le témoignage trompeur des sens, ni le jugement d'une imagination qui s'abuse; c'est Yintellection pure du simple et de l'absolu, c'est l'aperception interne des concepts distincts, comme sont ceux que le géomètre exprime par des définitions. A ces idées pures de l'entendement s'attache l' évidence, et elle ne s'attache qu'à elles ; elle est la condition nécessaire et suffisante de leur vérité. La déduction tire de l'absolu et du simple, le relatif et le composé, par une série de conséquences dont le fil ne doit jamais se rompre; le sijjne et la condition de sa légitimité, c'est la nécessité par l'analyse ou par la décomposition de l'objet. Par le dénombrement complet, il faut entendre le développement du concept, objet de l'intuition, ou cette sorte d'analyse par laquelle le géomètre résout le composé dans le simple, la notion du triangle, par exemple, dans les notions de surface, ligne, intersection. La méthode de Descartes est donc la méthode qui crée et gouverne les sciences mathématiques ; cette méthode qui , au lieu de partir du réel , connu par l'expérience et décrit à sa lumière, part de l'abstrait, conçu par l'entendement et exprimé par la définition; qui, au lieu de réunir plusieurs cas , laborieusement recueillis par l'expérience, en règles inductives dont la généralité

est toujours restreinte et la vérité toujours contingente, tire des concepts par la déduction , qui est le procédé de la spéculation rationnelle, des règles nécessai res dont la valeur est universelle et l'autorité démonstrative. C'est pour cela que Descartes , avant d'appliquer ses préceptes , prend la résolution de s'y préparer par la culture des science! mathématiques , qui , de son aveu , lui en ont suggéré l'idée, et où se trouvent les seuls exemples de leur pratique régulière: il ne s'agit que d'étendre cette application trop bornée, et généralisant, pour les transporter dans toute recherche, les procédés emplovés par le géomètre à l'examen des figures, de trouver, comme il ledit, une mathémaliqut universelle (*).

« Cette méthode , Descartes Ta en effet transportée partout : l'existeoce de Dieu, il n'a pas essayé de la prouver par celle du monde, ni par te mouvement qui veut un premier moteur, ni par l'harmonie qui suppose un ordonnateur suprême , mais par l'analyse des caractères internes de l'idée de l'infini et du parfait, conçue à priori par l'entendement avant 1 idée du fiai, en laquelle est enfermée l'existence de Dieu , comme en l'idée du triangle l'égalité de ses trois angles à deux droits} et, au lieu que ce soit l'harmonie du monde qui prouve la perfection divine, c'est au contraire la perfection de Dieu qui prouve à priori la nécessité de l'harmonie. Lé monde, il ne l'observe pas , il le construit; et cela est si vrai, qu'il a pu sans ridicule dire qu'il ne parlait pas du monde réel, mais d'un monde idéal , de sa constitution et de ses lois possibles, supposé qu'il plût à Dieu de créer maintenant, dans les espaces imaginai r es, assez de matière pour le composer; aussi il établit « les lois qui gouver* « nent ce monde,lesquelles sont nécessai- « res et universelles, sans rien considérer « pour cet effet que Dieu seul qui le • crée et que ses perfections infinies^ « sans les tirer d'ailleurs que de certai- « nés semences de vérité qui sont natte « Tellement en nos âmes. »

« Concevoir, et raisonner sur le fon-

ingen. , reg. Fil, (*) Voy. Discours de la méthode, part II, SU; et Reg. ad direct. i*gen., re$. If.

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dément de ses conceptions; définir, démontrer et conclure ; poser Dieu et d'après lui deviner le monde, voilà la méthode de Descartes. Par cette méthode il fonde une école; par là, et par là seulement, il s'oppose à Bacon , qui ouvre une tout autre voie. Le contraste de Bacon et de Descartes est en effet le contraste de l'expérience et de la raison, des sciences mathématiques et des sciences physiques; où l'un recommande d'observer , d'accumuler les expériences, pour induire ensuite de leur comparaison la loi des phénomènes ; l'autre prescrit de fermer les veux , de se boucher les oreilles (*), afin de se soustraire aux illusions et au tumulte des sens, et dans leur silence de n'écouter que l'entendement, l'entendement qui appréhende, juge et raisonne. Bacon et Descartes ont combattu tous les deux et ruiné la logique de l'école; mais ce* lui-ci, parce qu'elle supprimait l'intuition sur laquelle la déduction s'appuie, et quVIie suppose avant elle; celui-là, parce qu'elle acceptait toutes faites les notions générales dont les éléments doivent d'abord être puisés dans l'expérience, le rationalisme et l'empirisme. Voilà l'opposition fondamentale de l'école de Descartes et de celle de Bacon , de l'école française et de l'école anglaise, de M aiebranche et de I<ocke. Ces deux écoles se rencontrent sur le terrain de la conscience, terrain vague en quelque sorte, où toutes les doctrines ont leur fondement; et c'est la que le débat s'engage, quand l'une et l'autre ont assez de force pour réfléchir leurs procédés respectifs, et en chercher dans l'esprit humain la justification ou le prétexte: les uns n'y veulent voir que les idées de l'expérience , et ils en concluent que l'expé* rience est le seul procédé possible et légitime pour construire la science ; les autres , contestant la valeur de l'expérience, ne reconnaissent d'autorité qu'aux conceptions de la raison , et ils soumettent à ces conceptions les phénomènes de l'expérience. Mais la psychologie n'appartient ni aux uns ni aux autres, ni à Bacon, ni à Descartes ; elle appartient à l'esprit moderne, qui, de plus en plus éclairé par les tentatives

des philosophes de toutes les écoles, sur le nombre, la nature et la valeur de nos moyens de connaître, s'élève tous les jours à une idée plus précise et plus savante de lui-même.

« ta cogito de Deseartes n'enferme donc point une méthode qui lui soit propre et qui lui assigne , avec son école, une place et un rang a part dans l'histoire ; il exprime une vérité de fait primitive, la première de toutes dans l'ordre d'acquisition ; mais cette vérité n'est pas un système, c'est un point de départ commun à tous les systèmes; les uns savent et disent qu'ils en par-, tent, les autres ou l'ignorent ou negligeut de le dire; toute la différence est la. La divergence des routes qu'ils suivent pour aller plus loin , fait la diversité de leurs méthodf s , et , par suite , de leurs solutions. C'est pourquoi l'école de Bacon a été une école psychologique aussi bien que celle de Descartes ; elle a produit Locke ; èlle a produit Reid , le vrai fondateur de la psychologie expérimentale , entreprise pour elle-même , sans aucune intention que celle de connaître l'homme. Par sa méthode , par ses habitudes de pensée et de langage, par ses faiblesses même, l'école écossaise est fille et héritière de Bacon; et si elle admire médiocrement Descartes, si elle dédaigne tout a fait Malebranche et Leibnitz, c'est qu'elle a conscience de cette pareuté (*). « Béfuté par Gassendi, qui ne le comrit point, et par le célèbre Hobbes, dont es objections n'eurent pas un grand retentissement, le cartésianisme eut encore à lutter contre Huet, qui, d'abord partisan de Descartes, s'efforça ensuite d'écraser le grand réformateur sous le poids de son érudition ; « mais son livre (**), dit M. Renouvier, n'est guère qu'une lourdediatribe, pédantesquement conçue et assaisonnée de grossières accusations de plagiats. »

D'autres adversaires, qui prouvèrent par le caractère de leur résistance combien certaines intelligences étaient disposées à la reforme cartésieune, furent CaUruty MtrsewM et Arnaud, Le

(*) Introduction aux Œuvres choisies de Leibnitz, par M. Jacques.

(") C<ruuraphUosQpkK*<vtesiwUÊ,m9.

dernier entre pleinement dans l'esprit de la méthode de Descartes, se contentant de faire quelques objections contre la continuité de la pensée et le mécanisme des bétes. Les scrupules qu'il manifesta comme théologien , déterminèrent Descartes à faire quelques corrections au manuscrit des Méditations; et le fondateur de la nouvelle philosophie affirma qu'il faisait plus de cas de l'opinion d'Arnaud que de celle de tous les autres docteurs de Sorbonne. Du reste , ces luttes n'étaient nullement sérieuses , et le grand mouvement qui entraînait la généralité des intelligences dans la voie du cartésianisme ne laissa subsister que quelques instants cet arsenal d'objections, par lesquelles des gens à système, ou entichés des vieilles doctrines , espéraient résister au réformateur.

Parmi les partisans de la philosophie cartésienne, les uns, comme Delaforge, Clersellier, Ctauberg, Sylvain Régis , Jacques Rohault, se contentèrent de reproduire la doctrine du maître et de la commenter timidement; les autres, comme Spinosa, Fardella et Malebranche , surent lui donner un développement original en la poussant à ses dernières conséquences; d autres, enfin, n'empruntèrent à Descartes que son esprit et sa méthode, dont ils se servirent tantôt pour défendre les vérités religieuses et morales, comme Arna\dd> Bossue t, Fénelony Nicole, et la plupart des jansénistes de Port-Royal ; tantôt pouf saper en brèche toutes les croyances. Bayle descend en ligne directe de cette dernière classe de cartésiens.

Ma lebranche, à la fois cartésien et mystique, fit une philosophie où la puissance de l'homme ne se retrouvait plus, où sa pensée elle-même perdait son existence propre et ne vivait que par son intime union avec la pensée divine. La substance pensante de l'homme, entre Dieu qui est son tout, et le corps sur lequel elle ne peut rien, n'est qu'un embarras dans ce système ; elle n a guère de propre que sa substantialite, et, suivant Malebranche, la substance est un mot sous lequel nous n'avons aucune idée claire ; Spinosa ne fit qu'un pas de plus.

« Une des plus grandes difficultés de

la science, c'est de rendre compte de la communication entre les substances.

Pour Malebranche, cet abîme sans fond n'est pas effravant; car au lieu de songer à le combler, il ne pense qu'à l'agrandir. Loin de chercher une explication de la communication entre les substances, il déclare l'explication et le fait impossibles ; il démontre cette impossibilité ; il raille les philosophes qui regardent une affection physique comme le germe d'une modification intellectuelle; qui découvrent une analogie quel- - conque entre la pointe d'une épingle et la douleur de la blessure; qui admettent qu'un mouvement physique , en se développant suivant de certaines lois, devient tout à coup une pensée, et croient à la continuation et à la durée d'un même phénomène qui , dans le premier moment, s'appelle un carré, un cercle, une couleur , et , dans le dernier , une croyance , un jugement , un souvenir.

Et ," qu'on y prenne garde , de cette séparation protonde établie entre les deux substances , de cette impossibilité d'influence et d'action réciproque, fl ne s'ensuit pas seulement que les mouvements du corps propre ne sont pas le résultat des affections de l'âme; iî s'ensuit que les conceptions et les perceptions de l'âme ne sont pas le résultat d'impressions faites sur les organes par les objets extérieurs. Par là notre âme, livrée à elle-même , se trouve rejetee dans une solitude profonde, privée à la fois d'action et de réaction, ne pouvant ni mouvoir les corps ni recevoir d'eux,

f>ar la voie directe , l'avertissement de eur présence. Exagérant la portée de la proposition fondamentale de Descartes, en s'appuyant sur ses définitions, en continuant de séparer de plus en plus le monde corporel et le monde spirituel, en transformant une difficulté en impossibilité, Malebranche isole la nature humaine, anéantit sa puissance; et, bientôt réduit à nier les faits et l'évidence même , ou à rejeter ses propres déductions, il sort de ce dilemme embarrassant par sa double hypothèse de la vision en Dieu et des causes occasionnelles dont sa théorie de la grâce est le complément et l'auxiliaire. Ainsi 1a méthode de Malebranche accomplit tout son système en deux pas : d'abord elle

creuse un abtme infranchissable par les facultés de l'homme entre l'homme et toute substance étrangère ; ensuite elle explique la connaissance de Dieu et de tout le reste par notre union avec Dieu; l'action sur le monde, et en général toute action humaine, par l'intervention divine, c'est-à-dire par la théorie des causes occasionnelles et de la grâce (*). »

Poiret de Metz (1646-1719), d'abord cartésien, puis mystique, prétendit tirer des principes de Descartes la démonstration de l'action immédiate de Dieu et des esprits sur l'humanité (**).Voué entièrement au mysticisme supernaturaliste, il voulut priver la raison de toute activité propre.

Mais revenons à l'histoire politique du cartésianisme, que nous avons négligée, pour donner un court aperçu de la marche de la nouvelle doctrine.

Les jésuites, que Descartes avait forcés au silence, tantôt en les cajolant, tantôt en les menaçant de s'emparer d'un de leurs cours de philosophie et de le réfuter publiquement, n'avaient pas osé lever la téte de son vivant ; mais, dés que le chef de l'école cartésienne fut mort, ils crurent pouvoir lutter avec succès contre sa doctrine, qui leur causait une vive inquiétude par ses tendances et par le succès qu'elle obtenait parmi les jansénistes et un grand nombre de protestants.

En 1 662 ou 1663 (***), un jésuite, le P. Fabri , poussa la congrégation de l'index à interdire la lecture des ouvrages de Descartes , donec corrigantur. La même année, le commissaire apostolique en Belgique , Jérôme Vecchio , excité par la société, dénonça officiellement , a l'Université de Louvain , la philosophie de Descartes « comme pernicieuse à la jeunesse chrétienne » et arracha à cette corporation le décret cé- Jèbre contre le cartésianisme (•**•). En 1667, quand les restes mortels de Des-

(*) M. Jules Simon , Introduction aux Œuvres de Malcbranche.

(*•) Économie divine, 1647 7 vol. in-8'; Cogilaliones de Deo, anima et mundo, in-4°î De eruditione triplici, 1 vol. in-4°.

(•*•) Baille! , Fie de Descartes , liv. VIII, chap. 9 , p. Sag.

(****) Voy.la préface du livre intitulé: damttti* medicinœ, F, Pfempii, etc.

cartes, transportés de Suède en France, furent présentés à l'église de Sainte- Geneviève pour y recevoir un tardif hommage, un ordre de la cour, sollicité par le P. Annat, arriva, portant défense de prononcer publiquement l'éloge du grand homme.

En 1670 , la Sorbonne , mise en mouvement par les jésuites, fut bien près d'arracher au parlement de Paris la condamnation du cartésianisme. Forcés de reculer devant l'arrêt burlesque de Boileau et un admirable mémoire d'Arnaud, du parlement les jésuites en appelèrent au roi, et l'enseignement de la philosophie de Descartes fut proscrit et dans l'Université de Paris et duns toutes les universités du royaume.

Il était impossible de résister, et Bernard Lamyde l'Oratoire, qui enseignait à Angers le cartésianisme, mêlé d'opinions jansénistes et même de quelques hardiesses politiques, fut relégué par ses supérieurs à Grenoble; puis une lettre fut envoyée au roi , par laquel le cette société el lemême s'engageait à enseigner les formes substantielles et les accidents réels; que l'étendue n'est pas la pure essence du corps y et que la pensée n'est pas essentielle a làme; que le vide est réel, et qu'il peut y avoir plusieurs mondes (*), etc.

Les jésuites voulurent, enfin , porter le dernier coup, et, en 1680, le P. Fa> lois, sous le nom de Delà ville, dénonça le cartésianisme à rassemblée des éveques et archevêques de France, comme opposé à la doctrine de l'Église, et conforme aux erreurs de Calvin sur la question de l'essence et des propriétés des corps. Le même homme voulut aussi poursuivre Descartes dans ses disciples; et il attaqua avec violence et grossièreté, en le traitant d'hérétique, Malebranche, qui, vivement blessé, répondit avec dignité cependant , et montra sans peine que les opinions de ses adversaires pouvaient, autant que les siennes, conduire à l'athéisme et au matérialisme. Il lit remarquer que la croyance a l'âme des bêtes , aux formes substantielles et à l'efficacité des causes secondes, renferme de terribles conséquences , tandis que

(•) Bayle, Recueil de pièces sur la pluie-

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ceux qui admettent que l'étendue est

l'essence «lu corps doivent aussi reconnaître que détendue, de quelque façon qu'on la taille , ne peut penser.

Ce fut cependant à cette époque que parut le système de philosophie du jésuite Régis (1632-1707), qui, au jugement des contemporains, sembl.i Descartes lui-même revenu sur la terre; mais il fit perdre au cartésianisme en profondeur ce qu'il lui fit gagner en netteté. Élève de Hohault, il montra le plus grand courage en dévouant sa vie a l'explication et à la propagation des doctrines du maître.

A côté de lui se présente le P. Andrt ( 1675-1764 ), dont une publication récente de M. Cousin nous a révélé les malheurs. Ami de Malebranche , écrivain sage, modéré, élégant, d'une âme droite et élevée, il avait embrassé la plulosophie nouvelle; mais, libre penseur, il devait déplaire à l'esprit compressif de la société de Jésus, dans laquelle il était entre en 1693. Dés que ses opinions percèrent, il fut exposé a l'inquisition la plus tracassière, qui ne cessa que lors de la suppression de la société en 1762. On n'a plus une Vie de Malebranche , qu'il avait composée; mais il reste de lui un Essai sur le beau, et quelques discours philosophiques, dont la forme, un peu académique, laisse cependant reconnaître la vive empreinte rie la pensée et de la langue du dix-septième siècle. M. Cousin a publié dans son introduction aux Œuvres philosophiques du P. André, une curieuse correspondance qui jette une vive lumière sur les persécutions sourdes de la société de Jésus contre les partisans du cartésianisme.

« flous avons vu dans cette correspondance, dit M. Cousin, toutes les machines employées par les jésuites contre la doctrine de Descartes, et en particulier contre celle de Malebranche; nous avons exhumé, pour la première fois, la résolution prise à Rome, en 1706 , dans une assemblée générale de la société, de poursuivre la nouvelle doctrine à l'égal du jansénisme, et de l'exterminer; c'est le mot d'ordre officiel ici retrouvé, et désormais livré à l'histoire. Nous ne voulons pas rappeler les douloureux détails de

la longue et incessante persécution exercée contre André depuis le commencement du dix-huitième siècle; mais il importe d'en faire toucher au doigt la vanité et l'impuissance. Le factum jésuitique contre le cartésianisme, envoyé à André avec un formulaire, est de 1712 ; le livre de Dutertre est de 1715; c'est à peu près là l'époque du plus fort déchaînement de la société contre la philosophie nouvelle. Savez-vous à quoi aboutit tout ce grand déchaînement ?

Sans doute il produit des malheurs particuliers , de lâches défections , d'odieuses intrigues, d'amers chagrins dans plus d'une aine lovale et courageuse:

mais attendez quelques années, attendez que Malebranche ait fermé les yeux et que sa gloire vivante n'imnortune plus la jalouse compagnie: la doctrine nouvelle , en se retirant de la scène du temps présent, semble avoir perdu tous ses dangers; elle est peu à peu amnistiée par ceux-là même qui l'avaient proscrite ; les bonnes raisons qui avaient été données contre plusieurs de ses maximes subsistent, tempérées à la fois et fortifiées par l'équité inattendue dont on commence à se piquer. Bientôt de l'amnistie on passe au panégyrique, et il arrive un moment où , contre de nouveaux adversaires bien autrement redoutables, la société aux abois est contrainte d'invoquer, en faveur de la religion , ces mêmes doctrines qu'elle avait persécutées pendant un siècle au nom de la religion.

« En 1724, le métaphysicien le plus justement renommé de la société, le P. Iivfjîer, dans son excellent Traité des vérités premières, parle de Descartes et même de Malebranche comme il appartenait à un esprit aussi judicieux et aussi éclairé de le faire.

« Voilà déjà un ton bien différent de celui de Datiiel, de Valois, d'Hardouni, de Guymond, de Dutertre, et du manifeste philosophique de la société en 171* Quel rapport y a-t-il, je vous prie, entre la philosophie contenue dans ce manifeste et celle du Traité des vérités premières? Cherchez dans ce Traité les accidents absolus, les formes substantielles, les déclamations ordinaires contre la pensée, comme attribut fondamental de l'Aiiie, ou contre l'étendue, cuuum

attribut fondamental du corps, et l'accusation de paralogisme, portée contre la démonstration cartésienne, de la spiritualité de l'ame, et celle de scepticisme contre le doute méthodique et provisoire, etc. Et pourtant nous ne sommes qu'en 1724. Quelques années ont suffi pour faire tourner les déclamations et les calomnies, et mettre a leur place une discussion légitime, l'équité, le respect et jusqu'à l'éloge. Attendez quelques années de plus : le temps fait un pas. En 1755, l'Académie française met au concours : l'Esprit philosophique. La pièce qui remporte le prix, distingue et met en lumière deux cotés essentiels de l'esprit philosophique : l'indépendance de toute autre autorité que celle de la raison, et le respect eu vers la foi, dans l'ordre des vérités surnaturelles, et le cartésianisme est proposé comme le modèle de l'esprit philosophique, ainsi conçu (*). » Et l'auteur de cette pièce est un jésuite, le P. Guérardl

Le P. Buffier (1661-1735) forme le lien nécessaire entre la philosophie du dix-septième siècle, qui huit, et la philosophie du dix-huitième siècle, qui commence. Quoique jésuite, il est a moitié cartésien, et néanmoins il est approuvé par son ordre, tant la philosophie de Descartes a triomphe deja de toutes les vieilles résistances ! Mais s'il a subi l'inOueoce de la philosophie cartésienne, îl n aussi subi 1 influence de la philosophie de Locke , qui déjà commence à se répandre en France, et sa métaphysique relève à la fois de Locke et de Descartes. Avec Descartes, il admet des idées innées, des vérités premières qui oe dérivent point de l'expérience ; avec Locke, il rejette la preuve de l'existence de Dieu par l'infini ; il proteste contre toutes les hypothèses ontologiques du cartésianisme, et tend à renfermer la philosophie tout entière dans les limites d'une analyse de l'entendement humain.

« L'objet de la métaphysique, dit-il, « est de faire une4 analyse si exacte ■ des objets de l'esprit, que Ton pense « sur toutes choses avec la plus gronde « exactitude et la plus grande précision

(*) Introduction aux Œuvres philosophiques du P. André; Paris, 184).

« qui se puisse (*). » Cette définition est remarquable : pendant tout le dixhuitième siècle , la philosophie sera déliuie de la même manière , comme une analyse de l'entendement humain.

« Indépendamment de la vérité du témoignage du sens intime, seule vérité immédiate et évidente par ellemême, admise par Descartes , le P.

Bufûer établit l'existence des vérités premières , pour ce qui concerne les choses placées en dehors de la conscience, vérités qu'on ne peut méconnaître sans s'exposer a tomber dans les

fil us extravagantes absurdités de l'ideaisme et du scepticisme. La source d'où découlent ces vérités premières, marquées du double caractère de l'universalité et de la nécessité, est le sens commun. Le sens commun doit être la règle et le fondement de toute spéculation philosophique ; sans cesse, le P. Buflier invoque son autorité; c'est avec le sens commun qu'il décide de la vérité ou de l'erreur de toute théorie , c'est avec le sens commun qu'il tranche toutes les plus hautes questions de la métaphysique. Lui-même il intitule sa philosophie, philosophie du sens commun. Ce titre est bien humble et bien modeste en apparence; mais, en realité, il signifie une assez grande chose. Car proclamer en philosophie le sens commun comme autorite unique et suprême, n'est-ce pas- proclamer la souveraineté de cette raison qui est commune a tous les hommes ? N'est-ce pas rejeter toutes les vieilles autorites, toutes les subtilités de l'école, pour en appeler de la vérité et de l'erreur à la conscience du genre humain? Lorsqu'on trouve un pareil principe dans la philosophie d'un père jésuite, au commencement du dix-nultième siècle, il faut admirer combien profonde et universelle avait été l'influence du cartésianisme.

« Par tous ses caractères, par ses qualités comme par ses défauts, la philosophie du P. Buffier présente une merveilleuse analogie avec la philosophie écossaise en général, et la philosophie de Reid en particulier (**). »

(*) Éléments de mêtaphjrs., irr entretien. (**) Iolroduction aux OEuvrts philosophiques de Buflier, par M. Bouilliet; Paris,

On se convaincra, en parcourant les écrits métaphysiques du P. Bufûer, qui a devancé Reid sur la question du témoignage des sens, et sur celle de la vraie nature des idées , que la France aussi peut se vanter d'avoir eu sa philosophie écossaise; car elle aussi, dit M. Bouilliet, en terminant un excellent article sur le savant jésuite , a produit un philosophe qui, au nom du sens commun, a protesté contre les fausses hypothèses, contre les systèmes dangereux , dans lesquels s'égarait uue métaphysique téméraire.

En décrivant sommairement cette lutte engagée entre la philosophie nouvelle et les anciennes doctrines, nous avons négligé de suivre le mouvement du scepticisme, qui, bien différent alors de ce scepticisme de Montaigne, sans lequel la régénération intellectuelle n'eut pu avoir lieu, préparait cette dernière phase, dont Bayle résume parfaitement l'esprit.

Le scepticisme, ranimé par deux disciples de la Mothe le Vayer, Samuel Sorbière (1615-1670), qui traduisit V Esquisse de la philosophie ptjrrhomenne de Sexttis Empiricus, et Simon Tascher (1644-1696), qui s'occupa de recherches sur l'histoire de la philosophie académique, et opposa le doute aux spéculations de Descartes et de M aiebranche (*), fut attaqué par le P. Mersenne (**) et servit de moyen à Nicole, à Bossuet , ainsi qu'à beaucoup d'autres écrivains ecclésiastiques, pour ramener les protestants à l'Église catholique, et relever l'importance de l'autorité ecclésiastique, en insistant sur les incertitudes de la raison. Il se présente avec un caractère tout particulier dans Pascal, la plus vaste intelligence, peut-être, qui ait jamais existé.

«Ce n'est pas nue Pascal hit un sceptique; profond mathématicien, au contraire, et pénétré de l'esprit de la méthode, il envisagea, comme Descartes, les premiers principes de la raison , en distinguant rigoureusement et absolument 1 esprit dé la matière, et les notions qui

O Critique de la Recherche de la vérité; x675.

(••) La vérité des sciences contre les scep~ tiques; Par», i6a5, ùa-8°.

se rapportent à l'un, des nouons qui se rapportent à l'autre^*). Mais pour lui, les mathématiques, la physique, n'étaient que des exercices récréatifs, qui ne touchaient en rien aux vérités qu'il nous importerait de savoir. Passionné pour la recherche de ces vérités, et placé au point de vue du monde de Descartes, il aperçut, ici, l'homme composé incompréhensible de deux substance elles-mêmes incompréhensibles, l'esprit et le corps (**); là, le monde inùni, rigoureusement infini; car un esprit comme le sien ne pouvait s'arrêter à l'indéfini de Descartes ; le monde, sphère infinie, dont le centre est partout et la circonférence nulle part; le monde, dont le principe est inabordable comme U fin, et dont les deux extrémités insaisissables, le néant et le tout, s'éloignent sans fin et ne se retrouvent qu'en Dieu; en un mot, où tout se cause, et s'aide, et se lie si bien qu'il est impossible de connaître les parties sans le tout, et le tout sans les parties. Ébloui à cette vue, Pascal commença à mépriser l'application de la raison et de la science aux choses de détail, comme trop facile et peu importante en soi , et il en vint à ne s'en permettre la recherche que rarement et comme soulagement à ses souffrances. Mais il se livra tout entier à la contemplation de Dieu et de l'homme, principes suprêmes de la philosophie, et qui seuls, dans la philosophie, pou* vaient l'intéresser. Enfin, dans son ignorance de leur nature, et sentant avec angoisse les atteintes de la maladie sur sa vie et sur sa pensée, qui d'un moment à l'autre avançaient vers l'a; néantissement , il se demanda: Qui suis-je? où vais-je ainsi? que sera-t-U de moi ? et il se voua tout entier a l'étude de la question religieuse et du problème des traditions humaines. C'est ici que Pascal nous parait pouvoir être appelé sceptique, car il sentit, sans aucun doute, que les principes les plus certains de la raison ne peuvent armer à fonder une croyance positive et déterminée à un certain avenir de l'homme après la vie (*•*). »

(*) Pascal, Pensées, xxxi, »7»

(*•) Id. ibid.

v (••■) Kenouvier, ouvrage cité, p- »x6>

Nous voici arrivés à ffuet (1630- 1721), esprit positif et enfouisseur, qui embrassa dans ses études tout le cercle des connaissances humaines , d'abord partisan, puis ennemi du cartésianisme qu'il quitta pour la philosophie d'Aristote, pour celle de Platon, puis enfin pour le scepticisme; car il reproduisit dans un ouvrage trouvé après sa mort, et à la composition duquel il avait donné beaucoup de soins et de temps , les arguments acataleptiques de Sextus Empiricus (*). « Il faut avouer cependant rju'il affaiblit beaucoup la valeur des objections sceptiques, non certes avec intention , car il voulait conclure à un scepticisme absolu, mais quelquefois par défaut d'intelligence de leur nature et de leur véritable portée, et le plus souvent, en admettant, pour réfuter les dogmatiques, des notions vagues ou des définitions incompréhensibles, qu'il faisait cependant servir de base à ses raisonnements. Ainsi, il ne put s'abstenir d'être dogmatique en réfutant , et d'établir, contre certains philosophes, des vérités négatives. Il admit les degrés de probabilité pour les sens et la raison , et ruina par là son système , puisqu'il l'obligea implicitement à fournir des motifs de cette probabilité piusoti moins grande- Enfin, après avoir regardé toute vérité comme incertaine, il fut obligé d'en appeler à la foi, et de demander que cette ioi indiquât, posât séparément chacun de ses objets , puisque les rapports que la raison aperçoit entre eux peuvent ne pas être. »

C'est là la seconde phase du scepticisme , qui , après avoir préparé en France, avec Montaigne, I avènement d'une société nouvelle, se trouva, dans la théologie cartésienne , attaquer la science au profit de la religion. Cette seconde phase en préparait une troisième , dont le caractère fut décidément révolutionnaire, opposée à la théologie comme à la philosophie, et aboutissant à la tolérance comme conclusion morale. Ce fut Bayle (1647- 1706) qui le résuma.

« C'est du cartésianisme que sortit l'esprit de Bayle. En effet , attaché

(•) Traité philosophique de la faiblesse de l'esprit humain i Amsterdam, 1723, in-ia.

T. xi. 37' Uvraùon. (Dict. bncy

d'abord aux idées de Descartes au point de les défendre publiquement, le milieu théologique dans lequel il vécut, ses changements de religion, son vif sentiment des dissidences de la raison et du fléau de l'intolérance, ne tardèrent pas à lui faire rejeter tout dogmatisme. Sans doute , s'il eût été chrétien ardent et enthousiaste comme Malebranche, ou profond, et en quelque sorte fanatique penseur comme Spinosa, ou haut et diplomatique génie , éclectique et conciliateur comme Leibnitz , il eût pu s'arranger du cartésianisme en le modifiant comme eux. Mais le doute en religion l'entraîua au doute en philosophie; persécuté d'ailleurs par les religions, il voulut leur arracher leur prétendue certitude, et par là, les croyances et l'empire , et le pouvoir de faire le mal. II voulut que la nécessité d'en appeler à la foi rendît les théologiens plus modestes, et il mit en problème toutes les questions dogmatiques. Pour amener le retour de la charité, il essaya d'abattre la suffisance scientifique, et fut poli dans les disputes. Esprit clair et méthodique, mais obstrué de détails, porté naturellement au bien et à la critique du mal et du faux, il se laissa trop aller cependant à confondre ce qui est arrêté avec ce qui est exclusif, et proscrivit le tout ensemble. En résumé, il faut considérer Bayle comme le premier anneau de la chaîne des philanthropes français. Exilé par les institutions d'intolérance de son pays . il jeta à ses concitoyens, afin de les aider à les abattre, un' protestantisme plus radical que celui de Luther et de Calvin, car il ne leur conseilla pas de lire la Bible et de l'interpréter, ni d'accepter l'interprétation des ministres, mais bien de laisser là la science et l'interprétation , de peur d« se tromper, et de s'aimer les uns les autres. Mais comme la métaphysique régnait encore, il accepta la métaphysique comme instrument , et parcourut la philosophie et la religion , voyageur critique, pour les opposer à elles-mêmes. Ainsi fut-il le dernier des métaphysiciens et le premier des philosophes, à prendre ce mot dans le sens qu'on lut donnait il y a soixante ans (*). -

(*) Renouvier, ouvrage cité , p. 33a.

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