FRANCE- PICHEGRU
sorat, il quitta le collège , s'engagea dans l'artillerie, etdevenu sous-offi; fer, il allait obtenir un grade supérieur quand la Révolution éclata. Regrettant un ordre de choses où il avait quelque espoir d'avancement, et ne pressentant point la hante fortune que la Révolution lui réservait , il abandonna son régiment, et courut aux frontières offrir ses services aux émigrés rassemblés à Coblentz ; mais plébéien qu'il était , il n'y fut pas reçu, et fut forcé de rentrer en France. Alors, soit dépit, soit ambition, soit amour vrai de la liberté, il professa hautement les idées nouvelles et se jeta tout entier dans le parti de la Révolution. Ces démonstrations lui valurent le commandement d'un bataillon de volontaires du département du Gard. Il discipline sa petite troupe, la conduit k l'armée du Rhin , s'y distingue , obtient successivement les grades de général de division , de général en chef de l'armée du Rhin, déploie les talents d'un grand capitaine, fait sa jonction avec Hoche, général en chef de l'armée de la Moselle, seconde les opérations de ce dernier, de manière à laisser aux militaires à résoudre le problème de savoir auquel des deux généraux furent principalement dus les succès des armées républicaines qui battirent les Autrichiens sous les lignes de Weissembourg, leur prirent Germersheim , Spire , Worms , etc. , et s'établirent dans le Palatinat; et enfln, après l'arrestation de Hoche, il reçoit le commandement des deux armées réunies de la Moselle et du Rhin.
Bientôt après, placé à la téte de l'armée du Nord, il la réorganise, bat l'ennemi à Cassel, à Courtruy, à Menin, à Rousselaer, à Hooglede; s'empare de Bruges, de Gand, d'Anvers, de Bois-le- Duc, de Venloo, de Nimègue; passe le Wahal sur la glace, entre à Amsterdam le 19 janvier 1795, et deux jours après envoie sur le Zuyderzée un escadron de hussards prendre à l'abordage la flotte hollandaise enchaînée par la ulace. (Voyez Belgique et Hollande [campagnes de].)
Après cette campagne,Pichegru quitta le commandement de l'armée du Nord, pour aller prendre celui de l'armée du Rhin. Là encore un instant, il se cou-
vrit de gloire; le Rhin fut audacieusement franchi , et la formidable place de Manheim tomba entre ses mains; mais ce fut le terme de ses succès et de sa gloire. De ce jour date l'infamie désormais attachée à son nom ; de ce jour la biographie du conquérant de la Hollande ne se compose que de honteuses trahisons, de misérables intrigues, de conspirations insensées dont il devient à la nn la déplorable victime.
Jourdan, avec l'armée de Sambre-et- Meuse, avait aussi passé le Rhin. Les deux généraux en combinant leurs manœuvres auraient pu facilement repousser les deux généraux ennemis , Clerfait et Wurmser, et les battre successivement l'un et l'autre. Ce plan ne fut pas suivi. Pichegru trahissait : il accueillait 1rs propositions qui lui étaient faites au nom du prince de Conde, chef de l'émigration; compromettait son armée et celle de Jourdan par la faiblesse et la gaucherie inaccoutumées de ses manœuvres; donnait le temps à Clerfait de réunir des forces supérieures, se laissait honteusement battre à Heidelberg et se renfermait enfln dans Manheim , laissant le général ennemi se porter contre Jourdan, qui seul ne put résister, fut contraint de battre en retraite, et ne repassa le Rhin qu'avec beaucoup de peine.
Cependant les négociations entamées au nom du prince de Condé se continuaient à Manheim, par l'intermédiaire de Fauche -Borel et de quelques autres agents du prince, dirigés par Roque de Montgaillard. Les bases qui furent posées consistaient, de la part de Picnegru, à porter inopinément au delà du Rhin un corps d'élite de son armée qui se réunirait à celle des émigrés, et, après avoir proclamé Louis XVIII , marcherait en toute hâte avec eux sur Paris.
Le prince de Condé, de son côté, prenait au nom du prétendant l'engagement de donner au général tout ce qu'il avait demandé. Le gouvernement de l'Alsace, le château de Chambord, un million en ar-
fent,200,000 liv.de rentes, la terre d'Arois, qui prendrait le nom de Pichegru.
enfin douze pièces de canon , le grand cordon rouge de Saint-Louis , celui du Saint-Esprit et la dignité de maréchal, devaient être la récompense des efforts
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heureux qu'il ferait pour relever le trône des Bourbons. En attendant la réalisation de ces promesses, on lui envoyait jusqu'à 900 louis à la fois, qui étaient fournis par le ministre anglais en Suisse.
Le prince de Condé, qui se tenait en communication très-suivie avec Louis XVIII, par le moyen d'une correspondance dont le principal agent , à Paris, était un certain abbé Lemaître, n'attendait pour lancer Pichegru que le signal qui lui serait donné du succès d'une insurrection prête à éclater dans la capitale, et d'une descente en Bretagne, projetée par le cabinet anglais et une partie des émigrés, ayant à leur tête le comte d'Artois. L'ôn sait quel fut le résultat de l'expédition de nie- Dieu et de l'insurrection des sections parisiennes contre la Convention. Ce triomphe de l'assemblée républicaine, dû principalement au jeune général Bonaparte, fit avorter la conspiration de Pichegru, et le parti royaliste dut ajourner à des temps meilleurs le renouvellement de ses complots.
Cependant Pichegru , devenu suspect au Directoire, fut remplacé par Moreau, qui eut bientôt entre ses mains les preuves de la trahison de son prédécesseur, mais qui n'en fit pas usage et pour cause; car, s'il faut en croire Louis XVIII, lui-même, à cette époque, trahissait déjà la république (Voy.
Mobeau). Cependant, Pichegru était alors regardé comme une puissance; on n'était d'ailleurs en possession d'aucune preuve convaincante contre lui ; on n'osa donc le faire arrêter; on 6e contenta de lui ôter son commandement, et même, pour ne pas trop l'irriter par cet acte de riçueur, on porta la faiblesse jusqu'à lui proposer l'ambassade de Suède. Il refusa , et vécut deux ans dans la retraite à Àrbois.
Élu en 1797 membre du conseil des Cinq-Cents, il fut aussitôt porté par ses collègues à la présidence. Les Bourbons continuaient a lui envoyer de l'argent.
Une foule de chouans, de gens à exécution, d'émigrés rentrés, 1 entouraient.
On le pressa de tenter un mouvement ; il ne voulut pas. Cependant, s'il n'y avait pas une victoire à remporter, il y avait
au moins un 13 vendémiaire à essayer; il avait été payé; il avait compromis beaucoup de gens: il promit; mais il ne fit rien, et, au 18 fructidor, il se laissa arrêter et remit lâchement son épée. Le Directoire aurait pu demander sa mort, il se contenta d'ordonner sa déportation à Cayenne. Conduit à Rochefort , il y fut embarqué pour cette colonie , et bientôt après on le relégua dans les déserts de Sinnamari. Doué d'une forte constitution , Pichegru ne succomba point sous ces climats pestilentiels ; il parvint à s'évader à travers mille périls , aborda à Surinam , et se rendit ensuite à Londres, où il reçut du gouvernement anglais l'accueil le plus distingué.
Dès ce moment, il devint en quelque sorte l'âme de tous les projets formés pour favoriser le retour des Bourbons.
Envoyé sur le continent pour hâter leur accomplissement, il était en Allemagne pendant la désastreuse campagne de 1799; ensuite il aida de ses avis le général Korsakoff ; puis, après la défaite de cet officier, il se réfugia dans la Prusse, et y eut de fréquentes entrevues avec le comte d'Entraigues; mais le gouvernement français ayant demande son expulsion, il se vit contraint de retourner a Londres, où on l'attendait pour organiser des complots dont le but était "assassinat de Bonaparte.
Ce fut alors qu'il devint le chef de la conspiration dans laquelle trempèrent, outre George Cadoudal, les deux frères de Poliçnac, Armand et Jules, le marquis de Rivière et une foule d'autres complices subalternes, parmi lesquels étaient un grand nombre de chouans. Trois débarquements successifs déposèrent de nuit les conspirateurs sur les points le» plus déserts des côtes de Bretagne et de Normandie. Le premier introduisit George Cadoudal; le troisième; Pichegru, accompagné des Polignac et du marqois de Rivière. Le ministère anglais avait muni tous ces conjurés d'argent, de poudre, de cartouches, de pistolets, de poignards, cachés dans de gros bâtons; ils ne marchaient que de nuit par des chemins de traverse, ne couchant le jour que dans des fermes isolées. Ils arrivèrent ainsi à Paris, et chacun commença à s'occuper do rôle
PICHECRU
FRANCE