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PICQUIGNY

qui lui avait été assigné. Piehegru vit Moreau à Grosbois, chez George et sur le bouievart de la Madeleine, et s'efforça de l'entraîner dans la conjuration (voyez l'article Moreau). Mais la police ne tarda pas à être mise en éveil. Cadoudal avait été arrêté ; on proposa à Bonaparte l'arrestation de Moreau.

« Il conspire avec Piehegru, lui dit- « on. — Prouvez-moi, répondit le pre- « mier consul, que Piehegru est à Pa- « ris, et je signe l'arrestation. » On alla à un quatrième étage arrêter un ancien religieux , frère de Piehegru. Se voyant entre les mains de la police :

« Me ferait-on un crime, demanda- t-il, « d'avoir reçu la visite de mon frère ? « J'ai été le premier à lui peindre son « péril et à lui conseiller de s'en retour- « ner. » C'était révéler sa présence à Paris ; aussitôt l'arrestation de Moreau fut signée et opérée, et l'on s'occupa de celle du chef de la conspiration. Voici comment Bonaparte la raconte lui-même : « Il fut victime de la plus infâme trahison. Cest vraiment la dégradation de l'humanité ; il fut Tendu par son ami intime : cet homme, que je ne veux pas nommer (*), tant son acte est hideux et dégoûtant, cet homme, ancien militaire, qui depuis a fait le négoce à Lyon (*•), vint offrir de le livrer pour cent mille écus (***). Il raconta

Îu'ils avaient soupé la veille ensemble... a nuit venue, l'infidèle ami conduisit les agents de police à la porte de Piehegru, leur détailla les formes de la chambre, ses moyens de défense. Piehegru avait des pistolets sur sa table de nuit; la lumière était allumée; il dormait; on ouvrit doucement la porte avec de fausses clefs, que l'ami avait fait faire exprès; on renversa la table de nuit, la lumière s'éteignit, et l'on se colleta avec Piehegru, éveillé en sursaut; il était très-fort ; il fallut le lier et le transporter nu... »

Piehegru fut enfermé au Temple , et quelques jours après on le trouva étranglé dans sa prison. Il est probable que se voyant dans une situation désespé-

(*) Son nom est dans le Moniteur; il s'appelait Leblanc

(*") II avait été ignominieusement chassé de la bour&e de Paris.

(***) 11 ne reçut qu'une partie de cette

rée, et ne pouvant envisager l'infamie du supplice , il se donna lui-même la mort. On accrédita le bruit que ce n'était pas un suicide , mais un crime du premier consul .Cependant, comme le remarque un historien, que pouvait gagner Bonaparte en ordonnant ce crime? Piehegru était convaincu de sept ans de conspiration ; aucun tribunal au monde n'eût osé l'absoudre. Voici, du reste, ce que dit Bonaparte à ce sujet : « On ne « manqua pas de dire que c était par mes « ordres. Je fus totalement étranger à « cet événement. Je ne sais pas même « pourquoi j'aurais soustrait ce criminel « à son jugement; il ne valait pas plus « que les autres, et j'avais un tribunal « pour le juger et des soldats pour le « fusiller. Je n'ai jamais rien fait d'i- « nutile dans ma vie. Quel intérêt pou- • vais-je avoir à acheter par un crime « ce que la justice m'eût infailliblement « donné? •

Picquigny. Bourg de l'ancienne Picardie , aujourd'hui chef-lieu de canton du département de la Somme. Guillaume Longue-Èpée , duc de Normandie, y fut assassine en 942, au milieu d'une conférence à laquelle il avait été appelé par Arnoult, comte de Flandre. Le duc de Bourgogne saccagea Picquigny en 1470; Louis XI et Édouard, roi d'Angleterre , y eurent une entrevue le 29 août 1475; les deux monarques s'y entretinrent a travers un gros treillis de bois, dont les ouvertures ne permettaient que le passage du bras, comme aux cages de lions, dit Philippe de Comines.

Picquigny (monnaies de). Les sires de Picquigny jouissaient du droit de battre monnaie; on en trouve la preuve dans une charte de Garnier de Borrène, abbé de Corbie, de l'an 1300. A ce document nous pouvons en ajouter un autre , que nous croyons inédit : c'est un acte passé en 1 302 entre le sire de Picquigny et l'évêque d'Amiens, par lequel ce dernier reconnaît au sire son vassal , le droit de battre monnaie. Ce droit était tenu en fief de l'évêque. Nous avons eu en notre possession un vidimus de la charte que nous citons ; il se trouve maintenant entre les mains de M. Fernand Mallet, d'Amiens. Du reste, on n'a retrouvé aucune monnaie des sires de Picquigny.

T. xi. 88* Livraison. (Dict. encycl. , etc. )

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