MUSÉE* L'UNIVERS. MUSÉES
1830 suspendirent encore longtemps les travaux; enfin, ce fut seulement au mois de septembre 1837, que ce Musée, quoique imparfait, fut livré à la curiosité publique.
Une des choses qui contribuèrent lo plus peut-être à la formation du Musée, ce fut la découverte des débris provenant du naufrage de la Pevrouse. On sait comment, en 1826, ces débris furent retrouves dans une petite tle de la mer du Sud , alors que depuis plus de trente ans on n'avait rien pu découvrir qui mit sur les traces de l'illustre et malheureux na?igateur. Le capitaine Dillon, qui avait fait cette découverte, reçut de Charles X la promesse que tous les objets qu'il avait recueillis seraient placés dans un cénotaphe que l'on érigerait dans une des salles du Musée de la marine qu'on avait l'intention de former ; et en effet , aujourd'hui tous ces fragments sont disposés autour d'une petite pyramide placée à l'entrée de ce Musée. On y remarque surtout la poignée de répee qui porte le chiffre de la Peyrouse , et la cloche qui surmonte la pyramide, et sur laquelle sont écrits ces mots zBassin m'a fait, avec trois fleurs de lis au-dessous.
Le Musée de la marine contient en outre un grand nombre d'objets provenant des îles de la mer du Sud , des flèches empoisonnées, des casse-tête, des instruments de musique, des pirogues, et même des vêtements des insulaires.
Là se trouve aussi une collection de petites statuettes mexicaines représentant des hommes et des femmes de différentes professions, collection très-curieuse bien qu'elle soit incomplète ; puis viennent les armes de toute espèce affectées au corps de la marine ; la représentation d une flotte française de 1792 à 1814; le modèle du bassin de Toulon et de son ingénieux mécanisme ; un grand nombre de dessins et sculptures d'après Puget ; la représentation en relief des ports de Brest, Lorient, Kochefort; enfin des modèles de bâtiments français et étrangers de différentes époques , et de toutes grandeurs, depuis le vaisseau jusqu'à la barque de pécheur.
Musée d'artillerie.
Lors de la prise de la Bastille, en 1790, on y trouva une grande quantité d'armes de toutes sortes ; ces armes , recueillies et rassemblées, formèrent le noyau du Musée de l'artillerie. Toutefois ce Musée ne fut établi définitivement qu'en 1794. Il s'enrichit peu à peu des dépôts d'armes retirés de quelques villes de province, et notamment de Sedan ; des pièces importantes retrouvées dans les arsenaux où elles étaient restées oubliées, des armes et armures rares et curieuses acquises ou données; enfin il est aujourdhui l'un des plus riches, sinon le plus riche, de l'Europe. Il occupe l'ancien bâtiment des Jacobins , entre les rues St- Dominique et du Bac, et se compose de quatre grandes galeries tournant autour d'une cour , et en outre d'une grande salle dite Galerie des Armures ^ dans laquelle ont été rangées chronologiquement les armures de pied en cap et autres anciennes armes défensives, telles que cottes de mailles, brigand ines, cuirasses , casques , boucliers, etc. Puis, dans les galeries, sont disposées aussi chronologiquement, une collection d'épées et armes blanches anciennes et modernes; une série des armes à feu portatives, depuis l'arquebuse à mèchejusqu'au fusil a platine percutante ; nuis encore des modèles de toutes sortes, bouches à feu, affûts, voitures, etc., et enfin, tout ce qui tient de près ou de loin à la fabrication oh à l'emploi des armes.
Il faudrait un livre entier pour expliquer tout ce que renferme de curieux, soit pour l'histoire , soit pour le génie militaire , le Musée d'artillerie. Nous sommes forcés de nous contenter de mentionner quelques-unes des pièces les plus remarquables. Nous citerons avec quelque hésitation toutefois Yar~ mure de la Pucelle d'Orléans. D'après les conjectures de l'auteur de la Panoplie, l'armure dont nous parlons aurait été donnée par Charles VU à Jeanne d'Arc, et celle-ci l'aurait déposée à Saint- Denis , après avoir été blessée sous les murs de Paris. Mais les formes de cette armure appartiennent à une époque postérieure à celle où vivait la Pucelle ; de sorte que nous n'oserions af-
FIWNCE. MUSEES «7
firmer qu'elle a été réellement portée par l'héroïne d'Orléans. En revanche, on ne peut douter de l'authenticité d'une armure de Louis XI , portant la devise de ce roi : Mater Dei mémento mei, et de plus une image de la Vierge gravée sur le haut de la cuirasse. On trouve en outre dans la même galerie une armure du connétable de Bourbon, une de François II , la belle armure connue sous le nom de Varmure au lion et avant appartenu à Louis XII, l'armure de Bayard , celle du connétable de Bourbon mort à Rome en 1527, l'armure toute dorée de Charles IX , celles de Henri le Balafré , duc de Guise , de Henri III, du maréchal de Biron tué au siège d'Épernay, en 1593, à côté de Henri IV; du duc de Mayenne, chef de laitue, do brave Crillon; enfin une armure fabriquée à Brescia,en 1688, par Garbagnani, et donnée par la république de Venise à Louis XIV. Pour terminer avec cette curieuse et riche collection, nous citerons une belle armure de cheval ayant appartenu à Charles Gustave, roi de Suède; l'armure que Vrançon I" portait à la bataille de Pavie, et le bouclier de Mathias Corvin, rot de Hongrie.
Dans des armoires placées au milieu des autres galeries, on a réuni les moreeaux les plus précieux ; mais nous ne pouvons que mentionner, sans pouvoir tes décrire , les curieuses et fines incrustations en argent, en ivoire, en nacre, qui décorent toutes ces armes de prix; un mousquet à rouet qui a appartenu a Louis XIII , une poire à poudre en ivoire sculpté ayant appartenu à Charte» IX, et enfin une autre poire à poudre, garnie de pierreries montées sur vermeil , qui a fait partie, dit-on, des présents offerts à Louis XIV en 1686, par les envoyés du roi de Siam.
Parmi les armes de plus gros calibre, deux pièces espagnoles , une de 86 et une de 6, du temps de Charles V, trouvées à Alger en 1830; une pièce en bronze , du calibre de 1 pouce 1 ligne, donnée, ainsi que l'indique une inscription, par Charles VIII , a Bartenir, seigneur de Pins, en 1490; deux canons qui ont servi à l'armée de Gustave-Adolphe, à la bataille de Lutzen.
L'épée de Louis XI, sur les deux co-
tés de laquelle est gravé Y Ave Maria; l'épée de François rr; celle qui fut présentée à Henri IV par la ville de Paris; celle de Louis XIV ; celle du sacre de LouisXVI; le poignard de Ravaillac, etc.
Musée de fer taille s.
L'idée qui a présidé à la création du Musée de Versailles est une idée grande et nationale. Réunir dans un palais auquel se rattachent déjà tant de souvenirs, une série d'objets d'art qui rappellent tous les faits marquants et glorieux de notre histoire, tous les personnages qui, à quelque titre que ce soit, v ont joué un rôle; en un mot, élever eh
3uefque sorte un temple à la grandeur e la France , c'était à coup sûr une œuvre digne d'une grande nation. L'exécution a-t-elle répondu à la grandeur du projet ? Il est radieux d'avoir à reconnaître que non. Ce qui devait être gigantesque est devenu mesquin ; ce qui devait être une œuvre de pure nationalité est tombé , comme tout ce gui •e fait de nos jours , dans le domaine de la coterie. Ce qui n'aurait pu être fait que dans un long espace de temps, on a voulu le terminer en un instant, et la précipitation d'un côté, la faveur de l'autre, ont fait pleuvoir dans le Musée de Versailles une foule d'œuvres indines du but auquel on les destinait. Enn, pour beaucoup de toiles , les murailles du palais sont devenues autant de lits de Procuste, et en résultat nous avons eu quelque chose qui ressemble titip à la ooutique d'un marchand de tableaux et de curiosités, et pas assez à 7 un Musée historique.
A près cette appréciation, sévère peutêtre, mais juste, nous le croyons, il faut reconnaître que, tout incomplète que soit cette tentative , elle n'a encore de modèle ni de rivale nulle part ; qu'elle peut satisfaire à des exigences peu rigoureuses ; enfin, que, malgré tout , ce Musée reste encore une grande chose. Dans ce qu'on a fait, on s'est souvent trompé, mais on a réussi quelquefois ; les distributions intérieures de l'ancien palais, destinées à recevoir la cour et son nombreux entourage, ont dû nécessairement être modifiées. On a reconstruit de nouvelles salles; les plafonds, les peintures, les lambris ont été restaurés ; enfin, on
MUSÉES
L'UNIVERS
MUSÉES
a en quelque sorte exhumé le palais de Versailles. Dans toutes ces salles ont été distribués tout ce qui dans nos anciens tableaux appartenait à l'histoire de France, et toutes les nombreuses commandes qui ont été faites depuis. La collection que renferment ces galeries com-
f>rend cinq subdivisions: Tes tableaux, es portraits, les bustes et les statues, les vieux châteaux et les marines. Les tableaux ont pour sujets les grandes batailles remportées par les armées françaises, les événements ou les traits les
Klus remarquables de nos annales; et la rHlante époque de 1792, les victoires de la République, les campagnes de Napoléon, n'en sont pas les pages les moins brillantes. A cette catégorie appartient l'admirable collection de gouaches qui retracent la campagne d'Italie. Les portraits présentent la collection de tous les rois de France, depuis Pharamond jusqu'à Louis - Philippe ; de tous les
frands amiraux , au nombre de 63 , de 270-1830; de tous les connétables, au nombre de 39, depuis Albéric jusqu'à Lesdiguières , 1060-1622; de tous les maréchaux, au nombre de 299, depuis Pierre jusqu'à Grouchy, 1186-1831; de tous nos guerriers célèbres, tels que les Dunois, les Bavard, les Condé, etc.; de tous les personnages de tous les temps et de tous les pays, qui se sont illustrés sur le trône, dans la politique, à la guerre, dans la magistrature, uans les sciences, dans les lettres, dans les arts. Charles-Quint, le prince Eugène, Marie-Thérèse, Léon X, Newton, ne sont pas les noms les moins célèbres de cette série. Les bustes et les statues forment également des galeries de personnages célèbres depuis les premiers siècles jusqu'à nos jours. On y a joint les tombeaux des rois et des reines , des princes et princesses de France. Beaucoup de ces tombeaux étaient au Musée des Petits- Augustins , et les images des princes et princesses ont été moulées sur les statues et bustes conservés dans les caveaux de Saint-Denis et dans plusieurs résidences royales. Les vieux châteaux forment une collection de tous les anciens châteaux de France : la plupart de ces tableaux sont de l'époque. Les marines représentent quelques-unes de nos batailles navales.
On a adopté pour le classement de tous ces monuments , de grandes divisions historiques. A chaque salle, à chaue galerie, est adaptée une série de àits et de personnages, rangés par ordre chronologique , et aussi étendue que le permettent les dimensions de ces salles: ainsi, dans Paile du sud se trouve la collection des batailles; dans le corps central du château, on a placé tous les maréchaux de France; dans l'aile du nord, une série d'événements histori-* gués , depuis Charlemagne jusqu'à nos jours. Au nombre des galeries qui méritent une attention particulière , nous citerons la salle de 1792 , où l'on voit, sous les plus simples uniformes , ces jeunes volontaires de nos armées dont beaucoup sont devenus des généraux distingués et tiennent aujourd'hui les premiers rangs dans notre armée : le maréchal Soult, en uniforme de sergent, le maréchal Gérard en volontaire de la Meuse , l'amiral Duperré en aspirant de marine, Ney en hussard de Sarrelouis; les salles des campagnes de 1793, 94 et 95, et enûn la galerie des batailles. Les deux galeries de l'histoire de France contiennent aussi beaucoup de tableaux remarquables, parmi lesquels nous citerons surtout le Baptême de Clovis, la Médiation de saint Louis entre Henri d'Angleterre et ses barons, la Peste de Jafja, etc. Ce Musée , qui n'est pas complètement terminé , s'en, richit tous les iours , et en voyant se multiplier les tableaux qui lui sont destinés, on ne peut .s'empêcher de se demander si bientôt on ne sera pas forcé d'arrêter ses développements faute de place. C'est dans cette pensée , qu'examinant en masse les sujets que les artistes ont été appelés à traiter, nous avons été peinés de remarquer qu'on eût donné une si petite place à l'histoire de notre révolution , tandis qu'on multi-
5 lie jusqu'à la fatigue la représentation e quelques faits de notre époque, glorieux sans doute, mais que leur date récente devrait empêcher d'exalter si haut, dans la erainte d être surpris en flagrant délit de partialité. Quels sont les tableaux, à part ceux des batailles, qui représentent cette époque , tourmentée sans doute, mais éclatante cependant, de 1789 à 1804? Pourquoi n'avoir pas
MUSEES
FRANCE
conservé une place pour la Constituai te, pour la Convention ? Le drame qui se passait en France à cette époque est- il moins intéressant que les victoires oui signalaient au dehors les armes de la république? On dit que ce Musée est consacré à (mites les gloires de la France; cette révolution qui a renouvelé la face du monde , n'est-elle donc pas notre plus beau titre de gloire?
Maïs nous refusons pour ce Musée cette dédicace pompeuse, et préférons qu'on lui laisse le nom modeste de galerie historique. Il est tel nom qui appartient à l'histoire, sans qu'on puisse en tirer de vanité , et si les Pompadour, les Dubarry et tant d'autres ont eu une trop grande et trop fâcheuse influence dans les affaires Je notre pays pour qu'on puisse rayer leur nom de notre histoire , nous ne voulons pas cependant qu'on les y inscrive comme des noms glorieux.
Musées des départements. '■
Cest aussi à la Convention nationale que les départements doivent les premiers éléments de leurs Musées. Tout ce qui provenait de la dépouille des couvents fut conGé par cette assemblée à la tutelle des directoires des départements. A la restauration , cependant , plusieurs portraits enlevés dans les propriétés nationales furent restitués aux ramilles, ainsi qu'un certain nombre de tableaux d'un grand prix ; d'autres fu-
JVom* des départements.
Aube
Aveyrnn..
Fille».
Saint-Quentin.
Moulins
Troyes
" Aix.
(•) Ce Musée, l'un des plus riches des départements, se compose d'une galerie de tableaux , d'un cabinet de médailles et antiques , et d'un cabinet d'histoire naturelle. JI occupe avec la bibliothèque publique, tt les bâtiments de l'ancien couvent Bernardines. — Les tableaux sont placés n la nef et les deux galeries principales de l'église; ils sont au nombre de 141 , dont 89 appartiennent à l'école française, et le reMe aux écoles flamande et italienne. — Le
reBt attribués à des églises rendues au culte. Mais pour combler le vide fait par ces restitutions, on envoya des tableaux achetés par le ministère de l'intérieur. Depuis 1830, surtout, les expositions devenues annuelles ont rendu ces envois plus nombreux. Mais comme l'achat des tableaux modernes est la plupart du temps déterminé par des considérations toutes personnelles , ce ne sont pas toujours ces derniers ouvrages qui contribuent le plus à la richesse des Musées. Leurs plus curieuses acquisitions proviennent principalement des travaux d'exploration exécutés de tous côtés en France. L'archéologie fait tous les jours de précieuses découvertes dont les Musées profitent, et à côté desquelles viennent d'ail leurs prend replace de nombreux fragments dus au ciseau des artistes du moyen âge et de la renaissance.
Dans beaucoup d'endroits, en outre, les collections particulières suppléent aux collections municipales ; et il faut rendre cette justice aux amateurs qui les possèdent, que leurs trésors ne sont pas moins abordables pour les curieux et les étrangers que les Musées publics.
Dans l'impossibilité où nous sommes de donner, ce qui nous entraînerait trop loin , des renseignements complets sur tous ces Musées, nous en mettrons ici une liste d'après ordre alphabétique des départements dans lesquels ils se trouvent. Pour quelques-uns seulement, nous entrerons dans quelques détails.
Sature des musées.
Antiquités, histoire naturelle.
Portraits et plAtres moules sur l'antique.
Tableaux, antiquités, histoire naturelle.
Histoire naturelle.
I Tableaux , antiquités , médailles, histoire na- { turelle (*).
Antiquités, tableaux (**).
Antiquités.
jnédaillier, l'un des plus considérables de la France, contient, entre autres suites, une collection des médailles marseillaises en argent et en bronze , et la suite des monnaies de Provence , depuis Boson. Le cabinet d'histoire naturelle contient i65 mammifères, i8ao oiseaux, a5i reptiles, 458 poissons, un très-grand nombre d'insectes , 8000 plantes , etc.
(•*) Le Musée d'Aix , formé en i83a, du riche cabinet d'antiquités du président FMr
L'UNIVERS
MUSÉES
Noms des département».
Calvados
Cantal
Charente-Inférieure.
Corse
Cote-d'Or..
Doubs
Filles.
Caen
Bayeux Aurillac
La Rochelle
Saintes
Ajaccio Dijon
Nature des musées.
Dijon
Périgueux.
Eure-et-Loir
Finistère
Gard
Garonne
Gironde
Hérault
1 Ile-et-Vilaine
Indre-et-Loire
Isère.
Chartres....
Brest
Mimes
Toulouse. . .
Bordeaux. . .
Montpellier.
Rennes.....
Tours
Grenoble...
Tableaux, antiquités, histoire Tableaux historiques (*).
Histoire naturelle.
Histoire naturelle.
Antiquités, histoire naturelle.
Tableaux (**).
Tableaux , gravures, antiquités (***).
Musées Chambon et Taillejer, antiquités.
| Musée Pârisi****), antiquités , tableaux , ) sins ; antiquités du moyen Age. Tableaux, antiquités, histoire naturelle.
Histoire naturelle.
Tableaux , antiquités (•****).
Tableaux , antiquités.
Tableaux, histoire naturelle.
Musée Fabre, tableaux (******).
Tableaux (******•).
Tableaux.
antiquités, histoire natu-
Vienne
Lons-le-Saulnler. ..
Dole
ris de Saint -Vincens (voyez ce mot) , contient aussi quelques tableaux remarquables ; entre autres , la Nuit du ao mars aux Tuileries, par Gros; la Prise de Grenade, par le comte de Forbin ; une Sainte- Catherine, par le Calabrèse. Aix possède en outre des collections particulières justement célèbres , entre autres, la galerie de tableaux de M. Bourguignon Fabregoule, et le cabinet d'antiquités égyptiennes de M. Sallier.
(•) On sait que c'est à Bayeux que se trouve la célèbre tapisserie historique de la reine Mathilde.
(••) Le cardinal Fesch avait , à sa mort , légué mille tableaux à la ville d' Ajaccio, Son testament fut déclaré nul ; mais son exécuteur testamentaire, Joseph Bonaparte, voulut que les dernières volontés de son oncle reçussent leur exécution, et il mit les tableaux à la disposition de la ville d' Ajaccio. Désirant, déplus, étendre les bienfaits du cardinal à toutes les localités de son île natale, il a donné un tableau à chacun des villages de la Corse, et il en a offert aux Tilles de Baslia , Corté, Calvi et Sartène , un nombre moins considérable, sans doute, qu'au chef-lieu du département , mais suffisant déjà pour former le noyau d'un musée. Ceux qui sont destinés à Ajaccio , y sont déjà arrives, et ils vont être incessamment classés dans les bâtiments du couvent Fesch , que 4e cardinal avait d'abord destiné à des moines passionistes. On y remarque plusieurs originaux de grands maîtres , tels que Raphaël , Carrache , le Guide , le Cuerchin , etc. Mais ce qui rendra surtout cette collection 'précieuse pour les habitants de la Corse, ■c'est une suite complète des portraits des
j Tableaux, plâtres, ai \ relie (*****♦*•) Antiquités.
Tableaux et antiquités.
Tableaux , sculptures.
membres de la famille impériale , peints par Gérard.
(***) Cest l'un des Musées les plus riches des départements. Il occupe tout le premier étage de l'aile orientale de la cour d'entrée du palais des États. Ou y voit des tableaux de Prudhon , de Naigeon , de Devosge ; des sculptures de Bertrand , de Petitot , de Renaud. Le cabinet d'histoire naturelle surtou t est extrêmement complet, et contient de trèsriches collections de minéraux, do coquillages, d'oiseaux, etc. Enfin, la salle réservée aux antiquités contient , outre des ceaux de sculpture, des armes, des et des médailles.
(*••*) Légué par l'architecte de ce nom à sa ville natale.
(*•***) Cette collection, l'une des plus considérables et des plus curieuses de nos départements, occupe l'intérieur de la fameuse Maison carrée.
(*•**•*) Voy. Fa«»x.
(*••••••) Ces tableaux sont placés daus
l'ancienne chapelle de l'école de droit ; on y remarque des originaux de Van Dyck, du Guerchin, de Gérard délie Nolti, de Jordaens, de Lebrun , de Rubens, une Noce de Cana , de Jean Cousin, et un tableau la Mort, peint par le roi René.
^•*«r*««»«^ Qe xjusée, inauguré en i8o*. renferme plus de cent trente tableaux , parmi lesquels il y en a de Rubens, de l'Albane / du Paul Véronèse , de Claude Lorrain , du Perugin , de Philippe de Champagne , de l'Espagnolet , de Joseppin , de Solario de Graver, de Van der Meulen , de Lebrun , de ' r, etc.
■USEES
FRANCE
MISEES
Loiret.
Filles.
, ( Saint-EUenne Histoire naturelle.
U3ue- Roanne Histoire naturelle.
Loire (Haut*- Le Puy Tableaux , statues , antiquités.
Nante* J Tableaux, sculptures, antiquHésC). histoire
» naturelle.
Orléans Tableaux (*•).
Cahors Sculptures et antiquités.
Mende Tableaux.
-et Loire. Angers Tahleaux (*•*).
Manche. Cherbourg Tableaux , antiquités, histoire naturelle.
Mt-urtbe Nancy Tableaux.
Meuse . Verdun Médaille», antiquités.
Lille Tableaux \"*%
\ Douai-. Tableaux, antiquités.
I Vaienciennes Tableaux (*****).
Cotnpiégne Tableaux , antiquités.
| A M j Modèles en plâtre , antiquités, histoire natu-
(•) François Canin H (voy. ce nom), s'étant retiré à Clisson , y fit bâtir une galerie destinée à recevoir une collection précieuse d'antiques , de marbres et de tableaux qu'il avait recueillis en Italie, Il mourut avant que ce Mu>ée fût achevé. Son frère sollicita du gouveruemeat trente mille francs nécessaires pour l'achever, déclarant abandonner à cette condition tous ses droits sur la collection qui devait rester où elle se trouvait , comme propriété nationale. Il donnait de plus à sa mort tous ses biens-fonds produisani trois mille francs de revenus , pour qu'ils fussent employés à l'entretien du Musée. L'administration laissa longtemps celle proposition sans réponse , et Pierre Cacatilt , fatigué d attendre , finit par accepter les offres que hn fît la ville de Nantes |*>ur l'achat de sa collection. Mais cet achat ayant eu lieu contrairement à l'opinion du préfet de la Loîre- Inférietire , tous les objets d'art provenant du Musée Cacault furent distribués dans les bureaux et greniers de la préfecture, où Us demeurèrent jusqu'aux dernières années de la restauration. Ce fut alors seulement que le Musée de Nantes fut construit et rendu public.
objets , parmi lesquels se trouvent peu de sculptures- Les tableaux sont au nombre de sept cent vingt. L'école italienne y domine; bobs citerons : un Christ couronne d'épine , de Sébastien del Piombo; un portrait, de Brotumo ; une Fierge avec Cenfant Jésus et saint Jean , de Castelii ; cinq tableaux de Caoaletlo ; un Prophète Isaie et un Prophète Jéremie, du Pérugin; une Dédicace du temple de Jérusalem, du Tintoret; un Saint Jean- Bapt'ute caressant F agneau, du Guide; un Joueur de vielle, de Murillo, et un portrait d 'enfant , attribué à Velasquez.
(*•) Ce Musée, fondé en 1 8*5 , contient
des tableaux de Mîgnard , Vien , le Guide, Philippe de Champagne , le Guerchin , Di ouais , Fragonard , etc.
(•*') On y remarque plusieurs morceaux importants; nous citerons d'abord Joseph reconnu par ses frères, de Gérard , et Romulus faisant tuer Tatius, de Girodet : ces tableaux sont surtout curieux en ce qu'ils sont pour ainsi dire le point de départ de chacun de ces deux peintres ; un tableau de Greuze rempli de grâce et de délicatesse, et peint avec toute la finesse qui caractérise les œuvres de cet artiste; la Mort d'Hector, par Tien; une Marine, de Joseph Vernet; une Fierge, de Mignard. Parmi les tableaux dus à des peintres étrangers , ou remarque surtout une Marie- Madeleine mourante, du Guide, et un tableau allégorique représentant le Temps oui conduit la Férité, j»ar le Guerchin. L'école hollandaise contribue pour
une grande part à la richesse du Musée d'Angers , où l'on voit un paysage de Jean Breughel, deux petits tableaux de Teniers , un Peterneefs , un Breemberg, un Gérard Dow, un paysage de Ruysdael, un très-joli tableau de Miéris , représentant Y Enlèvement des Sabines, et qui figurerait parfaitement à côté des meilleures toiles de ce peintre que possède le Musée du Louvre; une belle léte de Van Dyck ; enfin un buste de Napoléon en marbre blanc par Canova.
("*•) Ce Musée, établi, ainsi que la bibliothèque publique, dans un ancien couvent de récollets, contient des tableaux de Rubens, Van Dyck, Arnould de Vuez, Van Oort, Jordaens, Grayer, Ruish, Raphaël, Jules Romain, Guido, Bassano, André del Sarte , P. Véronèse , Salvator Rosa , Piazetta, Sassenio, Maratti , Romanelli, Philippe de Champagne, J. Vernet, Mignard, etc.
(•••••) Trois sont de Rubens; ils proviennent de l'ancienne abbaye de Saint-/ -
MISÉES
L'UNIVERS
MUSÉES
Noms des départements.
Puy-de-Dôme
Pyrénées (Hautes ).
Rhin (Bas )
Rhône
Saône-ct-Loire. .
Sarthfl
Seine-Inférieure.
Somme.
Tarn...
Var.
Vauoluse.
Filles.
Clermont
BagnèresdeBigorre Straslxxirg
Lyon
Aulun
\a Mans
Rouen
Eu
Amiens
Abbeville
Alby
Toulon
Crasse
Draguignan
Avignon
Rature des musées.
Vienne..
Vienne (Haute-).
Vosges
Yonne
Carpentras .
Poitiers Limoges. . . .
Êpinal Auxerre —
Antiquités, histoire
Tableaux.
Tableaux , histoire naturelle (*).
| Tableaux, statues, antiquités, médailles et f plâtres i").
Antiquités , médailles.
Tableaux, antiquités . histoire naturelle (•*»).
Tableaux (•*••).
Galerie de tableaux historiques.
Tableaux, antiquités.
Sculptures.
Tableaux, antiquités, histoire naturelle.
Musée de marine.
Tableaux.
Tableaux , médailles.
Musée CalvH : tableaux, antiquité*, me
dailles (♦♦*••).
Tableaux , antiquités , médailles, histoire naturelle.
Antiquités, tableaux , statues et gravures. Antiquités.
Tableaux , antiquités.
Antiquité», histoire naturelle.
Antiquités, histoire naturelle.
(*) Le Musée de Strasbourg se compose de 5i tableaux , parmi lesquels on en remar-
3 ne de Philippe de Champagne, du Poussin, 11 Guide ; on y voit en outre une nombreuse collection de plâtres moulés sur l'antique. Le Muséum d'histoire naturelle et d'anatomie de la faculté de médecine est un des plus riches de l'Europe.
{**) Ce Musée est établi dans le palais des arts qu'occupait, avant la révolution, une abbaye de femmes. Il contient, outre des modèles de machines pour la fabrication des étoffes de soie, et une nombreuse bibliothèque, une curieuse collection d'antiquités, un riche médaillicr, enfin , une galerie de tableaux , parmi lesquels figurent des œuvres de maîtres de toutes les écoles. Nous citerons le grand tableau de V Adoration des mages, de Rubens; les Sept sacrements , du Poussin; V Assomption de ta Vierge, du Guide ; la Prédication de saint Jean et le baptême du Christ , de l'Albane ; Moïse sauve' des eaux , de Paul Véronèse; Y Ascension de Jésus-Christ, du Pérugin; un portrait de Moïse, d'Annibal Carrache ; Y Adoration des bergers et V Invention des reliques, de Philippe de Champagne ; la Circoncision, du Guerchin ; Saint /mc peignant la Vierge, de Giordano; plusieurs toiles du Tintoret ; les Marchands chassés du temple, de Jouvenut; Y Adoration des mages, de Stella; le Christ à la colonne, de Pal ma.
(***) Ce Musée , placé dans l'hôtel de la préfecture, y occupe trois grandes galeries et un salon. On y voit une collection des productions naturelles du département, des armures du moyen âge, des antiquités romaines, et plusieurs tableaux du Guide, d'Allœrt Durer, de Teniers, de Van Dvck , de Van der Meulen , de l'Albane, un beau portrait en cuivre émaillé de Geoffroy Plantagenet, etc.
(****) Ce Musée, ouvert en 1809, contient environ 3oo tableaux. Ceux qui méritent surtout d'être cités , sont : un Saint François, d'Annibal Carrache; un Ecce homo, de Mignard ; une Mort de saint François, par Jouvenet; plusieurs Marines, de Vernet.
(*"") Une belle collection de médailles, un grand nombre d'inscriptions antiques, des bas-reliefs, des statues, des antiquités de tout genre , une riche galerie de tableaux , un cabinet de médailles et une bibliothèque considérable, forment ce Musée, auquel on a donné le nom du savant médecin qui en a été le fondateur (Voy. Calvet). Parmi les tableaux , oui sont en grand nombre , on en remarque de l'Albane, Salvator Rosa , P. Véronèse, CaTavage, le Dominiquin, D. Teniers, Berghem , Van der Veld , Ruysdael , Coypel , J. Vernet , Mignard , Parrocel , Carie et Ho race Vernet etc.
MlîsétTM FRANCE. WXJWhm 73
MrsÉnc d'histoire naturelle.
Le principe de cet établissement si vaste, si compliqué , unique aujourd'hui en Europe , se trouve dans un édit rendu par Louis XIII, au mois de mai 1635.
Cependant, déjà neuf ans auparavant ce prince a vait,à la sollicitation d Hérouard, son premier médecin, et de Guy de la Brosse, son médecin ordinaire, autorisé par lettres patentes la fondation du jardin et l'acquisition d'une maison et d'un terrain de 24 arpents dans le faubourg Saint-Victor. Il avait donné la surintendance de rétablissement à son premier médecin et à ses successeurs, avec pouvoir de choisir un intendant qui résiderait dans le jardin et en aurait la direction. Hérouard avait choisi Guy de la Brosse. Mais Hérouard mourut; diverses circonstances retardèrent la réalisation du projet, et ce n'est réellement que de 1 édit de 1635 qu'on peut dater la fondation du jardin.
Cet édit ratifiait les acquisitions faites en vertu des lettres patentes, reconnaissait comme surintendant Bouvard, alors premier médecin du roi , et comme intendant Guv de la Brosse ; il nommait trois médecins de la faculté , Jacques Cousineau , Urbain Baudineau, et Cureau de la Chambre , pour faire la démonstration de Y intérieur des plantes, et travailler à toutes les opérations pharmaceutiques nécessaires pour instruire les écoliers; enfin, il statuait que dans la maison dépendant du jardin , il serait gardé un échantillon de toutes les drogues tant simples que composées , ensemble toutes les choses rares en la nature, qui s'y rencontrer oient. Des la première année , Guy de la Brosse , en dépit d'une protestation de la Faculté de médecine , qui voulait que les professeurs fussent nommés sur sa présentation, et non sur celle du surintendant , s'établit dans le local dont on avait fait r acquisition, fit réparer et disposer les bâtiments et dressa un parterre de 45 toises de long sur 35 de largeur, où il phat toutes les plantes qu'il put se procurêr.En 1636,1e nombre de ces plantes s'élevait à 1,800.
Guy de la Brosse mourut en 1643, et rétablissement périclita : ce fut à cette époque cependant qu'eut lieu la construction d'une serre et celle du grand
bassin qui est en face du cabinet. Sous l'administration deVautier, devenu premier médecin du roi à la mort de la Brosse, les choses n'allèrent pas mieux, les plantes périrent faute de soins , les leçons furent négligées , et on ne pourrait que déplorer cette administration , si Vautier n'avait rendu un véritable service à la science, en substituant un cours d'anatomie à celui qui était désigné sous le nom de Pintérieur des plantes.
A Vautier, mort en 1652, succéda Vallot , qui favorisa d'une protection spéciale le jeune Fagon, neveu de Guy de la Brosse. Ce jeune homme, devenu célèbre depuis, voyagea à ses frais dans
Plusieurs provinces de la France , dans is Alpes, dans les Pyrénées , et fit passer au Jardin tout ce qu'il put recueillir. Vallot, en récompense, le nomma d'abord professeur de chimie, puis, en 1671 , professeur de botanique.
Vers la même époque, fut achetée la collection des plantes peintes sur vélin, par Robert , d après les originaux du jardin botanique formé à Blois par Gaston d'Orléans. Robert fut en même temps attaché au cabinet, et il continua jusqu'à sa mort, en 1684, à enrichir cette précieuse collection. A Robert succéda J. Joubert, peintre de paysage, nuis Aubriet; et ce fut ainsi que se forma la magnifique collection de plantes et d'animaux déposée d'abord à la bibliothèque du roi et rapportée depuis à celle du Muséum.
Vallot mourut en 1671 ; et, en 1672, d'Aquin, premier médecin du roi, devint su ri n tendant du Jardin. Il ne favorisa que l'enseignement de l'anatomie. Fn 1679, le célèbre Duverney fut chargé de l'enseignement de cette science, et ses leçons attirèrent un grand nombre d'élèves.
Fagon transmit en 1683 sa chaire de botanique à Tournefort, qui n'avait cependant que 21 ans, mais qui annonçait déjà ce qu'il serait un jour.En effet, lui et Duverney répandirent un grand éclat sur l'établissement qui commençait à devenir important. Tournefort publia , en 1693, dans ses Éléments de botanique, une nouvelle méthode pour la classification des plantes ; il alla dans le Levant en 1 700, et à son retour en 1 702,
74 MUS^lM L'UNIVERS. MUSÉUM
II rapporta beaucoup de plantes inconnues jusqu'alors. II mourut en 1708, léguant au Jardin sa collection d'histoire naturelle et son herbier, précieux surtout en ce qu'il contenait de nombreux échantillons déplantes recueillies dans le Levant.
Danty d'Isnard lui succéda ; mais en même temps Fagon avait confié la culture des plantes à Sébastien Vaillant, qui rendit de grands services à l'enseignement , et dont l'herbier, acquis à sa mort en 1722, fait encore aujourd'hui la base de l'herbier du Muséum. A la place de Danty d'Isnard qui se démit de ses fonctions, Fagon nomma en 1709 Antoine de Jussieu , qui n'avait encore gue 23 ans. Mais ce choix fut bientôt justifié ; car, trois ans après , de Jussieu méritait d'être admis à l'Académie des sciences. En 1716, il alla parcourir l'Espagne et le Portugal , en rapporta de nombreuses plantes qui vinrent enrichir le Jardin, et ce fut lui qui, en 1720, remit au chevalier Declieux, enseigne de vaisseau, un pied de café qui, transporté par cet officier à la Martinique, y a produit tous ceux qu'on cultive aujourd'hui aux Antilles.
Trois professeurs célèbres occupaient alors les chaires du Jardin du Roi :
Geoffroy pour la chimie et la matière médicale; Duverney pour l'anatomie; de Jussieu pour la botanique. Le droguier commençait à renfermer des choses très-intéressantes. On se procurait des plantes d'Amérique ; plusieurs pièces d'ostéologie avaient été préparées et jointes à la collection; enfin Aubriet continuait à dessiner des plantes et des animaux.
Lorsque Louis XJV mourut en 1715, Façon , âgé et infirme , se démit de sa place de premier médecin , qui fut donnée à Poirier, et vint mourir, en 1718, au Jardin où il était né. Cette même année, la surintendance du Jardin futdétachée de la placede premier médecin du roi , et donnée à Chirac, médecin du duc d'Orléans, avec le titre d'intendant. Chirac ne donna ses soins qu'à la médecine, et sous son administration l'établissement fut en décadence, malgré les soins de Jussieu et de Vaillant. LV natômie et la chimie continuèrent cependant à être professées avec éclat ; la
première par Duverney puis par Hamard, la seconde par Geoffroy jusqu'en 1731, puis par Lémery.
Le successeur de Chirac, Charles François de Cysternay-Dufay (1732), s'occupa à réparer les désordres de l'administratiou précédente , voyagea en Angleterre et en Hollande pour enrichir l'établissement, fit transporter au cabinet des objets rares et utiles pour l'instruction , lui donna sa collection de pierres précieuses, et enfin rendit à rétablissement le plus grand service, en demandant, au moment de sa mort en 1739, que Buffon fût son successeur.
Buffon fut à la téte du Jardin du Koi depuis 1739 jusqu'à sa mort en 1788 :
et cette période de 50 années fut l'époque la plus brillante de rétablissement. Buffon, que son génie faisait admirer de toute l'Europe, à qui ce^genie donnait un grand crédit, une grande influence, employa toutes ses ressources à améliorer, à agrandir le précieux dépôt qui lui était confié.
Lorsqu'il entra au Jardin du Roi , te cabinet consistait en deux petites salles; une autre pièce renfermait des squelettes qu'on ne montrait point au public; les herbiers étaient dans l'appartement du démonstrateur de botanique ; le jardin. lui-même, resserré dans des limites très-étroites, offrait encore des terrains vagues, et l'on ne voyait ni allées, ni plantations régulières. Buffon donna ses premiers soins à l'augmentation du cabinet et à l'agrandissement du local destiné à renfermer les collections. Elles furent disposées dans deux
?;randes salles qui étaient auparavant le ogement de l'intendant, et bientôt l'entrée en fut ouverte au public à des jours déterminés. Le jardin eut aussi sa part des améliorations. On planta, en 1740, les deux allées de tilleuls qui subsistent encore aujourd'hui de chaque côté du parterre , et qui marquent les limites du jardin à cette époque. Buffon sacrifia d'abord une partie de son logement pour disposer les collections ; puis en 1766 il l'abandonna tout entier et alla demeurer rue des Fossés-St-Victor. La collection put alors être rangée dans les quatre grandes salles qui formèrent le cabinet jusqu'à la nouvelle organisation ; les deux premières étaient desti-
musé i n FRANCK.
MUSÉCM
nées aux animaux, la troisième aux minéraux , la quatrième aux herbiers et aux divers produits du règne végétal.
Ces diverses salles furent ouvertes au public deux jours la semaine, et les élèves eurent des heures réservées pour letude.
En 1771 , Buffon songeait encore à donner une plus grande étendue au jardin, lorsqu'il tomba grièvement malade; on crut le perdre , et M. d'Angivillers obtint sa survivance. Mais Buffon échappa miraculeusement, et, à partir de cette époque , il sembla donner plus de soins encore à cette administration qui lui devait déjà tant. Grâce à lui , deux maisons voisines du cabinet furent achetées. Le terrain où se trouvaient les plantes était épuisé, et on ne les v conservait qu'à grand'peine. Il fit defoneer, remuer la terre, et transporter les plantes dans un lien plus convenable.
En 1779 il acheta tous les terrains qui séparaient le jardin de la Seine, moyennant 142,000 livres, les céda au gouvernement, fit démolir les maisons qui s'y trouvaient, et avec les matériaux construire une rue parallèle à la grande allée du jardin : c'est encore la rue de Boffbo. On éleva on mur en pierre de taille pour le soutènement des terres dans la partie supérieure au niveau de la nie, et le reste fut séparé de la rue par une grille d* fer- Un vaste bassin rat creusé jusqu'au niveau de la Seine, oui devait lut fournir de l'eau par infiltration ; enfin un parterre , destiné à la propagation des plantes les plus intéressantes , occupa 1 espace qui séparait ce bassin du quai. Rn 1774, s'élevait la serre Buffon , et en 1787 on faisait l'acquisition de l'ho'tet de Magnv.
Tous ces travaux avaient été, comme nous l'avons dit , nécessités par l'augmentation des collections. Bernard de lussieu, chargé, lors de rentrée de Buffon au cabinet, de donner ses soins à l'arongement et à la conservation des objets , avait vu peu à peu s'accroître an delà de ses forces des travaux qui exigeaient une immense activité et une assiduité de tous le* moments. Buffon fit appeler Daubenton qui , après avoir étudie la botanique sous les Jussieu et fanatomie sous Duverney, s'était retiré dans sa ville natale. Ayant ainsi doublé
ses moyens, Buffon, qui avait alors publié les premiers volumes de son Histoire naturelle, profita de l'attention qu'avait attirée cet ouvrage, et du crédit qu'il lui avait donné dans le monde savant , pour inviter tous les naturalistes de l'Kurope à lui envoyer ce qu'ils auraient trouvé de plus remarquable, et Daubenton qui, outre l'arrangement des collections, devait aussi diriger les études des jeunes gens , fut bientôt obligé d'appeler à son aide son cousin Daubenton le jeune.
Les plantes des collections et celles -du jardin furent distribuées suivant uns méthode nouvelle dont Bernard de Jussieu avait eu l'idée. On substitua à la nomenclature de Tournefort celte de Linné , plus commode et déjà adoptés dans toute l'Kurope. On planta des arbres des quatre saisons, des arbres frui- s tiers et des arbres exotiques ; on fit des semis de plantes économiques et de plantes rares ; enfin un supplément fut ajouté à la pépinière. En voyant un accroissement si rapide et si considérable dans toutes les branches de l'établissement , les particuliers se firent un plaisir d'y contribuer encore. Plusieurs allèrent offrir au cabinet des objets qu'ils préféraient y voir déposés avec le nom du donateur , que de les posséder chez eux; des sociétés savantes envoyèrent des pnrties de élections , et les souverains étrangers adressèrent au cabinet les doubles qui se trouvaient dans les leurs. La collection d'anatoinie de Hunaud , acquise par l'Académie des sciences, fut remise au cabinet. M. d'Angivillers offrit à Buffon son cabinet particulier; les missionnaires établis en Chine lui firent parvenir ce qu'ils purent se procurer de plus curieux dans un pays où seuls ils avaient le droit de pénétrer. Le roi de Pologne envoya une collection de minéralogie très-considerable ; enfin l'impératrice de Russie ne pouvant déterminer Buffon à faire le voyage de St-Pétersbourg, lui demanda son fils, et au retour de ce jeune homme, elle lui fit présent de quelques animaux du Nord qui manquaient au cabinet, et d'un grand nombre d'objets d'histoire naturelle recueillis dans toutes les parties de ses vastes États.
Le cabinet s'enrichit encore , grâce
MUSÉUM
L'UNIVERS
MUSÉUM
aux fonds que Buffon obtint du gouvernement, de la collection de zoologis que Sonnerat avait faite dans l'Inde, de celle que Commerson avait faite dans son voyage autour du monde avec Bougainville , et de celle que Dombey avait rapportée du Pérou et du Chili ; enfin, Hufïon fit donner des brevets de correspondants du Jardin avec une pension à des voyageurs instruits qui s'engageaient à lui faire des envois.
On voit ce qu'était devenu, entre les mains de l'auteur de YHistoire naturelle, le Jardin du Roi, et ce que peut un homme de génie placé à la téte d'une administration publique; nous ne saurions neus empêcher d'attirer ici l'attention sur ce fait: Buffon, quand on lui confia l'administration du Jardin , n'était pas naturaliste ; il n'était connu que par des Mémoires de physique et d économie rurale , et n'avait encore fait aucun travail d'histoire naturelle. Ce fut sa nomination à la place d'intendant du Jardin du Roi qui le détermina à suivre cette branche de la science , et cependant que de travaux exécutés en si peu de temps ! Mais il avait ce qu'ont tous les grands esprits, une puissance de pensée qui lui faisait concevoir des plans larges , et par cela même plus faciles à exécuter. Il ne se perdait pas
comme le foudroyant faire bien san doute, les administrateurs de nos jours dans une fôwe de détails au moins futiles. Son plan conçu, il en livrait l'exécution à des hommes spéciaux. Mais dans un pareil esprit , il faut le dire , il n'y avait pas de place pour les coteries et les intrigues. Il savait discerner et choisir le talent ; ce fut ainsi que par lui furent appelés Daubenton, qui n'y songeait pas; Thouin, jardinier à Bord, à qui fut confiée la direction des transplantations et de la culture, et qui s'en acquitta avec tant de zèle. Enfin plus tard , à la mort de Daubenton , ce fut encore Buffon qui fit nommer pour le remplacer, Lacépède , le savant et glorieux continuateur de son œuvre. Presque tous les hommes appelés par Buffon étaient ou sont devenus des hommes hors de ligne ; ce fut ainsi qu'à la mort de mademoiselle Basseporte , qui avait pendant trente ans continué la collection des dessins et peintures sur vélin ,
Buffon fit donner la place de peintre du Jardin du Roi à Vanspaendonck qu'on a nommé l'inimitable, et qui en effet n'a jamais été surpassé ni même égalé dans l'art de peindre les fleurs. Antoine de Jussieu continua jusqu'à sa mort, en 1758, ses leçons de botanique, que rendaient plus précieuses encore les explications qu'il ne refusait jamais en dehors de son cours; Lemonnier lui succéda, et lorsqu'il fut appelé, en 1770, à remplir les fonctions de premier médecin du roi , il se fit suppléer par Antoine Laurent de Jussieu , neveu de Bernard de Jussieu, qui fit de la botanique un corps de science régulier, en développant et perfectionnant la méthode naturelle dont son oncle avait eu l'idée.
En 1786 , Lemonnier, en se retirant tout à fait, voulait nommer M. de Jussieu à la place de professeur; mais celuici préféra conserver les fonctions de démonstrateur que son oncle avait exercées pendant cinquante-cinq ans; et M. Desfontaines, de retour d'un voyage en Barbarie , d'où il avait rapporté les plantes dont il avait publié l'histoire , fut choisi pour remplacer M. Lemonnier. M. Desfontaines donna une nouvelle direction aux études botaniques.
Persuadé que pour bien apprécier les caractères qui distinguent les genres et les espèces , il faut avoir une connaissance générale de la nature des végétaux, il résolut de diviser son cours en deux parties; la première consacrée à l'anatomie et à la physiologie végétale , la seconde à la classification et à la description des familles , des genres et des espèces. Dès lors la science de la botanique ne futplus seulement la connaissance de la forme extérieure des plantes, mais encore celle de leurs rapports, de leurs usages et des modifications dont elles sont susceptibles : c'est à cette direction donnée aux études que sont dus les travaux qui ont fait de Ja physiologie végétale la base fondamentale de la botanique, et qui ont conduit à faire l'application de cette science à l'agriculture et aux arts. Tandis que M. Desfontaines attirait par sa manière d'enseigner une foule d'élèves à qui il exposait l'ensemble de la science, M. de Jussieu faisait chaque semaine