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POÉSIE FRANCE

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et la hardiesse viennent s'y joindre , mais à un moindre degré. Les illustres successeurs de Malherbe enrichissent la langue de ressources nouvelles , et la mettent mieux en état de suffire aux besoins de la haute poésie; toutefois ils ne réussissent point à lui donner tout ce qui lui serait nécessaire pour se prêter avec succès aux plus hardis élans, au vol le plus libre de la muse. Ils la laissent insuffisante pour l'ode et pour l'épopée. Eux-mêmes le sentent; et moins par défiance d'eux-mêmes que par conscience de ce qui manque d éléments poétiques à l'idiome natal , ils n'essayent rien ou presque rien dans ces deux genres. Ils préfèrent se réduire à ceux qui, par leur nature, ne demandent ni le même enthousiasme d'expressions, ni le même luxe d'ornements , ni la même hardiesse de figures. Toute la poésie du dix-septième siècle reste renfermée dans le drame et dans l'apologue.

Cette époque si brillante, et qui après tout , malgré ce qu'on regrette encore de ne pas trouver dans sa langue poétique, malgré l'absence de tout chef-d'œuvre épique ou lyrique, est digne d'être mise en parallèle avec les plus beaux âges de la muse çrecque ou romaine.

Cette époque fut tres-courte : à peine Racine a-t-il disparu que la langue poétique s'épuise et s'altère. Le secret du coloris et de la chaleur se perd ; la précision même s'affaiblit. On voit commencer

fiour la poésie une décadence qui, dans 'époque suivante, va toujours s'accélérant. La poésie française, nous ne craignons pas de le dire , est comme une de ces fleurs qu'une terre peu favorable se refusait presque à nourrir, qu'on entretient toutefois à force de soins et d'art : elles se développent enfin et fleurissent brillantes; mais leur force et leur éclat ne tardent pas à se perdre,

f)arce que le sol se retuse à renouveler eur séve, et on les voit, au bout de peu de temps , languir pâles et flétries. La haute poésie est encore cultivée au dixhuitième siècle : mais, autant par la faute de la langue, qui devient plus rebelle en vieillissant, que par celle des mœurs nouvelles, peu compatibles avec l'enthousiasme, en dépit de tous les efforts qu'on tente pour la faire vivre, elle s'apauvrit et décline de jour en jour. Le

seul genre encore florissant est celui qui , dès Villon , avait brillé d'un assez vif éclat, que Marot avait illustré, dont Chaulieu s'était montré le digne héritier , et qui semble être chez nous un genre national, fait pour s'accommoder au caractère de toutes les époques et pour prospérer dans tous les temps. La poésie légère triomphe avec Voltaire dans tous les salons du dix-huitième siècle, et jamais ses grâces n'ont été plus vives et plus piquantes, jamais son badinaee nNa été plus ingénieux et plus aimable.

Voltaire a expliqué, en partie, cette décadence de la poésie au dix-huitième siècle , quand il a dit dans son Dictionnaire philosophique : «Le génie de notre langue est la clarté et l'ordre. Le français n'ayant point de déclinaison, et étant toujours asservi aux articles, ne peut adopter les inversions grecques et latines ; il oblige les mots à s'arranger

dans l'ordre logique des idées Ses

verbes auxiliaires, ses pronoms, ses articles , son manque de participes déclinables , et , enfin , sa marche uniforme , nuisent au grand enthousiasme de la poésie ; il a moins de ressources en ce genre que l'italien et l'anglais.» On peut s'étonner que l'homme qui avait porté ce jugement , se soit avisé de faire une épopée. Il y avait bien des raisons qui devaient interdire à Voltaire une telle entreprise ; mais une des plus considérables était, assurément, la difficulté de plier à tout ce qu'exige une œuvre épique , cette langue si logique, si raisonnable, si uniforme dans sa marche.

Était-ce que Voltaire ne s'était pas encore aussi bien expliqué le caractère et le mécanisme de la langue française, quand il entreprit la Henriade? Ou bien espéra-t-il surmonter des obstacles devant lesquels le siècle précédent avait reculé? Quel qu'ait été le motif de sa témérité, elle ne s'est point fait absoudre , puisque en définitive elle n'a produit qu'une belle déclamation en vers et non point- une épopée. Il est à remarquer que c'est au moment où commence l'altération de la langue poétique , et ou la société transformée perd le sentiment de la vraie poésie , qu'on s avise d'aborder des genres auxquels les grands génies de l'époque précédente n'avaient

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