L'UNIVERS. POIDS ET MESURES
point touché. Les poètes du dix-septième siècle, quoiqu'ils vissent bien qu'il y avait encore beaucoup à faire pour rode après Malherbe , quoiqu'ils se trouvassent en possession d'une langue plus riche que celle de Malherbe, n'avaient cependant rien ou presque rien tenté dans le genre lyrique. Un poète contemporain de la régence s'engagea dans cette carrière dont ils s'étaient abstenus. J. B. Rousseau prétendit, dans la France du dix-huitième siècle, à la gloire de Pindare. Que reste-t-il de ses efforts devant la postérité , qui a commencé pour lui de nos jours ? On s'accorde aujourd'hui à reconnaître qu'il fut poète lyrique absolument comme Voltaire fut poète épique ; l'un est Horace comme l'autre est Virgile. Les lecteurs d'aujourd'hui laissent dormir la Henriade, pour relire le Mondain, k Pauvre Diable, rÉpifre à Horace. J. B. Rousseau ne se doutait pas qu'un jour quelques-unes de sesépigrammes auraient plus de prix que les magnifiques périodes de son ode pindarique au comte du Luc.
Notre époque a vu tenter des innovations hardies, dans le noble but de régénérer la poésie. Ces tentatives ont été appréciées ailleurs ( voir les articles Brame, Victor Hugo, Lamartine).
Rappelons seulement que le but princi-
f>al des novateurs était de donner, dans 'invention poétique, une plus grande
f>art à l'imagination, et de dépasser dans e style la mesure de hardiesse et de coloris dans laquelle s'étaient tenus les poètes du dix-septième siècle. Ce but a été poursuivi dans le drame, dans l'ode, dans l'élégie, dans tous les genres, sauf l'épopée, qui semble avoir été définitivement abandonnée. Jusqu'ici il est sorti de ce travail de rénovation plus de mauvais que de bons ouvrages. Les changements qu'on a fait subir à la langue l'ont plus souvent défigurée qu'enrichie. Toutefois, dans quelques-unes de leurs productions, les chefs de la nouvelle école sont parvenus à dompter en partie les résistances qu'oppoSent à la poésie la sévérité logique et la couleur abstraite de notre langue ; ils ont hasardé avec bonheur des tours et des images dont le français n'avait pas paru jusque-là susceptible. Mais ces heureuses conquêtes sont rares ; trop souvent
nos poètes achètent Péclat, le mouvement, le relief, au prix de la précision et même de la clarté. Or , à quoi bon métamorphoser la langue de nos pères, si Pin nov.it ion nous coûte aussi cher? Et pouvons-nous nous flatter que notre langue devienne plus poétique, si, en se faisant plus éclatante, plus libre et plus pittoresque, elle se fait en me*me temps indécise et vague? Le précepte de Boileau sur la clarté et la précision du style doit être observé par toutes les écoles et dans tous les systèmes; et c'est un irréparable malheur pour un poète, quel qu'il soit, à quelque époque qu'il appartienne, quelque but qu'il se propose , de ne point pratiquer avec uneeiacti* tude sévère cette règle si importante, à laquelle se sont conformés non pas seulement ceux qui furent par excellence les poètes de la raison et du bon sens, non pas seulement un Corneille, un li Fontaine, un Racine, mais un Pindare, malgré le vol hardi de sa muse brillant?, mais un Virgile, malgré sa mélancolie rêveuse, mais un Dante, malgré l'étrange audace de ses imaginations funèbres, mais un Shakspeare même, malgré la fougue ardente et l'essor fantastique de son génie.
Poids et mesures. Dans les premiers temps de la monarchie, les mesures étaient les mêmes pour toute h France; les rois chargeaient les magistrats de maintenir cette uniformité, et de veiller à ce qu'on ne s'écartât pu de l'étalon ou prototype, qui était gardé dans le palais royal. « Nous voulons.
« disait Charlemàgne dans un de ses « capitulaires, que tout le monde se « serve de mesures égales, de pw* « égaux et justes, soit pour livrer la « marchandise, soit pour la recevoir, « selon qu'il est prescrit par la loi de « Dieu ; et cette règle doit s'appliqilfr « aussi bien dans les monastères Q"c « dans les villes. Nous voulons que ena- «que juge conserve, pour son res- • sort, les étalons des boisseaux , des «setiers, etc., comme nous les avons « nous-mêmes dans notre palais (*;• • Charles le Chauve revenant >ur ce sujet, parce que, sans doute, l'usage de me* su res di fférentes corn mençai t deja a s wr
(•) Capit. Reg. Fr., 1 1, coL »3«-