POITIERS L'UNIVERS. POITIERS
pements arabes. Au point du jour, les tout dévaster sur leur passage en fuyant Franks revirent blanchir les tentes en- vers la Septimanie ("}. » nemiesàla même place et dans le même . , — Pendant que le roi d'Angleterre, ordre que la veille; aucun bruit ne s'en- Edouard III, ravageait la Picardie, tendait, aucun mouvemement n'appa- son fils, le prince Noir, se jetait en raissait dans les quartiers arabes; Karle, France par la Guienne , avec la même pensant que les musulmans allaient sor- étourderie que son père en 1346. Il tir en armes d'un instant à l'autre, fit s'en tira avec le même bonheur. Il tous les préparatifs de l'attaque et en- avait déjà conquis PAuvergue, le Livoya des éclaireurs à la découverte, mousin , le Berry et une partie du Ceux-ci s'avancèrent à travers des mil- Poitou; parvenu à Poitiers, avec 8,000 liers de corps morts, entrèrent dans hommes seulement ( 2,000 cavaliers, les premières tentes; elles étaient vides; 2,000 fantassins et 4,000 archers), il ne restait pas un seul homme en vie il se voit en face du roi Jean, qui en dans ce vaste camp: les débris harassés avait de 50 à 60,000. Si le souvenir de de l'armée musulmane étaient partis en Crée y avait pu modérer la fureur vindisilence, à la faveur des ténèbres, aban- cative de Jean et l'ardeur inconsidérée donnant tout, hormis leurs chevaux et de la chevalerie française, le prince anleurs armes. La grande querelle était filais était perdu. A "peine avait-il des décidée. vivres pour vingt-quatre heures, et il « Les Franks eussent aisément com- ne pouvait quitter la hauteur qu'il ocplété leur victoire et anéanti tout ce cupait, sans être enveloppé et taillé en qui avait suivi Abd-el-Rahmanen Gaule; pièces. Sentant le danger de sa situation mais rien ne put les décider à poursui- et l'impossibilité d'y échapper, il eut revre les vaincus. Ils étaient tout occu- cours aux négociations, et offrit de nés à se partager le prodigieux butin, grands avantages au roi de France, ror monnayé, les lingots, les vases pré- comme de rendre toutes ses conquêtes cieux, les étoffes, les denrées, les trou- et de ne porter de sept ans les armes conpeaux amoncelés et parqués dans le tre la France. Mais Jean voulut qu'il se camp arabe; leur allégresse devait dé- rendît prisonnier de guerre avec cent de chirer le cœur des malheureux Aqui- ses chevaliers. Le prince Noir rejeta tains, qui voyaient les dépouilles de avec indignation ces dures propositions, Bordeaux et de tant d'autres cités pas- et , malgré son peu de monde , se disser des mains de leurs spoliateurs dans posa à combattre. Le poste qu'il occupait celles de leurs farouches auxiliaires, près d'un lieu nommé Maupertuis, à Après ce partage, les gens de Neustrie, deux lieues environ au nord de Poitiers, d'Austrasie et de Germanie, reprirent était presque inaccessible : c'était un le chemin de leurs foyers. « Karle, dit coteau couvert de haies, de buissons et la chronique de Moissac, ayant recueilli de vignes, impraticable à la cavalerie et les dépouilles de l'ennemi, retourna en favorable aux tirailleurs; il cacha ses France, dans la gloire de son triom- archers dans les buissons, creusa des plie, o II s'en retourna après avoir sou- fossés, se couvrit de palissades rt de mis l'Aquitaine, ajoutent les annales de chariots, enfin fit de son camp une grande Metz et d'autres chroniques; c'est-à- redoute, ouverte seulement au milieu dire qu'Eudes remplit ses engagements, par un défilé étroit, que bordait une douet jura fidélité au libérateur qui lui pie haie. Au haut de ce défile était la vendait si chèrement ses services; sans petite armée anglaise, à pied, serrée et doute il renonça au titre de roi, signe couverte de tous côtés ; enfin , derrière de son indépendance passée, et ne fut une colline qui séparait lej, deux armées, plus que le duc des Aquitains. L'Aqui- ij y avait une embuscade de 600 cavataine, délivrée de ses ennemis et de ses liers et archers. Jenri avait un moven alliés , qui la laissaient p)us morte que fcûr de rester victorieux i c'était de ne vive, put enfin respirer et panser ses pas combattre, d'attendre que la faim blessures ; les bandes mutilées des mu- eût réduit les Anglais, et il les eût forcés sulmans avaient encore eu assez de
force et d'audace pour tout brûler et (•) Henri Martin, H'ut. dé France, l U.
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FRANCE
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à demander quartier; mais une telle sagesse n'entrait pas dans l'esprit de ces temps chevaleresques, où les batailles n'étaient pas des calculs, mais le fruit d'une rencontre inopinée et d'une impulsion martiale : l'attaque fut donc résolue.
Un corps de 300 gendarmes s'engagea dans le défilé : une grêle de flèches anglaises le détruisit; le corps qui suivait, troublé par cette attaque, se rejeta sur l'aile gauche et la mit en désordre; le centre, attaqué alors par l'embuscade anglaise, fut Saisi d'une terreur panique et prit honteusement la fuite avant de combattre. « Trois fils du roi , dit Froissart , avec plus de 800 lances saines et entières qui jamais n'approchèrent leurs ennemis, s'enfuirent.» Les Anglais descendirent alors du coteau et s'avancèrent dans la plaine. Le combat ne continuait que sur un point. Celait le roi Jean qui , presque seul , à pied , le visage couvert de sans, assisté d'un enfant de quatorze ans, Philippe, son quatrième (ils, qui dut à la valeur qu'il déploya dans cette fatale journée le nom de Hardi, frappait à grands coups de hache d'armes les Anglais qui se le disputaient d'avance. Blessé,' épuisé par le carnage qu'il avait fait autour de lui, il jeta son gantelet à un chevalier de l'Artois nommé Denis de Morbec , qui se trouvait là , et se rendit à lui avec son fils. Les soldatsanglais l'arrachèrent aux mains du chevalier, et ne pouvant s'accorder pour dérider à qui il resterait, ils allaient l'égorger, quand deux seigneurs, envoyés par le prince de Galles, accoururent à propos pour le sauver.
Le prince de Galles se montra digne de la victoire : il traita son prisonnier en roi. Le soir même de la bataille , il lui donna un magnifique festin , le servit lui-même à table et lui attribua tout l'honneur de (a journée.
Cette bataille se livra le lundi 1»
septembre 1856. « Cette fois, dit M. Michelet, la noblesse ne se fit pas tuer comme à Courtrai et à Crécy ; elle se laissa prendre ; » ajoutons, en partie , car le plus grand nombre prit la fuite. L'imprudence du roi et la lâcheté des chevaliers ne furent pas les seules causes de ce désastre; une erreur de Jean y
contribua aussi puissamment. Ce prince se souvenant, pour son malheur, qu'à Crécy la déroute avait été en partie occasionnée par la cavalerie française , se mit à crier, en voyant descendre les Anglais de la hauteur qu'ils occupaient : « A pied ! à pied ! » Il descendit de cheval, et il fut imité; mais les chevaliers français , incapables de lutter à pied contre les grands chevaux des Anglais, se laissèrent tuer ou prendre.
Jamais défaite n'eut de résultats plus désastreux. La fleur de la chevalerie française y périt; ceux qui tombèrent entre les mains de l'ennemi ruinèrent la France pour payer leur rançon, et provoquèrent , par les maux intolérables qu'ils firent souffrir au peuple des campagnes , qu'ils appelaient Jacques Bon-homme, la guerre civile de la Jacquerie, laquelle ne fut éteinte que dans le sang des malheureux paysans; le traité de Bretiçny, qui livrait a l'ennemi les deux tiers de la France, le plus honteux traité dont il soit fait mention dans l'histoire, fut signé; enfin, quand plus tard, sous Charles V, l'Anglais envahit à plusieurs reprises le territoire, on n'osa pas le combattre, de peur de voir se renouveler le désastre de Poitiers, et on le laissa tranquillement piller, ravager, incendier la France, depuis Calais jusqu'à Bordeaux.
Poitiebs (comtes de).Vov. Guîenne.
Poitiers (Diane de). Voy. Diane.
Poitou. Cette province, dont Poitiers était la capitale, était bornée au nord par la Bretagne et l'Anjou, au levant parla Touraine, le Berri et la Marche, au midi par l'Angoumois, la Saintonçe et l'Aunis, et au couchant par l'Océan. Elle avait environ 60 lieues communes de France de longueur de l'est à l'ouest, et 28 à 30 dtl midi au nord.
A l'époque de la conquête romaine, elle était habitée par les Pictonés ou Pictavi* peuples de là Celtique, qui lui laissèrent leur nom. Soumise par César, et comprise, au temps d'Auguste, dans la seconde Aquitaine, elle appartint aux Romains jusqu'au milieu du cinquième siècle. A cette époque elle tomba au pouvoir des Wisigoths, aux-
3uels Clovls l'enleva au commencement u siècle suivant.
Depuis là tin du septième siècle jus-