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POLITIQUES

prince de Polignac, frère du précédent, dont il partagea toutes les entreprises , était né à Versailles en 1780. Il reçut du pape le titre de prince romain, et de Louis XVIII la dignité de pair de France; fut envoyé, comme ambassadeur à Vienne, ou il ne put percer le voile dont Metternich couvrait sa politique ; remplaça M. Decazes à Londres, où son peu de capacité ne donna aucune inquiétude au ministère anglais; inspira de vives craintes à M. de Villèle et à M. de Martignac, par les nombreux voyages qu'il fit à Paris pendant son ambassade, parce qu'on savait qu'il était le favori de Charles X , et

2 ne ce prince n'attendait qu'une occasion ivorame pour l'appeler au ministère. Il y arriva enGn le 8 août 1829, pour son malheur et pour celui du monarque et de la dynastie qu'il voulait servir : il y arriva en compagnie de ce qu'il y avait en France de plus antipathique à la nation , de M. de Bourmont, le transfuge de Waterloo; de M. de la Bourdonnaye, l'homme aux catégories, lequel fut bientôt remplacé par M. de Perronnet, l'homme aux lois de justice et d'amour. D'abord simple ministre des affaires étrangères, M. Jules de Poli-

§nac ne tarda pointa être nommé présient du conseil. L'on sait l'histoire de ce déplorable ministère qui contresigna les fatales ordonnances de juillet, foula aux pieds les lois de l'État, ensanglanta la capitale, et finit par précipiter du trône de France la branche aînée des Bourbons ( VOy. RÉVOLUTION DE JUILLET).

L'on sait aussi qu'arrêté avec plusieurs de ses collègues , M. de Poliguac comparut devant la cour des pairs, où il fut défendu par M. de Martignac, craignit , pendant le procès, pour sa vie, à laquelle en voulait une multitude furieuse que la force armée avait peine à contenir, fut condamné à la déportation, enfermé pendant quelques années avec ses collègues au château de Nam , puis enfin rendu à la liberté.

Poliouy, Poliniacum, petite ville de l'ancienne Franche-Comté, aujourd'hui chef-lieu de sous-prefecture du département du Jura, servit, sous la domination romaine , de résidence au gouverneur de la province Séqua nuise , et fut, moyen âge , une des habitations fa-

vorites des comtes et des ducs de Bour-

Sogne. On y voit encore des vestiges u fort Grimont, où étaient déposés les titres de leur maison. C'était, au neuvième siècle , une des villes les plus considérables de la Franche-Comté ; mais un siège et un incendie en détruisirent les deux tiers, en 1638. On y compte aujourd'hui 6,500 habitants.

Politiques (Parti des). C'est le nom que l'on donna, en 1568, à ceux oui inclinaient à la paix quoique catholiques, et à la té te desquels se trouvait lecnancelier de l'Hôpital; et cette désignation était prise dans une acception odieuse, comme si on leur eût reproché de sacrifier leur conscience à des intérêts humains.

« De peur que ce parti modéré ne se fortifiât , Catherine fit signer à la cour et envoya aux gouverneurs des provinces un formulaire de serment , par lequel on s'engageait à ne reconnaître que les ordres du roi exclusivement à tous autres; de ne prendre les armes que pour lui, de renoncer à toute entreprise secrète qui n'aurait pas son aveu formel, et de lui donner connaissance de celles qu'on découvrirait; en un mot, d'être toujours unis de cœur et d'esprit avec les catholiques pour la défense de la patrie. U ne fut donc plus permis d'être zélé à demi (*). »

On donna également le nom Apolitiques ou malcontents à la cabale qui se forma contre la cour, en 1574, vers la fin du règne de Charles IX. A la tète de cette cabale, formée particulièrement contre le despotisme de Catherine de Médicis, et peut-être aussi pour mettre sur le trône le duc d'Alençon, frère du roi, se trouvaient ce même* duc d'Alençon, le roi de Navarre, la reine Marguerite sa femme, le prince de Conde, la Molle et Coconnas. Cette conspiration aboutit à l'entreprise des jours gras^ eut pour résultat le supplice de plusieurs des conjurés, et entre autres de la Molle et de Coconnas, à qui on trancha la tfle.

Enfin , après la mort de Henri III il se forma un troisième parti des tiques , qui pendant quelque temps se reconnurent ni Henri IV, ni Charles X

<*) Anquetil, Esprit <U U 9gm$htî p. ai7.

(le roi de la ligue). (Voy. Ligue , Ca.-

THBBINB DE MbDICIS , CHABLES IX,

Henri III.)

Politiqubs (monnaies des). C'est au troisième parti des politiques qu'il faut attribuer aes quarts d'écu au millésime de 1590. sur lesquels on trouve de chaque côte la légende sit nomen domiih

BENEDICTVM.

Ce parti des politiques étant composé principalement des anciens serviteurs de Henri III, nous croyons pouvoir parler ici des monnaies frappées par Bernard de Nogaret, lieutenant pour ce prince en Provence et en Dauphiné. Ce seigneur, à Pexemple de Joyeuse et de Damville (voy. Ligue [monnaiesde la]), établit à Sisteron et à Toulon des hôtels de monnaies où I on fabriqua des pièces de six liards d'un très-mauvais aloi , et qui furent employées pour la paye des troupes. Le duc de Longueville faoriqua aussi des quarts d'écu à Saint-Quentin, avec la légende pro chbisto bt bege, le nom de Henri III, et le millésime 1589.

Pologne (relations de la France avec la). Deux grands princes , Wladislas- Lokiétek et Casimir le Grand venaient d'élever la Pologne au rang des premières puissances de l'Europe, lorsque commencèrent les relations de la France avec ce pays. Casimir le Grand n'avait pas de fils; la maison d'Anjou, qui venait d'ajouter à ses possessions en Provence et dans les Deux-Siciles, le trône de Hongrie , convoita cette riche succession. Charobert avait épousé Élisabeth , fille de Lokiétek; Casimir désigna Louis, leur fils, comme son successeur (1355).

Il avait cependant sinon un héritier direct , du moins un héritier légitime, dans un neveu de son père, Wladislas le Blanc. Irrité de se voir préférer un étranger , Wladislas quitta la Pologne et vint chercher une retraite en France. Il se présenta à la cour du roi Jean , y fut mal accueilli , et , découragé sans doute , il se retira à l'abbaye de Clteaux , où il fit profession en qualité de frère convers (1356); puis, les austérités qu'on pratiquait dans ce monastère étant au-dessus de ses forces , il obtint de l'évêque de Langres la permission de passer à l'abbaye de Samt- Benigoe deDijon, avec le titre d'hôtelier.

Cependant Louis d'Anjou , proclamé roi de Pologne , après la mort de Casimir (1370), ne tarda pas à mécontenter ses nouveaux sujets en sacrifiant leurs Intérêts à ceux de la Hongrie. Bientôt même il les quitta pour se rendre dans ce pays, se contentant de laisser en Pologne, en qualité de régente, sa mère Élisabeth, dont la mauvaise administration excita un soulèvement général. Appelé par les insurgés , Wlaaislas quitta furtivement son monastère (1376), se rendit à la hâte en Pologne, et y fut aussitôt proclamé roi. Mais les lieutenants de Louis d'Anjou montrèrent une fermeté à laquelle on ne s'était pas attendu; l'insurrection fut comprimée, et Wladislas revint (1377) à Saint-Benigne , où depuis il ne fut plus connu que sous le nom de rot Lancelot.

A la mort de Louis (1382) , Sigismond , marouis de Brandebourg , qu'il avait désigne pour son gendre, oLtint la couronne sans opposition ; mais il mécontenta aussi bientôt la nation et fut déposé. Le parti de Wladislas, qui subsistait toujours, se releva ; et ce prince, après avoir obtenu du pape Clément VII un bref de sécularisation, reparut encore une fois dans sa patrie, où il fut de nouveau proclamé! roi. Mail cette fois encore il échoua; Hedwige, fille de Louis , l'emporta sur lui. Il erra pendant trois ans en Allemagne, et vint enfin mourir à Strasbourg (1388), en prescrivant à ses serviteurs de transporter son corps à Saint-Benigne (*).

Hedwige avait épousé Wladislas-Jagellon , grand-duc de Lithuanie ; il faut descendre jusqu'au dernier roi de la dynastie dont ce prince fut le chef, pour rencontrer de nouvelles traces de relations entre la Pologne et la France.

Sigismond-Auguste n'avait pas d'enfants, et les partis s'agitaient déjà pour

(•) Ses dernières volontés furent exécutée*; voici son épitapbe, telle Qu'on la lit sur sa tombe, au milieu de la net de cette église, à Dijon : Uic jacet itir illmtris cl dévolus dominus Uladislaus , quondam dus altus Polon'm, monachus hujus monasterii per plur$s annos existent, post modum dispensatus per Dopant pro successione regrù Poloniœ. Obiit in civitate Argentina, hic etigens sepelirii anno i388, entendis martii. Anima ejus requieseat in paee. Amen.

AU

L'UNIVERS

Poi.ar.XE

le choix de son successeur, lorsque revint de France un gentilhomme nommé Jean Krasowski. C'était un homme d'une taille si petite, que quelques écrivains prenant a la lettre les exagérations des contemporains , ont supposé qu'il était nain. Il avait trouvé un accueil favorable à la cour de Catherine de Médicis, et s'était attaché au duc d'Anjou , frère de Charles IX , dont les talents lui avaient fait illusion. Il vanta les qualités de Henri, et ses compatriotes, aussi curieux que crédules, ne doutant pas du mérite du prince , formèrent le projet de le choisir pour leur roi. Krasowski fut envoyé de nouveau en France pour sonder le terrain, et il donna bientôt les nouvelles les plus satisfaisantes sur l'objet de sa mission; en effet, Charles IX, jaloux des lauriers que son frère avait cueillis dans les guerres civiles, saisit avec empressement une aussi belle occasion de se débarrasser d'un rival. Sigismond -Auguste n'était pas encore mort, que Jean de Montlue , sieur de Balagny , fils de l'évéque de Valence, fut envoyé en Pologne pour préparer l'élection du 'duc d'Anjou. Balagny était alors jeune et peu connu ; ce fut précisément pour cela qu'on le choisit pour cette mission ; car il put se rendre en Pologne sans que ce voyage fit grande sensation.

Après la mort de Sigismond-Auguste, l'évéque de Valence lui-même, homme doué d'un esprit fin et délié, fut envoyé en qualité d'ambassadeur pour négocier l'élection. Ce prélat, par son amabilité et sa libéralité, gagna un parti très-nombreux au prince français. Une seule chose le contrariait : parti de Paris huit jours avant la Saint-Barthélémy , Montluc fut témoin de l'indignation que cet événement malheureux avait causée en Allemage et dans tous les pays qu'il traversa , et il faillit en être lui-même la victime. En Pologne, le nom de Henri de Valois inspirait de l'horreur, parce qu'on le regardait , et avec raison , comme un des auteurs de cette tragédie sanglante. Il fallut tout le talent de l'évéque de Valence pour vaincre la mauvaise opinion qu'on avait de celui qu'il prônait comme un héros. Trahissant la vérité, Jean de Montluc fit passer la journée de la Saint-Barthélemy

pour l'effet d'un tumulte; il soutint que le duc d'Anjou s'était opposé de toutes ses forces au massacre. Choisnin, l'historien de cette ambassade, avoue que Montluc dut son succès à l'éloquence du discours qu'il prononça à la diète, après que l'ambassadeur du duc de Prusse , le légat Commendon et l'ambassadeur impérial eurent parlé; ce qui est certain , c'est que ce succès fut complet.

La diète d'élection eut lieu le 5 arril 1573, près de Varsovie ; elle se composait de 100,000 électeurs. Henri de Va* lois fut, le 17 mai, proclamé par une grande majorité de voix ; excepté celles des villes de Prusse, l'archiduc, son compétiteur, n'en eut que peu. Toutefois, le parti du grand maréchal ne se prononça pour lui qu'après que Montluc eut promis que les huguenots jouiraient en France des droits que la paix des dissidents reconnaissait à leurs confrères en Pologne. L'ambassadeur, qui craignait les retards, accepta toutes les conditions, persuadé qu'il était que son maître saurait bien trouver plus tard des moyens de les éluder. On convint d'une alliance éternelle entre la France et la Pologne, et le nouveau roi s'engagea à faire venir tous les ans en Pologne 450,000 florins , provenant des revenus qu'il avait en France, de maintenir les libertés de la nation,, etc.

Une ambassade brillante, dont le célèbre Jean Sarius Zamoyski était on des membres les plus distingués par ses talents, son érudition et son éloquence, fut envoyée à Paris pour présenter au nouveau roi les pacta conventa ( conditions de l'élection), et en recevoir la ratification. Elle le pressa de venir bientôt en Pologne et de conclure son mariage avec Anne, soeur du dernier roi , dont Montluc avait demandé la main en son nom. Charles IX refusa u ratification de ce que son ambassadeur avait consenti, relativement aux huguenots de France, et les ambassadeurs renoncèrent à cet article. L'affaire du mariage fut écartée, parce que les ambassadeurs n'avaient pas de pouvoirs pour le conclure ; enfin, les deux rois de France et de Pologne jurèrent les part* conventa, le 10 septembre 1573.

Mais, à peine Henri eut-il accepw la

igm.

:ed

couronne, que la maladie de son frère lui ouvrit la perspecti ve d'un trône à côté duquel celui qui lui était offert n'avait que peu de charmes. Il chercha des prétextes pour retarder son départ; cette conduite donna de l'humeur à Charles IX, et il fut forcé de se mettre en route; mais il voyagea lentement, et n'arriva en Pologne que le 25 janvier 1574. Il fut couronné le 21 février, ne fit pas de difficulté de jurer les pacta conventa, mais ne montra pas la même facilité à l'égard de la paix des dissidents. Si non jurabis, non regnabis! lui cria le grand maréchal , en faisant mine de vouloir emporter la couronne. Henri céda*, mais il ajouta au serment la clause salvatoire : sans préjudice des tiers.

Les grâces de Henri de Valois, l'aménité de ses mœurs, l'élégance avec laquelle il parlait latin, lui gagnèrent tous les cœurs; mais les usages ni la manière de vivre des Polonais ne convenaient pas à un prince élevé à la cour de Catherine de Médicis ; et il ne prit

f;oût qu'aux banquets polonais suivis de ongues orgies. Il était depuis quatre mois en Pologne, quand In couronne de France lui échut par la mort de Charles IX. Dès ce moment le désir de revenir dans sa patrie prévalut dans son esprit sur toutes les autres considérations , même de décence. Craignant de ne pouvoir partir avec le consentement des Polonais, il s'évada de Cracovie dans la nuit du 18 juillet, monta à cheval et prit la route devienne. On ne tarda pas a s'apercevoir de sa fuite et on courut après lui. Il fut atteint à Zamoski , à quelques milles de la capitale; mais ni les prières, ni les larmes des magistrats ne purent l'engager à retourner. Il continua sa route eu prétextant des affaires importantes qui le rappelaient en France pour quelque temps.

Le primat lîchanski convoqua alors, pour le 24 août 1574, une diète à Varsovie. Cette Assemblée fixa au roi le terme du 12 mai 1575, en décrétant que s'il n'était pas revenu à cette époque, on délibérerait sur l'élection de son successeur. Deux députés nommés par la diète furent chargés de lui faire connaître cette résolution, et il promit de revenir en Pologne aussitôt qu'il aurait apaisé les troubles de France. Comme il ne

revint pas, la diète s'assembla, le 12 mai, à Stenzyca, et, le 26, la majorité des États déclara le trône vacant.

En 1638, Jean Casimir, frère du roi Wladislas IV, fut arrêté à Marseille, par ordre de Richelieu ; il venait de visiter l'Espagne, qui était alors en guerre avec la France. Il resta pendant deux ans enfermé au fort de Sisteron ; puis on le transféra à Vincennes, et il ne recouvra la liberté qu'après avoir prêté serment de ne jamais porter les armes contre la France.

Quelques années après, Wladislas, devenu veuf de Cécile d'Autriche, faisait demander à la régente Anne d'Autriche la main d'une princesse franaise, Marie-Louise de Gonzague, fille u duc de Nevers. Puis, sa demande ayant été accueillie, comme devait l'être une démarche faite à l'instigation de la diplomatie française, il envoyait à Paris une ambassade solennelle, dont l'entrée dans cette capitale fit une si vive impression sur les habitants, qu'ils s'en entretinrent longtemps comme du premier événement remarquable de ce siècle (*). Les fiançailles furent célébrées le 5 novembre 1645, dans la chapelle du Palais-Royal, et la nouvelle reine partit pour la Pologne, accompagnée ne la maréchale deGuébriant, ambassadrice extraordinaire et surintendante de sa conduite. Marie de Gonzague fit une entrée solennelle à Dantzig , et y passa sous un arc de triomphe surmonté de deux statues représentant les nations française et polonaise, en signe <f alliance éternelle.

Wladislas IV mourut en 1648; Jean Casimir lui succéda, et eut à soutenir contre la Suède une longue et terrible guerre, qui ne fut terminée qu'en 1660, par le traité d'Oliwa. La France, dont la médiation avait puissamment contribué à la conclusion de la paix, su porta garante des clauses de ce traité.

Jean Casimir avait épousé la veuve de son frère, et n'en avait point eu d'enfants. Marie de Gonzague, toute dé-

(•) Voy. la Relation du 'voyage de la reine de Pologne, par Jean le Laboureur; les Mémoires de madame de Motteville, et le Recueil de gazettes et nouvelles de Théophrasle Renaudot.

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LUWVEKS.

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vouée aui intérêts de sa première patrie, tenta d'assurer la survivance du trône de Pologne au duc d'Enghien, fils du grand Condé , et Jean Casimir en fit lui-même la proposition au sénat. L'assemblée allait y consentir ; mais un membre opposa opiniâtrement son veto à la proposition, et la fit avorter. Une guerre civile s'ensuivit, et, après plusieurs alternatives de revers et de succès, le roi , vaincu par le grand maréchal, chef des insurgés, signa un traité par lequel il promit que , tant qu'il vivrait, il ne serait pas question de pourvoir à la succession au trône. Deux ans après , il abdiqua et se retira en France, où Louis XIV ajouta à ses revenus ceux des abbayes de Saint- Germain des Prés, à Paris, et de Saint- Martin, en Nivernais (*). Il mourut à Nevers en 1672, et son cœur fut déposé à l'église de Saint-Germain des Prés, où l'on voit encore son tombeau.

Michel Wisniowiecki, son successeur, ne régna que quatre ans. A sa mort, de nombreux prétendants sollicitèrent les suffrages de la diète, et parmi eux on remarquait trois princes français : Louis, duc de Vendôme, le grand Condé et Louis de Soissons. Ce fut Jean Sobieski qui fut élu (1674).

Ce prince avait aussi épousé une Française, Marie-Casimire de la Grange d'Arquien, veuve de Jacques Radziwil, palatin de Sandomir; mais cette union ne fit qu'éloigner Sobieski de la France. Marie-Casimire fut froissée par le refus que fit Louis XIV, à l'instigation du ministre Louvois, d'accorder la pairie à son père, et le grand roi la blessa encore plus vivement, en refusant de la recevoir en France avec les mêmes honneurs que la reine d'Angleterre, parce qu'il savait, disait-il , établir une différence entre une reine héréditaire et une reine élective. Elle jura de se venger de ces deux affronts, et elle y parvint en décidant son époux à se rapprocher de l'Autriche, alors en guerre avec la France. Louis XIV voulut réparer sa

(*) En quittant la France après sa captivité à Sisteron et à Vincennes, Jean Casimir s'était rendu à Rome, où il était entré dans les ordres, et avait été élevé au cardinalat; mais le pape l'avait relevé de ses vœux à la mort de W la disks.

faute; il était trop tard : l'altière Marie- Casimire repoussa toutes les propositions que lui transmit de la part du grand roi, le marquis de Vitry, ambassadeur français à Varsovie; un traité d'alliance offensive et défensive fut signé entre la Pologne et l'Autriche; et Sobieski, marchant aussitôt au secours de la capitale de l'Empire, assiégée par les Turcs, gagna cette fameuse bataille de Vienne , qui a rendu son nom immortel. Après sa mort (1696), sa veuve se retira à Rome, où elle demeura jusqu'à la mort de Louis XIV. Elle vint alors s'établir à Blois, et y mourut en

De tous les candidats qui se présentèrent pour succéder à Sobieski, le prince François-Louis de Conti, l'élève du grand Condé (*), était celui dont l'élection paraissait la plus assurée. La réputation de bravoure qu'il s'était faite en preuant part, malgré Louis XIV, à la guerre de Hongrie, lui avait concilié un grand nombre de suffrages. La noblesse polonaise croyait reconnaître en lui ce caractère chevaleresque dont toutes les traces n'avaient pas été effacées en ellemême par la vénalité et l'esprit factieux. Enfin, la promesse de 10 millions, faite au nom du prince par l'ambassadeur français, aplanit les dernières difficultés, et tout semblait disposé ea sa faveur, lorsqu'un des membres les plus influents de la diète s'avisa de prononcer le nom de l'électeur de Saxe, Frédéric-Auguste. Ce nouveau candidat eut bientôt un parti ; néanmoins, le jour de l'élection, les trois quarts des suffrages furent pour le prince de Conti, et le primat le proclama roi de Pologne. Mais à peine cet officier avait-il quitte le champ d'élection , que le chef de l'opposition protesta contre l'acte qu'il venait de publier, et à son toor proclama l'électeur de Saxe, sous le nom d'Auguste II.

Le prince de Conti commit la faute de ne pas se hâter, et avant son arrivée Frédéric- Auguste fut couronné, et jura les pacta conventa à Cujavie. Cependant, le prince français arriva à Dantzig (26 septembre 1698), sur une escadre commandée par Jean Bart. U mit pied

(*) Voy. Coirn, t. VT, p. 53.

à terre le 7 octobre, avec 300 soldats, près d'Oliwa, et y fut reçu par les principaux de ses partisans; mais on ne tarda pas à reconnaître qu'on s'était fait illusion des deux côtés; les Polonais demandèrent en vain où étaient les millions qu'on leur avait promis; et le prince, qui n'avait accepté la couronne que par obéissance pour Louis XIV, s'en dégoûta, quand il vit la désunion

3 ni régnait en Pologne. Enfin, un corps e troupes de son compétiteur ayant surpris Oliwa, il leva l'ancre et repartit pour la France.

Auguste II, vaincu par Charles XII, avait été remplacé par Stanislas Leczinski , qu'il avait lui-même, au traité d'Alt-Ranstadt, reconnu comme roi de Pologne; puis, proGlant de la victoire de Pultawa, il avait désavoué ce traité qui lui avait été arraché par la violence, et, avec l'aide de la Russie, avait en peu de temps , reconquis ses États (*) ; il put bientôt concevoir l'espérance de rendre le trône de Pologne héréditaire dans la maison de Saxe. « En présence de cette prétention, en face de la Russie, qui protégeait Auguste Het avaitfait de lui son vassal; de l'Autriche et de la Prasse, qui s'accordaient avec la Russie pour maintenir la Pologne dans sa décadence ; en face même de la Suède et du Danemark, qui ne voyaient pas que le salut de ce pays était leur propre salut , la Pologne n'avait d'autre soutien que la France; car l'Angleterre se trouvait entraînée dans le système politique de l'Autriche, et attachée par des intérêts de commerce à la Russie. Aussi la Russie, l'Autriche et la Prusse avaient-elles conclu, en 1732, un pacte secret, par lequel elles s'engageaient à repousser par tous les moyens l'influence française en Pologne, pacte

(*) Stanislas Leczinski, après avoir partagé eu Turquie la captivité de Charles XII, reçut de ce prince le duché de Deux-Ponts (17 14). Mais à la mort du roi de Suède, il fut forcé d'abandonner cette principauté au comte palatin Gustave, et il se trouvait sans asile et sans ressources, lorsque le régent lui assigna une pension et la ville de Weissembourg pour résidence. Telle était encore sa situation lorsque sa fille épousa Louis XV. Il quitta «Ion l'Alsace et vint habiter Chambord.

qu'on peut regarder comme l'origine des projets de démembrement de ce royaume.

« Sur ces entrefaites, Auguste II, le protégé de la Russie, vint à mourir, Les Polonais, inquiets des intentions de leurs voisins, cherchèrent à régénérer leur pays en se donnant un roi national; la diète s'engagea par serment h ne jamais élire un prince étranger; les principaux palatins sollicitèrent la France de protéger l'indépendance de la Pologne; enfin, tous les patriotes se tournèrent vers Stanislas Leczinski , qui se rendit en secret à Varsovie.

« La Prusse et l'Autriche regardèrent les prétentions des Polonais comme une sorte de rébellion , et elles s'apprêtèrentà soutenir l'élection d'Auguste III, fils d'Auguste II, même par les armes.

Ce prince, qtii avait quelques prétentions à la succession de Charles VI, s'était engagé à reconnaître envers lui la pragmatique; il avait promis à la czarine Anne de lui céder la souveraineté de la Courlande. Alors, et sans s'in-

3uiéter des menaces de la France, qui, isait-elle, regarderait toute violation de la liberté des Polonais comme un motif suffisant de guerre, Charles et Anne firent avancer, chacun de son côté, 80,000 hommes pour soutenir leur candidat. Stanislas n'en fut pas moins élu par 60,000 voix; mais quelques traîtres procédèrent, sous la protection des baïonnettes étrangères, à une contre-élection, et nommèrent Auguste III.

« Il se présentait là pour la France une belle occasion d'embrasser une politique toute nouvelle, en arrêtant l'accroissement de la Russie par la régénération de la Pologne, et l'opinion publique sembla la deviner en se prononçant pour la guerre. Fleury ne comprenait pas cette politique, pour laquelle il fallait, à vrai dire, une profonde intelligence de l'avenir ; il ne voyait là qu'une expédition chevaleresque, qui allait renverser ses plans d'économie, la nécessité d'un armement maritime qui pouvait troubler son alliance anglaise; mais il fut forcé de céder à l'ardeur de la noblesse, qui demandait à replacer sur le trône le père de la reine de France. L'on promit des secours aux

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L'UNIVERS

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Polonais, et Ton déclara la guerre à l'Autriche, qui n'avait voulu, disait le manifeste de Louis XV, se faire la protectrice de la Pologne, que pour la rendre esclave.

« Cependant, Stanislas avait été chassé de Varsovie par 80,000 Russes; il s'était réfugié a Dantzig, qui fut bientôt investie et bombardée. Les Polonais attendaient de la France une flotte et une armée. Fleury, qui craignait d'alarmer l'Angleterre, et dont l'économie dégénérait en lésinerie honteuse, leur envoya un vaisseau, 3 millions et 1,500 hommes. Ces 1 ,500 hommes débarquèrent à l'embouchure de la Vistule, essayèrent de percer les lignes des Russes, et furent tous tués oujpris (*). Alors Dantzig capitula. Stanislas ne parvint qu'après mille dangers à regagner la France; et la Pologne vaincue fut forcée de reconnaître Auguste III (1734) (**). » Enfin, la guerre, oui se prolongea encore un an, sur le Rhin et en Italie, entre la France et l'Autriche, se termina par le traité de Vienne ( 3 octobre 1735), en vertu duquel Stanislas, après avoir abdiqué la couronne de Pologne, reçut en dédommagement les duchés de Lorraine et de Bar, lesquels devaient, à sa mort, être réunis à la couronne de France (***).

« Auguste 111 mourut le 5 octobre 1763. La Russie avait trouvé dans ce prince et dans son père de dociles instruments pour asservir la Pologne; mais son intention n'était pas de rendre ce royaume héréditaire dans une maison indépendante par ses propres fitats et ses alliances avec les États du Midi. Maintenant que la Pologne était incapable de se défendre par elle-même,, ce n'était plus un prince étranger que la cour astucieuse de Saint-Pétersbourg lui destinait ; c'était un seigneur polonais, d'obscure noblesse, qui ne pourrait avoir d'appui extérieur et ne régnerait que par la volonté et les baïonnettes russes. Catherine força donc la diète, envahie par ses troupes, à élire Stanislas Poniatowski, jadis son amant, et

(*) Voy. Plri.o.

(**) Tbéoph. Lavnllce, Hist. des Français, t. III, p. 416 et suiv.

(*••) Stanislas mourut à Nancy, en 1766. Voy. LoaEAiKt , t. X, p. 3aa.

dont elle connaissait les talents et le

caractère.

« Les Polonais, tombés à ce degré d'humiliation, ne virent de salut pour eux que dans un changement de constitution ; ils abolirent l'absurde loi de liberum veto, cause de tous les malheurs du pays, et par laquelle l'opposition d'un seul membre de la diète paralysait la volonté de tous les autres ; ils renforcèrent l'autorité royale, et voulurent se donner des institutions semblables à celtes des Anglais. A cet essai d'indépendance, Catherine intervint en Pologne sous un prétexte qui la fit couvrir d'applaudissements par tous les philosophes. Elle prétendit faire rendre aux protestants schismatiques grecs et autres dissidents polonais les droits politiques que les catholiques leur avaient enlevés depuis que la Pologne étant menacée dans son indépendance par la Prusse et la Russie, ils voyaient les dissidents conspirer avec les puissances étrangères pour l'asservissement du pays. La diète, qui regardait le catholicisme comme la garantie de l'indépendance nationale, essaya de résister à la demande de Catherine. Aussitôt huit sénateurs et un évéque furent saisis par les soldats russes et conduits en Sibérie; puis l'ambassadeur de la czarine dicta à la diète une sorte de code destiné à perpétuer l'anarchie de la Pologne. Les dissidents recouvraient les droits politiques, lesquels étaient concédés à une foule de seigneurs russes; le liberum veto était rétabli; l'élection des rots, l'établissement des impôts, l'augmentation de l'armée, soumis à une loi absurde; enfin, ce code ne pouvait jamais être changé ni altéré, même du consentement unanime de la nation. C'était le sceau de l'esclavage, et la républine, par cela seul, se trouvait dégradée u rang d'État souverain.

« Les Polonais se soulevèrent, et formèrent à Barr une confédération pour « la défense de la liberté et de la « religion. «Les Russes, auxquels s'uninirent le roi Stanislas et les dissidents, marchèrent contre les insurgés, qui demandèrent des secours à toute l'Europe, en dévoilant le machiavélisme de Catherine. La Prusse s'était déjà engagée

Pologne FRANCE.

POLOGNE

secrètement avec la Russie « à ne pas « souffrir mie le royaume de Pologne de- « vint héréditaire, changeât sa constitu- « tîon, prit pour roi un prince étranger; • l'Autriche garda une neutralité hypocrite ; la Suède, dominée par son aristocratie, qui était vendue a la czarine, resta immobile; le sultan Mustapha III s'indigna de l'asservissement d'un pays dont "indépendance était sous la sauvegarde de la Porte; mais il fut arrêté dans son projet « de réduire les infi- « dèles » par la décadence de son empire et la situation déplorable de ses armées. Il ne restait plus que la France qui pût sauver la Pologne; et la czarine espérait la contenir par l'Angleterre, avec laquelle elle s'était liée d'une étroite amitié.

« Choiseul avait protesté contre l'élection de Stanislas; il envoya aux confédérés de Barr des subsides, des officiers et des ingénieurs; il excita Marie-Thérèse à arrêter l'ambition desbarbaresduNord; il poussa le roi de Suède, Gustave III, à secouer le joug de son aristocratie ; enfin, il décida la Turquie à commencer les hostilités. Il aurait voulu que la France se déclarât ouvertement et envoyât ses flottes dans la Baltique et dans la Méditerranée; mais c'était trop de vouloir aider à la fois l'insurrection de Pologne et l'insurrection d'Amérique contre deux puissances qui allaient nécessairement unir leurs efforts et opposer peut-être à la France les armes de la Prusse et de l'Autriche. Louis XV tremblait à l'idée d'une guerre universelle; les finances étaient dans l'état le plus désastreux ; enfin, le ministre avait vaincu le parti des jésuites, mais non pas leur haine et leurs intrigues : il écnoua contre ces obstacles, et sa chute fut la perte de la Pologne (*). »

« Choiseul avait fait passer aux confédérés de Barr, au mois de juillet 1770, le général Dumouriez avec un certain nombre d'officiers français; mais les soldats, les aventuriers, qui s'introduisaient avec eux en Pologne, comme en contrebande, ne pouvaient être nombreux : il n'y en eut jamais plus de

(*) Laytlléc, Hist. des Français, I. ni, p. 4jr*.

quinze à seize cents ; et Dumouriez, à son tour, annonçait au ministre que le nombre des confédérés polonais n'était que de 16,000 hommes, et bientôt après de 8,000 seulement. Dumouriez fut battu à Landskron par Suwarow, le 22 juillet 1771 ; peu après il se brouilla avec les confédérés, et revint en

« Pendant ce temps, le duc de Choiseul avait fait place au duc d'Aiguillon, qui , ne voulant employer aucune des créatures de son prédécesseur, chargea le baron de Vioménil , alors maréchal de camp, de la conduite des affaires du roi de France en Pologne. Vioménil partit au mois d'août 1771, avec un certain nombre d'officiers et les secours d'argent que la France destinait aux confédérés. Il ranima leur courage en débutant par la surprise du château de Cracovie, dans lequel ils soutinrent un siège glorieux. Mais ayant été obligés d'évacuer cette place, ainsi <me la plu-

Rart de celles qu'ils possédaient, la Po- )gne resta dès lors à la merci de la Russie et de la Prusse (*); et enfin, le premier partage de la Pologne fut règle par un traité conclu entre ces deux puissances et l'Autriche (5 août 1772). Le comte de Merci-Argenteau , ambassadeur de Joseph II, fut chargé d'en donner connaissance au duc d'Aiguillon :

« Je n'aurais pas reçu cet affront , dit « Louis XV, si le comte de Choiseul « avait toujours été ici !» Et il ne fit rien pour empêcher l'exécution de cette œuvre d'iniquité.

La Pologne, réduite de plus d'un tiers, se donna, le 3 mai 1791, une constitution qui, en la sauvant de l'anarchie,, en eut fait bientôt un État redoutable, si les puissances qui aspiraient à s'enrichir encore de ses dépouilles, n'y avaient mis bon ordre. Le 14 octobre 1793 , la Russie et la Prusse procédèrent à un second partage ; et ce malheureux pays, réduit à trois millions d'habitants , ne put plus être compté au nombre des puissances de l'Europe. La France était alors trop occupée à l'intérieur pour songer à intervenir dans les affaires des autres États. Elle laissa faire;

(*) Sismondi, Hist des Français, t XXIX, p. 47».

mais une insurrection ne tarda pas à éclater. Les Polonais, commandés par Kosciuzko, à qui l'Assemblée nationale de France avait accordé par acclamation, le 26 août 1792, la qualité de citoyen français , remportèrent des vic- . toires et firent des prodiges de valeur; mais cela ne les empêcha pas d'être , à la fin, écrasés par le nombre ; et, le 20 octobre 1795, la Russie, la Prusse et l'Autriche se partagèrent ce qui restait encore de la Pologne.

Kosciuzko, tombé au pouvoir des Russes, à la bataille de Maciéiowicé, languit deux ans dans les prisons de Saint-Pétersbourg. Un grand nombre de ses compagnons eurent le même sort, ou furent déportés en Sibérie, et enfermés dans les cachots de la Prusse et de l'Autriche. D'autres, plus heureux, parvinrent à gagner la France ou l'Italie. Le Directoire leur avait promis de rétablir leur patrie; le traité de Bdle , entre la France et la Prusse , lit évanouir les espérances que cette promesse avait pu faire concevoir : il n'y était pas question de la Pologne. Mais l'armée témoigna aux exilés polonais plus de sympathie que le gouvernement; le général Dombrowski vint alors les joindre , et , après avoir consulté les généraux Jourîlan, Bernadotte et Championnet, il proposa au gouvernement de former, avec les débris de l'armée polonaise , un corps destiné à combattre la Russie. Le Directoire accepta cette offre; mais, comme une loi lui défendait de prendre à son service des troupes étrangères , il engagea Bonaparte , qui venait d'organiser la république cisalpine, à tirer parti des propositions de Dombrowski ; et ce dernier se rendit immédiatement auprès du vainqueur de Montenotte.

Bonaparte recommanda le général polonais au congrès de Milan, et Dombrowski conclut, le 9 janvier 1797, avec le gouvernement de Lombardie, un traité dont voici les principales clauses : « 1° Les corps polonais gui se for» o nieront auront le titre de légions po- « lonaises auxiliaires de la Lombardie; « 2° ils auront l'organisation, l'uniforme « et les insignes polonais; 3e ils porte- « rontdes épaulettes avec cette inscrip- « tion : Gli uomini Uberi sono fratelii

«(les hommes libres sont frères); et « tous les officiers et soldats porteront la « cocarde française, comme étant celle « d'une nation protectrice des hommes «libres; 4° leur solde et leur nourri- « ture seront celles de l'armée fran- «caise; 5° la nomination aux grades « <f officiers et d'employés dans ces lé- « gions appartiendra au gouvernement * lombard , et la confirmation en aura « lieu par un général délégué ad hoc « parle général en chef de l'armée dlta- « lie ; 6* la nation lombarde considérera « les Polonais comme des frères, et non « comme des soldats étrangers. L'ad- « ministration générale leur accorde le « droit de citoyen , avec liberté de re- « tourner dans leur patrie une fois la « guerre terminée. » Ces diverses clauses furent ratifiées par Bonaparte.

Telle fut l'origine des légions polonaises.

Dombrowski, se mettant sans retard à l'oeuvre, adressa une proclamation chaleureuse à ses anciens compagnons d'armes ; et , vingt jours après , douze cents Polonais étaieitt déjà sous les armes. Ils formèrent deux Dataillons. La première affaire à laquelle ils prirent part fut celle de Rimini. Les légions s'accrurent rapidement; et, quelques mois après, elles comptaient cinq mille hommes. Ce fut alors que Dombrowski conçut le projet de faire insurger par des émissaires , et avec l'appui de la Porte Ottomane, la Hongrie, la Daltua tie, la Gallieie. Son plan allait être approuvé par Bonaparte et le Directoire, quand les préliminaires de paix signés à Léoben, le 18 avril t797, le forcèrent à y renoncer.

Les Polonais, qui venaient de verser leur sang pour la cause de la France, sollicitèrent l'admission d'un représentant de leur nation au congrès qui devait suivre la paix de Campo-Formio.

Ce fut en vain ; mais les légions ne s'en augmentèrent pas moins ; et, à la fin de 1797, leur effectif s'élevait à sept mille cent quarante-six hommes.

Après la rupture de la paix de Campo- Formio, qui ne fut pas de longue durée, elles eurent l'occasion de se signaler en Italie, où elles contribuèrent à rétablissement des républiques de Rome et de Naples. Mais ces premiers succès

urent malheureusement suivis de reers. Les efforts de l'Angleterre, de Autriche et de la Russie, soulevèrent ontre nous toute 1*1 ta lie méridionale; t ce fut alors qu'eurent lieu, sous e commandement de Macdonald, les encontres de Civita-Castellana et de <iepi , où six mille hommes de troupes isalpines luttèrent contre quarante i m lie ennemis , et où le général Kniaiewicz, qui, peu de temps auparavant, ivait enlevé d assaut les villes de Fa- >ricca et de Fallari, fit trois mille priionniers et prit seize canons.

Après avoir désarmé Rome, Cham- )ionnet marcha sur Capoue à la fin de lécembre 1798. De nouvelles renconres sanglantes eurent lieu à Traetti , à >ezza, à Castano, à 1er racine ; et parout les Polonais se couvrirent de gloire. Aussi Championnet , voulant endre un hommage public à leur intrépidité et à leur dévouement, envoya le général Kniaziewicz porter à Paris les 'tendards pris sur l'ennemi. Cependant es despotes du Nord tentèrent de noueaux efforts; la coalition mit sur pied nie armée de trois cent mille hommes, ans compter les contingents de l'Angleterre et de la Russie. La France l'avait pour garder ses frontières, demis la Hollande jusqu'en Italie, qu'une irmée de cent soixante mille hommes.

je Directoire n'en donna pas moins 'ordre de marcher en avant; le 5 gerninal an vu (26 mars 1709), l'armée ranco-polonaise occupa la ligne de 'Adige, et le lendemain, elle attaqua 'ennemi sur tous les points. Quelque emps après, les Polonais cueillirent de touveaux lauriers à la bataille de Maznano, où périrent le général Rym- (viewiez et trois cents de ses compatriotes.

Les revers de Schérer et de Moreau j ni lui succéda , contre l'armée austrorusse, commandée par Suwarow , forcèrent à la retraite l'armée napolitaine rue commandait Macdonald , et Domtrowski fut rappelé à Florence.

Les combats que ce général eut à soutenir dans les Apennins diminuèrent les légions de plus de mille hommes.

Les affaires de Grassano , de la Trebbia , de Tidone , de Ri va I ta , enlevèrent à l'armée franco-polonaise plus de sept

mille combattants ; la seule journée de Novi coûta quinze cents hommes aux Polonais. Ce rut là que finit la première légion.

La deuxième faisait partie de la garnison de Mantoue , qui fut obligée de se rendre à l'armée austro-russe le 28 juillet 1799; ceux de ses soldats qui n'avaient pas péri par le feu des batteries ennemies furent faits prisonniers de guerre. Cette légion n'eut donc pas un sort plus heureux que la première.

Après le 18 brumaire, Bonaparte, devenu premier consul , fit rapporter la loi qui défendait d'accepter les services de troupes étrangères, et donna à Dombrowski l'ordre de rassembler ce qui restait en France de ses compagnons d'armes, et d'en former sept bataillons qui seraient à la solde de la France , et auraient l'assurance d'une retraite aux Invalides, pour les soldats mis hors de service. Marseille fut indiquée comme le lieu de réunion et d'équipement du nouveau corps, et Dombrowski présida lui-même à son organisation. A la même époque, une seconde légion, dite du Danube, fut formée des débris que ramena de l'armée d'Italie le général Kniaziewicz.

La légion de Dombrowski se distingua aux batailles de Montebello et de Marengo, et partout où elle en trouva l'occasion dans cette campagne. Mais elle éprouva plusieurs fois de si grandes pertes, qu'elle fut bientôt réduite à un effectif de huit cents hommes. Dombrowski , sans se décourager, présenta au premier consul un

{ilan pour la formation d'un corps poonais, fort de trente mille hommes, qui opérerait une diversion du côté de la Gallicie. Masséna, qui commandait en Italie, appuya ce plan; et, grâce aux recrues faites par Garbinski et Wielhorski, échappés aux mains des Autrichiens qui les avaient faits prisonniers lors de nos revers en Italie, et à l'argent de la république cisalpine, les légions réparèrent rapidement leurs

Rertes. Le 20 novembre 1800, elles s'éjvaient à cinq mille hommes. Quelque temps après, elles se signalèrent à Cal I vacello , sous Dombrowski , et au siège de Peschiera, sous Klopicki.

La légion du Danube, adjointe, après

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