PONTONS
songé ; il n'avait fait aucun préparatif pour recommencer la guerre. A l'aube du jour, au moment même où la trêve expirait, 3,000 soldats anglais, conduits par le captai de Buch, arrivèrent devant la porte de la ville, qui était encore fermée; quelques-uns d'entre eux appliquèrent aussitôt des échelles contre le mur , le franchirent , écrasèrent la garde et ouvrirent les portes à leurs compagnons d'armes. Pendant la trêve et les conférences de Meuian, les An* glais avaient vécu avec les Français sur Un pied d'égards mutuels qui semblait indiquer un commencement de réconciliation ; mais la rencontre dans les festins de ces hommes féroces et leur participation à une joie commune n'avaient point suffi pour les adoucir : les Anglais, en prenant Pontoise, la traitèrent comme une ville prise d'assaut. Non-seulement ils la pillèrent avec la dernière rigueur, mais ils massacrèrent autant des habitant» désarmés qu'ils en purent atteindre, tandis que les autres, a moitié nus et portant leurs enfants dans leurs bras, fuyaient vers Paris avec Lille-Adam à leur téte.
Reprise quelque temps après par les Français, Pontoise tomba de nouveau, en 1437, au pouvoir des Anglais. Les Français vinrent l'assiéger en 1441.
« Celui qui avait surpris ce poste important, lord Clifford, le gardait lui-même. Outre les Anglais, il y avait dans la ville nombre de transfu-
§es qui savaient bien qu'il n'y aurait pas e quartier pour eux. Ce n'était pas chose facile de reprendre une telle place ; mais comment laisser ainsi les Anglais à la porte de Paris ? Des deux côtés on fit preuve d'une inébranlable volonté. Le siège de Pontoise fut comme un siège de Troie. Le duc d'York, récent de France, qui devait plus tard faire tuer Clifford dans la guerre civile, vint à son secours. Il amena une armée de Normandie, ravitailla la place, offrit bataille Guin 1441); Talbot était avec lui. Les Anglais croyaient toujours avoir affaire au roi Jean ; mais les sages et froids conseillers de Charles VII se souciaient fort peu du point d'honneur chevaleresque. La guerre était pour eux une affaire de simple tactique. Le roi laissa donc passer les Anglais, s'écarta,
revint. Talbot revint à son tour et fit entrer encore des vivres (juillet). Le duc d'York ramena de nouveau son armée et n'obtint pas encore la bataille.
On le laissa, tant qu'il voudrait, courir l'Ile-de-France ruinée et se ruiner luimême dans ces vaines évolutions. Le roi ne lâchait pas prise; il avait fortifié près de la ville une formidable bastille que les Anglais ne purent attaquer.
Quand ils se furent épuisés , harassés, pour ravitailler quatre fois Pontoise, Charles VII reprit sérieusement le siège; Jean Bureau battit la ville en brèche avec une activité admirée ; deux assauts meurtriers, cinq heures durant, furent livrés; d'abord une église qui faisait redoute fut emportée, puis la place elle-même (16 septembre 1441). La reprise de Pontoise était une délivrance pour Paris et pour tout le pays d'alentour; la culture pouvait dès lors recommencer; les subsistances étaient assurées. Les Parisiens n'en surent nul gré au roi. Ils ne sentaient que leur misère pressante, le poids des taxes; elles atteignaient les confréries même, les églises, qui se plaignaient fort (*). »
Pontons, Pontonniers. Les pontons sont des espèces de bateaux eu cuivre, que l'artillerie fait transporter sur des voitures à la suite des armées. Quand on veut jeter un pont sur un fleuve ou sur une rivière , on met les pontons à l'eau , on les amarre les uns contre les autres, on les couvre de madriers et de planches , et le pont est établi en quelques heures. Ces ponts sont assez solides pour que I artillerie y passe. A défaut de pontons , on se sert pour les construire , des barques du pays.
Le pontonnier est le militaire qu'on emploie à l'équipage de pont. Jusqu'aux premières guerres de la révolution française, c'étaient les compagnies d'ouvriers d'artillerie qui construisaient les ponts de pontons ou de bateaux ; mais ces travaux n'étaient qu'accessoires à leurs nombreuses occupations.
On reconnut que l'importance des ponts militaires nécessitait un corps spécialement chargé de les établir , et on créa sur le Rhin des compagnies de
(*) Michelet, U'ut. de France, t. V, p. a33 et »uiv.