PORT-ROYAL FRANCE. PORT-ROYAL
Pobt-Royal. La fondation de l'abbave célèbre qui porta ce nom remonte à tannée 1204. Dans un vallon marécageux, situé à six lieues de Paris, sur la route de Versailles à Chevreuse, et que madame de Sévigné qualifie dans une de ses lettres de « désert affreux, tout « propre à inspirer le goût pour faire son « salut, » existaient avant cette époque une ancienne chapelle de saint Laurent et un ermitage qu'avait occupé saint Thibaut. C'est là que Mathilde de Gar- Jande, femme d'un cadet de la maison de Montmorency, Matthieu I#r d'Atîichi, seigneur de Marli, établit, avec le consentement de l'évéque de Paris, Odoo de Sully, quelques religieuses, dont la conduite spirituelle fut confiée aux moines des Vaux de Cernay, maison de l'ordre de Cîteaux. Le nom primitif de l'abbaye, d'après les recherches de l'abbé Lebeuf, parait avoir été Porrais ou Porrois. Dans une bulle donnée par Honorius III et datée de 1324, on trouve pour la première fois ce nom traduit par Portus Régis (Port- Royal). L'opinion suivant laquelle cette dernière dénomination aurait été donnée à ce lieu par Philippe- Auguste, qui pendant une chasse s'y serait arrêté, paraît n'avoir aucun fondement.
Sans qu'on eût à reprocher aux Bernardines de Port-Royal de graves dérèglements, leur genre de vie était fort peu austère, lorsque Angélique Arnauld fut, en 1602, bien qu'âgée seulement de neuf ans, nommée coadjutrice de l'abbesse. Placée elle-même à la tête de l'abbaye en 1608, elle se sentit, l'année même, touchée de la grâce, et, chose étrange, le signal de cette pieuse résolution fut un sermon de capucin « qui était sorti de son couvent pour libertinage, et qui allait se faire apostat dans les pays étrangers (*). » La mère Angélique « établit une exacte clôture, l'abstinence perpétuelle, l'office de la nuit, les jeûnes, le travail, le silence, selon la règle de Saint-Benoit (**) ; » et elle fut chargée d'introduire, soit par elle-même, soit par des déléguées, une réforme
(*) Racine, Abrégé de Vlùstoire de Port- Royal.
'(**) Bayle, Dictionnaire Ustori<\ue% arU Arnauld (Antoine).
analogue dans les abbayes de Maubuigson, de Gif, de Saint-Cyr, du Fard près de Dijon , et du Paraclet.
Cependant, le nombre des religieuses augmentait rapidement à Port-Royal :
en 1625, elles étaient plus de quatrevingts. Les bâtiments de l'abbaye étaient devenus trop étroits pour les contenir, bien que l'insalubrité du lieu les décimât rapidement. La veuve d'Antoine Arnauld, qui avait pris le voile pour venir se mettre sous la conduite spirituelle de sa fille, donna à la communauté la maison dite de Clugnv, qu'elle acquit dans le faubourg Saint-Jacques, à Paris. Quinze religieuses allèrent occuper cette maison au mois de mai ; l'année suivante, la communauté entière y fut transportée, et la reine Marie de Médicis prit par lettres patentes le titre de Protectrice du Port-Royal de Paris. A la sollicitation désintéressée de l'abbesse, le monastère fut remis sous la juridiction de l'évéque, et la dignité abbatiale devint, en 1629, élective et triennale, de perpétuelle qu'elle était auparavant
Le nouvel ordre religieux de VAdo* ration perpétuelle du Saint sacrement, qui se forma en 1633, ne tarda pas à se fondre dans l'institution de Port-Royal.
Un écrit mystique de la mère Agnès, sœur d'Angélique, écrit intitulé le Chapelet du saint sacrement, devint l'occasion d'une polémique entre les théologiens. Duvergier de Hauranne, abbé de Saint-Cyran, se rangea du côté des approbateurs du Chapelet. C'était un grand directeur des âmes que cet abbé, et la communauté ne tarda pas à se mettre sous sa conduite. La part qu'il prit, surtout par la publication de son Pet rus Aurelius, dans la querelle des jésuites avec les évéques d'Angleterre, et l'inflexibilité de ses principes, le firent tomber dans la disgrâce du cardinal de Richelieu. Enfermé à Vincennes en 1638, il n'en sortit que quelques mois avant sa mort, qui arriva en octobre 1643. Il laissait aux filles de Port-Royal l'exemple d'une rigidité religieuse que , plus tard , elles n'imitèrent que trop pour leur repos.
Tandis qu'il n'y avait plus de monastère à Port-Royal des Champs, on avait vu se retirer dans cette solitude des