‹ France Dictionnaire EncyclopédiqueChapitre 297 sur 434 · C PORT-ROYAL L'UNIVERS* PORT-ROYAL · texte numérisé non relu

C PORT-ROYAL L'UNIVERS* PORT-ROYAL

hommes également recommandâmes par le savoir, le talent et la vertu, ecclésiastiques ou laïques, hommes de robe ou d'epée, philosophes ou médecins, etc.

Parmi eux , on distinguait le grand Arnauld, docteur en Sorbonne, et Arnauld d'Andilly, frères de la mère Angélique, Lemaistre , Saci et de Séricourt , ses neveux. A ces premiers solitaires , se joignirent bientôt Nicole, Lancelot, Nicolas Fontaine, et enfin Pascal. Tous partageaient leur temps entre la prière, le travail manuel, l'étude et les soins qu'ils donnaient à l'éducation de quelques jeunes gens. « Tandis que Pascal s'élevait aux plus hautes conceptions des sciences mathématiques, Tillemont rédigeait l'histoire de l'Église et celle des empereurs, d'Andilly traduisait les écrivains de la Grèce et de Rome, Nicole sondait les profondeurs du cœur humain, Arnauld, celles de la métaphysique et de la théorie des idées, Lancelot, celles des langues (*). » Dans trois maisons voisines du monastère, les solitaires établirent ces petites écoles^ d'où sortirent, avec Racine, Achille de Harlay , les deux Bignon , le Nain de Tillemont, etc. Les pieux instituteurs composèrent , pour l'usage de leurs élevés , des traités qui ouvrirent une ère nouvelle à l'enseignement des langues : les Méthodes , grecque et latine ;les Racines grecques; la Grawmaire générale. Leurs succès firent ombrage aux jésuites, qui appréhendaient dececoté une redoutable concurrence. Un P. Labbe, après avoir attaqué sans succès les Mêtfiodes, Unit par dénoncer à l'Académie l'entreprise de Messieurs de Port-Royal, comme allant directement à la ruine des langues latine et française.

Le nombre des religieuses augmentant constamment dans la maison du faubourg Saint-Jacques, une partie retourna, en 1648, au monastère des Champs, où elles s'établirent sous une prieure dépendant de l'abbesse de Pa« ris. Le sol avait été assaini par les travaux qu'y avaient exécutés les solitaires. Ceux-ci se retirèrent dans la maison dite des Granges, dans le voisinage du

(*) L'abbé Grégoire, Les Ruines dt Port- Royal,

couvent. Là, d'illustres amis, le duc de Luynes, le duc de Liancourt, venaient partager leurs pieux exercices. La duchesse de Longueville, retirée du monde, se fit bâtir une maison qui communiquait à l'église des religieuses, et sa présence à Port-Royal des Champs contribua , dit-on , puissamment , à maintenir la paix de l'Église.

Les affaires du jansénisme causèrent de grands troubles dans les deux maisons de Port-Royal, dont les théologiens, et à leur téte le docteur Arnauld, défendirent contre ceux des jésuites ia doctrine de I evêque d'Ypres. Les jésuites, qui n'avaient pas oublié le plaidoyer prononcé par Antoine Arnauld, le père, contre leur Société dans leur affaire avec l'Université, mirent à cette lutte d'autant plus d'acharnement, qu'en frappant Port-Roval, ils \ érigeaient leur défaite sur la famille de leur adversaire. En effet, tant parmi les solitaires que parmi les religieuses, on y comptait dix-huit personnes liées à Arnauld par des liens étroits de parenté. Le jésuite Meynier fit un livre pour prouver que Port-Royal était d'intelligence avec Genève. D'autres allèrent jusqu'à supposer un complot déiste ourdi depuis vingt ans entre les disciples de Saint-Cvran. Les Provinciales mirent en vain les rieurs du côté des amis de Pascal. Aucune communauté religieuse ne pouvait se soustraire à l'obligation de signer le fatal formulaire. Au mois d'août 1664, l'archevêque Péréfixe se rendit à Port- Royal de Paris, accompagné du lieutenant civil, d'exempts et de gardes, pour obtenir la signature des religieuses. Sur leur refus, il en fit enlever du couvent douze, qui furent enfermées dans les maisons d'autres ordres, et jeta l'interdit sur la maison. Quelques-unes, intimidées/signèrent. L'année suivante, ce qui restait de récalcitrantes fut renvoyé à Port-Royal des Champs, où Ton plaça une garde de soldats pour empéehêr toute communication avec le dehors.

Des dissidences se manifestèrent entre les religieuses des deux maisons.

Celle de Paris ne tarda pas à tomber dans un tel relâchement que, dans cette même année 1665, on y donna, dit-on, des bals au parloir. Un arrêt du 13 mai 1669, confirmé par une bulle de Clé-

Page 1