PRAGUE
L'UNIVERS. PRAGCERIB
On trouva dans Prague 103 pièces de canon et une quantité immense de munitions. L'électeur de Bavière fit, le 26, son entrée dans la ville. Au mois de décembre, il s'y fit couronner comme roi de Bohême; puis, il se rendit à Francfort, où il fut élu empereur à l'unanimité, le 4 janvier 1742, sous le nom de Charles VII.
Cependant les alliés du nouvel empereur ne furent pas longtemps d'accord ; le roi de Prusse se détacha de la France
f>our traiter avec Marie-Thérèse, que es Hongrois venaient de reconnaître; et les Saxons firent de même, ainsi que le roi de Pologne.
L'armée française se trouva alors dans une très-fausse position. Pressée par Charles de Lorraine , beau-frère de Marie-Thérèse, qui avait levé une armée considérable , elle se voyait loin de ses frontières, au milieu* de populations hostiles, occupant une vjlle qui n'avait pour elle aucune importance et dont le séjour pouvait lui devenir funeste. Les chers mêmes n'étaient pas d'accord entre eux, et ils se montraient très-disposés à céder Prague aux troupes autrichiennes de Marie-Thérèse, a la condition d'une retraite sdreet honorable vers leurs frontières. Mais Marie-Thérèse était vindicative ; elle voulait que ce corps d'armée se rendit tout entier à discrétion; elle voulait envoyer les Français prisonniers en Hongrie comme premier tro-
f>hée des victoires obtenues à l'aide de 'insurrection hongroise.
Les généraux français repoussèrent avec indignation la capitulation honteuse
Sui leur était proposée, et ils sedefenirent en désespérés. Cependant, la viande commença bientôt a leur manquer, et, dès le mois d'août, ils furent contraints à faire tuer 160 chevaux par semaine pour l'usage de la boucherie. La poudre allait manquer aussi. Bientôt les froids de l'automne augmentèrent encore la souffrance ; la provision de bois était consommée dès le milieu de l'automne, la terre était couverte de neige et de verglas, les Autrichiens avaient détruit les chemins et coupé les ponts, et ils avaient ravagé tous les alentours de Prague à deux lieues à la ronde, de manière que les Français
qui faisaient de fréquentes sorties ne pouvaient rien rapporterdela campagne.
Le ministère, informé d'un tel état de choses, donna ordre au maréchal de Maillebois , commandant l'armée de Westphalie, de se diriger vers la Bohême pour dégager les assiégés ; de son côté, Marie-Thérèse , voyant l'ennemi s'approcher,lit lever le siège de Prague, et ordonna à Charles de Lorraine de s'unir au comte de Kerenhuller pour disputer au maréchal l'entrée de la Bohème. La garnison se trouva ainsi délivrée le 1S septembre 1742, après cinquante-huit jours de tranchée ouverte. Aussitôt le maréchal de Belle-Isle sortit de Prague à la tête de près de 1 5,000 hommes, obligea toutes les troupes ennemies à s'éloigner et passa en Bavière. En quittant Prague, il y avait laissé une garnison d'environ 6,000 hommes, qui, à cause de leur état de faiblesse ou de. maladie, n'auraient pu suivre l'armée. Le général Chevert, qui commandait ces troupes, se vit bientôt investi par une armée nombreuse sous les ordres du prince Lobkowitz. Sa bonne contenance et les ruses de guerre qu'il employa firent croire à l'ennemi qu'il pourrait résister longtemps encore De plus, comme on le savait d'un caractère très-décidé, on craignit qu'il ne réalisât le projet de faire sauter la ville, et on traita avec lui ; il obtint de se retirer avec armes et bagages pour aller rejoindre le maréchal de Broglie, qui avait succédé au maréchal de «Maillebois dans le commandement de l'armée de Westphalie, et sortit de Prague , le 2 janvier 1743, presque en vainqueur.
PlUGCEBlE. En 1440 , l'Anglais était à peu près chassé du territoire; les compagnies d'ordonnance et l'impôt permanent pour les solder' étaient établis ; les routiers , réprimés et licenciés , ne désolaient plus le pays; l'autorité royale était universellement reconnue et respectée; en un mot, la France commençait à sortir du chaos et à goûter, sous un gouvernement ferme et tutélaire , quelques instantd'un repos, auquel , depuis tant d'années, elle était étrangère, quand les princes et les grands vassaux, effrayé* des réformes du monarque et de l'accroissement de la puissance souveraine qui menaçait d'exclure les uns du ma-
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FRANCE
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niement des armes et de soumettre les autres à l'empire des lois , formèrent une ligue, dont le prétexte était le bien public, mais dont le but réel était d'une part de faire rétrograder la royauté, de l'autre de ressaisir leurs privilèges anarchiques et leur turbulente indépendance.
Le bâtard de Bourbon fut le principal instigateur de cette ligue, à laquelle on donna le nom de Praguerîe, sans doute par allusion aux guerres des Hussites, dont Prague avait été le principal théâtre. Le dauphin Louis (Louis XI), Jean H, duc d'Alencon, Charles Irr et Louis de Bourbon , l'ancieu favori du roi, la Trérnouille et le bâtard d'Orléans, le fameux Dunois , firent partie de la Praguerie. Le projet des conspirateurs était de s'emparer de la personne du roi, de couronner à sa place le dauphin, alors âgé de 17 ans seulement, et de régner sous son nom. Heureusement pour la France, l'entreprise fut mal conduite et échoua. Charles marcha avec des forces considérables sur Mort, où les rebelles avaient conduit le dauphin. Chemin faisant, il rencontra le brave Dunois qui, repentant de sa faute, venait lui en faire l'aveu et implorer son pardon. Cette défection, ou plutôt ce retour au devoir d'un des chefs principaux, désorganisa la ligue; chacun, soit de bonne grâce, soit par prudence, s'empressa d'imiter le noble exemple de Dunois. Le dauphin se jeta aux pieds de son père et implora sa clémence.
Charles pardonna à la plupart des coupables ; mais il refusa la grâce de la Trérnouille, et Alexandre, bâtard de Bourbon, fut noyé.
Pbairial (journées de). Qui de nous n'a vu cet effrayant tableau, ou tout au moins la belle gravure qui l'a reproduit, représentant une multitude furieuse, armée, que domine un jeune homme calme et triste, debout et se découvrant courageusement devant une téte livide qu'un des conjurés lui présente au bout d'une pique ensanglantée, pendant que d'autres tiennent des pistolets et des poignards dirigés sur sa poitrine? Cet épisode, qui a si heureusement inspiré l'artiste, est sans contredit le plus triste et le plus touchant de la tumultueuse journée dont nous allons préseuter l'esquisse.
L'insurrection du 1er prairial fut la première tentative sérieuse du parti montagnard pour ressaisir le pouvoir après sa défaite au 9 thermidor. Les excès de la réaction thermidorienne, excès turbulents que ne compensait aucun ordre administratif , aucun système gouvernemental, provoquèrent cette révolte, dont le souvenir est un des plus tristes parmi tous ceux que nos luttes révolutionnaires nous ont laissés.
Il est difficile de se faire une idée du désordre administratif qui suivit en France la révolution du 9 thermidor.
Aubry, qui remplaça Carnot, désorganisa l'armée et lui prépara, par ses plans de campagne, des défaites successives; le discrédit des assignats introduisit dans les finances un désordre irrémédiable, et les variations si grandes et si rapides que subissait la valeur du papier-monnaie développèrent un agiotage effréné, qui exerça sur les mœurs une déplorable influence. Aucune précaution n'avait été prise pour l'approvisionnement de la capitale; les spéculateurs sur les fonds publics accaparaient les farines et les bestiaux ; le peuple qui manuuait de nain , qui passait les nuits à la porte des boulangers et des boucliers, et dont la ration journalière était fixée à trois onces de pain et à quatre onces de viande par individu, le peuple se répandait en imprécations contre les agioteurs, contre les riches, contre les marchands, contre la bourgeoisie en un mot, dont les meilleurs avaient triomphé au 9 thermidor.
Bien plus occupés de se débarrasser de leurs ennemis que de se faire des amis , les réacteurs mirent en jugement Billaud, Barrère et Collotd Herbois. Cette résolution redoubla les fureurs de la multitude. Les diseussions qui furent soulevées à ce sujet au sein de l'assemblée; la courageuse conduite de Carnot, Lindet et Prieur, qui demandèrent à être mis en jugement avec leurs collègues du comité de salut public , dont les membres étaient solidaire les uns des autres ; l'apologie qu'ils firent de l'ancien gouvernement; les reproches publics adressés à la faction victorieuse , à qui Lindet demanda compte de 2,550,000 quintaux de blé
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achetés par le comité de salut public et laissés par lui à l'administration thermidorienne, ces accusations, ces luttes, ces débats animés portèrent l'exaspération à son comble ; mais le peuple des faubourgs, poussé sur la place publique par le défaut de travail , par ses vieux souvenirs, par sa propre misère, n'y trouva plus ni chefs ni tribuns.
Le 12 germinal (1er avril), les rassemblements qui, depuis le 1er, parcouraient la ville et entouraient les Tuileries, prirent un caractère alarmant. Le matin de ce jour les vivres avaient man-
3uc; la population, affamée, se répandit ans Paris, et se porta vers les Tuileries, où siégeait la Convention ; la garde qui défendait le château fut impuissante à contenir cette multitude irritée, elle pénétra dans l'enceinte législative en demandant à grands cris : Du pain, la constitution de 93 et la liberté des patriotes !
La délibération fut interrompue ; le tocsin appela aux armes les sections fidèles ; le peuple fut repoussé dans ses faubourgs. La Convention s'autorisa de ce mouvement populaire pour faire déporter les accusés et décréter d'arrestation dix-sept de ses membres qui s'étaient montrés favorables à l'insurrection. Tel fut le prélude de la journée du 1er prairial, que de plus graves désordres et de plus douloureux excès devaient signaler.
L'agitation du 12 germinal et la facilité avec laquelle les sections l'avaient réprimée, redoublèrent l'audace de la réaction républicaine et royaliste , car
11 ne faut pas perdre de vue "qu'elle avait ce double caractère. Pour ces deux nuances du parti vainqueur, la constitution démocratique de 93 était un obstacle qu'il fallait renverser. Mais on n'osa pas d'abord avouer cette intention, et on tourna la difficulté au lieu de l'affronter. L'Assemblée avait nommé une commission de onze membres chargée de préparer les lois organiques qui devaient rendre la constitution praticable. Cette commission avait d'abord émis contre cet acte constitutionnel,
uVlle était chargée de compléter, des outes, des objections timides; après le
12 germinal, elle alla plus loin, et ne craignit pas de déclarer qu'une nouvelle
constitution était nécessaire, celle de 93 étant reconnue dangereuse et irapraticable.
Les jacobins , irrités à cette nouvelle, se répandirent parmi le peuple , dans les faubourgs, ameutèrent toutes les passions contre le gouvernement , présentèrent la contre-révolution comme inévitable si le peuple ne s'armait pour ses droits et pour sa liberté ; rien ne fut oublié enfin pour exciter un soulèvement général, rien, si ce n'est la seule chose qui pouvait assurer le succès de cette entreprise, un chef, un drapeau.
La commune n'était plus là pour organiser la lutte et lui prêter main-forte; il n'y avait plus demain assez puissante pour coordonner, pour diriger ces déments épars.
Dès le matin du 1er prairial , le tocsin et la générale appelèrent aux armes la population des faubourgs que dirigeaient quelques meneurs obscurs. Ce fut encore la misère publique qui senit de cri de ralliement à cette multitude turbulente; ce fut en demandant du pain qu'elle traversa les rues silencieuses de la capitale, et arriva en désordre autour des Tuileries, qu'elle enveloppa de ses masses confuses et irritées. La faim , plus que les passions politiques, était le mobile de cette population livide. Mercier , dans ses Jnnales patriotiques, a laissé un tableau affreux de la misère profonde à laquelle le peuple de Paris était en proie à cette malheureuse époque. « Nous avons reçu hier, dit-il en terminant cette sombre peinture, deux onces de pain par personne ; cette ration a été encore diminuée aujourd'hui ; toutes les rues retentissent des plaintes de ceux qui sont tiraillés par la faim. •
L'émeute qui vint gronder tout à coup autour de la Convention la surprit délibérant sur les moyens de la réprimer; mais nulle mesuré n'était prise encore, et les comités vinrent à la hàtt avertir l'Assemblée du danger qu'dlt courait. Les tambours appelèrent, vers huit heures, toutes les sections sous les armes, etelles*ne furent réunies en nombre suffisant autour de la Convention que vers midi ; enfin, l'assemblée rouvrit la séance à onze heures, au milieu de l'agitation du dehors et du bruit des