PRAIRIAL L'UNIVERS. PRAIRIAL
rent en plus grand nombre; la lutte s'engagea de nouveau. Le bruit du dehors , les cris de la foute , le son du tocsin, se mêlaient au tumulte intérieur ; la générale bnttait de tous crttés. Les ambassadeurs des puissances étrangères, réunis dans leurs tribunes, assistaient à cotte scène orageuse.
Sans cesse assaillie et toujours défendue avec acharnement, prise et re-
f>rise tour à tour , la brèche ouverte par es insurgés livra enfin passage à une foule d'hommes armés portant écrite sur leurs chapeaux avec de la craie , la devise de l'insurrection : Du pain et la constitution de 1793.
• Tuez-moi, » disait Féraud en découvrant sa poitrine et en lâchant d'arrêter les insurgés ; « tuez-moi , si vous « voulez du sang; mais vous n'entrerez « dans la salle qu'après avoir marché « sur moi! » Et, en disant ces mots, il se mit en travers de la multitude, qui le foula aux pieds et envahit l'enceinte législative. Il se releva blessé.
A trois heures et demie, les révoltés étaient maîtres de la Convention ; un jeune homme, Mally, qui avait voulu arracher le chapeau de l'un d'entre eux, est tué d'un coup de fusil et percé d'un coup de sabre. Féraud s'indignait au pied de la tribune; voyant vingt fusils traqués sur le président (c'était en ce moment Boissy-d'Anglas ), il escalade rapidement la tribune pour aller le couvrir de son corps; un officier lui prête Je secours de son bras, pendant qu'un nomme du peuple veut, au contraire, le retenir en le saisissant par la basque de son habit; l'officier frappe cet homme pour lui faire lâcher prise. Celui-ci était armé d'un pistolet; à cette insulte brutale, il répond par un coup de feu, qui, au lieu d'atteindre l'offenseur, va frapper de mort l'infortuné représentant. Il tombe; son nom est prononcé; les insurgés croient entendre celui de Fréron, le chef de la jeunesse dorée. Alors leur fureur ne connaît plus de bornes; le corps du malheureux Féraud est entraîné, frappé de mille coups ; sa téte est détachée du tronc, planté* au bout d'une pique, et un misérable promène en triomphe cette enseigne sanglante et vient la présenter à Boissy-d Anglas, qui, par un mouvement héroïque, se
lève, se découvre et salue avec calme et avec respect cette téte amie.
Un canonnier lit le manifeste de l'insurrection; mille cris confus, des trépignements , des injures adressées aux députés spectateurs impassibles de ce désordre, suspendent vingt fois cette lecture, lorsque enfin les insurgés, lassés eux-mêmes de ce tumulte infructueux , envahissent les gradins supérieurs , obligent les députes à descendre dans le bas de l'enceinte, et là, entourés par une multitude insensée, les représentants du peuple sont forcés de délibérer au profit du peuple et sou* l'influence des baïonnettes.
Quelques députés montagnards , ironiquement surnommés les CVeVo/* après le9thermidor, prennentalors la parole et tentent d'utiliser ce mouvement, auquel ils étaient jusque-là demeurés étrangers. Romme, Bourbotte, Duroy, Goujon, Soubrany, proposent des décrets que le président met aux voix , et que les députés adoptent sans discussion.
Une commission , composée de Bourbotte, Duroy, Duquesnoy et Prieur de la Marne, est investie du pouvoir exécutif; Soubrany est nommé commandant général de la force armée.
Mais, vaincus et humiliés au dedans, les thermidoriens triomphaient au dehors. Pendant que la foule, sans direction , sans chef, marchait au hasard et croyait tenir le pouvoir, parc* qu'elle tenait la Convention prisonnière, les commissaires envoyés dans chaque arrondissement, et les mesures prises par les comités changeaient la face des choses. Les sections thermidoriennes et la jeunesse dorée, s'avançant en bon ordre, ayant à leur téte Legendre, Kervelegan et Auguis , dispersèrent les groupes, qui ne purent leur résister, et pénétrèrent bientôt dans la salle des séances, la baïonnette en avant et ad pas de charge.
Les insurgés résistèrent, le sang coola de nouveau ; mais l'émeute fut vaincue, et la multitude, poursuivie par les sec* tionnaires, rentra en désordre dans ses faubourgs. La Convention s'occupa aussitôt de défaire ce qu'elle avait fait sous l'empire de la force; elle brûla les minutes des décrets rendus en présence des révoltés ; et les députés montagnards
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gui avaient proposé ces décrets furent arrêtés et enlevés de Paris.
Le lendemain, 2 prairial, les faubourgs, honteux de leur défaite de la veille, descendirent plus nombreux et mieux armés, traînant après eux leurs canons, qu'ils alignèrent sur le Carrousel et pointèrent contre le château et contre les principales sections thermidoriennes. Il y avait ce jour-là dans la contenance du" peuple, dans la hardiesse et dans la précision de ses mouvements, une apparence d'ordre et de fermeté qui intimida les comités. C'était vraiment ce jour-là le lion populaire, et il n'eût pas été prudent de l'irriter. La Convention le sentit bien; au lieu de procéder par la force, elle employa la ruse; des parlementaires furent envoyés auprès du peuple, qui députa aussi un des siens vers l'assemblée.
Admis a la barre de l'assemblée pour y exprimer le vœu du peuple, ce brave ouvrier termina ainsi sa harangue :
« Nous sommes décidés à mourir au « poste que nous occupons plutôt que m de rien relâcher de nos demandes.
« Je ne crains rien, je me nomme Saint- « Ligier. Vive la République ! vive la « Convention, si elle est amie des prin- ■ cipes, comme je le crois! » On féta le député, on fraternisa avec le peuple, on lui promit que la Convention aviserait aux movens de faire cesser la disette, on parla de la constitution de 93, et ces braves gens, se contentant de belles promesses, se retirèrent en bon ordre. La Convention , oui venait d'échapper à un danger réel, s'entoura de nouvelles forces, et un événement inattendu vint tout à coup lui permettre de désarmer et de dompter pour toujours le parti démocratique.
Un homme du peuple, nommé Quinet, arrêté dans la journée du 1er prairial , fut reconnu pour être , non l'assassin de Féraud, mais le mutilateur de son cadavre. Condamné à mort, il devait être exécuté le 4 prairial ; mais le peuple, qui, la veille, avait traité de puissance à puissance avec la Convention , crut qu'il était de sa dignité de ne pas laisser exécuter ce misérable , et, pendant qu'on le conduisait au supplice, un attroupement parvint à le délivrer.
Cette fois le gouvernement put parler
en maître ; il disposait de 6,000 dragons; il pouvait compter sur 25,000 sectionnaires. Il ordonna le désarmement des faubourgs , et exigea que le coupable lui frit livré. Le faubourg Saint-Antoine fut investi, et le peuple, privé de chefs et de meneurs , sentant bien que la défaite lui serait fatale et la victoire inutile, céda , livra ses canons, et abdiqua ainsi cette souveraineté qu'il n'avait exercée qu'un instant, et qu'il n'a pu ressaisir encore après un demi-siècle d'efforts.
Les journées de prairial consacrèrent vraiment le règne de la bourgeoisie , le triomphe des classes moyennes sur les classes ouvrières. Aucune des luttes qui suivirent n'eut ce caractère et cette ravité. Le parti monarchique se réjouit e cette victoire plus encore que de celle du 9 thermidor. Comme la mouche du coche, il crut que tout s'était fait pour lui et par lui. Les désastres de Quiberon et le canon du 13 vendémiaire ne furent pas même suffisants pour l'éloigner du champ de bataille.
La bourgeoisie ne sut pas user de sa victoire avec modération ; au lieu d'assurer son triomphe par de sages institutions, par une administration intelligente et forte, elle se montra cruelle envers les derniers débris du parti montagnard. Elle traduisit devant une commission militaire les députés Goujon, Romme, DuquesMoy, Soubrany, Duroy, Bourbotte, Peyssard et Forestier; Àlhitte et Prieur de la Marne prirent la fuite; Ruhl se poignarda ; vingt-neuf autres députés furent décrétés d'arrestation.
La gendarmerie fut licenciée , la garde nationale fut privée de ses canons, et les ouvriers en furent exclus. En dix jours, plus de dix mille patriotes furent emprisonnés; vingt-neuf députés envoyés à Péchafaud; parmi eux, Duquesnoy, Romme, Goujon, Bourbotte et Soubrany se tuèrent ou tentèrent de se tuer. Avec eux s'éteignit ce jacobinisme qui avait, aux plus mauvais jours, sauvé la Révolution et la France.
Pràslin. Ancienne seigneurie de Champagne , érigée en marquisat , en 1615, en faveur du maréchal de Choiseul. Voyez ce nom.
Prb-a'ux-Clercs. C'était une vaste prairie qui s'étendait sur la rive gau*
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chede la Seine, depuis la tour deNesle, située en face du Louvre, dans tout I l'espace qu'occupe aujourd'hui le quartier de Paris appelé Saint-Germain.
Son nom lui vint de ce qu'elle servait de lieu de récréation et de promenade aux clercs ou écoliers de l'Université.
Mais ces derniers n'étaient pas les seuls qui fréquentassent ce lieu de plaisirs.
Les nombreuses guinguettes qui s'y trouvaient y attiraient la foule des jeunes seigneurs, des militaires et des femmes à ceinture dorée. C'était encore le rendez-vous ordinaire des amoureux et des duellistes. Sous Henri II, au commencement des persécutions religieuses, après l'affaire de la rue Saint- Jacques, le Pré aux-Clercs acquit une grande célébrité par les assemblées des calvinistes. Ils y tinrent leur premier synode, dans lequel ils dressèrent une confession de ioi, des règlements de discipline, une sorte de constitution. Ils s'y réunirent plusieurs fois au nombre de cinq ou six mille pour chanter les psaumes de la traduction de Clément Marot et braver ainsi les rigueurs de la cour, qui dès lors songea à établir en France I inquisition d'Espagne. La jalousie des parlements , qui ne voulaient partager avec personne le droit de juger et de briller les hérétiques, empêcha seule l'institution des tribunaux du Saint- Office.
Pbébbndb. Quand le clergé formait un corps indépendant et riche en propriétés territoriales, on appelait de ce nom une portion des biens d'une église cathédrale ou collégiale, assignée à un ecclésiastique, à la charge par lui de remplir certaines fonctions. La prébende et le canonicat différaient entre eux , en ce que la prébende n'était pas toujours accompagnée d'un canonicat, et que celui-ci l'était ordinairement d'une prébende ; nous disons ordinairement , parce qu'il y avait des canon icats sans prébende, appelés ad effectum, et qui avaient été imaginés pour donner droit aux dignités dans les chapitres , où il fallait être chanoine pour être dignitaire.
Dans les premiers siècles de l'Église, desévêques se firent un devoir d'ouvrir des écoles destinées à l'instruction des jeunes gens qui se proposaient de prendre les ordres, et plus tard , les conciles
leur prescrivirent à tous de le faire. Celui de Latran, tenu en 1179, fit un règlement pour assurer la subsistance des personnes préposées à donner un enseignement qui devait être gratuit, et ordonna qu'on assignât sur les biens de chaque église, un bénéfice au professeur chargé d'enseigner aux enfants les principes de la religion et des sciences. Ces écoles furent les premiers sémi".
naires , et ces sortes de bénéfices les premières prébendes. La pragmatique sanction de Charles VII confirma cette double institution, dans son titre IV, de collât ionibus , où il est dit : « Dans « chaque cathédrale, il y aura une pré- « bende destinée pour un licencié ou un « bachelier en théologie, lequel aura * étudié dix ans dans une université.
« Cet ecclésiastique sera tenu de faire « des leçons au moins une fois la se- « inaine; s'il y manque, il sera puni par « la perte des distributions de la se- « maine, et s'il abandonne la résidence, « on donnera son bénéfice à un autre. » Cet article nous apprend qu'au quatorzième siècle , les prébendes jouissaient en commun des biens de l'église à laquelle ils étaient attachés , et que leurs bénéfices consistaient en l'attribution , à chacun d'eux, d'une portion du revenu.
Les prébendes, en tant que distinctes des canonicats, pouvaient être divisées et même conférées à des laïques ; on les appelait alors se mi prébendes. Lorsqu elles étaient possédées par des ecclésiastiques, elles formaient des bénéfices irrévocables ou amovibles, selon l'usaze des chapitres. De là il suit qu'il y avait des églises où le chapitre ne pouvait révoquer les semi -prébendes , quoiqu'il les eût nommés , et où les senii -prébendes pouvaient résigner leurs sein i -prébendes. Tout dépendait de l'usage et de la possession.
Il existait en France plusieurs prébendes laïques possédées par des seigneurs. Par l'acte de fondation de la Sainte-Chapelle de Dijon , en 1 1 72 , Hugues de Bourgogne s'en était réserve une pour lui et ses successeurs ; le comte d'Armagnac en possédait une dans l'église d'Auch, dont il était premier chanoine; le seigneur de ChasteJlux une dans l'église "d'Auxerre; celui