PRIEITR-DUVERNOIS L'UNIVERS. PRIEUR-DUVERNOIS
qui n'étaient pas les leurs et ils ne tardèrent pas à s'en repentir; car bientôt la réaction voulut les atteindre. Ils ne firent rien pour en éviter les coups; loin de là , ils refusèrent ainsi que Robert Lindet l'exception que les thermidoriens proposaient d'admettre en leur faveur , et réclamèrent la solidarité des actes qui étaient imputés à leurs anciens collègues, Billaud, Collot et Barrère. La Convention n'en persista pas moins à distinguer les travailleurs (comme on les appelait) des autres membres qui avaient eu dans leurs départements l'administration municipale et la politique, et tandis que ceux-ci étaient envoyés à Cayenne, Prieur, Carnot et Lindet continuèrent de siéger parmi les représentants de la nation.
Le 18 juin 1795, Prieur présenta à la commission des onze et aux comités de salut public, d'instruction publique et des travaux publics , un mémoire sur fécole centrale des travaux publies, qui est devenue depuis l'école polytechnique. Les comités réunis ordonnèrent la publication de ce mémoire, qui renfermait un plan d'organisation pour la première école scientifique de l'Europe, et qui élevait, comme par enchantement , l'un des plus utiles et des plus beaux monuments dont la révolution ait doté la France. « Citoyens , disait
• Prieur en finissant , trop longtemps « l'ignorance a habité les campagnes et « les ateliers; trop longtemps le fana- « tisme et la tyrannie se sont emparés « de concert des premières pensées des « jennes citoyens pour les asservir ou « en arrêter les développements ! Ce « n'est pas à des esclaves ou à des mer- « cenaires à élever des hommes libres; « c'est la patrie elle-même qui vient « aujourd'hui remplir cette fonction « importante, et elle ne l'abandonnera « plus aux préjugés , a l'intérêt, à l'a- « ristocratie. Il faut que l'esprit des fa- « milles particulières disparaisse quand « la grande famille vous appelle : la ré- « publique laisse aux parents la direc- « tion de vos premières années; mais « aussitôt que votre intelligence se « forme, elle fait hautement valoir les « droits qu'elle a sur vous. Vous êtes « nés pour la république , et non pour
• l'orgueil et le despotisme des fainil-
« les : elle s'empare de vous dans cet « âge heureux où l'âme ardente et sen- « sible s'épanouit à la vertu, et s'ouvre « naturellement à l'enthousiasme du « bien et à l'amour de la patrie. Placés « sous ses regards , elle vous suivra « avec intérêt : c'est en son nom que « des représentants du peuple se ren- « dront dans vos camps, iront présider « à vos jeux , assisteront à vos exeret- « ces : c'est sous les ailes de la repré- « sentation nationale que vous eerez « instruits, et c'est à coté de la cité du « peuple français, de celle qui a ete le « siège de la révolution , et qui est le « foyer du patriotisme et la patrie des « arts, que vous viendrez recevoir une « instruction nécessaire à tout républi- « cain. » Ce langage est remarquable dans la bouche d'un homme qui professait un attachement sincère et indestructible pour la liberté, c'est-à-dire pour les mêmes doctrines au nom desquelles on conteste aujourd'hui à la patrie le droit de s'immiscer dans l'éducation de ses enfants pour l'attribuer exclusivement aux chefs de famille; mais la plupart des hommes d'État de la république n'entendaient pas la démocratie, comme quelques publicistes de nos jours, dans le sens de l'individualisme, et sentaient la nécessité de subordonner leur théorie de la liberté au besoin d'unité dans l'action politique et de communauté dans les idées et les sentiments sociaux.
Prieur de la Côte-d'Or ne borna pas ses services à l'école polytechnique ; il attacha aussi son nom à ['établissement du télégraphe, à celui du bureau des longitudes , du conservatoire des arts et métiers, de l'Institut, et de l'uniformité des poids et mesures. Chargé, par le comité d'instruction politique , da rapport sur les moyens d'établir cette uniformité , il le présenta à la séance du 11 septembre 1795, et ses coiiciusions furent converties en décret le 23 du même mois. Après avoir ainsi coopéré à enrichir son pays des plus utiles découvertes et des plus sages innovations, il sortit, en 1 798, de la carrière politique, et ne cessa depuis de vivre dans la plus entière obscurité. Cet éloi^itement des affaires publ iqins le préserva de l'application de la loi du 12 janvier 1816.