‹ France Dictionnaire EncyclopédiqueChapitre 33 sur 434 · MYSTÈRES FRANCE*; MYSTERES · texte numérisé non relu

MYSTÈRES FRANCE*; MYSTERES

échappa an péril : cinq des conjurés Les mystères , ainsi appelait -on les périrent en se défendant vaillamment pièces imaginées et jouées par les toncontre les Espagnols ; les deux autres frères , tout informes , tout remplis d'à» k pris et pendus. La seigneurie de nachronismes et de grossièretés qu'ili

Muy fut érigée en marquisat, en 1697. étaient, parèrent si beaux dansées siècles Muy CLouLs-Nicolas-Victor de Félix, d'ignorance, où toute innovation sertcomte de) , né à Marseille en 171 1, lit blait une merveille, qu'ils excitèrent un se* premières armes sous Berwick et enthousiasme universel, et tirent m des Coigor dans la guerre entreprise, en plus beaux ornements des fêtes, soit à 1734 ,' pour soutenir l'élection de Sta- Paris, soit partout autre part; car ris sislas au trône de Pologne. 11 fut ensuite ne tardèrent pas à se répandre dans les attaché en qualité de menin au dau- provinces. Lorsque Charles \Vl lit v le phin , fils de Louis XV, avec lequel il dimanche, Il novembre 1380, son en— assista à ta bataille de Fontenoy. Nommé trée solennelle, dans Paris , il y eut , en* lieutenant général en 1748, il se distin- tre autres choses, une représentation gua aux batailles d'Astenbeck , de Cre- de Mystères, que le roi vit avec plais», relt et de Minden, et commanda une Quand la reine Isabelle de Bavière fit la division de r armée française pendant sienne , en octobre 1 385 , elle rencontra toute la campagne de 1760. Il fut sur son chemin différents théâtres, oà nommé, en 1762, gouverneur de la Flan- on avait placé des chœurs de musique , dre; refusa, sous Louis XV, le minis- des orgues , et sur lesquels- des jeunes tète de la suerre, qu'il accepta, en 1774, gens représentaient diverses histoire à soos Louis XVI. il fut eu même temps de C. Ancien, Testament. Jean Cbartier étevé n grade de maréchal de France, nous apprend qu'entre autres divertiset mourut en 1Ï75. sementsqui eurent lieu à Paris, le 4 no- Mvstèses. Les pèlerins qui rêve» vembre 1437, à l'occasion de l'entrée de naient de Jérusalem, de Saint- Jacques Charles VII, on remarquait: « Le Misde Compostelle , de Sainte-Reine, du « tère des sept vertus et des sept péchés, Mont-Saint- Michel, ou d'autres lieux « fait au ponceau Saint-Ladre, par pursaints, avaient fa coutume de chauter « sieurs qui vinrent au-devant de S. M., le long de leur reute, en demandant ■ montés sur différentes bétes, en ma- Faumône par besoin ou par humilité, « nière de personnages; l'/tnnemciades cantiques spirituels , dans lesquels « tion de Notre-Dame, la Nativité de ils racontaient les grandes choses qu'ils « Notre- Seigneur la Passion, la fiévenaient devoir et d'honorer, ainsi que « surrection, la Penteckoste- et le Jules miracles dont ils avaient été les té- « gement , mistères faits par personmoins. Le peuple prenait grand plaisir « nage&sur éehaffaux, au long de la me a ees récits chantés , qui entretenaient « Saint-Denis, auprès d'un jet de pierre en lui une piété mal raisonnée, et se «l'un de l'autre, jusques devant leChâmontrait libéral envers des voyageurs « telet;» enfin, « plusieurs jeux de diauxquefs il attribuait une partie des raé- « vers mistères emmy la ville (*). » rites des saints dont ils lui racontaient Nous disons plus haut que les ravales légendes. Cette coutume, et peut-être tères étaient remplis d'anaehronismes aussi ce résultat, donnèrent à quelques- et de grossièretés. En effet, les auteurs ans de ces chanteurs nomades l'idée qui mettaient une action en scène , ne te se réunir en société, pour mettre tenaient compte, ni de la différence des en action et en tableaux , au moyen temps, ni de celle des usages. De même des instruments, du dialogue parlé, que les auteurs de romans héroïques, d'un théâtre et de quelques décorations ils affublaient leurs personnages des grossières, ce qu'ils ne faisaient que qualifications et des costumes adoptés chanter sur les places publiques, ou le dans leur époque, Qu'ils faisaient sans* long des rues des villes et villages qu'ils scrupule rétrograder de quinze , vingt traversaient. Cette idée mise en prati- et même trente siècles. Ainsi les rois que fut l'origine des Confrères de la d'Israël avaient des comtes, des barons Passion (voy. ce mot) et de notre art

dramatique. (*) HUu de Chartes VU, p. ifi*

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et des chevaliers ; Hérode était païen et avait pour confident un nommé Sirinus, oui était mahométan. Les diables, sous le sceptre de leur roi Lucifer , étaient de toutes les bonnes fêtes. Quand ils s'entretenaient entre eux, ils s'accablaient d'injures atroces, se prodiguaient les qualifications les plus outrageantes, s'adressaient les reproches les plus odieux , et aucun ne se fâchait , car c'était, en enfer, le ton de la bonne compagnie. Lucifer faisait quelquefois vigoureusement châtier ses sujets , lorsqu'ils avaient mal rempli une mission , qui avait toujours un but criminel; mais lorsque ceux-ci lui jetaient à la face avec fureur les sarcasmes les plus amers, il souriait d'un air satisfait et remerciait en s'inclinant. Voilà une forte preuve de grossièreté ; mais ce n'était pas la seule. Les personnages , même les plus vénérables , les trois personnes de la sainte Trinité, débitaient des facéties, des quolibets, et faisaient les bouffons , sans pour cela être dégradés auprès des spectateurs, qui , riant de les entendre, ne cessaient pas de les respecter. La vierge Marie seule tenait quelquefois un langage assez digne. Le dialogue des mystères était, comme les fabliaux et les contes , en vers de huit syllabes , quelquefois de dix avec répétition de la rime à la césure, et souvent coupé par des couplets en vers de toute mesure , même de mesure très-petite.

Cela arrivait lorsqu'un personnage avait à exprimer un sentiment tendre et affectueux, ou une sensation pénible et douloureuse. Du reste , toute cette poésie était généralement fort incorrecte , hérissée de chevilles, remplie devers boiteux ou dépourvus de rime. Quant aux hiatus , nous n'en parlerons pas , ils étaient tolérés en ces temps-là.

Comme un mystère était presque toujours l'histoire de la vie tout entière du

Satriarche, du prophète ou du saint ont il portait le nom, quelquefois même des événements qui avaient précédé sa naissance, il s'ensuit que la représentation en durait longtemps. Aussi , ces sortes de pièces étaient-elles divisées en journées , souvent précédées d'un prologue et suivies d'un épilogue : chaque journée avait quelquefois son prologue particulier , qui préparait ce qui devait

suivre , en donnant connaissance de ce qui s'était passé depuis la dernière journée , et son épilogue , dans lequel était résumé tout ce que l'on venait de voir. Cette poétique n'était pas dépourvue d'art, car autrement il eût été impossible de se reconnaître dans cette multitude de faits qui se succédaient les uns aux autres , le plus fréquemment sans qu'on les attendît. La mention faite plus haut du second mystère qui fut joué lors de l'entrée de Charles VII, est fort curieuse, en ce qu'elle nous apprend que lorsqu'on n'avait pas plusieurs journées à sa disposition pour représenter une œuvre dramatique composée de plusieurs parties, on jouait chacune de ces parties sur un théâtre différent, de manière à ce que le spectateur passât successivement de l'un à l'autre et les vît toutes le même jour. La représentation des mystères exigeait, un nombre considérable d'acteurs , car il paraissait sur la scène une grande quantité de personnages allégoriques et réels. Dieu le Père, Dieu le Fils, Dieu le Saint-Esprit, la sainte Vierge, saint Joseph, les anges, les archanges, les séraphins, les trois vertus théologales, ainsi que toutes les vertus morales, les sept péchés capitaux, Lucifer , ses principaux officiers , ses sujets, tout cela était personnifié, agissait, marchait et parlait. Mais comme plusieurs ne se montraient que pour dire quelques vers et se retirer, il était possible au même acteur de jouer successivement plusieurs rôles , et nous pensons qu'il en était ainsi.

Le mystère le plus renommé , celui qui a donné dans le temps à la confrérie le nom qu'elle portait, est celui de la Passion de Notre ^Seigneur Jésus -Christ.

Dans l'impossibilité où nous sommes d'en donnerl'analyse,nous inviterons nos lecteurs a la chercher dans V Histoire du théâtre français des frères Parfait, dont elle remplit tout le premier volume.Nous di rons seulement que ce mystère est corn posé de six parties, savoir : un prologue, quatre journées et un épilogue. Chacune de ces parties est un mystère séparé, qui peut se jouer à part, et se compose d'un nombre plus ou moins grand de mystères différents. Quant à l'ensemble de la composition , elle offre une histoire complète de la conception de la Vicrçe,

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