PROSTITUTION
FRANCE
PïiosmVHoN
parts sur les désordres des prostituées,
fit connaître au Conseil des Cinq Cents l'impuissance de la législation à les réprimer, et provoqua une loi qui ne les laissât plus impunis. Cette loi , dont le Directoire envoyait le projet, eut le sort de beaucoup d'autres , elle ne fut pas même mise en discussion. L'administration fit alors tout ce qui lui était possible pour mettre fin à un mal qui augmentait de jour en jour l'indignation publique. Elle faisait arrêter et livrait aux tribunaux les prostituées les plus effrontées et les plus scandaleuses. I^es tribunaux les renvoyaient faute de preuves, ou sur l'attestation de leurs souteneurs, logeurs ou pratiques, qui répondaient de leur moralité; de sorte que les jugements n'étaient qu'une suite d'actes dérisoires qui, par l'impunité qu'ils proclamaient, augmentaient l'audace des coupables. D'ailleurs, comme ces jugements se rendaient publiquement, les tribunaux où étaient appelées ces honteuses causes étaient des écoles permanentes de mauvaises mœurs, où la jeunesse des deux sexes venait prendre ses inscriptions et ses grades.
Ce déplorable état de choses continua à subsister jusqu'à l'an vm, où fut créée la préfecture de police. A cette époque, on sentit encore le besoin de réprimer la prostitution. On prépara une loi sur la matière , on en dressa les articles , mais elle subit le sort de celle qu'avait proposée le Directoire ; le projet n'en lut pas même discuté. Cependant l'administration,qui avait acquis de l'énergie, et dont le pouvoir s'appuvait sur l'opinion publique, pritsur elle diverses mesures vigout reuses. Un ordre du ministre de la police générale purgea le Palais-Royal de toutes les filles qui encombraient les boutiques, les entresols , et faisaient de cet édifice un vaste lupanar. On ex-
f)ulsa celles qui , se tenant sous les gaeries du Théâtre-Français, provoquaient les passants de la voix et du geste. Les administrations départementales, enhardies par l'exemple de celte de Parts, mirent également un frein à la prostitution dans leurs circonscriptions respectives, quand elle s'y mootra avec trop d'audace et dimpudicité; alors la capitale et les villes de province prirent un
aspect que depuis bien des années elles
avaient perdu.
On revint, à diverses reprises, sur ce sujet de morale et d'ordre public. On projeta, on rédigea même, en 1811, un décret impérial, en 1816, une loi particulière, en 18(9, une ordonnance royale, en 1822, encore une loi; niais toujours ces résolutions furent abandonnées par des raisons que nous ne connaissons pas.
Depuisce temps, les femmes publiques sont restées sous la juridiction de la police, et elles y sont encore; mais, faute d'un point d'appui résultant d'une loi ou d'une ordonnance, les mesures prises à leur égard ont subi des variations diverses, et se sont même contredites.
Des préfets de police ont détruit tant qu'ils ont pu les maisons de débauche, sans penser qu'ils rejetaient dans la circulation une nuée de prostituées libres, sur lesquelles leurs agents ne pouvaient que très -difficilement avoir action. D'autres , mieux inspirés , ont laissé se multiplier le nombre de ces repaires, persuades avec raison qu'il leur serait plus facile de faire surveiller les prostituées, et de les soumettre à des règlements sanitaires, quand elles seraient réunies par groupes dans des lieux dont l'autorité aurait toujours l'entrée, que lorsqu'elles seraient dispersées, et, pour ainsi dire , novées dans la population.
C'est le parti auquel on s'en est tenu. Moyennant cette tolérance, on a pu défendre aux filles d'appeler les passants par leurs croisées, qui doivent toujours être fermées par un rideau à l'intérieur; on a pu mettre fin à ces attaques indér centes qui avaient lieu , à partir de la chute du jour, et jusque bien avant dans la nuit, dans toutes les rues de la capitale. Si le mal subsiste toujours, ce qu'il avait de scandaleux , de révoltant pour la pudeur publique, est heureusement détruit; et un père de famille peut aujourd'hui promener sa femme et sa fi lie dans les rues de Paris, sans avoir à craindre que leur pudeur soit à chaque pas ofîensëe par le hideux spectacle d'une débauche que ne retiennent aucun frein et aucune limite.
Cependant, il faut le reconnaître,* l'administration a opéré un si grand bien, ce n'est qu'en outre-passant ses