PRUSSE
revint en Prusse, et en chassa le maréchal Horn , qui venait de l'envahir de nouveau à la téte de 16,000 Suédois; mais pendant ce temps-là, 30,000 Fran-
Sais entraient dans Clèves, et se Tenaient maîtres de la Westphalie; alors l'électeur, abandonné par l'empereur, se vit forcé de signer la paix de Saint- Germain en Laye (1679), qui lui enlevait toutes ses conquêtes sur la Suède.
Il ouvrit , en 1685, un asile aux protestants forcés de quitter la France , par la révocation de l'édit de Nantes ; vingt mille d'entre eux allèrent repeupler ses provinces dévastées par la guerre. Ils y portèrent une civilisation et des goûts littéraires jusque-là inconnus dans ces contrées, y créèrent l'industrie et le commerce, et jetèrent enfin les fondements de la grandeur de la Prusse.
Louis XIV conçut contre l'électeur un vif ressentiment de cet accueil fait à des hommes qu'il regardait comme ses ennemis personnels ; et Frédéric- Guillaume se rapprochant de l'empereur à mesure que le roi de France s'éloignait de lui , renouvela son alliance avec la cour de Vienne, et envoya une armée au secours de la Hongrie envahie par les Turcs.
Son successeur se rangea aussi parmi nos ennemis dans les guerres qui éclatèrent entre la France et l'Autriche ; et il obtint de l'empereur , pour prix des secours qu'il lui avait donnés dans la guerre de la succession d'Espagne, la permission d'échanger son titre d'électeur de Brandebourg contre celui de roi de Prusse. Dès lors, « il prit pour modèle la cour de Louis XIV, qui était alors la plus brillante de l'Europe. Il voulut être sacré par un évéque, et il donna ce titre à un de ses chapelains. Il fit faire une ampoule sur le modèle de celle de France , et alla se faire oindre à Kœnigsberg, en Prusse, parce que les rois de France vont se faire sacrer à Reims. Il porta les grandes perruaues espagnoles , et donna des fêtes. Il avait un premier ministre , un grand maître des cérémonies, cinquante cuisiniers et une académie des sciences (•). »
O rU de Frédéric //, citée par les tu-
Frédério -Guillaume Ier obtint ai traité d'Utrecht le pays de Gueldre avec la confirmation de la principaux de Neuchâtel dont son père était entre en possession , après la mort de \\ duchesse de Nemours , et de son titre de roi. Il prit part à la guerre pour it succession de Pologne, et vint, en 1734 , avec un corps de 10,000 baumes , sur le haut Rhin , joindre I* prince Eugène , sous les ordres duquel son Gis , le grand Frédéric, 6t ses premières armes. Celui-ci fut, au commencement de la guerre de la succcssioi d'Autriche, l'allié de la France et le* nemi de Marie-Thérèse; puis, lorsqu i crut avoir fait assez de conquêtes, >l traita (11 juin 1742) avec l'ambition princesse, laissant l'empereur Charte!
VII, dont il avait d'abord soutenu l'élection , et le roi de France qu'il avait entraîné dans la coalition , se défendre comme ils pouvaient contre l'Autriche soutenue par la Hollande et l'Angleterre. Mais les succès que Marie-There* obtint alors l'effrayèrent bientôt; il signa (1744) avec le roi de France, l'empereur, l'électeur Palatin et le roi <k Suède , un traité pour le maintien de Iconstitution germanique , et prit urc part active à la guerre. On sait la réponse qu'il fit à un officier français, envoyé par Louis XV pour lui annoncer le gain de la bataille de Fontenoi. et qui arriva à son camp au moment où il venait de gagner sur les Autrichiens la bataille de Friedberg : f'& direz à votre maitre que j'ai acquit à Friedberg la lettre ae change qui^ tirée sur moi à Fontenoi. Cependant u se retira encore de la coalition avant sa alliés, et signa, en 1746, à Dresde, avec Marie-Thérèse , un traité particulier, un an avant le traité d'Aix-la-Cb* pelle qui mit fin à la guerre.
Nous avons raconté ailleurs les événements de la guerre de sept ans, noos ne pouvons les raconter ici de nouveau; nous dirons seulement que, peuo^; cette guerre impolitique , où la fnnet sembla avoir renoncé à toutes '^J^' ditions suivies jusqu'alors par ses hommes d'État, Frédéric fut, sur le COBtiteurs de XArt de vérifier Us dates, a* P** t. XVI, p. 4»8, éd. io-8».
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nent, son principal ennemi, comme l'Autriche était sa principale alliée.
La guerre de la succession de Bavière , qui s'éleva en 1778, fut terminée Tannée suivante , par la médiation de la France et de la Russie.
Frédéric- Guillaume II signa avec l'empereur d'Autriche la convention de Pilnitz, et entreprit contre la France, avec ses deux fils, le duc de Brunswick , et une armée de 50,000 hommes, cette fameuse campagne de l'Argonne, qui se termina à Valmy, et fut suivie d'une honteuse retraite (*). Comme il avait été le premier des monarques absolus à entrer en lutte contre la France révolutionnaire, il fut le premier à reculer, et signa, en 1795, avec la république , le traité de Bàle, qui lui enleva toutes ses possessions de la rive gauche du Rhin (**).
Son fils, Frédéric Guillaume III, résista longtemps à tous les efforts de la Russie et de l'Autriche pour l'entraîner dans la seconde coalition contre la France. La république se montra reconnaissante, et, lors de la paix de Luné vil le, elle lui fit assurer de fortes compensations pour la perte des provinces rhénanes. Dès lors, la Prusse ne se contenta plus de rester neutre , et quand des contestations s'élevèrent entre le cabinet de Saint-James et les puissances du Nord, au sujet du traité de neutralité armée, elle refusa de reconnaître la neutralité du Hanovre , et envoya dans ce pays 24,000 soldats qui l'occupèrent militairement jusqu'à la paix d'Amiens.
Cette paix , on le sait , ne fut pas de longue durée, et bientôt se forma la troisième coalition entre l'Angleterre , la Russie et l'Autriche. Frédéric-Guillaume eut un instant l'intention d'y entrer; il signa même avec l'empereur Alexandre un traité d'alliance pour rétablir l'équilibre européen; mais ce traité ne lut pas publie, et la bataille d'Austerlitz (2 décembre 1805) ramena le roi de Prusse du côté du vainqueur.
(*) Voyez Pilhitx (convention de), Aaoouri (campagne de I'), Dcmoumkz, Kklul&mahh, Valmt, et Baunswica (manifeste
(") Voy. Bar.» (traité de).
T. XI. 49* Livraison. (DiCT. Etfci
Le comte d'Haugwitz , envoyé par lui auprès de Napoléon , arriva le V' décembre au quartier général français; l'empereur ajourna son audience après la bataille ; l'envoyé vint alors lut présenter ses félicitations. « Voilà , ré- « pondit Napoléon , un compliment « dont la fortune a changé l'adresse. » En effet, il avait été informé des intentions malveillantes de la Prusse. Il s'en montra fort irrité, ne consentit à pardonner que si on lui donnait des garanties pour l'avenir, et proposa enlin au comte d'Haugwitz un traité d'alliance par lequel la Prusse acceptait la possession du Hanovre et cédait à la France le territoire d'Anspach, une partie du duché de Clèves et la principauté de Neuchâtel en Suisse. Le comte d'Haugwitz signa ce traité, le 15 décembre, quoiqu'il n'eut pas de pouvoirs suffisants.
« Depuis dix ans la France voulait fonder la paix du continent sur l'alliance prussienne ; avec cette alliance l'Autriche et la Russie ne pouvaient plus nous attaquer ; toute coalition devenait impossible , et I Angleterre se trouvait ainsi contrainte à poser les armes. C'était sur la Prusse que Napoléon avait primitivement basé tous ses plans politiques ; c'était par elle qu'il voulait rejeter l'Autriche hors de I Allemagne , reléguer la Russie dans les glaces du Nord ; c'était avec elle qu'il voulait former une nation allemande, grande, compacte, de 30 millions d'habitants, qui aurait été le contre-poids du nord et du midi de l'Europe. Il se proposait de faire prendre à la maison de Brandebourg la couronne impériale ; il aurait abandonné, pour l'alliance prussienne, son système d'États fédératifs, dont il connaissait tout le dan-
§er ; il s'était même engagé , pour prix e cette alliance «à ne jamais accroître « ni l'empire français , ni le royaume « d'Italie. » A toutes ces offres la cour de Berlin n'avait répondu que par une haine insensée et la mauvaise foi la plus maladroite; elle voulait les avantages de l'alliance, mais sans l'alliance, et pour servir la coalition. Aussi quand elle reçut le traité du 15 décembre, elle fut saisie de stupeur et de colère , et refusa de le ratifier ; mais au lieu de
etc.) 49
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se déclarer franchement ennemie , elle qui venait de se lier à l'Angleterre par un traité de subsides , elle renvoya HaugwiU à Napoléon pour mettre à l'alliance des conditions qui la détruis saierit , ne prendre le Hanovre qu'en dépôt, etc. L'empereur fut indigné , et conçut dès lors pour la Prusse le plus protond mépris, une haine qui ne s'apaisa jamais. C'était une ennemie qu'il fallait frapper sans ménagement pour la forcer a lever le masque , et il ne répondit aux propositions de Haugwitz qu'en lui imposant un traité plus onéreux que le premier, par lequel il forçait la Prusse à déclarer la guerre à l'Angleterre. Il s'attendait à une rupture ; mais le roi se résigna à ratifier ce traité, « afin, dit-il plus tard, de conser-
• ver intacte pour une époque facile à
• prévoir, la masse de ses forces dont « IT.urope avait le pins grand besoin ; » et il s'empara du Hanovre à titre définitif. L'Angleterre ordonna le blocus des ports prussiens, en disant * que la « conduite de la cour de Berlin reunis- « sait tout ce que lu rapacité a d'odieux « avec tout ce qu'il y a de méprisable ■ dans la servilité ; » le roi de Suéde ,
• ce fou, disait Napoléon , qui Unirait « par quelque catastrophe , » déclara la guerre à la Prusse; la Russie rompit toute relation avec elle. Mais tout cela ue fut, pour ainsi dire, qu'un jeu ; «Les « puissances coalisées savaient bien , « disait-on au parlement anglas, que la « cour de Berlin était toujours , d'in- « tentioo, une alliée udele de 1 Angle- - terre, par cela seul que, comme i'An-
• gleterre , elle nourrissait une vive a haine contre le gouvernement fran-
• cais (*). »
La mort de Pitt, arrivée peu de temps après la bataille d'Austerlitz , avait amené en Angleterre un changement de ministère. Un cabinet whig, où Fox «tait entré en qualité de ministre des relations extérieures , avait succédé au cabinet tory, et s'était empressé d'entamer des négociations avec la France.
Mais Fox mourut bientôt aussi, et après lui le pouvoir retomba entre les mains des amis de Pitt.
(•) Lavailée, But. de* Français, U IV, p. 4a5 et «uiv.
fERS. PEL'SSE
Cependant le ministère anglais avait fait connaître au gouvernement prussien l'offre que lui avait faite Napoléon de restituer le Hanovre à l'Angleterre.
Cette révélation produisit une rupture entre ce gouvernement et la France, et amena la campagne de Prusse. Kous empruntons à un des meilleurs ou* vrages qui aient été écrits sur l'histoire, et surtout sur l'histoire militaire de la la France . un récit dramatique de cette campagne , l'une des plus glorieuses de notre grande période militaire.
Campagne de Prusse. Napoléon avait dédaigné d'avertir la cour de Berlin de ce projet de restitution, dont le cabinet britannique avait fait une condition indispensable; il ne voulait pai subordonner un aussi grand intérêt qui celui de la paix générale à l'intérêt par ticulier de la Prusse, et il se reservait de donner des indemnités à cette puissance. Mais , au nom seul de ce Hanovre, « qui , suivant un ministre pnu- « sien, consolait de tout et servait de « remède à tout, » il y eut , en Prusse, une explosion de fureur contre l'allie perfide qui disposait insolemment de»
territoires des autres; et l'on ne vit que la guerre pour venger cet outrage. La cour et l'armée, éblouies par l image du grand Frédéric , étaient folles de naine et d'orgueil ; les jeunes officiers bridèrent les vitres du ministre Haugwitz, et aiguisèrent leurs épées à la porte de l'ambassadeur de France ; la reine, bek, ardente, romanesque, adorée de ses sujets, s'en alla, vêtue d'un uniforme Je dragon, passer des revues et courir les casernes ; le roi , entraîné par les passions de sa famille et les vieux généraux de la guerre de Sept ans, se prépara à la guerre et chercha à former a confédération du Nord. Napoléon de- Clara formellement au roi qu'il s'opposait a cette confédération, et que l'occupation de la Saxe par les troupe?
prussiennes équivaudrait à une déclaration de guerre (10 août 180G). Ce fut ai nouveau sujet de colère, et l'armée fui dès lors mise en mouvement ; mais, en même temps, la cour de Berlin continua bassement ses protestations de fidélité envers Napoléon , jusqu'à ce qu'Aieiaodre eût rompu ses négociations avec»
France, et que les amis de Pitt eussent
pris le ministère. Alors, et dès que la Russie eut promis deux armées et l'Angleterre des subsides , on se précipita dans la guerre comme dans une fête , sans attendre personne , avec un orgueil poussé jusqu'à l'extravagance ( 15 septembre). Les troupes marchèrent tumultueusement sur la Saxe, en chantant, en se faisant couvrir de fleurs, en insultant les bourgeois qu'elles appelaient jacobins. « Nous sommes les «sauveurs de tous nos frères d'Alle- « magne , disait le roi. Les regards de « tous b»s peuples sont fixés sur nous « comme sur les derniers soutiens de «toute liberté, de toute sécurité, de « tout ordre social en Europe. »
La Saxe fut envahie comme la Bavière Pavait été précédemment par les Autrichiens ; et l'électeur, qui protestait vainement de sa neutralité, fut contraint de livrer son armée de vingt mille hommes. L'électeur de Hesse, instigateur de la guerre et allié intime de l'Angleterre, mit douze mille hommes sur pied , malgré, les observations de la France, qui ne lui demandait que sa neutralité; ie prince de Fulde-Orange accourut dans les rangs prussiens; le duc de Brtmswick , l'auteur du manifeste de 1792. eut le commandement de toute l'armée, où le roi vint prendre place. Cette armée , forte de deux cent mille hommes, était d'une magnifique apparence; mais, malgré Valrny, elle vivait sur les souvenirs de Rosbach; elle avait encore les méthodes et la roideurdu siècle dernier ; elle était commandée par des généraux de la guerre de Sept ans, qui ne se doutaient pas que l'art eût fait des progrès; cnlin, elle professait le plus grand mépris pour toutes les armées de l'Europe, même pour les vainqueurs d'Austerlitz.
Napoléon tut étonné de cette prise d'armes furibonde; il déclara sa répugnance à agir contre une pnissance que la nature même avait destinée à être f'amie de la France , et il dirigea sur le Mein les six corps qu'il avait laissés en Allemagne, de telle sorte qu'ils semblaient menacer Erfurth ; la garde partit de Paris en poste; la confédération du Rhin mit sur pied ses contingents. Autant il y avait de confusion et de forfanterie dans les apprêts de