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QUEUX

L'UNIVERS

QUIBEROV

tachait le patient sur une chaise de fer, et on lui faisait présenter ses jambes nues au feu, en les approchant par degrés. Dans le parlement de Besançon , on élevait l'accusé en Pair avec* une corde attachée à ses bras, liés derrière son dos; et pour la question extraordinaire, on suspendait un gros poids de fer à chacun de ses pieds.

Queux (grand). C'était le nom que l'on donnait au surintendant des cuisines du roi (Coqueus, cuisinier) ; il avait juridiction sur les cuisiniers, charcutiers et rôtisseurs, qui cependant avaient chacun leur prévôt. Cette dignité était recherchée comme toutes celles qui faisaient partie de la maison du roi. Nous donnons ici la liste des grands queux de France, telle qu'on la trouve dans Moreri :

1060. Robert, sous Henri Ier.

1134. Marcher, sous Louis le Gros.

1243. Adam, sous saint Louis.

1398. Raoul de Beaumont, sous Philippe le llel.

i3oa. A use au de. Chevreuse.

x3oa. Guillaume de Harcourt, sire de la Saussure.

x3x3. Pierre de "Marchent, sous Louis le Hutin.

i3ao. Guiard de Beaumont.

x3ao. Êtienne de la Chapelle.

x3ao. Adam de Ta ver ni.

i3?4« Guillaume Sicert.

i3a6. Jean Bataille.

x3a8. Jean sire de Chdtillon.

l3t*9. Jean Bonnet.

i344. Bernard, sire de Moreul.

i346. Jean de Ncsle , Ier du nom, sire â'O/fremont.

x36o. Jean de Flandre, de Dampierre

1390. Guillaume , châtelain de Beauvais

ir.

1399. Charles, seigneur de Chdtillon.

i4»x. Philippe, seigneur de Linières.

14 x 5. Jean, baron de Linières.

14 18. Guillaume, seigneur de Chdtillon.

i43i. Antoine de Prie, seigneur de Buzançois.

1490. Louis de Prie, seigneur de Buzançoisy sous Charles VIII.

L'office de grand queux fut alors supprimé, et ce nom ne resta plus que comme un titre sans fonctions.

Quibbron, bourg maritime de Bretagne, aujourd'hui compris dans le dé-

partement du Morbihan, situé à l'extrémité de la presqu'île du même nom.

Cette presqu'île tient à la terre ferme du côté du nord par une langue de terre de GO mètres de largeur, et ferme, à l'ouest, une vaste baie, défendue par des batteries et par le fort Penth ièvre.

Les Anglais y débarquèrent en 1746, lors de leur tentative contre Lorienlmais ils en furent promptemem chassés. Les émigrés, commandes par Putsaye et Sombreuil, y furent défaits ec 1795, par l'année républicaine sous les ordres de Hoche. (Vov. l'article suivant.

Quibeiion (expédition de). Les succès des armées républicaines en Europe n'avaient pu faire perdre aux royalistes l'espoir de voir rétablir la monarchie Les troubles qui agitaient Paris par intervalles, les luttes des thermidoriens et des montagnards les maintenaient dam l'espérance chimérique de voir s'accomplir leurs projets. Ils faisaient d'ailleurs tout ce qui dépendait d'eux pour arriver à cette réalisation ; mais comme il; étaient divisés, ils ne pouvaient agir d'accord et combiner une conspiration sérieuse, qui aurait peut-être pu amener quelque résultat dans leur sens.

D'accord sur le but à atteindre, ils n? pouvaient s'entendre sur les moyens à employer pour y parvenir. Le comité de Paris, composé d'intrigants de b?j étage, correspondait avec les royalistes de la Vendée, et avec Charette surtout, qui, par ses talents militaires, sa longir et persévérante résistance, était considéré par le régent comme le héros de son parti.

Cependant > les Vendéens, sur qui avait pesé jusque-là tout le poids d'ooe guerre malheureuse, semblaient ne respirer qu'après la paix. Ils étaient dateurs également divisés. Charette avait accepte les propositions de paix que hr avaient faites les généraux de la republp* que, et Stofflet, qui d'abord n'avait voulu consentir à aucun arrai forcé dans ses derniers retram venait de suivre l'exemple de son gue.

Du reste, à part quelques hommes pour qui la guerre était devenue un besoin, et qui eussent combattu aussi dans les rangs de la république qoe

QtlBERON

FRANCE

QtTIBKRON

le drapeau de la monarchie, à part les quelques meneurs que l'ambition seule juidait , la paix était généralement îcsirée. Mais les chefs qui la conclurent avaient Carrière-pensée de la rouiare dès que le moment leur paraîtrait ''avorable, et, sous prétexte de contenir es bandes insoumises, ils organisèrent les camps nombreux et tirent des approvisionnements. Hoche ne se laissa )3s tromper par ces apparences tromleuses. Il comprenait bien que si es populations aspiraient ;>près le reos, les chefs ne pouvaient de sitôt renoncer aux illusions qu'ils avaient nour- -ies jusque-là, et que les circonstances, )ien que malheureuses pour eux , n'énient cependant pas de nature à leur "aire abandonner. Ce fut dans cette :onviction qu'il écrivit aux représenants « que la pacification était une in- ■ digne duperie; que la république était • jouée; que tout annonçait une reprise « d'armes prochaine. » Scrupuleux ob- »ervateur de la foi des traités, il ne v uut cependant pas être dupe des machinaions grossières qui se tramaient autour le lui, et il surveilla d'assez près les démarches de Cormatin et des autres •nefs royalistes.

Cormatin, que Puîsaye avait laissé à ;a place en Bretagne, et auquel il avait confié, en qualité de chef d'etat-major, e soin de correspondre avec le comité le Paris et avec les insurgés , avait îussi travaillé à la pacification ; mais ia position était tres-embarrassante.

I fallait , d'un côté , qu'il se monrat sincère dans ses relations avec les epublicains, et que de l'autre il entrcint des correspondances qui pouvaient e compromettre a tout moment. Ho- •he, qui avait deviné en lui un homme le peu de toi, qui voulait jouer au di- >lomatet le surveillait de près, et quand 1 eut acquis la certitude qu'il trahissait >es serments, il le fit arrêter. Aussitôt es différents chefs se recrièrent et se joignirent de ce qu'on rompait la trêve, loche, (jui voulait les mettre dans leur ort, fit imprimer la correspondance de Jormat in, et envoya celui-ci dans, les priions de Cherbourg. Cependant, comme 'insurrection était organisée, quelques îhefs profitèrent de cette circonstance >our reprendre les hostilités. Le cheva-

lier Desilz, dans le Morbihan, et Bois- Hardi, dans les Côtes-du-Nord, Jetant soulevés, furent dispersés immédiatement, et eux-mêmes tués dans l'action.

Cette répression prompte et ferme arrêta l'insurrection dans son principe.

Les chefs royalistes comprirent qu'ils étaient surveilles, et ne se crurent pas en mesure de soutenir une levée de boucliers; ils attendirent, pour se lever en masse, la réalisation des promesses laites par Cormatin au nom de Puysaye.

En effet, Puisaye, qui était passé en Angleterre, s'y était mis en relation avec Pitt, et cherchait a lui démontrer l'utilité pour l'Angleterre de soutenir la cause de la royauté en France. 11 demandait des secours en argent et en munitions et quelques troupes réglées; il assurait que la Bretagne et la Vendée étaient organisées pour l'insurrection, et qu'elles n'attendaient que le moment favorable pour se soulever. Pitt, qui avait dit que la guerre avec la France était juste et nécessaire , accueillit ces propositions , et accorda a Puisaye les secours qu'il réclamait. Il lui donna les régiments émigrés et un matériel considérable pour tenter le débarquement; et lui promit de plus toutes les ressources du royaume uni, si l'expédition avait uu commencement de succès. Les émigrés devaient s'embarquer aux bouches de l'Elbe et être transportés en Bretagne. Outre les anciens régiments qui portaient la cocarde noire, l'Angleterre avait consenti à former neuf régiments nouveaux, qui devaient être à sa solde, mais porter la cocarde blanche, afin que leur destination parût plus française; la difficulté consistait à les recruter, car si, dans le premier moment de ferveur, les émigrés avaient consenti a servir comme soldats, ils ne le voulaient plus aujourd'hui. On songea à les remplacer par des déserteurs et des prisonniers français. Le comte d'Hervilly avant trouve à Londres des réfugiés touionnais qui avaient formé un régiment, les enrôla dans le sien, qu'il parvint ainsi a porter à 1,100 ou 1,200 hommes. Le comte d'Hector composa le sien de marins qui avaient émigré , et le porta à 600 hommes. Le comte de Dresnay trouva dans les pri-

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sons des Bretons enrôlés malgré eux lors de la première réquisitiou, et faits prisonniers pendant fa guerre ; il en recueillit 400 ou 500; mais ce fut là tout ce qu'on put réunir de Français pour servir dans ces régiments à 'cocarde blanche. Il y avait encore à Londres le colonel Rothaiier, qui commandait 400 canonniers toulonnais ; on en forma un régiment d'artillerie, auquel on joignit quelques ingénieurs français, dont on composa un corps du génie.

Quant à la foule des émigrés qui ne voulaient plus servir que dans leurs anciens grades, et qui ne trouvaient pas de soldats pour se composer des régiments, on résolut d'en former des cadres qu'on devait remplir en Bretagne avec Us insurgés. On les envoya à Jersey pour les y organiser et les tenir prêts a suivre la descente.

En même temps qu'il se formait des troupes, Puisaye cherchait à se donner des finances. L'Angleterre lui promit d'abord du numéraire en assez grande

auaniité; mais il voulut se procurer es assignats. En conséquence, il se fit autoriser par les princes à en fabriquer pour 3 milliards de faux. Il voulait aussi un évéque qui remplit le rôle de légat du pape auprès des pays catholiques, et il prit avec lui révêque de Dol, qui avait une commission de Rome; il se fit donner ensuite par le comte d'Artois les pouvoirs nécessaires pour commander l'expédition et nommer à tous les grades en attendant son arrivée. Le ministère anglais, de son côté, lui confia la direction de l'expédition ; mais se défiant de sa témérité et de son extrême ardeur à toucher terre, il chargea le comte d'Hervilly de commander les régiments émigrés jusqu'au moment où la descente serait opérée.

Toutes les dispositions étant faites, on embarqua sur une escadre les régiments de d'Hervilly, ceux d'Hector, de Dresnay, de Rothaiier, et un régiment émigré d'ancienne formation , connu sous le nom de royal-émigrant, et réduit à 400 hommes. On plaça sur cette escadre des vivres pour une armée de 6,000 hommes pendant trois mois, 100 chevaux de selle et de trait, 17,000 uniformes complets d'infante-

rie, 4,000 de cavalerie, 27,000 fusil»

10 pièces de campagne, 600 barils de poudre. On donna a Puisaye io,0W louis en or et des lettres de crédit sur l'Angleterre pour ajouter à ses faux assignais des moyens de finances plus assurés. L'escadre qui portait cette ftp dition se composait de trois vaisseau de 74 canons, de deux frégates de 44.

de quatre vaisseaux de 30 à 36, enfoui' plusieurs chaloupes canonnières et vaisseaux de transport : elle était coiui™ dée par le commodore Waren, l'un des officiers les plus distingués ft lt plus braves de la marine anglaise: rV tait la première division. Il "ét*»it corvenu qu'aussitôt après son départ, \u autre division navale irait prendre i Jersey les émigrés organises en eadm.

qu'elfe croiserait quelque temps devaf.

Saint-Malo, et que si cette ville n'rtai: pas livrée, comme l'espérait Puisaje, elle irait rejoindre ce général et lui porter les cadres. Enfin, si les promes*?

de Puisaye se réalisaient, et que la Bretagne insurgée fût en état de résister, une nouvelle armée anglaise, ayant à sa tête le comte d'Artois, devait mettre aussitôt à la voile.

L'expédition quitta les côtes d'Angleterre le 10 juin 1795. Le point de débarquement était un mystère, «cepte pour Puisave, le commodore Wareo.

et MM. deïintenîac et d'Allègre, <p Puisaye avait expédiés en avant po -r annoncer son arrivée. Elle rencontrla flotte de l'amiral Villaret-Joyeuse.

qui était plus nombreuse , et qui ^ rait pu la combattre avec avanUS mais le commodore Waren dép&aussitôt vers lord Bridport, qui, arrivant avec des forces supérieures, I:»r?

bataille à Villaret et lui fit perdre tr* vaisseaux , t Alexandre % le Forwfa ble et le Tigre. Villaret fut oblige ^ se jeter dans Lorient, sans avoir f.

regagner Brest. Alors l'expédition continuant sa marche, se dirigea la baie de Quiberon, qui avait étéclxv sie comme lieu de débarquement, après quelques retards apportés d'Hervilly, elle opéra la descente,!' juin, dans la presqu'île de Quiberon, * village de Carnac. A peine était-elle^ barquée, que divers chefs, tels q« Dubois-Berthelot , d'Allègre, Geor£

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Cadoudal, Mercier, déjà avertis par Tinteniac, accoururent vers la côte a la téte de 4 à 5,000 hommes aguerris, mats indisciplinés et ressemblant plutôt à des pillards qu'à des soldats.

Deux jours après, cette troupe avait doublé, et le nombre des chouans pouvait être de 10,000. Puisaye avait l'intention de marcher immédiatement sur Vannes et de là sur Rennes, avant que les républicains eussent pu se reconnaître. Il est évident qu'il ne pouvait y avoir de chances de succès que dans une marche prompte et rapide, et dans l'insurrection générale du pays, qui aurait peut-être suivi cette audacieuse tentative. Mais Puisaye, qui avait tout ce qui était nécessaire pour réussir, se trouvait fatalement associé au comte d'Herviïly, esprit étroit et vaniteux, représentant exact de cette partie de l'aristocratie qui prisait un homme à ses Quartiers de noblesse, et pour oui les formes et les règles étaient la loi suprême. D'Herviïly, comme plus ancien gentilhomme que Puisaye, prétendait ne devoir point en recevoir des ordres et était prêt à lui en donner. D'ailleurs, il- ne voulait pas se commettre avec les chouans, qu'il associait dans son esprit aux républicains, et voulait disposer à sa guise des troupes régulières qu'il avait sous ses ordres.

La mésintelligence des chefs de l'entreprise devait amener sa ruine. S'ils eussent été d'accord , ou , pour mieux dire, si d'Herviïly n'eût contrarié à chaque instant Puisaye, il leur eût été peutêtre facile d'exécuter leur projet, car Hoche n'avait pas encore rallié toute son armée et manquait de munitions et de vivres. Ce qui pouvait sauver les émigrés , c'était la célérité ; et le mauvais vouloir ou l'incapacité de d'Herviïly leur fit perdre un temps considérable.

Le 80 juin , Puisaye visita son armée, dont l'avant gar'de , aux ordres de Vauban , occupait la position centrale de Meudon; il annonça qu'on allait marcher en avant , et occuper Rennes, dont la prise devait, selon lui , frapper la république d'un coup mortel. Le 3 juillet, les Vendéens s emparèrent du fort Penthièvre. Ce fort était très - important; il commandait la presqu'île de

Quiberon du côté de la terre, et permettait, par conséquent, de s'établir en toute sûreté en ce lieu, où Puisaye avait l'intention d'établir son quartier général, et se retirer au besoin. Après une assez faible résistance, le fort se rendit, car la garnison manquait de vivres. Puisaye ordonna aussitôt aux ingénieurs qu'il avait amenés avec lui d'y faire de nouveaux travaux. Pendant ce temps , Hoche, qui avait réuni une partie de ses troupes, se mettait en ligne du côté d'Auray, et remportait un avantage sur Tinteniac. Cet échec Gt comprendre a Puisave qu'il fallait se hâter. Il proposa à d'Herviïly d'engager une affaire générale avant que les républicains eussent pu réunir toutes leurs forces. D'Herviïly y consentit ; et le 6 juillet fut lixe pour la revue générale et le commencement de l'attaque. Puisaye visita les chouans, qu'il trouva découragés et irrités eontre les émigrés; il chercha à les calmer, et y parvint non sans peine. D'Herviïly était sorti avec les troupes réglées; mais il les Gt bientôt rentrer, disant qu'il ne pourrait jamais se décider à combattre avec des hommes aussi étrangers à l'art de la guerre.

Le lendemain 7 juillet, à la pointe du jour, les républicains s'avancent en colonnes profondes , et viennent attaquer les dix mille chouans sur la ligne. D'Herviïly, qui avait promis d'envoyer des secours a Vauban, reste dans l'inaction et ne tient aucune de ses promesses (*). Les chouans entrent en fureur contre les émigrés, et George Cadoudal s'écrie que ces scélérats d'Anglais et d'émigrés ne sont venus que pour perdre la Bretagne, et que la mer aurait dû les engloutir. Vauban, qui occupait ce poste, ordonne alors à sa

(*) Vauban , qui occupait le poste de Sainte-Barbe , avait été secrètement averti qu'il serait attaqué par les républicains. Il en avait prévenu Puisaye , et lui avait demandé le secours des troupes de ligue pour soutenir les chouans. D'Herviïly avait promis à Puisaye d'envoyer un renfort suffisant. Le poste de Sainte- barbe était très-important à causo de sa position : mais il ne pouvait être conservé qu'à la condition d'y envoyer des troupes régulières, car les chouans étaieut résolus à ne combattre que si les émigrés agissaient avec eux.

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droite et à son centre de se replier sur sa gauche pour se sauver par la falaise dans la presqu'île. Les chouans s'y précipitent aveuglément; la plupart sont suivis de leurs familles qui fuient la vengeance des républicains. Des femmes, des enfants, des vieillards, emportant leurs dépouilles, et mêlés à plusieurs mille chouans en habit rouge, couvrent cette langue de sable étroite et longue, baignée des deux côtés par les Ilots , et deja labourée par les balles et les boulets. Vauban, s'entourant alors de tous les chefs , cherche à opérer la retraite en bon ordre. Déjà les chouans ont fait face aux républicains , et l'ordre commence à se rétablir. Le commodore Waren , qui avait vu le mouvement précipité de la retraite, vient au secours de ses alliés , s'embosse avec ses chaloupes canonnières, foudroie les républicains des deux côtés de la falaise, et les empêche d'avancer.

Les chouans se répandent alors dans l'étendue de la presqu'île, et on leur distribue une demi-ration de riz qu'ils sont obligés de manger en nature. Ainsi resserrée dans la presqu'île, l'armée royaliste, forte de plus de 15,000 hommes, se trouvait dans la plus triste position, sans logement, sans vivres, et presque entièrement démoralisée. Elle n'avait d'autre ressource que celle de s'embarquer pour aller se jeter en Vendée, ce que désiraient vivement les émigrés, qui avaient une grande confiance en Charette, regardé par eux comme le général le plus habile de la royauté.

Quant à repousser les républicains, la chose devenait excessivement difficile, car ils étaient parfaitement retranchés, et avaient fortifié encore davantage le poste de Sainte-Barbe. Cependant Puisave, résolu de sortir d'une position si difficile, se décida à marcher en avant et à attaquer le camp républicain. Il avait auparavant envoyé Tinteniac , Lantivy, Jean-Jean, George, Mercier et d'Allègre sur divers points, pour attaquer sur ses derrières l'armée républicaine. Ces différents corps devaient se trouver, le 16 au matin, sur les derrières de cette armée , tandis que Puisaye l'attaquerait de front.

Le 15, au soir, il ordonna à Vauban d'aller débarquer à Carnac avec

douze cents chouans, pour se lier aux corps qui devaient attaquer le camp le lendemain matin. Mais, par une série de circonstances imprévues , ces dispositions, sagement combinées, ne pureot atteindre leur but. Tinteniac fut tué après quelques succès obtenus contre les républicains. Lantivy et Jean -Jean reçurent du comité de Paris l'ordre de se porter sur Saint-Brieuc. Vauban ne put aborder sitôt qu'il pensait; d'ailleurs les chouans qui étaient avec lui, mécontents de la marche des choses, avaient résolu de ne pas se battre, et trempaient leurs fusils dans l'eau.

Puisaye, qui ignorait toutes ces choses, sortit, le 16 au matin , ainsi qu'il en était convenu, avec ses lieutenants, et s'avança avec toutes ses troupes, qui se montaient à 4,000 hommes environ, vers les retranchements républicains.

A l'approche de l'ennemi, l'avant-garde de Hoche , placée sur les hauteurs de Sainte-Barbe, se replie et rentre dans ses ligues. La cavalerie, qui est déployée en avant du camp, laisse approcher les émigrés pleins de confiance, puis, se formant aussitôt en bataille, elle démasque des batteries formidables, et les émigrés sont accueillis par un feu formidable de mousqueterie et d'artillerie. Ils avancent néanmoins, en perdant un nombre considérable de combattants. I loche fait alors sortir des retranchements l'infanterie et li cavalerie et ordonne la charge. Puisaye, qui comprend que les derrières de l'armée républicaine n'ont pas été attaqués, et qui voit qu'il n'y a plus espoir de vaincre, ordonne la retraite.

D'Hervilly tombe blessé d'un biscaïeo dans la poitrine, lorsqu'il s'avance sous la mitraille. Ses troupes, ne recevant aucun ordre, continuent à avancer sous k feu des batteries. La confusion se met dans les rangs , et le carnage devient épouvantable. Alors la cavalerie républicaine fond sur l'armée ennemie, et u repousse vers la falaise. Dans ce moment, Vaubau et le Commodore Waren se trouvaient sous la falaise. Montés sur des chaloupes canonnières, ils dirigent sur les républicains un feu tellement violent, qu'ils les arrêtent dans teur marche.

Les émigrés , rentrés dans la près-

on u h: ko \ Fa

qu*île, après une défaite aussi sanglante, se trouvèrent dans la plus triste position. S'ils avaient eu des vivres, ils auraieut pu se maintenir dans leur position et faire des diversions sur la côte; mais les vivres étaient insuffisants, et il ne restait plus qu'à se rembarquer pour aller en Vendée. Mais Hoche songea bientôt à pénétrer dans la presqu'île pour les en empêcher. Des intelligences qu'il avait dans le fort Penthievre et l'audace de l'adjudant général Ménage lui livrèrent ce poste important.

Puisaye ne fut averti de ce qui se passait que lorsque Hoche, ralliant ses colonnes, marchait deja sur lui. Les émigrés étaient au nombre de 3,000, y compris la division Sombreuil, forte de 1,100 hommes, qui était arrivée deux jours auparavant. Ils pouvaient résister encore; mais le desordre et la confusion se mettant dans leurs rançs, ils se jetèrent sur des barques de pécheurs, pour gagner la flotte anglaise que le mauvais temps tenait éloignée, beaucoup se précipitèrent dans les flots. Le commodore Waren fit force de voiles.

Lorsqu'il arriva avec ses chaloupes canonnières, Hoche pressait la division Sombreuil et allait lui faire perdre terre. Un instant le feu d'une goélette anglaise obligea les républicains à suspendre leur marche : alors les soldats crièrent aux ennemis de se rendre, et les émigrés n'ayant plus d'autre espoir mirent bas les armes. Aucune capitulation, même verbale, n'eut lieu avec les chefs. Vauban, qui était présent, avoue qu'il n'y eut aucune convention faite, et qu'il conseilla même à Sombreuil de ne pas se rendre sur la vague espérance qu'inspiraient les cris de quelques soldats.

Beaucoup d'émigrés se percèrent de leurs épees, d'autres se jetèrent dans les flots pour rejoindre les embarcations du commodore; du rivage on ti- -ait sur leur tète, et le feu des vaisseaux malais, mal dirigé sans doute, atteignait la plupart de ceux que les balles Jes républicains avaient épargnés.

Quelques-uns, atteignant les chaloupes envoyées pour les recueillir, cherchaient i y monter. Mais ces chaloupes, peu nombreuses, étaieut déjà surchargées,

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et ceux qui étaient dedans, craignant d'être submergés, leur coupaient les mains à coups de sabre.

On appliqua aux prisonniers la loi sur les émigrés : ils furent passés par les armes. Mais Hoche chercha autant qu'il fut en lui a adoucir la rigueur de la loi, et ces malheureux, conduits par ses ordres à Vannes et à Auray, furent si mal escortés, qu'il semblait qu'on voulût leur offrir l'occasion de s'évader.

Ainsi se termina cette fameuse expédition qui devait soulever la France et rendre le trône aux Bourbons. Certes, le projet du comte de Puisaye était bien conçu, et personne plus que lui n'était en état de le faire réussir. Intelligence et audace , connaissance parfaite du pays , relations suivies et entretenues depuis longtemps , confiance illimitée d'un grand nombre de chefs, il possédait tout ce qu'il fallait, sinon pour rétablir la monarchie déchue, du moins pour organiser et entretenir longtemps la Bretagne dans l'insurrection. Mais les

f|ualites brillantes qu'il possédait , au leu de grouper autour de lui les émigrés, les en éloignèrent. Cette caste, par cela même qu'elle était faible et impuissante sous le rapport de l'idée , se concentrait dans une dignité ridicule, et ne voulait reconnaître de supériorité que celle de la naissance. D'ailleurs, le comité royaliste de Paris, la cour de Louis XVIII a Vérone, celle de Monsieur, le prince de Coudé , les royalistes de la Vendée formaient autant de partis qui, pour concourir au même but, n'en étaient pas moins divisés lorsqu'il fallait agir.

Si Puisaye eût eu avec lui un des princes de la famille des Bourbons, il n'eût pas été contrarié par d'Hervilly, ni par le comité royaliste de Paris, et eût pu appliquer son plan tel qu'il l'avait conçu. Mais à cette époque, à l'exception du prince de Condé, les princes aimaient assez qu'on se battît pour eux, et n'aimaient guère à combattre euxmêmes.

On a fait un reproche à la Convention d'avoir fait passer par les armes les prisonniers deQuiberon. Mais pouvaitelle agir autrement? devait-elle hésiter à châtier sévèrement ces hommes impies, qui venaient, a l'aide de l'étranger,

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