‹ France Dictionnaire EncyclopédiqueChapitre 367 sur 434 · L'UNIVERS. QUIÉTISME · texte numérisé non relu

L'UNIVERS. QUIÉTISME

porter la guerre civile dans le pays et ne craignaient pas de répandre euxmêmes le sang de leurs concitoyens ?

La défaite des royalistes à Quiberon détruisit d'un seul coup les folles illusions des partisans de l'ancien régime , et leur ôta pour longtemps l'espérance de rétablir la monarchie.

Sous la restauration, on célébra le dévouement des victimes de Quiberon, et on leur éleva un monument et une chapelle expiatoire sur le territoire de la commune de Brcch. Sur le fronton du' monument, qui est placé dans l'église de la Chartreuse, on lit -.Gallia mœrens posuit. La chapelle expiatoire, élevée à peu de distance du monument, sur le bord de la rivière, est un temple d'architecture grecque, dont le fronton, supporté par quatre colonnes doriques, porte cette inscription :

In memoria xtema erunt justi.

Quietisme. Au quatorzième siècle, l'Église avait condamné sous ce nom l'absurde mysticisme des hésychiastes, ces ascètes du mont Athos, qui, en passant tout le jour à contempler le bout de leur nez ou leur nombril , prétendaient obtenir une perception sensible de la lumière divine.

Le quiétisme du dix -septième siècle eut pour fondateur un prêtre espagnol, nommé Michel Molinos, qui , eu 1675, publia à Rome , sous le titre de Guide spirituel, un livre dans lequel il parlait avec enthousiasme de la paix qu'éprouve une âme toute dévouée à Dieu, et que ne peuvent troubler ni même atteindre les choses de la terre. Cette doctrine compta bientôt des ndhérents dans les divers États de la chrétienté. Mais la foi de nos théologiens s'émut à une telle nouveauté. Le pope, à la sollicitation du roi de France, exigea de Molinos la rétractation de ses hérésies, et le condamna à Unir ses jours dans un couvent de dominicains, en l'y soumettant à une pénitence journalière 'Ces rigueurs, qui faisaient de Molinos un martyr, lui valurent de nouveaux disciples, notamment en France. Sous sa nouvelle forme, le quiétisme était d'ailleurs comme une protestation contre certaines tendances de l'époque , qui faisaient du catholicisme un cuite tout matériel, où de fastueuses cérémonies et de minutieu-

ses observances, le bréviaire et les petites heures, le chapelet et le rosaire, tenaient lieu du sentiment religieux et du culte intérieur.

Dans leur amour de spiritualité, les

auiétistes modernes s'égarèrent sans ou te. Leur oraison de quiétude, qui était, selon eux, la plus sublime perfection, et pendant laquelle l'âme, abîmée dans la contemplation intérieure , devait recevoir passivement l'impression de la lumière céleste, était une sorte d'état de syncope passablement bizarre:

mais on a aussi singulièrement abusé contre eux des termes obscurs de leur doctrine, lorsqu'on a prétendu qu>tle autorisait toutes sortes de dérèglements comme des actes indifférents en euxmêmes. La pureté de leurs mœurs les fit triompher , sur ce point du moins, des calomnieuses insinuations de leurs trop orthodoxes adversaires.

Une jeune veuve à la piété tendre, à l'imagination ardente, madame delà Mothe Guvon, fut, en France, le plus fervent apôtre du quiétisme. Le Père Lacombe, religieux barnabite, qu'elle avait rencontré en Savoie, lui avait communiqué les mystiques rêveries de Mclînos: elle les adopta et y ajouta les siennes. Elle s'imagina, dans son exaltation, qu'elle était la mystérieuse épouse de l'Apocalypse (chap. 12, vers. l).

Puis elle se mit , de concert avec son nouveau directeur, à prêcher. Forces par l'autorité ecclésiastique de quitter successivement les diocèses d'Annecv et de Grenoble, ils vinrent à Paris , ou ils se firent assez de partisans pour attirer sur eux l'attention de l'Eglise et celle de la police. L'archevêque de Harlay obtint un ordre du roi pour faire enfermer La combe dans une prison, et madame Guvon dans un couvent.

La question du quiétisme prit alors un caractère plus sérieux. Les deux plus illustres membres de l'épiscopa!

français s'y trouvèrent engages. Fénelon croyait voir, dans l'oraison de quiétude, le principe d'un amour de Dieu, pur, désintéressé, dégagé de tout retour sur soi-même, qu'admettait avec empressement sa piété affectueuse ; Bossuet trouvait une hérésie dangereuse dans une doctrine qui permettait au chrétien de se passer des moyens de

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salut enseignés par l'Église. La querelle tout entière fut alors entre eux seuls; nous renvoyons donc, pour le détail des derniers faits relatifs au quiétisme , aux notices biographiques consacrées à ces deux prélats. (Voyez aussi Guyon [M"*]. )

Quiévbain (affaire de). La guerre entre la France et l'Autriche venait d'éclater (1792). Les troupes n'avaient pas vu le feu depuis longtemps , et la discipline militaire était très - relâchée. Parmi les officiers, grand nombre avaient déserté, d'autres avaient donné leur démission ; les hommes nouveaux, qui se trouvaient dans tous les grades, n'avaient pas encore pu mériter la confiance de leurs subordonnés. Cette disposition des esprits dans l'armée, lors de l'ouverture de la campagne, devait nécessairement avoir des suites funestes. Le 28 avril 1792, le ministre de la guerre Dumouriez envoya au général Biron l'ordre d'attaquer Mons, où on s'était pratiqué des intelligences.

Biron étant sorti de Valenciennes à la tête de dix bataillons d'infanterie et de dix escadrons, s'empara du village de Quiévrain, et s'approcha de Mons; mais, dans cette ville, les habitants ne firent aucune démonstration en faveur des Français. Quant aux Autrichiens, ils sortirent au nombre de trois mille, et se rangèrent en bataille au-devant de la place. On se borna d'abord à quelques escarmouches ; la position des Français et les sages mesures du général Biron semblaient promettre un succès assuré; mais tout à coup un mouvement se manifeste sur le point de la ligne occupé par les 5e et 6e régiments de chasseurs. Ils abandonnent le poste de bataille qui leur était confié, et se portent sur la gauche du camp où ils se rangent en colonne. Une terreur panique les avait saisis. Biron accourt à toute bride pour demander ce qui causait ce mouvement; mais il est lui-même entraîné par cette colonne qui fuyait en criant : Nous sommet trahis. Il fit plus d'une lieue sans pouvoir se faire obéir; il y réussit enfin, reforma l'ordre de bataille, et ramena les chasseurs dans le :amp. Cependant le désordre s'était communiqué aux autres points de la

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ligne, et les fuyards arrivèrent jusqu'à Valenciennes en criant qu'ils étaient trahis, que le général avait déserté devant Mons , et qu'un gros de cavalerie ennemie avait pénétré dans leur camp.

Biron reprit Quiévrain , mais il fut presque aussitôt forcé de l'abandonner, et les Autrichiens, profitant de la terreur de ses troupes, tombèrent sur les fuyards, en tuèrent deux cent cinquante, leur prirent cinq pièces de canon et leur firent beaucoup de prisonniers. La perte eût été encore beaucoup plus considérable, si le maréchal de Rochambeau ne se fût porté au delà d'Huin, avec trois régiments arrivés la veille à Valenciennes, et n'eût placé huit pièces de canon sur les hauteurs de Sainte-Sauve, ce qui arrêta les Impériaux.

A la même époque, une semblable terreur panique s'emparait des troupes commandées par le général Thcobald de Dillon , qui périssait victime d'une funeste erreur. Voyez Dillon (Théobald de).

Quilleboeuf , Quillebovium , petite ville maritime de Normandie , aujourd'hui chef-lieu de canton du département de l'Eure.

Cette ville doit en partie son existence à Henri IV; ce n'était, jusqu'à lui , qu'un hameau de pécheurs, végétant sur un rocher aride. Ce prince la fit fortifier, accorda des privilèges à ceux qui viendraient y habiter; et, se flattant qu'il serait plus heureux que François Ier au Havre, donna à la nouvelle ville le nom de Uenriqueville ; mais ce nom ne lui survécut point, et à sa mort, la petite cité qui lui devait son importance, reprit celui qu'elle portait lorsqu'elle ne se composait que de chaumières. On y compte aujourd'hui 2,100 habitants.

Quilleboeuf (attaque de). Henri IV venait de faire fortifier Quilleboeuf (1582). Mayenne, qui attachait de l'importance à la possession de cette place, essaya de la prendre; il envoya, à cet effet, l'amiral de Villars l'investir avec 5,000 hommes. Les fortifications que le roi venait de faire commencer n'étaient pas encore achevées , et leur défense semblait bien difficile. Bellegarde, grand écuyerde France, l'entreprit cependant, avec quarante-cinq soldats,

etc.) 51

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dix gentilshommes, et les habitants qui étaient encore en petit nombre. ïl reçut ensuite un renfort de cinquante soldats et de douze gentilshommes. Après quinze jours de siège, Villars le fit sommer de se rendre. Il ne tint compte de cette sommation; et Villars ayant fait donner l'assaut fut vaillamment repoussé.Cette résistance donna le temps a Fervaques de venir, avec douze cents hommes et quelque cavalerie, au secours de la place. Villars leva le siège. On put alors admirer le courage et l'habileté de Bellegarde, qui avait osé tenir dix-sept jours, non pas dans une ville, mais dans un village dont le fossé, dans les endroits où l'on avait commencé de le creuser, n'avait que quatre pieds de profondeur et autant de largeur.

QUIMPEB OU QuiMPEH-COBENTlN,

Corisopitumy ville maritime de Bretagne, aujourd'hui chef-lieu du département du Finistère. L'origine de cette ville est inconnue; on sait seulement qu'au cinquième siècle elle fut appelée Quimper-Corentin, du nom de son premier évéque. Pierre de Dreux l'entoura de remparts, qui existent encore en partie; Charles de Blois l'assiégea, en 1344, s'en empara et en fit massacrer les habitants. Le comte de Montfort tenta, mais vainement, de la reprendre l'année suivante. Pendant les guerres de la ligue, elle prit parti contre Henri IV, et ne se rendit au duc d'Àumont qu'en 1595, après un siège long et vigoureux.

On remarque à Qn imper une église cathédrale, qui date du quinzième siècle; la première pierre en fut posée par IVveque Bertrand de Rosmadec, le 26 juillet 1424. C'est la plus \aste des quatre cathédrales de la basse Bretagne (Tréguier, Vannes, Saint-Polde Léon et Quimper), et ses détails d'ornements sont admirables. Lïntérieur de l'édifice renfermait autrefois plusieurs anciens tombeaux qui ont été détruits.

On compte aujourd'hui à Quimper, 10,000 habitants; c'est la patrie de Fréron.

Quimprrlé. Petite ville de Bretagne,

aujourd'hui chef-lieu d'arrondissement du département du Finistère. En 1029, Alain Cnignard et Orscaud , évêques de Cornouailles, y établirent le couvent de

Sainte-Croix, de l'ordre de Saint-Benott, où fut enterré le comte de Montfort, en 1345. En 1342, après la levée du siège d'Hennebon par Charles de Blors, Louis d'Espagne entra dans la rivière de Qu imperlé, avec une flotte considérable, et V débarqua près de 6,000 hommes, qui furent taillés en pièces pc»r Gauthier de Mauny. Quimperle fut pris, en 1378, par Olivier de Ctisson. Elle fut attaquée, en 1590, par les troupes de Henri IV ; eHe était défendue p:>r celles dn duc de Mercoeur; on en fit sauter les portes; la ville et l'abbaye furent pillées. Les murailles de Quîwperlé furent démolies en 1680, et les matériaux servirent à la construction des quais. On y compte aujourd'hui 6,000 habitants-

Quînaui.t (Philippe), né à Paris en 1635, était fils d'un boulanger. Après avoir fait quelques études, il eut le bonheur de s'attacher à Tri slan-r Ermite , auteur de Mariamne^ qui, ayant reconnu en lui un gout décidé pour la poésie, encouragea ses dispositions, et l'associa à l'éducation qu'il donnait luimême à son fils unique. Dès l'âge de quinze ans , il avait composé plusieurs pièces de théâtre , et, à dix-huit, il débutait par sa comédie des Rivales, qoi eut un grand succès. Il n'en fut pas ébloui , et cédant aux sages conseils dises amis , il entra chez un avocat. Mais l'étude du droit ne lui fit pas abandonner la culture des lettres, et Ton vit se succéder chaque année quelques pièces de sa composition, l'amant indiscret, qu'il fit jouer en 1654, fut couvert d'applaudissements. Il donna ensuite successivement la Comédie sans comédie; les Coups de l'amour et de la Fortune; la Mort de Cyrvs, tragédie en cinq actes , diverses autres pièces , et, en 1661 , la tragédie grippa , ©« le faux Hbérinits, qui fut jouée deux mo-s de suite et reprise plusieurs fois.

S'étant marié vers cette époque , Quinault prit le titre d'avocat au parlement , acheta une charge de valet de chambre du roi, et fut, pendant trois ans, plus occupé de son bonheur domestique que de la littérature. Il y revint en 1664 , et fit jouer sa tragédie à\4strate, qui attira une telle affluence de spectateurs que les comédiens douhié-

QUI NET FRANCE. QUlRrr SOS

rent le prix des places. Jusqu'alors, cependant, Quinault n'avait encore rien produit qui fût vraiment digne de ta postérité. Toutefois, pour lui les succès amenaient les succès ; car il est à remarquer qu'aucune de ses pièces ne fut mal accueillie , si ce n'est Reliérophon, son avant-dernière tragédie, qui tomba dès la première représentation ; niais il se releva par sa comédie de la Mère coquette, représentée en 1685.

Pausanias, qu'il fit jouer un an après, fut sa dernière tragédie. Enfin il s'essaya dans le drame lyrique ; ses premières pièces en ce genre, quoiqu'elles fussent loin encore de la perfection à laquelle il parvint dans la suite , annonçaient du moins que Lulli , qui avait obtenu le privilège de l'Opéra, ne s'était pas trompé dans son choix en le préférant aux autres poètes de son temps. Enfin , l'alliance de ces deux talents éleva la scène lyrique française au-dessus de toutes les autres. Déjà gratifié par le roi d'une pension de 2,000 livres, Quinault fut décoré du cordon de Saint- Michel, et continua d'élever la renommée de l'opéra français jusqu'en 1686 , époque où parut Armide, son dernier ouvrage et son chef d'oeuvre. Alors, cédant aux sentiments religieux que sa femme lui avait inspirés, i! cessa de travailler pour le théâtre, et depuis, il ne voulut plus composer que des poésies religieuses. Il mourut en 1688 à l'âge de nnquante-trois ans. La noblesse de ses sentimeuts, la bonté de son cœur, sa modestie et l'aménité de son caractère le firent regarder comme l'un des hommes les plus aimables de son siècle. Ses ouvrages lyriques sont : les Fêtes de V Amour et de Bacchus; Cadmus ; Alceste; Thésée ; le Carnaval; Athys; isis ; Proserpine ; le Triomphe de f Amour: Persée ; Phaéton ; Amadis de Gaule ; Roland ; la Crotte ou l'£gtoçue de Versailles ; te Triomphe de ta Paix et Armide. Les Œuvres de Quinault ont été imprimées avec sa Fie, Paris, 1739 et 1778, 5 volumes in-12.

M. Crapelet a publié ses (TEuvres choisies, 2 volumes in-8°, 1824.

Quinet (Edgard), né à Bourg (Ain), le 17 février 1803, d'un père catholique et d'une mère calviniste et originaire d'Allemagne, fut d'abord destiné à l'é-

cole polytechnique. Malgré le succès d'un premier examen, une insuffisance imprévue dans le nombre des places fit ajourner son admission déjà prononcée; Il fut alors envoyé à Paris, et entra, comme surnuméraire, dans l'administration des finances. Mais, entraîné par sa voca* tion littéraire, il renonça bientôt à la seconde carrière que sa famille avait choisie pour lui , et à dix-neuf ans, contre le gré des siens, il abandonna le sumumérariat des finances pour se livrer à l'étude du droit.

Au sortir des bancs de l'école, le jeune licencié ne songea pas à faire son début dans le barreau ou dans la ma* gis t rature: il publia tout d'abord un opuscule, le Juif errant, dans lequel se manifestait déjà la pensée qui forma plus tard le poème à'Aliaspérus.

Une brochure, quel qu'en soit le contenu, est d'une mince ressource pour donner un état à Paris. M. Quinet, qui s'était fait avocat contre le vœu de sa famille, eut quelques jours difficiles à supporter; il les occupa, afin de les alléger, par des travaux opiniâtres et solitaires.

Après deux ans d'épreuves , il sentit le besoin de voyager : il alla en Angleterre. Il devait continuer sa route jusqu'en Amérique; mois un travail commencé l'appela à Heidelberg, on une maladie et diverses circonstances le retinrent plus d'une année (1827- 1828;. Vers la fin de son séjour dans cette ville, il publia le travail qui l'y avait amené : c'était la traduction des Idées de Herder sur l'humanité, ou la Philosophie de l'histoire.

Cependant, le désir d'un voyaçe sollicitait toujours M. Quinet. De l'Allemagne, il écrivit à M. de Martignac pour lui soumettre le projet d'une expédition scientifique en Grèce. L'expédition eut lieu ; il fut désigné par l'Institut pour en faire partie, et il revint de son excursion avec un livre, la Grèce moderne , qui arrêta snr lui l'attention du public. Il fit ensuite un voyage en Italie (1880-1831), puis en Allemagne, où il séjourna plusieurs années. C'est à Bade qu'il composa tour à tour : De l'Allemagne et de la Révolution (1880), brochure politique; Des Épopées françaises du

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