RABELAIS
plusieurs fois réimprimées; Lettre sur Sa vie et les écrits de M. Court de Gébelin, 1774; Précis de l'histoire de la révolution française, publié en 1791 , et continué par M. Lacretelle le jeune.
Rabaut-St.-Étienne avait coopéré à la rédaction de la Feuille villageoise et à celle du Moniteur jusqu'à la fin de
Jacques-Antoine Kabaut-Pouieb , né à Kîmes en 1744 , frère du précédent , et ministre protestant comme lui , fut député par le département du Gard à la convention. Il vota la mort du roi avec sursis, fut un des soixantetreize députés qui protestèrent contre les événements du 31 mai; fut arrêté en conséquence, et ne recouvra la liberté qu'après le 9 thermidor. 11 fut ensuite sous-préfet de Vigan , et on Tappela en 1803 pour être l'un des pasteurs de l'Église réformée de Paris. Exilé en 1816 en vertu de la loi dite $ amnistie, il fut rappelé deux ans après, et mourut à Paris le 16 mars 1820.
On a dit , et il parait certain que Rabaut~Pomier eut la première notion de la vaccine avant que les Anglais eussent rien écrit sur cette découverte. Une lettre que lui adressait sir James Ire- )and, de Bristol, datée du 12 février 1811, atteste qu'il avait fait part de ses observations à un Anglais dès l'année 1784 , en présence de ce M. Ireland.
RkBkVT jeune, dit Du puis, frère des précédents, et négociant à Nîmes, partagea lesopiniousdeses frères et fut proscrit comme eux, en U93. Député du Gard au conseil des Anciens, en 1797, il s'y prononça en faveur du directoire exécutif; passa au corps législatif en 1799 ; présida cette assemblée en 1802, et ce fut sous sa présidence que fut volé le consulat à vie. H fut ensuite envoyé en mission dans le Midi ; obtint en 1803 la décoration de la Légion d'honneur, et fut nommé conseiller de préfecture à son retour dans sa ville natale , où il mourut en 1808. On a de lui: Détails historiques et recueil de pièces sur les divers projets qui ont été conçus, depuis la reformation jusqu'à ce jour, pour la réunion de toutes les communions chrétiennes, 1806 ? in-8°; Annuaire ou Répertoire ecclésiastique à Cusage des églises réformées, 1807, in-8°.
Ha hel vis (François) naquit à Chinonen 1483, selon d'autres, en 1487, d'un père cabaretier ou apothicaire. O.i n'a qu'un petit nombre de renseignements sur la vie de cet homme célèbre , et la plupart de ces renseignements sont peu sûrs. Il est à peu près hors de doute qu'il s'instruisit de bonne heure dans les lettres lutines, grecques, hébraïques; qu'il apprit l'allemand , l'italien, l'espagnol, même l'arabe; qu'il composa des almanachs, des commentaires sur Hippocrate, avant de composer des romans; qu'il courut sans cesse le monde , d abord cordelier, puis bénédictin , grâce à une bulle de Clément VII ; puis défroqué et médecin de Montpellier; puis une seconde fois bénédictin, grâce à une bulle de Paul 111; puis enUn chanoine séculier, et curé de Mention; après une longue suite de déplacements et de changements d'état, causés par son humeur inquiète et remuante et par ses démêlés avec les moines, il mourut à Paris en 1553, célèbre dans toute la France par ses livres de Gargantua & de Pantagruel, qui lui avaient attiré les applaudissements des savants, du peuple , et des courtisans, et la protection de deux rois, François I** et Henri II.
Voilà tout ce qu'on peut rapporter avec certitude de la vie de Rabelais.
Quant aux détails qu'on trouve dans certains récits, leur authenticité est fort suspecte. Est-il vrai que, dans un de ses voyages en Italie, Rabelais, admis à baiser la mule du pape, ait, en baisant la mule , saisi la jambe , et fait tomber à la renverse le saint- père au milieu des cardinaux confondus? Estil vrai qu'un jour, dans une ville d'Italie, il se soit mis dans une niche à la place d'un saint de bois doré, et, s'y tenant immobile, ait reçu en riant sous cape les vœux et les offrandes des gens de l'endroit? Faut-il croire qu'en mourant il se Ut affubler d'un domino pour parodier la parole de l'Évangile, oeati qui in Domino moriuntur, et qu'avant de rendre le dernier soupir, il s'écria: « Je m'en vais chercher un grand peut- « être : tire lerideau, la farce est jouée? » Dans l'absence de toute preuve satisfaisante à l'appui de ces anecdotes et d'autres semblables, il est permis de
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croire que ce sont là des traits inventés par le peuple ou par les biogra-.
phes, pour appareiller la vie de l'écrivain avec le caractère de ses ouvrages. Il est fort possible que cette biographie bouffonne, dans laquelle Rabelais ne cesse de s'enivrer et de faire mille tours grotesques ou sacrilèges, ne soit qu'une légende inspirée par la lecture des exploits de frère Jean des Entommeuses et de Panurge.
Il entre bien des ingrédients divers dans la composition du livre de Rabelais : on y trouve de la satire de mœurs , soit directe, soit dissimulée sous forme d'allégorie ou d'allusion ; du pamphlet politique ou philosophique; du conte fantastique, du conte bouffon, et du conte obscène. Rabelais réclame contre l'ignorance et la corruption des juges, quand il met en scène ce Bridove qui décide les procès par le sort des des, et n'en juge pas plus mal. Il personniÛe la paresse et la luxure des moines dans ce frère Jean qui a horreur des livres, et qui pense que pour vivre à son aise et faire son salut, il n'est rien de tel que bien manger, boire d'autant et dire toujours du bien de M. le Prieur. 11 se moque des médecins, quand il promène dans l'estomac de Gargantua les valets que le géant a avalés avec des pilules, et leur y fait découvrir et sonder bien des lieux souterrains. « dont la médecine ne s'em- « barrasse guère. » Il se moque des pédants, quand il fait redemander par Janotus à Bragmardo, dans un discours en baroco, les cloches de Notre-Dame enlevées par Gargantua, pour servir de clochettes à sa mule. Mais la satire politique éclate dans la scène où les conseillers de Picrochole proposent la con-
?|uéte du monde à leur aventureux et anfaron monarque, et dans celle où Gargantua, faisant venir devant lui les gens de Picrochole vaincu, les condamne pour toute punition à travailler aux presses d'imprimerie qu'il a récemment établies dans ses États. Faut-il citer des traits de satire philosophique? écoutez Grandgousier, se moquant de la crédulité des cinq pèlerins qui vont à Saint-Sébastien de Nantis pour se préserver de la peste; choisissez au hasard parmi les faits et dits du hardi et joyeux penseur Panurge. Cependant
Rabelais est bien loin de cacher toujours une idée sérieuse sous les frivolités ou les bouffonneries de son récit. En mille endroits la fantaisie seule domine : les détails de l'enfance de Gargantua, le voyage dans nie des lanternes, la conquête de la dire bouteille, ce sont là des fantaisies burlesques, ou bachiques, ou voluptueuses, dans lesquelles il n'entre aucune arrièrepensée de satire ni d'enseignement; ce sont les ébats d'une imagination trèsgaie, très-capricieuse, un peu folie.
Trop souvent la gaieté dégénère en cynisme, la bouffonnerie tourne à l'ordure ; et Ton est étonné de voir tout à coup ce penseur satirique, ce philosophe hardi, qui donnait tout à l'heure, sous une forme si piquante, de si hautes leçons, se complaire à tracer des tableaux repoussants d'indécence, s'appesantir sur des détails immondes, et tenir, en quelque sorte, école de crapule et d'obscénité.
Rabelais demande lui- même à ses contemporains et à la postérité de ne pas s'en tenir à la lettre en lisant son livre : il nous recommande d'ouvrir la ' boite pour en tirer la drogue, et de briser fos pour en sucer la moelle. Mais en même temps il déclare qu'il y a une limite aux interprétations. Il nous avertit du danger û'extravaguer en raffinant sur le sens , et à ce propos il se moque de ces commentateurs de Y Iliade et de Y Odyssée, toujours occupés à lever des voiles ; il rappelle la folie de je ne sais quel moine, qui s'était avisé de reconnaître dans les métamorphoses d'Ovide les sacrements de l'Évangile.
Cet avertissement de Rabelais aurait dû être toujours présent à la pensée des critiques qui ont entrepris d'expliquer les intentions satiriques ou philosophiques de son livre. Faute de s'en souvenir, plusieurs d'entre eux ont été conduits par la manie de l'interprétation à voir dans ce roman si divers et si multiple , toute une allégorie rigoureusement et méthodiquement composée. Selon eux , chaque personnage aurait son correspondant dans l'histoire, et se rattacherait constamment à ce modèle réel par des ressemblances habilement voilées; chaque événement aurait sa signification satirique ou morale,